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Hauts Grades

L'Idée maçonnique" à "l'ordre maçonnique"

24 Novembre 2012 , Rédigé par Joseph Villat Publié dans #Planches

Cet article n'est ni une présentation, ni une critique des ouvrages d'Henri Tort-Nouguès, ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France. Nous inspirant des idées fortes denses de cet auteur, exposées dans les deux livres cités plus loin, nous proposons à nos lecteurs une réflexion originale. Elle symbolise un premier pas contribuant à déterminer pourquoi la Franc-Maçonnerie reste ce qu'elle est et comment elle remplit sa tâche au sein du monde bousculé d'aujourd'hui.

La Franc-Maçonnerie ne forme pas une branche séparée de l'Histoire générale; comme bien d'autres chercheurs nous en sommes convaincus. En conséquence, les études que proposent de nombreux auteurs Francs-Maçons, de même que les livres d'histoire maçonniques publiés dans notre monde occidental, pour une large part ne doivent être considérés que comme des monographies, qui ne mettent en jeu et ne confrontent qu'une part fragmentaire de l'humanité.

Il est vrai que bien des Francs-Maçons prétendent que la Franc-Maçonnerie représente néanmoins une branche séparée, dont la pensée s'est toujours située en nette marge de celle que nous déclarons profane. Ces Francs-Maçons refusent d'admettre que l'Histoire, avec un grand H, est la résultante de l'action ou de la pensée des groupes humains les plus divergents ou les plus antagonistes et que c'est précisément cette interactivité qui permet aux événements de surgir avec assez de force pour imprégner le temps de leur marque.

Dans les pays de langue française, nous ne sommes pas habitués à pareil langage, pourtant logique et évident. Les auteurs anglais Knoop et Jones l'utilisaient cependant il y a plus de cinquante ans et la plupart des chercheurs d'outre-manche s'y adonnent à l'envi.

Naissance de l'idée maçonnique
Philosophe, Henri Tort-Nouguès avait, dès 1991, su montrer comment la Franc-Maçonnerie moderne fut le résultat d'une évolution qui eut pour le moins trois sources:

- les conflits d'idées, dès l'apparition de la Renaissance,
- l'évolution de la pensée des plus grands philosophes,
- enfin la préexistence de ce que nous nommons aujourd'hui la Franc-Maçonnerie opérative.

Les auteurs attribuèrent un peu facilement à l'existence des corporations et des confréries du Moyen-âge la paternité de l'idée maçonnique moderne. On sait aujourd'hui que cette filiation, exposée telle quelle, du moins en Europe continentale, est un leurre, même s'il s'avère exact que le support opératif fut déterminant, grâce à d'imprécis détours, pour concrétiser une idée et une méthode qui allaient connaître tant de résonances.

Tort-Nouguès pose dans ses livres un regard neuf sur la toile d'araignée que représentèrent les influences directes ou indirectes qui permirent cette concrétisation. Il n'est dans l'intention de personne d'oublier, comme prémisses, l'existence de manuscrits aussi célèbres que le REGIUS (1390) ou le (COOKE (1410). Ni de nier l'existence d'une Franc-Maçonnerie avant 1700. Au début du 18e siècle, elle n'existait plus sur le continent; en Grande Bretagne, elle était plutôt à bout de souffle.

Le contexte historique général

Tort-Nouguès situe au 16e siècle le point de départ à ce qu'il nomme sur un plan général "le schisme européen". Deux siècles avant Anderson. En clair, il se réfère aux personnages et faits suivants:

Luther, qui fut excommunié en 1520,
Calvin, qui publie l'" institution de la religion chrétienne " en 1529,
le Concile de Trente (1545-63), " point de départ de l'Église catholique romaine moderne ".

Dès cette époque, les chrétiens sont en état de "rupture totale", annonçant de tragiques turbulences. En France, l'édit de Nantes, qui admettait les protestants en France, permettait un certain calme, sera brisé par Louis XIV par la célèbre révocation de 1685. Pendant ce temps, en Allemagne émergent "divisions politiques" et "clivages religieux". Quant à l'Angleterre, rappelons que Marius Lepage en décrit ainsi l'atmosphère délétère: "Catholiques, protestants, presbytériens et puritains se sont haïs, expropriés, massacrés selon l'humeur et la religion des dirigeants du jour."

