Samedi 9 juin 2012 6 09 /06 /Juin /2012 09:29

La Bible joue un rôle fondamental dans la maçonnerie soit comme «lumière»,« meuble » ou «volume de la Loi sacrée », soit comme source directe (ou indirecte) des légendes, personnages et «mots » maçonniques.

 

1.La Bible,« lumière » de la maçonnerie

Majoritairement, les membres des corporations et métiers avaient coutume de prêter serment sur la Bible. En France, Etienne Boileau dans le Livre des métiers (1268) indique que l'apprenti* jure sur les saints Evangiles. En Angleterre, les ordonnances des maçons d'York (1352) précisent que le maçon doit « jurer sur Bible ». Le Regius (1390) est plus vague tandis que le Cooke (1410) cite plusieurs fois la Bible sans mentionner le serment* . Dans la maçonnerie naissante, la Bible (associée à l'Equerre et au Compas} entre dans l'une des deux triades fondamentales (l'autre étant constituée par «le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge») Cette triade va être très rapidement qualifiée de « Grandes Lumières* ». Ce sera l'usage dans la Grande Loge de Londres (dite plus tard des Modernes*). Ainsi, dans Masonry Dissected (1730) de Samuel Prichard, l'association Bible-équerre-compas est classée parmi les meubles (fournitures).

Dans la première moitie du XVIIIe siècle, la référence à la Bible ne peut être dissociée du contexte religieux des îles britanniques.

Trois points sont à noter. Premièrement, en terroir protestant, le canon juif est placé sur le même plan que le Nouveau Testament, dans la mesure où les Juifs sont le peuple auquel Dieu a «parlé». Aussi, dès 1732, trouve-t-on des Juifs* dans les ateliers londoniens. A quelques exceptions près, on ne rencontrera pas de discrimination à l'encontre des postulants juifs à l'initiation en Angleterre et dans les Provinces-Unies*. Ce sera totalement différent sur le reste du continent. Ensuite la Bible est la seule légitimité religieuse, bien qu'elle soit accessible au «libre examen », des fidèles; elle peut donc être l'objet de controverses. La pluralité des interprétations mène à une certaine tolérance et les Constitutions d'Anderson* pourront profiter de cela pour fonder le latitudinarisme. En même temps, on cherche un texte le plus exact possible et accessible à tous, donc traduit en langue vernaculaire. La jeune maçonnerie anglaise se réfère le plus souvent à l'Authorized Version ou King James Version, de 1611.

Cependant, durant tout le siècle, la Bible perd progressivement son statut de texte sacré. Quoi qu'il en soit, la présence de la Bible dans la maçonnerie anglo-saxonne, puis dans celle de l'Europe protestante, ne pose pas vraiment de difficultés. La France, au XVIIIe siècle, occupe une place à part dans les nations catholiques, car elle dispose de bonnes traductions des livres saints, notamment celle dite « de Sacy ». De plus, malgré le courant ultramontain « à l'espagnole », hostile aux traductions et à l'accès direct des fidèles au Livre, et les tenants de la Regula IV de l'Index qui permettent la lecture des textes sacrés aux seuls laïcs « capables » et autorisés par le clergé, les élites, dans lesquelles se recrutent les maçons, sont largement influencées par le jansénisme*, le gallicanisme et le «laïcisme doctrinal » (courant dont les adeptes veulent avoir accès à la Bible comme source directe d'informations en matière doctrinale et morale et même, pour les plus radicaux d'entre eux, pour en faire un moyen de contestation anticléricale). La présence de la Bible dans les loges françaises ne posait pas vraiment de problème. Cependant, une relative sécularisation des esprits à la fin du XVIIIe siècle conduit le Grand Orient , lorsqu'il fixe le Rite Français , à faire prêter le serment du néophyte sur le livre de la Constitution (1786), montrant qu'on peut maçonner à la gloire du Grand Architecte  sans obligation biblique. Notons que le manuscrit Dumfries n° 4 (vers 1710) mentionnait déjà un autre ouvrage de référence (le Livre des constitutions d'Euclide), même s'il précisait que l'obligation devait être prêtée sur la Bible.

