Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

L'Évolution de la Cérémonie et du Rituel d’Installation secrète du Maître Elu

28 Janvier 2013 , Rédigé par Harry Carr Publié dans #Rites et rituels

Cette publication est parue initialement dans la Revue Ars Quatuor Coronatorum vol 89 de 1976 (pages 32 à 59) sous le titre "The Evolution of the Installation Ceremony and Ritual" et a été exposée par Harry Carr à la Loge éponyme le 19 Février 1976. René Désaguliers en 1991, nous propose dans cet article la traduction de ce travail, qui constitue une œuvre colossale relativement peu controversée. De plus, la Cérémonie secrète étant très répandue en France, on peut comprendre l’intérêt d’en étudier les sources. Toutefois Harry Carr mène son étude uniquement sur les sources anglaises, alors que, souligne Désaguliers, les sources irlandaises paraissent intéressantes. Notons qu’en 1976 et encore plus près de nous en 1991 donc, quand René Guilly alias René Désaguliers traduit ce texte, les notions qui sont ainsi exposées sont complètement nouvelles. Tout d’abord Harry Carr fait remonter l’histoire de la maçonnerie anglaise à 600 ans, incluant donc la maçonnerie opérative, et constate qu’on ne trouve trace de cérémonies d’installation ou d’élection avant la maçonnerie spéculative de 1717, même en ce qui concerne les diacres, les surveillants ou les maîtres. Les Constitutions d’Anderson de 1723 décrivent en revanche la manière de constituer, de créer une nouvelle Loge. On y trouve également, la Cérémonie d’Installation de Wharton. Nous parlons là du Duc de Wharton, Grand Maître de la Grande Loge de Londres et de Westminster en 1722-1723. C’est la plus ancienne description d’installation du Maître d’une nouvelle Loge, et que nous apprend-elle ? Tout d’abord que c’est le Grand Maître qui fait examiner le "candidat" par son député. Ce candidat est un compagnon du métier, de bonne moralité et de grande expérience, il est placé à la gauche du Grand Maître, et après un consentement unanime des frères, la nouvelle Loge est constituée, les devoirs du maître lui sont présentés et il est installé. Hélas on ne connaît ni ces devoirs, ni la cérémonie d’installation proprement dite. Puis, tous les membres s’inclinent tour à tour pour le saluer, en gage de soumission. La première des constatations est que la maçonnerie de 1723 se fait bien en deux grades, même si l’on ne sait pas dans ce cas précis, à quel grade est ouverte la cérémonie. Les membres sont sans doute maîtres et compagnons du Métier, et aucune obligation de Maître élu n’est retrouvée, pas plus qu’un signe, un attouchement ou un mot… Harry Carr par la plume de René Désaguliers pense que cette cérémonie ne fut pas un grand succès, ne servant vraisemblablement qu’à constituer des Loges dans laquelle le Maître Élu "prenait la Chaire en conséquence". Notons enfin que si les minutes ne décrivent pas la cérémonie, elles insistent toutefois sur les "Droits d’Honneur", à savoir le montant à régler pour avoir l’honneur d’accéder à la charge. Ce sont Les Trois Coups Distincts de 17601, qui décrivent la première cérémonie d’Installation hors d’une cérémonie de constitution d’une nouvelle Loge. On parle là de "l’obligation des officiers d’une loge", avec en premier, celle du Maître pour la chaire. La Loge semble ouverte au 3ème grade, on ne sait rien de l’élection ni des devoirs, le texte se focalisant dit Désaguliers, sur la partie ésotérique de la cérémonie. Le futur Maître est agenouillé sur ses deux genoux au sud, et prête une obligation qui reprends les idées classiques : de ne pas révéler le mot et l’attouchement, de respecter les devoirs de sa charge, et d’œuvrer pour le bien de la maçonnerie, etc, etc… sous peine de recevoir les châtiments d’Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon ! Il est relevé par la poignée de main de Maître, l’installateur glisse alors jusqu’au coude en lui murmurant le mot et on présume, qu’il est alors installé dans la chaire. Puis a lieu l’applaudissement du Maître, décrit comme le grand signe d’un Maitre Maçon qui se fait en levant les mains au dessus de la tête, puis en claquant le tablier et en frappant en même temps le plancher des deux pieds. Un point très important est relevé par René Guilly, il semble que les Anciens et les Modernes utilisaient le même rituel d’Installation, puisque "Les Trois Coups distincts" et "J et B"2 présentent en 1762 la même cérémonie et surtout que John Pennel reprends la cérémonie de Wharton en pour sa rédaction du Livre des Constitutions Irlandaises, mais toutefois, en sans citer Wharton… De la même manière Lawrence Dermott installé Maître à Dublin en 1746, reprends lui aussi à quelques modifications près la même cérémonie dans sa publication de "Ahiman Rezon" en 1756. En 1775, c’est William Preston dans son "Illustration of Freemasonry" qui montre une nouvelle évolution. Il reprend l’Installation de Wharton et y insère le premier texte complet des Devoirs du Maître, très proche de celui utilisé aujourd’hui. On remet au nouveau Maître l’insigne de son office, les lettres patentes, on lui présente le Volume de la Loi Sacrée, le livre des Constitutions, les outils et les bijoux des officiers à installer, et il est félicité selon l’usage. Dès 1801 on a des traces de cette Installation, en revanche chez William Preston on ne trouve pas de mot, pas de signe, d’attouchement ou de pénalités. Ce n’est qu’à partir de 1822 dans les minutes de la Loge l’Antiquité3 que l’on voit apparaître une nouveauté. En fait à un moment donné de la cérémonie, les Frères Maîtres Installés se retirent, et ce point va donc conforter la notion d’Installation Ésotérique. Preston emploie souvent la notion de "salle voisine", salle dans laquelle le Maître Élu est présenté au Maître Installateur, on fait l’apologie des ses qualités et de ses mérites, le secrétaire lit les Anciens Devoirs et les règlements et le Maître Élu prête son obligation. Concrètement, il en ressort qu’on ne sait pas s’il y a ou non ouverture et fermeture de cette cérémonie, et qu’elle doit se faire en présence de trois Maîtres Installés au moins. Le nouveau Maître ressort ensuite de la salle revêtu de son insigne et il est placé dans la chaire et acclamé. Puis en procession, les membres rendent hommage, marquant leur soumission, la Loge est fermée au 3ème et au 2ème grade et l’on redescend au 1er où tous les officiers sont installés.