L'état de schisme suscite des ruptures, des fractures non seulement entre religions, mais au sein des religions elles-mêmes, faisant surgir d'innombrables doctrines n'ayant en commun que la fin de leur appellation en "isme". (On peut comparer avec la situation actuelle où les doctrines en "isme" créent sans doute le marasme actuel et où la prolifération des sectes de toutes sortes dans tous les domaines n'est certainement pas étrangère à la gabegie). Une fixation, voire une cristallisation des positions, était inévitable.

Ce fut en particulier Bossuet (1627-1704), en tant que garant de l'autorité à la fois catholique et politique. Il imbriqua si parfaitement ces deux autorités l'une dans l'autre, qu'il créa les conditions très idéales de l'absolutisme le plus intransigeant. Un autre théoricien renforcera cette idée du poids de tout son pouvoir de philosophe: Hobbes (1588-1679). On sait l'influence que ces deux hommes eurent sur nombre de penseurs et de gouvernants.

Dans le même temps d'autres, dont Leibniz (1646-1716) prendront le contre-pied en cherchant à unifier les Églises et à pacifier les esprits. Ce qui provoqua une nouvelle riposte de Bossuet. Se déclarant, en 1671, ouvert aux idées pacificatrices et d'union, il étale bien vite au grand jour son sectarisme. Car il affirme du même coup que l'union ne sera possible qu'au moment où les protestants auront abjuré leurs "erreurs". Parmi celles-ci figure en particulier "le droit de libre examen" à l'égard de ce qu'il appelle l'" Église-mère ". C'est l'impasse.

Une totale intolérance

Toute idée de tolérance (ce poison, disait Bossuet) est si éloignée des esprits que, tant du côté catholique que protestant, on ira jusqu'à dénier à l'État la possibilité d'accepter la pratique en parallèle d'autres cultes que celui reconnu par lui. Bien davantage, on ira des deux côtés jusqu'à revendiquer le droit de persécuter l'autre partie.

Ce n'est pas par hasard si le champion de la tolérance, Spinoza (1632-1677), publie son fameux Tractatus en Hollande, pays où les haines religieuses sont modérées. Dans ce traité, il prône la liberté de pensée et de conscience, établissant de façon péremptoire qu'elle n'empêche en aucune façon une foi sincère. Pierre Bayle (1647-1706) lui emboîte le pas. Commentant les évangiles, il y découvrira les fondements de "l'esprit de libre examen", affirmant au surplus nettement que "la vérité n'est plus désormais la vérité de tel homme ou de telle Église mais se réduit à la recherche de la vérité" (Tort-Nouguès, L'Idée maçonnique, p. 37). Ce sera Bayle aussi qui demandera de soumettre toutes les lois morales à l'idée naturelle d'équité. C'est-à-dire à ce qu'Anderson appellera plus tard "la loi morale".

Un climat propice

C'est dans ce climat que surgit, puis se fige peu à peu l'idée maçonnique. Elle ne sortait pas toute faite du néant, tel un deus ex machina, mais bien de l'évolution des idées générales. Remercions nos prédécesseurs; ils surent la découvrir d'abord, puis lui donner sa forme, enfin la propager de telle manière qu'elle devienne une idée-force permanente.

On a beaucoup glosé sur cette cristallisation et aujourd'hui encore, de nombreux FF. se demandent ce qu'ont voulu signifier les premiers maçons, tant dans leurs constitutions ou dans leurs légendes que dans leurs pratiques en Loges. Il est vraisemblable que tout, chez eux, ne démontre que cette constante de l'histoire: il y eut toujours des hommes pour chercher la vérité, il y eut toujours des penseurs d'avant-garde pour chercher à unir peuples et religions. En dépit des tyrans. Malgré ce que Denis de Rougemont appelait "l'ambition naïve d'imposer à la Terre entière une certaine idée unitaire". Ce rôle pacificateur, les Francs-Maçons de l'époque se disaient encore prêts à l'assumer.