Entre-temps, dans la maçonnerie anglo-saxonne, vont progressivement s'imposer les systèmes maçonniques héritiers des Anciens , qui considèrent la Bible comme une des Grandes Lumières. Ainsi The Three Distinct Knocks (1760) précise: « Lorsque la lumière vous fut donnée, quelles furent les premières choses que vous vites?- La Bible, l'Equerre et le Compas.-Que vous a-t-on dit qu'elles signifiaient ?- Les trois Grandes Lumières dans la maçonnerie. - Expliquez moi cela, mon frère.- La Bible pour diriger et gouverner notre Loi... »

Déjà le manuscrit Dumfries n° 4 avait classe la Bible parmi les trois « piliers » ou « colonnes» de la loge, tandis que le manuscrit Wilkinson (vers 1727) qualifiera la même triade de «meubles».

Au milieu du XIXe siècle, la maçonnerie britannique accueille de plus en plus de membres non chrétiens et non juifs, notamment aux Indes , et doit leur faire prêter serment sur les livres saints de leurs religions respectives. Ainsi apparaît l'expression Volume of the Sacred Law dont la Bible n'est désormais qu'une des versions possibles. Toujours obligatoire dans la maçonnerie «chrétienne », elle est considérée comme un symbole dans certaines obédiences libérales ou «ésotériques » et sera supprimée (ou demeurera facultative) dans la maçonnerie agnostique. En France, aujourd'hui, fait nouveau depuis la fin des années l980, une bonne moitie des loges (toutes obédiences confondues) utilise la Bible (ou un autre « volume de la Loi sacrée »)

Demeure une dernière question: à quelle page faut-il ouvrir la Bible? Le premier rituel connu, la Masonry Dissected (1730), fait état d'un serment prêté sur la Bible, ouverte au chapitre premier de l'Evangile de Jean. On trouve déjà des preuves de cet usage dans la maçonnerie pré-andersonienne (manuscrit des Archives d Edimbourg, 1696): « Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entre, qui ai juré par Dieu et saint Jean... »

La divulgation du lieutenant de police de Paris R. Herault (1737-1738) et le procès-verbal de la descente de police à l'hôtel de Soissons (Paris, 8 juin 1745) prouvent que ces habitudes avaient également cours dans la jeune maçonnerie française.
Cet usage va se généraliser, comme le montre l'instruction du Rite Ecossais Rectifie*, rédigée en 1809 par Willermoz  Il est demeuré largement majoritaire dans le monde maçonnique, du moins pour le grade d'apprenti. Pour les deux degrés suivants, il n'y a pas d'usage clairement établi comme le montre The Three Distinct Knocks (1760), qui fait état de trois obligations mais sans mention de support biblique. Une tradition se crée alors Ainsi, dans le Webb-Preston-Work (1797) le premier grade doit utiliser le Psaume 133, le deuxième Amos 7, et le troisième l'Ecclésiaste 12. Une Grande Loge américaine prescrit même d'ouvrir la Bible au hasard, tandis que l'Américain Harvey N. Brown conseille de le faire au premier chapitre de l'Evangile de Jean (1°), au verset 6 du premier Livre des Rois (2°) et a l'Ecclésiaste 12 (3°). Dès le XVIIIe siècle, la légende hiramico salomonienne (et/ou la volonté de recevoir des Juifs) a conduit certaines loges à préféré l'ouverture de la Bible au premier Livre des Rois (chap. 5 ou 8).

  