Léger retour dans le temps, nous sommes en 1810 avec l’Installation dans la Loge de Promulgation, s’il semble selon Harry Carr, que les Modernes avaient fortement délaissé cette cérémonie, l’inverse était de mise avec les Anciens placés sous la houlette de Lawrence Dermott. En effet cette Cérémonie d’Installation fut considérée comme l’un des "Landmarks" visant à la réunification, Landmark que Désaguliers traduit volontiers par le terme "définition". Progressivement on va constater par les minutes qui nous sont parvenues que l’enseignement des Cérémonies d’Installation va se développer, du moins en théorie, car en fait il y a peu ou pas d’éléments qui permettent de dire si elles furent réellement pratiquées… L’évolution suivante est relevée dans le MS Turk de 1816, qui constitue la troisième Instruction de William Preston dont on connaît cinq versions manuscrites, le MS Turk est la seule version complète connue. On y constate que le Maître Élu est présenté à la Loge au 2ème grade, on lui présente toujours les Anciens Devoirs, les règlements généraux, il prend son engagement qu’il signe et scelle puis les Maîtres Maçons et les Passés maîtres se retirent dans une salle d’Installation où les travaux sont ouverts au 3ème grade, puis les Maîtres Maçons se retirent, ne reste alors que le "Conseil des Maîtres Installés". Le Maître Élu est à nouveau présenté et il reçoit le "bienfait de l’Installation", il s’agenouille sur les deux genoux, et là deux Maitres Installés joignent les mains et font une voûte au dessus de lui, tous les frères s’agenouillent. A la suite de quoi une invocation est faite au Père Tout Puissant, dont il faut noter que c’est en fait la plus ancienne version d’un rituel d’Installation contenant une prière d’ouverture, qui n’est d’ailleurs que très légèrement différente de celle d’aujourd’hui. Reprenons le cours de la cérémonie, le maître Installé, prête son obligation, il est mis dans la chaire par l’attouchement et le mot, il est salué, enfin le Conseil est fermé, plus exactement ajourné. Notons ici que les notions de travaux ouverts et ajournés ne prouvent pas l’existence d’un rituel spécifique. Les Maîtres sont réintroduits et la Loge est fermée au 3ème grade, tous retournent dans la salle de la Loge proprement dite où les travaux sont fermés eux aussi.