C'est sans doute de tels principes qui firent que c'est en Angleterre que naquit la Franc-Maçonnerie spéculative. Ici la situation est différente de celle de la France. L'intolérance n'est pas religieuse, mais avant tout économique. Si les Anglais sont pour la modération et le compromis, c'est par intérêt matériel. Afin de pouvoir développer les affaires. Ce qui les amène "jusqu'à envisager la possibilité de faire coexister des hommes qui appartiennent à des confessions différentes en vue du bien commun". Et Tort-Nouguès de se demander s'il n'y a pas déjà là l'idée de centre de l'Union, qui sera le fondement direct de l'idée maçonnique.

Locke (1632-1704) façonnera et cimentera le développement de telles attitudes dans deux livres qui auront un grand retentissement: L'essai sur la tolérance, puis La lettre sur la tolérance. Pourtant Locke, il est nécessaire de le préciser, ne défendra l'idée de tolérance et de liberté de conscience qu'à l'intérieur de la foi chrétienne, considérant qu'on ne saurait tolérer les athées.

La grande nouveauté

Les années 1717 à 1723 marquent, pour les Francs-Maçons, une très nette coupure avec toutes les idées et tous les comportements précédents, même si certains auteurs y trouvent les traces de la tradition et de la continuité.

La lecture du Livre des Constitutions permet les deux attitudes. En relatant dans ce même Livre l'histoire légendaire des Francs-Maçons, Anderson voulait probablement signifier que de tout temps il y eut des hommes pour rechercher la vérité, quelles que fussent l'idée qu'ils s'en faisaient. En affirmant avoir tenu compte des Anciens Devoirs, ils voulaient signifier la coupure avec les pratiques et la pensée antérieure, constituant ainsi un commencement ou un renouveau. De toute façon, ce qui semble sûr, c'est que la nouvelle approche des rapports sociaux ne rejetait pas la tradition, ni aucun des hommes libres et de bonnes mœurs qui les avaient précédés. Les nouveaux maçons se disaient leurs successeurs.

Une telle ouverture d'esprit, cette attitude franchement neuve succédant à près de deux siècles d'intolérance et de haine, à deux siècles de persécutions et de tourments, ne pouvait pas naître de rien, ni dans un climat hostile. Et c'est ici que nous rejoignons notre idée de départ: l'avènement de la Franc-Maçonnerie moderne en Grande Bretagne au début du 18e siècle ne peut s'expliquer que dans un contexte historique général. C'est celui-ci qui permit son éclosion.

Qu'apportait de réellement neuf l'avènement de la maçonnerie spéculative ? La création de la première Grande Loge, certes. Il s'agissait pourtant ici d'une création structurelle et il n'est pas sûr qu'à elle seule elle pouvait provoquer l'extension rapide qu'elle connut.

Il nous paraît- mais est-ce un leurre ?- que la première OBLIGATION fut une locomotive autrement plus puissante. Elle correspondait au désir et aux souhaits de beaucoup d'hommes, qui en avaient assez des dissensions et de l'instabilité et qui semblaient heureux de découvrir enfin le dérivatif qu'ils attendaient.

La première obligation

Rappelons-en la substance:

"Un maçon est obligé, de par sa tenure, d'obéir à la Loi morale; et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais athée stupide, ni libertin antireligieux. Mais, quoique dans les temps anciens, les maçons fussent tenus dans chaque pays, d'être de la religion, quelle qu'elle fût, de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins, il est maintenant considéré plus expédient de seulement les astreindre à cette Religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions; c'est-à-dire être hommes de bien et loyaux, ou hommes d'honneur et de probité, quelle; que soient les dénominations ou confessions qui aident à les distinguer; par suite de quoi la Maçonnerie devient leCentre de l'Union"... (Trad. M. Paillard).

L'Obligation première constitua un renversement complet du système de pensée. Les commentateurs n'ont pas assez insisté sur le changement de direction que représentait son contenu. Reconnaissons d'ailleurs franchement que la quasi totalité des commentaires dévia le sens profond de cette obligation et que beaucoup des auteurs y lurent ce qu'ils désiraient y lire eu égard à leur propre pensée, sans vouloir comprendre le sens réel. Aujourd'hui encore, les obédiences concurrentes y lisent que ce qu'elles-mêmes prônent, estimant qu'autrement elles ne retrouveraient pas leurs racines. Même Anderson, en 1738, la transforma pour y introduire un théisme précis.

