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Hauts Grades

L'esprit de l'initié se détache de la matière et se prépare à de plus sublimes connaissances

19 Août 2012 , Rédigé par Jaques van Assche Publié dans #Planches

                    L‘une des spécificités du Rite Écossais Ancien et Accepté est la notion de Spiritualité, c'est‑ à ‑ dire la primauté de l'esprit sur la matière, primauté n’impliquant pas abandon, mais détachement de tout ce qui est « inutile » pour son élévation… Mes frères, nous ne sommes plus dans le monde profane…c’est-à-dire que nous entrons dans un espace sacré. Etre dans le monde sacré, cela revient à s’affranchir de la temporalité puisque, selon Hegel, seuls les êtres finis sont soumis au temps, tandis que le Vrai, l'Idée, l'Esprit sont éternels

     Déjà, dès le soir de son initiation, le Postulant est invité à se dépouiller de ses métaux, ce qui est non seulement une incitation à se détacher de la matérialité, mais aussi à descendre au plus profond de soi, dans son Subconscient, afin de l’épurer. En faisant mourir le vieil homme, il se dépouille de sa personnalité passée, qui n’est qu’illusoire et impropre à lui permettre d’accéder à des modes supérieurs de pensée.

             Au 1er Degré, lorsque le Vénérable Maître en Loge ouvre rituellement les travaux par la phrase: « Nous avons laissé nos métaux à la porte du Temple », il s’agit d’une véritable injonction à se détacher de la matière…

          Le second degré est celui de la réflexion: ils'adresse à l'intelligence, sous ses deux composantes: l'imagination prospective et la raison. Ainsi, le compagnon découvre-t-il que la véritable connaissance se situe au-dessus de ses facultés mentales conscientes.

           Le 3ème degré inaugure le passage de l’équerre au compas, de la Matière à l’Esprit, il permet l’élévation à de plus hautes connaissances ; Hiram, «qui éclaire nos travaux de ses lumières» représente ainsi l'Esprit Surconscient.

          Si, du premier au troisième degré, l’initié découvre l'ego et des fonctionnements mécaniques de l'homme‑ animal, le travail dans une Loge de Perfection vise à faire pénétrer le maçon au cœur d'une connaissance transcendant à la fois la perception des sens et le raisonnement conceptuel. C’est ce qui nous aide en permanence à intégrer nos fantasmes pour maîtriser nos Parques intérieures. Cette voie est difficile, secrète et exige de l'ego un prix exorbitant, mais elle affranchit des douloureuses relations avec le monde éphémère et corruptible de la matière.

        Le Maître Secret commence à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle ; son privilège, en ouvrant l'accès aux secrets de la structure intime de l'univers dont nous faisons partie, est de développer petit à petit la fabuleuse voie de l'intuition.

        Le Maître Parfait, sensible aux deux niveaux d'expression de la vie, sait qu'à tout moment son œuvre peut être interrompue, aussi s’efforce-t-il toujours de devenir parfait. Le Secrétaire Intime a su regagner la confiance de son Être Secret, redonner courage à votre énergie d'action. C’est un homme honnête qui avance avec humilité sur le chemin de la perfection, et qui voit encore l'homme ordinaire glisser sur la pente du désir de vengeance. Dans le silence sacré, le Prévôt et Juge, ayant perçu la raison étrange de sa mission, de l'acte juste qui va l’intégrer à l'univers, s’établira dans la transcendance et il est prêt à poursuivre son chemin et à ajouter un nouveau travail au travail sans cesse recommencé.

        L'apprentissage d'une perspective nouvelle et inconnue a consisté, pour l’Intendant des Bâtiments, à s’efforcer, par la connaissance des cinq ordres d’architecture et des 7 marches d’exactitude, de mieux connaître l'excellence du métier possédé par Adoniram et son équipe,. La vérité, avec le développement du sens de la Justice, n'est pas une vérité au nom de laquelle on dénigre, on massacre ou on emprisonne d'autres vérités relatives.

        Pour le Maître Élu des Neufs, le pardon que réclament les compagnons de Johaben, c’est la compréhension de sa faiblesse par rapport à la dimension verticale qu'il recherche. Le Grade fera prendre conscience au maçon des réalités de la vie et démontre que l’idéal de Justice et d’Equité, triomphe de l’ignorance et du fanatisme, grâce aux progrès de la connaissance et de la morale. Au niveau d'élévation atteint par Johaben, même avec un mental parfois silencieux, il ne possède pas encore la clé de la perfection. Aussi, dans l'état actuel, les chutes méritent-elles d'être pardonnées.

        Par la capture et la punition des deux derniers responsables de la mort d’Hiram, s’achève pour l’Illustre Élu des Quinze, la purification du récipiendaire. Il clôt les grades dits « de vengeance », pour accéder à plus de spiritualité, de conscience et d’Amour.

        En recevant son épée, le Sublime Chevalier Élu est devenu alors capable, parce que sans désir, de voir et de juger ce qui est vrai, et d’agir pour accomplir et réaliser la Justice. Mais connaître le vrai sans pouvoir le faire régner ne sert à rien. II faut, quoi qu'il puisse arriver ultérieurement, exécuter, ici et maintenant, ce qui doit être fait pour l'Ordre, la Connaissance et l'Amour.

