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Hauts Grades

La Chair quitte les Os, tout se désunit

11 Juin 2013 , Rédigé par A\ M\ Publié dans #Planches

En maçonnerie, le fondement du troisième degré réside dans le mythe de la mort d’Hiram, comme l’a brillamment démontré le penseur roumain Mircea Iliade. Hiram est mort, assassiné par ses frères, les trois mauvais compagnons. Hiram Abi est brièvement mentionné dans la bible au premier « livre des rois » : Le roi Salomon fit venir de Tyr Hiram qui travaillait sur l’airain. Hiram était empli de sagesse, d’intelligence et de savoir. Il arriva auprès de celui-ci, et exécuta tous ses ouvrages.

Les rituels maçonniques ont développé le texte initial en créant la légende de l’assassinat. L’une des versions les plus anciennes parait dans « l’ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé (17’’) : Adoniram, ou Hiram, à qui Salomon avait donné l’intendance des travaux de son temple, avait un si grand nombre d’ouvriers à payer qu’il ne pouvait les connaître tous ; il convint avec chacun d’eux de mots, de signes et d’attouchements différents pour les distinguer.

Pour ce travail, j’ai relu avec grand plaisir « voyage en orient » de Gérard de Nerval qui lors de ma première approche, ne m’avait pas marqué autant. Je pense que c’est la plus belle version de la mort d’Hiram écrite en 1850. (Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies) page 235, volume 2. Sans dévoiler la cérémonie de l’exaltation à la maîtrise, il signale que l’assassinat d’Hiram en constitue le principal élément. Il a su transcrire avec un réel talent tout ce qui caractérise l’humanité : amour, passion, fanatisme, envie, jalousie, amour propre, orgueil et lâcheté. La franc-maçonnerie révèle par le mythe d’Hiram, qu’elle souhaite rassembler les êtres humains qu’elles que soient leurs forces et leurs faiblesses. Elle apprend aux hommes à dominer leur nature.