En quoi consistait le changement de cap de 1717 ? Jusqu'alors il était impossible de fonder la loi morale autrement que sur les données religieuses. Toutes les religions trouvaient la justification de la loi morale dans la croyance à un au-delà, à une autre vie dans cet au-delà, ainsi qu'à une vie éternelle. Certaines assuraient que les corps ressusciteraient. Maniant la carotte et le bâton, les religions affirmaient que les hommes trouveraient la récompense ou le châtiment de leurs actions, proportionnellement à la qualité de leur observation ou de leur refus de la loi morale. Ils disaient cette loi morale contenue dans les dix commandements de la Bible. Et donc: "loi de Dieu".

Régner par la peur, soit. Mais dans l'ombre, certains hommes se référaient déjà à des philosophes qui, tel Socrate, affirmaient que le devoir, c'est-à-dire l'obéissance à une loi morale, doit être évident par soi-même, et donc inviolable, quelle que soit la finalité de la vie. C'est ce que défendaient les premiers Francs-Maçons spéculatifs.

Dès lors les aspects religieux, qui avaient toujours tenu le premier plan, passaient au second et la loi morale prenait la première place. L'Obligation N°1 exige seulement, quoi qu'on en pense, que les hommes soient bons et loyaux, quelles que soient leurs opinions particulières à propos de Dieu et de la religion, quelles que soient les dénominations ou les croyances qui les distinguent. En faire une obligation religieuse, c'est ignorer les maçons de 1723 et se jeter dans les bras des commentateurs intéressés par d'autres principes. C'est aussi négliger l'obligation que la maçonnerie devienne le Centre de l'Union, en réunissant ce qui est épars.

La seconde partie de l'Obligation N°1 est un corollaire indispensable du début. Elle fonde la fraternité sociale universelle. Elle rejoint l'esprit des anciennes corporations, au sein desquelles la fraternité formait le ciment de l'entente et la clé de voûte de l'amour fraternel. Complément de la première partie de l'obligation, présentant l'amour entre frères fondé sur la bonté et la loyauté comme le seul commandement valable, elle façonnait le lien avec les préceptes évangéliques de St Jean. Ces préceptes, Spinoza les avait relevés dans son rappel des principes fondamentaux de la foi chrétienne, qui tous aboutissent à l'amour et fixent clairement que celui qui n'aime pas son frère ne peut pas aimer Dieu.

C'est dans ce sens d'ailleurs que les Francs-Maçons préfèrent, au terme "dieu", substituer celui de Grand architecte de l'Univers, notion plus large où chacun peut se reconnaître. Les religions ont faussé le sens du mot Dieu, en faisant de cette entité immatérielle un super-homme qui récompense et punit, qui se met en colère, qui impose sa volonté ambitieuse et son orgueil, qui se venge et guerroie, qui anéantit jusqu'à sa propre déité. Le Grand architecte, quand à lui, construit le monde et donne à l'homme sa liberté.
Se fondant sur cette liberté, le Franc-Maçon, conscient de sa responsabilité terrestre, cherche la vérité en dehors des religions établies, en ayant constamment devant l'esprit la recherche de cette seule religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord: être des hommes bons et loyaux, quelles que soient les croyances qui les séparent.

L'Ordre maçonnique

L'Ordre a une valeur universelle; il englobe la totalité des Francs-Maçons, quels que soient les obédiences ou les rites auxquels ils appartiennent, pour autant que leur filiation corresponde à la tradition maçonnique. Marius Lepage l'a fort bien démontré.

L'Ordre maçonnique se divise en obédiences et en rites. Certaines obédiences et certains rites se reconnaissent entre eux par la communauté de leur pensée. Les uns et les autres se subdivisent eux-mêmes en Loges, Chapitres, Aréopages, etc.

Pour être à même de remplir sa "mission", l'Ordre maçonnique doit donc disposer d'une règle commune à tous et de structures où les différentes sensibilités puissent s'exprimer.