        Le Grand Maître Architecte, véritable pédagogue de la Loge de Perfection, munis du compas de proportion, mesure le haut, le reporte sur le bas et le restitue avec justesse dans le haut.

 Intercesseur entre la Connaissance qui libère et le cherchant qui la désire, le Grand Maître Architecte, médiateur grâce à la parole, réalise que la Connaissance fait aussi partie du Sacré.

        L'arche, "arkê", fournit aussi le mot "archétype", dont le rôle dans le fonctionnement de l'inconscient collectif est dynamique et structurant. Le symbole de l'Arche -Voûte est intuitivement évident à chacun. Le Chevalier de l’Arche Royale vient de  découvrir dans la neuvième voûte une pierre d'agate avec le Tétragramme Sacré הוהי, qui concerne beaucoup plus Dieu en tant qu'il s'incarne dans l'homme, qu'il entre dans l'expérience créée.

Les 4 lettres du tétragramme sont fondatrices de nous-mêmes. Elles vont informer la totalité de l'être de chacun de nous jusqu'à la forme de notre corps. Tout Chevalier possède une épée ; dans le  Zohar, le Tétragramme est une épée : le yod est le pommeau, le vav, la lame, les deux hé, les deux tranchants. La lettre est la lettre qui signifie « le souffle », et ces deux hé, ce sont les deux poumons qui se prolongent par les deux mains.

      Nous sommes vraiment ce « Yod‑Hé-Vav‑Hé », cet arbre qui est aussi l'Arbre de la Connaissance qui est en nous; et nous fonde lui aussi. Ce n'est pas l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, mais l'arbre de la connaissance de ce qui est accompli et de ce qui n'est pas encore accompli. Seul, le Christ sur la croix dira : « Tout est accompli. »…

        C'est dans cette crypte ultime, sous la Voûte Secrète, que les cherchants sont parvenus au Centre de l'Idée et sereinement affirmé:" Je suis qui je suis. Je suis ce que je suis. Je suis. " C’est ce qu'a entendu Moïse : Aeyeh Asher Aeyeh,  et que nous pouvons traduire au mieux par « Je serai qui je serai »,  bien que la voix soit celle de « Je suis ».

         A cet instant, le Chevalier, juste entre les mondes, a été illuminé de lumière divine. Debout sous la voûte, sous la pierre centrale qui en est la clef, il relie dans la verticale plusieurs voûtes superposées : les voûtes de son corps, le microcosme: la voûte plantaire pour soutenir, la voûte palatale pour parler et la voûte crânienne pour protéger. Elles se succèdent et sont emboîtées dans la voûte de pierre, elle-même coiffée par la voûte étoilée. Se tenir dans l'axe de ces voûtes, c'est sortir du Moi, c'est dépasser la condi­tion humaine, c'est enfin "relier le fini à l'infini".

        Le Grand Élu Parfait et Sublime Maçon est devenu « Grand », car  parvenu à un haut niveau de noblesse maçonnique grâce à son élévation spirituelle, » Élu », ayant tiré les leçons de son  élévation, il applique la Loi qui régit les droits et les devoirs des hommes, « Parfait », aussi, car il a parcouru le cycle de Perfection du Rite et procédé à votre perfectionnement constant. Mais le Grand Elu est aussi qualifié de « Sublime », terme qui interpelle et incite à se pencher sur la signification de ce vocable, ce qui devrait nous éclairer sur le sens de « sublimes connaissances »…

Le vocable « sublime a deux origines étymologiques se complétant :

  • Par le préfixe spatial latin sub-, impliquant une idée d'élévation, d'esprit de sommet, d'achèvement, que l'on retrouve dans l'adjectif latin sublimis (sus­pendu en l'air, placé en haut»).
  • Il provient également du même préfixe sub- (dans le sens de «sous», mais aussi «devant») accompagnant le nom limen, le seuil, rappelant que l’initié est prêt à franchir un nouveau pas qui le mènera à un nou­veau commencement.

        Ainsi, l’initié, par son désir de transcendance, se prépare à de plus sublimes connaissances, en s’élevant…Autrement dit, cette connaissance implique l'évolution du connaissant, son accession à des niveaux de conscience de plus en plus élevés.

        Pour y parvenir, il existe des clefs, des portes, véritables symboles de passage, qui évo­quent la fonction transcendante du psychisme et fait passer d'un niveau de profondeur symbolique à un autre.

        Toute forme de « Cosmos » ‑ l'Univers, le Temple, la maison, le corps humain ‑ est pourvue d'une « ouverture » supérieure, qui rend possible le passage d'une situation existentielle à une autre. Cette ouverture, celle de la trappe fermant la Crypte (vide supra), indique la voie d’une remontée progressive et à tâtons, dans la découpe du puits, un cercle étoilé. C'est une invitation à franchir le seuil, (limen), la trappe, concrétisant aussi bien la délimitation entre le « dehors » et le « dedans », que la possibilité de passage du profane au sacré, vers un plan supérieur.