Le compagnon Méthousaël agressa Hiram d’un coup de marteau et lui demanda le mot de passe des maîtres, Hiram refusa en prétextant qu’il n’avait pas 7 ans de campagne. Phanor le maçon lui enfonça un ciseau dans le flan, c’est là qu’Amrou le phénicien compagnon charpentier l’attendait pour lui crier à son tour : si tu veux passer, livre moi le mot de passe des maîtres. Hiram refusa pour la 3eme fois, et reçu le coup fatal, la pointe du compas enfoncé dans le cœur. Ils creusèrent un trou dans la terre, recouvrirent le corps, puis plantèrent une branche d’acacia sur le sol, sous lequel reposait la victime. Le bruit du meurtre c’est répandu, et le roi ordonna que neuf maîtres partent à la recherche du corps de maître Hiram. Il c’était passé 17 jours : les perquisitions aux alentours du temple avaient été stériles, et les maîtres parcouraient en vain les campagnes. Ils trouvèrent un lopin de terre récemment fouillé, et se mirent à gratter avec leurs ongles. « Changeons le mot de passe des maîtres » dit l’un d’eux, si nous le retrouvons, la première parole qui sera prononcée par l’un de nous serra celui-ci » ; Le serment fut juré, et leurs mains s’unirent. Le cadavre fut alors reconnu, il gisait sous la branche d’acacia, symbole d’une vie indestructible. Lorsqu’ils le soulevèrent la peau se détachait des os. L’un d’eux s’écria « makbénach », qui signifie « la chair quitte les os, ou bien fils de la putréfaction ». Dans la plupart des traditions, le mythe de l’homicide figure en bonne place. Il en est ainsi chez les Egyptiens, où Seth tue son frère Osiris, comme dans l’ancien testament où Caïn fait de même avec son frère Abel. Les romains reviennent aux sources avec Romulus, meurtrier de son frère Remus. Dans le nouveau testament enfin, ce sont les frères spirituels qui condamnent Jésus Christ. Lors de l’exaltation à la maîtrise, ce scénario est reproduit à l’identique. Le vénérable maître s’approche. Le second surveillant s’exclame ; « voilà l’acacia ». Après que le vénérable maître a identifié le cadavre, le second surveillant se penche sur celui-ci ; il saisit l’index de la main droite-le doigt sur la base duquel s’exerce l’attouchement d’apprenti, et prononce le mot sacré du grade. Il tente ainsi de le ranimer en faisant appel à l’énergie intérieure, orientée verticalement comme le fil à plomb. Le doigt lui échappe, il s’écrit alors « la chair quitte les os ». Le premier surveillant essaie à son tour, il saisit le médius sur la première phalange duquel s’exerce la demande du mot sacré de compagnon, et énonce celui-ci. Lui aussi constate l’échec de sa tentative : « tout se désunit ». Désunir est synonyme de séparer et casser. C’est la rupture, la dislocation, la brisure d’une œuvre en cours d’élaboration. La chair ayant quitté les os, il ne reste plus que le squelette. « La chair quitte les os, tout se désunit » thème de cette planche au 3eme degré. Cette phrase est un constat de l’état de putréfaction qui peut rappeler la phrase de l’apprentissage, où le néophyte est mis symboliquement en terre. La mort détruit tout l’artificiel qui est en soi. La chair tombée en poussière dans le tombeau rappelle le monde transitoire, d’une vie qui passe. Le second surveillant préside la colonne B, féminine : représenté par la lune sur le tableau de loge, il est prédisposé à remarquer ce qui a trait à la vie, sa réaction est donc naturelle, il découvre l’état de putréfaction du corps, la chair symbole de vie a quitté les os. Le premier surveillant préside la colonne J, masculine. Il est représenté par le soleil ; sa correspondance astrologique est mars. Cette symbolique à connotation virile le conduit à être responsable de l’ordre de la loge et à symboliser la force. Il voit alors le désordre : tout se désunit. Par ce double échec, l’impétrant découvre que les enseignements reçus au cours des deux premiers degrés ne s’avèrent pas suffisants pour assimiler le message qui lui est proposé. Trois maîtres seront nécessaires pour ressouder la chaîne et faire renaître Hiram. Il faut être 3 pour transmettre le mot de maître, de même que les compagnons sont trois pour faire obstacle à la continuité de la transmission. Le vénérable maître joignant son énergie à celle des deux surveillants, permet à Hiram de passer de l’horizontalité à la verticalité par les cinq points parfaits de la maîtrise. Je rappellerai rapidement ces 5 points. Le premier consiste en l’attouchement qui se fait en se prenant mutuellement le poignet droit en formant la griffe, pour le second, qui est pédestre, il faut rapprocher réciproquement le pied droit par le côté intérieur. Le 3eme, se toucher le genou droit fléchi, puis rapprocher les poitrines du côté droit, et le 5eme poser réciproquement la main gauche sur l’épaule droite vers le dos et appuyer la main sur le dos. L’immortalité transite par la pourriture : La germination des plantes est liée à une décomposition. Une vie nouvelle passe par un anéantissement. Il ne s’agit pas d’une résurrection comme Lazare, qui se retrouve réinséré à la vie, c’est au contraire une nouvelle génération nommée palingénésie. ( Ce mot est très peu usité, 2 fois seulement dans le nouveau testament, est employé pour renouvellement ou renaissance ).

Très nombreuses sont les traditions qui font appel au mythe de la « mort-résurrection », de l’éternel retour. Quand le phénix sentait sa mort proche, il s’exposait au soleil jusqu’à ce que les rayons le consument. De la moelle et des os sortait un œuf d’où émergeait un oiseau régénéré. Quand Osiris eut achevé son œuvre, l’enseignement de la culture du blé et de la vigne, Typhon le tua sauvagement, déchira son corps en morceaux et les jeta dans le Nil. Apprenant la nouvelle, isis se dépêcha vers le fleuve, et patiemment, rassembla ce qui est épars. Osiris put ainsi renaître à une nouvelle vie. Ainsi que la décomposition de l’œuf philosophique des alchimistes, doit engendrer la pierre philosophale. La mort est indispensable et nécessaire à la régénération. Tout être, tout objet existant s’use, s’amenuise, vieillit. Pour se régénérer, il faut que toute réalité retourne dans l’ « amorphe », se fonde en lui pour retrouver l’unité primordiale dont elle provient. Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique est alors dissoute et les éléments se confondent. La masse putréfiée renferme un germe dont la dissolution favorise le développement. Ce foyer d’une nouvelle coordination commence par s’échauffer, en raison des énergies qui s’y trouvent emmagasinées. La chaleur dégagée repousse l’humidité et s’enveloppe d’un manteau de sécheresse. Ainsi se reconstitue l’écorce terrestre qui sert de matrice au feu qu’elle sépare de l’eau. La terre se recouvre d’une luxuriante végétation grâce à l’humidité. La putréfaction c’est aussi le passage du règne végétal au règne animal, du règne animal au règne minéral. Elle cause la résurrection des germes minéraux, végétaux et animaux, rendant la chaleur obscure lumineuse, le fixe volatil sous la forme d’hydrogène sulfuré, sous la forme aussi d’animaux comme les papillons. Qu’on prenne une botte de cresson, qu’on la couvre d’eau distillée, et qu’on expose le tout à la température de 30°, au bout de 8 jours on verra dans le liquide des bacilles, au bout de 15 jours on apercevra des vers, au bout de 15 autres jours la mouche domestique. Puis les chrysalides enfanteront la mouche domestique des papillons nocturnes ou crépusculaires. On obtient la même série avec un morceau de viande, c’est le passage du règne végétal au règne animal. Les cellules végétales se sont transformées en cellules animales. Tout corps qui se putréfie absorbe de l’oxygène. C’est la dissociation des éléments atomiques. Plusieurs autres exemples de régénérescence que nous offrent la nature, comme l’arbre sec de l’hiver qui va reverdir après la Saint-Jean, du grain se décomposant en terre, va sortir une jeune plante ; des grappes pourrissant à l’aide du champignon parasite « botrytis » méticuleusement triées, donneront le prestigieux château Yquem ; de même que des restes d’Hiram surgira un nouvel initié. L’esprit survit à la matière. La réintégration est ici purement spirituelle.