La structure de base est la Loge. "S'il existe, dit Tort-Nouguès, une véritable universalité maçonnique... c'est dans cette instance qu'elle se reconnaît". Pas d'obédience, pas de Franc-Maçon, pas de rite sans Loge. Que la Loge soit constituée d'emblée au sein d'une structure plus large - l'obédience - ou qu'elle apparaisse spontanément par la volonté d'hommes cherchant à se regrouper (dans ce cas on la dit sauvage), la Loge est indispensable pour qu'il y ait Franc-Maçonnerie. Nul ne peut être Franc-Maçon dans le silence de son sanctum privé, comme d'autres organisations l'admettent pour leurs membres.

Le second élément structurel capital consiste à pratiquer un rituel. Qu'il y ait des rites différents importe peu: le rituel seul donne son sens au travail qui s'exécute en loge. Le Rituel est un "esprit", commun aux Francs-Maçons qui le pratiquent.

La Loge contient des objets (symboles) et le Rituel des séquences irremplaçables pour que l'initiation puisse être vécue.

Un groupe de loges travaillant selon les mêmes principes forme une obédience. L'obédience permet des contacts avec d'autres obédiences et donc le maintien de l'esprit maçonnique.

L'Ordre maçonnique est fondé sur trois degrés: Apprenti Compagnon Maître.

La Loge, comme l'Obédience, comme le Rite, comme l'Ordre maçonnique, tous, chacun à son niveau, cherche, selon la première obligation, à créer le Centre de l'Union.

Certaines loges, oubliant cet objectif essentiel, ont parfois laissé des Francs-Maçons dévier de leur chemin, les fourvoyant sur les voies d'un faux ésotérisme. L'Ordre maçonnique, certains l'oublient trop aisément, est complet par lui-même et son enseignement n'oblige à aucune recherche, sinon documentaire, en dehors de lui. Les Francs-Maçons n'ont ainsi aucune obligation de quémander ailleurs une nourriture spirituelle différente. Si tous les Francs-Maçons de la terre prenaient pleine conscience de ceci, ils constitueraient une force colossale.

Tort-Nouguès résume superbement la chose: "Le projet maçonnique est toujours de réunir ce qui est épars, de rassembler les hommes de bonne volonté au-dessus de tous les clivages partisans, de tous les fanatismes, dans le respect de leur liberté, dans l'affirmation de leurs droits, mais aussi du Devoir, dans l'obéissance à la Loi morale: enfin, dans la recherche de la Vérité, et dans la Tradition qui lui est propre, c'est-à-dire dans la transmission d'une culture, d'une éducation, 1' " éducation du genre humain. "

Actuellement, l'Ordre maçonnique vit dans les marasmes causés par le désordre et la confusion du monde.

Crise de la culture, déclin du monde occidental, désarroi des peuples, fin de la civilisation, un monde sans cap, sont des expressions courantes que les gens atteints de sinistrose chronique ont tendance à accentuer en évoquant la grande peur de l'an 2000, qu'ils fondent sur des prophéties abracadabrantes dont le ridicule n'a d'égal que la superficialité qui les anime.

Dans le monde profane, on assiste à des effondrements de systèmes politiques ou économiques spectaculaires. Les vieux démons réapparaissent. Des clivages se reforment. Entre les pays, mais aussi au sein de pays qui semblaient éternellement promis à une culture commune ou à une progression parallèle éternelle.

Dans les pays dits les plus avancés, on oublie les valeurs culturelles traditionnelles. Dans le Monde diplomatique d'octobre 1995, il est décrit comment les occidentaux remplacent actuellement les Tables de la Loi. Il n'est plus de mise, aujourd'hui, de mettre sa foi dans ce que nos pères appelaient traditionnellement la loi morale, on met aujourd'hui sa foi dans les mécanismes du marché et de l'information. (Voir le rapport du groupe Bangemann au Conseil européen, Bruxelles, mai 1994). A l'alliance avec la divinité formée par les dix commandements mosaiques, qui fondent la Loi morale d'une grande partie de l'Humanité - et qui en outre met en exergue le sens du pardon, on substitue une nouvelle alliance, mais entre le marché ou la technologie, dit le Prof. Riccardo Pelleta de l'Université de Louvain, et l'ensemble de l'humanité.