        En fait, le Trois Fois Grand Hermès Trismégiste scelle dans la Table d'Émeraude une clef d'or. Tentons donc de nous en emparer pour tenter de pénétrer le mystère essentiel, celui qui nous saisit alors même que nous n'essayons pas de le saisir, et qui se dérobe en même temps à notre intellect impuissant : le mystère de l'Homme !

        « Connais- toi toi -même et tu connaîtras l'univers et les dieux », dit la Sagesse Hermétique. Cette clef ne nous invite pas à considérer d'une part l'Homme dans le Monde et, de l'autre, le Monde en l'Homme, mais bien comme l'endroit et l'envers d'une même médaille, d'une même réalité secrète, les deux aspects manifestés étant reliés ainsi par l' « intérieur ». Cependant, l'intérieur et l'extérieur des choses n'ont ici rien de spatial, il s'agit d'abord d'une « écorce » qui appartient au domaine de la manifestation. Il s'agit ensuite d'une « pulpe » qui nous amène jusqu'au « noyau » du fruit.

Cette écorce  ne ressortit elle pas à cet « en bas » et le noyau à cet « en haut » que le divin Hermès distingue l'un de l'autre, mais qu'il ne sépare pas ?

        Alors, comment retrouver l'intégrité du fruit ? Comment réintroduire ce noyau dans sa pulpe et redonner vie à cette chair sous l'écorce ? Comment faire que ce qui est « en bas » retrouve l'image de ce qui est « en haut »? Car, resté seul sur cet « en bas », l’homme bute contre le non ‑sens de sa vie qui devient inhumaine à force de n'être qu’humaine, pour autant que l’on puisse appeler « humain » ce tronçon qu'est l'écorce séparée de son noyau.

        Pour l’initié, la longue marche de l'abandon des métaux est difficile ; elle exige la prononciation exacte des noms qui seule donne la liberté de passer : les neuf Noms de Dieu, qui sont à la fois des mots couverts par la voûte étoilée et des mots de passe, permettant de nommer, donc de dénaturer la majesté immobile du Soi. Au bout du voyage humain, il n'y a plus de noms de substitution...

Et si les trois Chevaliers épellent seulement le nom, c’est qu’ils se conforment au commandement rituel : " Je ne sais ni lire, ni écrire, je ne sais qu'épeler » ! Sur le plan symbolique, l'écart est important entre épeler un nom et connaître sa prononciation. Épeler, c'est balbutier, c'est rendre épars, c'est séparer. Prononcer, c’est « Réunir ce qui est épars » pour favoriser l' "individuation"...

        Arrivé dans la crypte, devant l'Arche d'Alliance, le Grand Elu  est incité à comprendre le message de la Loge de Perfection : l'Idée, le Principe, la Lumière, quelque soit le nom de l'Absolu, est en nous, bien en nous… Et il ne croit pas qu'avec la prononciation du Nom Ineffable et, à l’instar de l’ordre du Christ intimé aux Apôtres, le départ de tous les ouvriers du Temple vers toutes les parties du monde, les temps sont accomplis.

          De plus, force lui est de constater qu’au cours de son parcours au travers d’une véritable spirale initiatique jusqu’au 14ème Degré, l’initié a peu entendu parler de la notion d’Amour.

 Et c’est seulement à ce Degré que l'association Vertu- Perfection, signifiant au Grand Elu  de pratiquer les devoirs de charité, lui indique de suivre la voie d'Amour. Tel est le sens de la communion du Trois Fois Puissant Grand Maître avec les récipiendaires. Ainsi apparaît l'Amour, consubstantiel, sur le plan métaphysique du R\É\A\A\, à la Connaissance. L'initié, pressentant qu’il faudra bien passer de l'An­cienne à la Nouvelle Loi, vient à s'élever spirituellement et simultanément dans la Connaissance et dans l'Amour, car l'hymne johannique à la Lumière nous apprend qu’il n'est pas de Connaissance sans Amour ni d'Amour sans Connaissance.

  La question qui se pose alors est la suivante : si l’Initié s‘est préparé à de plus « sublimes connaissances », il est en droit de s’interroger sur leur nature... La connaissance donnée par de nouveaux états de conscience est toujours expérimentale, mais cette expérience n'est contrôlable que par les connaissants d'égale évolution de conscience.

  Ainsi, la connaissance est un mariage, une union du connu et du connaissant. Il est donc temps d'œuvrer avec une nouvelle conscience et d'apprendre à ouvrir de nouvelles portes. Et peut-être s'agit-il de réintégrer les forces divines qui animent l'Etre dans l'homme‑ animal au quotidien, pour en faire l'expression de l'Amour Universel

     La succession des degrés vécus depuis mon initiation au 1er degré me semble tracer un signe, un symbole de gloire et de splendeur : les degrés qui invitent à la descente (et à la remontée) dessinent une verticale. Ils sont équilibrés par les degrés de rencontre qui se référent à l'horizontale. Fichée au coeur de l'Humanité, la succession et l’alternance des uns et des autres finissent par dessiner la croix, symbole de toutes les traditions…

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