Selon René Guénon, il existe dans le corps humain une particule indestructible, représentée symboliquement comme un os très dur, et à laquelle l’âme demeurerait liée après la mort. Cet os, est appelé LUZ. Ce nom a souvent le sens d’amande. Comme le noyau contient le germe et l’os la moelle, le luz contient les éléments virtuels nécessaires à la restauration de l’être. Cette restauration s’opèrera sous l’influence de la rosée céleste revivifiant les ossements desséchés. Cet os situé à l’extrémité de la colonne vertébrale est désigné sous le nom de sacrum.  

En maçonnerie, la solidité de l’édifice n’a rien à craindre de la pluie, du vent ou des clameurs furieuses du dehors ; mais les ouvriers qui travaillent mal et dans un mauvais esprit compromettent la corporation, qu’ils peuvent même tuer, si celle-ci ne possède pas un pouvoir suffisant de résistance à la dissolution. C’est le péril intérieur. Une institution indispensable au développement de l’humanité ne saurait d’ailleurs disparaître, car elle bénéficie d’un esprit de vie éternelle. C’est la seule qui ait pu prévoir sa propre décadence et la façon d’y remédier. Mais pour ressusciter plus forte et plus glorieuse, la maçonnerie doit se prémunir contre le mal qui détermine sa perte. Il s’agit d’un triple fléau représenté par l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Ce sont là les compagnons indignes, qui s’attaquent au respectable maître Hiram, c'est-à-dire à la tradition maçonnique personnifiée. Que cherchent les maîtres, « la parole perdue » ; thème central de l’enseignement initiatique, clé de la connaissance. Si la parole perdue est retrouvée, c’est le grand œuvre qui se réalise. En d’autres termes, notre évolution, celle du monde et de tous les êtres, rentre dans le programme de la grande initiation progressive, dont l’initiateur prend le nom de logos. Ce mot grec qui signifie parole, raison, verbe, se rapporte en réalité à la lumière intellectuelle. « au commencement était le verbe » c’était le matériau avec lequel allait être bâti l’univers. Elle apparaît sous la forme du tétragramme hébraïque inscrit dans le delta lumineux. La parole perdue correspond au paradis perdu. La sépulture d’Hiram retrouvée, les maîtres s’efforcent de le faire renaître, lui et la parole. Les meurtriers d’Hiram ainsi démasqués, nombreux hélas, ne savent pas le plus souvent ce qu’ils font, plongés dans l’ignorance maçonnique. C’est justement parce qu’ils ignorent tout, qu’ils censurent ce qui dépasse leur compréhension.

C’est ici que la maçonnerie révèle tout son héritage alchimique, puisque le 3eme degré nous montre que le but essentiel de toute société initiatique est la transmission. Le maître doit mourir pour ressusciter dans un disciple, chose indispensable pour qu’un ordre initiatique devienne vivant. La transmission va du savoir à la connaissance. C’est celle qui engage chacun de nous, et nous met en capacité d’atteindre une vraie maturité. Elle fait appel à notre intelligence du cœur.

Nous commenceront donc par nous-mêmes en essayant d’extirper nos vices. Nous seront vraiment à la hauteur de la tâche le jour où nous saurons nous montrer instruits, tolérants et désintéressés. La maçonnerie enseigne aux hommes à s’aimer, malgré tout ce qui les divise. C’est ainsi que le nouveau maître maçon parvenu à la sagesse peut enfin sillonner le monde de l’orient à l’occident et du midi au septentrion, afin d’essayer de rassembler ce qui est épars.

Source : www.ledifice.net

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