En fait cette Installation reprend en les améliorant celle des "Three Distinct Knocks" et de "J et B". Notons aussi que s’il y a bien dans cette cérémonie un signe d’appel et un attouchement spécifique, on ne trouve pas ici chez William Preston l’histoire qui accompagne ce signe et cet attouchement. On peut penser que si Preston a formalisé cette cérémonie, elle était peut-être pratiquée mais très peu, ou très mal, ou même pas du tout… Alors avec le temps, en 1827, le Grand Maître du personnellement intervenir afin d’uniformiser les cérémonies dans le pays, voire afin d’installer comme il se devait des Maîtres de Loges déjà en exercice. Dix frères furent nommés dont le Grand Secrétaire et le Grand Archiviste pour former une commission spéciale dite "Loge ou Conseil des Maîtres Installés" qui eut pour but de tenir régulièrement des Loges d’Instruction de Maîtres Installés, ce Conseil pouvant lui-même installer des Maîtres Élus. En 1991 lorsque René Désaguliers écrit cet article dans Renaissance Traditionnelle, il n’existe qu’un seul document concernant le travail de cette structure de maîtres Installés, il s’agit des minutes du 24 Février 1827, de cette Loge ou Conseil de Maîtres Installés qui sont retranscrites pages 24 à 26. En fait on voit par ce texte que même si les points du rituel des cérémonies aux trois grades sont connus avant cet écrit, les minutes de la Loge de Maîtres Installés en fixent le déroulement. En ce qui concerne le Conseil de Maîtres Installés, proprement dit, on retiendra aussi et surtout dans ce texte les interrogations des membres de l’assemblée, aussi bien que les points restés sans réponses tout au moins pour nous (pages 28 et 29) et qui sont sous la plume de René Désaguliers :

1. La façon de forme, déclarer ou constituer un Conseil de Maitres Installés, ainsi que l’ouverture et la fermeture des travaux.

2. Le mot du Maitre en chaire et sa forme de communication éventuelle.

3. La clause pénale de l’obligation

4. L’inspection du Temple par Salomon et le rôle d’Adonhiram

5. Le salut donné par l’assemblée aux trois grades dans la Cérémonie.

Pour répondre à ces interrogations, il faut consulter ce que René Guilly regroupe sous le terme de Documents Plus Tardifs et notamment les "Henderson Notebook" littéralement : le carnet d’Henderson, qui est un manuscrit de 350 pages. En 1832, John Henderson était Député Maître de L’Antiquity n°2, et président en 1836-37 du Bureau des Affaires Générales de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Dans le sillage des travaux du Conseil des Maitres Installés, il décrypte entre autre, dans son carnet, la troisième instruction de William Preston d’après le MS Turk que nous avons vus. De la même manière 1838, voit la publication du Rituel pour le 3ème grade et la Cérémonie d’Installation de Georges Claret, qui est en quelque sorte le précurseur ou le père des rituels imprimés tels que ceux que nous connaissons aujourd’hui.

Reprenons donc en guise de conclusion de cette première partie ces deux apports historiques pour répondre aux cinq interrogations précédentes.

1. Les deux textes confirment qu’après l’ouverture de la Loge aux 3 grades les Maîtres Maçons se retirent et au moins trois Maîtres Installés constituent par une simple déclaration et un simple coup de maillet, le Conseil des Maîtres Installés, il n’y a donc pas de cérémonie d’ouverture pas plus que de fermeture.

2. Si le mot de Maître Installé semble omis dans les minutes de 1827, on peut tout simplement penser que c’est volontaire pour des raisons de prudence.

3. Pour le signe pénal, l’omission est-elle de même nature prudente ? En fait on peut s’accorder à penser qu’il n’existe pas avant 1827 car Henderson et Claret eux, sont les premiers à y faire carrément allusion.

4. Pour l’inspection du Temple par Salomon, il n’y a rien avant 1827 si ce n’est une référence au "signe et au salut d’un Maître ès Arts et ès Sciences". Henderson parle du signe et du salut et peu de l’histoire qui va avec, Claret lui la donne en entier, introduisant aussi la Reine de Saba.

5. Enfin, la salutation au Maître Installé par les participants, semble être une innovation récente car Claret et Henderson n’évoquent qu’ne simple salutation du Maître Installateur.

Pour comprendre l’intérêt de la mise en valeur de la pratique de ces cérémonies aujourd’hui, pour en connaître l’histoire et pour en ressentir la portée symbolique, je ne pouvais terminer ce résumé qu’en citant totidem verbis René Désaguliers, alors écoutons le : "L’Installation est, par-dessus tout le plus haut honneur qu’une Loge puisse conférer, impliquant des devoirs et des responsabilités d’une profonde signification pour l’heureux récipiendaire et la cérémonie est toujours intéressante et belle pour autant qu’elle est conduite avec la dignité et la bienséance qui s’imposent".

Renaissance Traditionnelle N°85 - Janvier 1991. p 1 – Tome XXII

Source : http://aprt.biz/

Partager cet article

Commenter cet article