II. La Bible, source principale du fonds maçonnique

On peut estimer grosso modo que les deux tiers des mots sacrés et des mots de passe*, des titres des officiers, des personnages des légendes maçonniques des devises et des acclamations, sont d'origine biblique
Les sources scripturaires de la franc-maçonnerie sont principalement vetero testamentaires. Si l'on suit la « chronologie » biblique, on trouve plusieurs dizaines de figures de l'Ancien Testament à l'origine de très nombreux personnages ou « mots » maçonniques. Loin d'être exhaustifs, citons Adam que quinze auteurs voient comme vénérable de la loge sise à l'orient de l'Eden, Eve dans le rite d'Adoption, Tubal-Cain, Enoch, Nemrod, « Phaleg », Abraham, Loth, Jacob et sa fameuse échelle, Joseph, Bethsabée. Ohaliah, Esdrast Nehemie, Judith ou Ezéchiel. Certains jouent un rôle plus déterminant comme Noé. Dans la deuxième édition des Constitutions , Anderson rappelle que le maçon doit se conduire en « vrai noachite ». Le pasteur précise également que l'Arche* fut « fabriquée selon la géométrie et d'après les règles de la maçonnerie». De plus, la légende noachique rapportée par le manuscrit Graham va servir en partie de matrice au mythe d'Hiram. Il en est de même pour Moïse, assez régulièrement évoqué dans les O!d Charges, le rite d'Adoption et plusieurs degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepte . S'ajoutent les deux thèmes mosaïques de la construction du Tabernacle et du serpent d'airain. Mais, bien sur, les deux personnages bibliques omniprésents dans la thématique maçonnique sont le roi Salomon et Hiram. Les textes des Rois et des Chroniques fournissent une foule de détails à la symbolique maçonnique, notamment à l'architecture du temple et aux colonnes. Ils sont à la base du grade de maître, mais les légendes hiramico-salomoniennes se poursuivent jusqu'au 14º du Rite Ecossais Ancien et Accepte, et même de manière plus discrète dans quelques grades chevaleresques (26°)« Avant » le Temple de Jérusalem, c'est la tour de Babel qui inspire divers aspects du corpus maçonnique. La construction du Temple est le thème central des 15°, 16° et 20° du Rite Ecossais Ancien et Accepte. Elle est également présente, de manière plus discrète, dans Régime Rectifie (Maître Ecossais de Saint-André) et la franc-maçonnerie des hauts grades anglaise (exaltation au Royal Arch) . L'Ancien Testament se retrouve également en maçonnerie par des lieux géographiques ou des villes (Gabaon, Babylone), des mots (Balthazar), des expressions et des acclamations (Alléluia), des titres (Athirsata), des nombres (2, 4, 7, 12 par exemple), des végétaux (acacia), des expressions linguistiques (Schibboleth), des récits, sans compter les noms de Dieu (Adonaï, Jéhovah, lod).

Le Nouveau Testament est surtout présent par les deux Jean, le Baptiste et plus encore l'Evangéliste. André occupe une place importante, notamment au 4° du Régime Rectifié et au 29º du Rite Ecossais Ancien et Accepte. Le Baptiste enseigne comment se préparer à recevoir la Lumière, tandis que l'Evangéliste est celui dont les effets s'opèrent en lui: « Le Verbe était la vraie lumière qui en venant dans le monde, illumine tout homme» (Jean 1, 9). Si les trois autres évangélistes sont très présents par leur texte, les autres apôtres (sauf Pierre et Thomas) sont plus discrets dans le corpus maçonnique. Peu présent ailleurs, Jésus est toutefois la figure centrale du grade de Rose Croix. Les références bibliques donnent à ce degré sa densité néo testamentaire (foi-espérance-charité, Nazareth-Raphaël Juda, INRI, Emmanuel-Pax vobiscum, signe du Bon Pasteur, sans compter la Cène, et l'Agape du jeudi saint) que les réécritures successives, notamment en France aux XIXe et XXe siècles, ont du mal à effacer. Le thème de la Jérusalem céleste (notamment dans la maçonnerie « chrétienne ») est l'accomplissement des «mystères » maçonniques. Enfin, la maçonnerie a emprunte au Nouveau Testament, notamment à l'Apocalypse, des mots, des objets (les sept chandeliers), des lieux (Nazareth), des personnages (la veuve), des gestes (les trois coups}, des ateliers (Boulomie = archiloge), des expressions (Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie), des animaux (agneau, coq), sans oublier tout ou partie de certains récits évangéliques, comme le thème de la pierre rejetée (Matthieu 21, 42; Marc 12, 10; Luc 20, 17).

Source : http://vrijmetselaarsgilde.eu/Maconnieke%20Encyclopedie/Franc-M/fra-b-05.htm

 

Par Y. H.M. - Publié dans : fondements bibliques de la FM
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