Dans cette alliance, la seule liberté qui reste à l'homme est celle de se soumettre. A défaut, il périra, sans possibilité de pardon. Les valeurs clés de la nouvelle Loi morale sont désormais fondées sur l'exaltation de l'esprit de compétitivité, entre les hommes, entre les groupes sociaux, entre toutes les communautés territoriales. On oublie totalement l'idée d'Union ou de fraternité.

Les grandes conquêtes technologiques deviennent, dans ce cadre, des fins en soi. La technique n'est plus au service de l'Homme, mais elle se développe par rapport à elle-même. Les hommes, les cités, les pays qui ne peuvent s'adapter, sont abandonnés sans délai à leur impuissance.

Le besoin d'humanisme nouveau

Un nouvel ordre mondial est donc indispensable. Un nouvel humanisme doit surgir. Ceux qui y travaillent sont encore faibles, fragiles, minoritaires. Mais c'est à eux que l'avenir appartient, car ils sont férus d'espoir et de créativité. Les Francs-Maçons ont indéniablement leur place parmi eux.

Il ne s'agit pas de vouloir ralentir, ni anéantir les progrès évidents de la technique, de la communication, de l'évolution matérielle. Bien au contraire. Mais il faut empêcher que cette évolution soit la fin vers laquelle tend l'Homme, il faut au contraire que ces techniques soient au service de l'homme et qu'elles lui permettent de développer toujours plus les valeurs universelles que représentent les vertus que les maçons défendent depuis toujours: la sagesse, la force, la beauté... la fraternité.

Par-dessus tout, l'AMOUR

L'amour qui peut tout, qui crée tout, qui relie tous les hommes, qui permet de savoir que l'homme n'a que peu d'années à vivre et que ce peu d'ans n'a aucune valeur s'il ne repose pas sur l'esprit d'amour et de fraternité humaine. " Toute la Loi est remplie par cette seule parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même" disent en chœur tous les évangélistes.

Au début du 18e siècle, alors que l'humanité semblait inextricablement perdue dans un système dépassé et qui s'essoufflait, des hommes, les Francs-Maçons, apportèrent à ce monde ce que depuis toujours ils pratiquaient entre eux. L'esprit d'union fraternelle se développa et se répandit comme une trainée de poudre dans l'ensemble des terres civilisées. Cet esprit n'était pas nouveau, mais il avait besoin de nouvelles structures pour se manifester. Les Francs-Maçons les lui donnèrent.

Au cours des siècles, les hommes épris d'union universelle ont toujours su s'adapter à l'époque. Au Moyen-âge, ils cultivaient l'amour fraternel au sein de corporations, de confréries, de loges. Au début du 18e siècle, ils créèrent des grandes loges, ils codifièrent leurs principes, ils définirent leurs rites et leurs rituels. En quelques dizaines d'années, ils devinrent une des forces spirituelles les plus stables et les plus efficaces.

En cette fin du 20e siècle, alors que le monde occidental ne peut pas éviter de se restructurer et de se fondre dans la mondialisation, il ne s'agit pas pour nous d'abandonner nos valeurs traditionnelles et universelles, il faut nous donner les moyens de les exercer sans les altérer. Il faut continuer à pratiquer l'humanisme vrai: être le Centre de l'Union en réunissant ce qui est épars.

L'humanisme vrai ne consiste pas à abandonner les idées traditionnelles ou à les modifier au gré de l'évolution circonstancielle; l'humanisme vrai, selon le mot d'Alain, consiste à chercher dans le passé "ce qui est assez solide pour être actuel". Ce n'est rien d'autre que firent les maçons au cours des siècles et c'est encore ce que nous devons faire. Il faut se souvenir, conclut Tort-Nouguès, que la "tâche n'est jamais achevée et jamais accomplie" et que "toute œuvre humaine est toujours en chantier".

Paul Valéry a écrit que "la tradition dans les grandes choses consiste à retrouver l'esprit qui les a faites". Les Francs-Maçons doivent conserver l'esprit universel qui fonde leurs valeurs. Pour rendre efficace la pratique de ces valeurs, les Francs-Maçons de toutes les obédiences, de tous les rites et de toutes les Loges doivent devenir le moyeu qui permet à la roue de tourner dans l'harmonie et la paix. Ainsi, selon le vœu du poète, le soleil luira même la nuit.

Source : http://www.masonica-gra.ch/6_idee_macon_ordre_mac.html

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