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Hauts Grades

La corde

5 Août 2012 , Rédigé par Pierrette DUR :. Publié dans #Planches

La corde, ce choix de sujet au 1er degré n’est pas le fait du hasard, d’ailleurs aucun de nos choix n’est le résultat du hasard, il reflète toujours une part de notre sensibilité, une résurgence de notre moi.

Apprentie, je l’ai été et je le suis toujours, la corde, quand on regarde les murs du temple, court sous la plafond le long des murs du septentrion, de l’orient et du midi. Elle me paraissait à la fois décorative et mystérieuse avec ses nœuds et forcément attachante, liante mais, ouverte du côté de la porte à l’occident avec une houppe à ses extrémités comme un nœud à un mouchoir en signe de rappel, rappel de l’engagement de l’initié de l’intérieur vers l’extérieur.

La corde, c’est d’abord un mur d'enceinte qui délimite et sacralise l'espace du temple qu'il enserre. La corde " noue " le lieu habité par une puissance spirituelle, en nous mettant dans une situation d'extra-territorialité, pour échapper à la corruption du monde profane et à l'usure du temps. Ce mur d'enceinte empêche les influences néfastes de pénétrer, la non-ingérence dans notre état dan l’Etat, la corde évite que les influences bénéfiques ne se dispersent. On peut penser aux cordes du ring de boxe, à la corde qui délimite un jardin chinois ou à celle qui barre l’accès d’un passage dangereux.

La corde représente plus qu’un lieu, c’est un tout, un univers. Les douze nœuds qui la parcourent représenteraient les 12 signes du zodiaques afin de symboliser l’équilibre du monde et celui de la loge.

Mais, la corde nouée symbolise toute forme de lien et elle possède des vertus secrètes ou magiques. La symbolique de la corde se rattache à la création de la vie sur terre avec le cordon ombilical qui en constitue l'archétype. Elle figure l'attachement et/ou le détachement (la vie et/ou la mort), ce cordon vital nous relie à la Terre-Mère nourricière durant la période de gestation et sa rupture signe la naissance à la lumière (avec un cri !). En F.M. elle nous rappelle notre détachement des métaux, notre mort et notre renaissance.

Passée autour du cou, la corde symbolise le mariage, mais elle peut signifier notre pendaison ! (au propre et au figuré !) La symbolique de la pendaison est celle que l’on retrouve dans les plus anciennes représentations du tarot, c’est celle du pendu suspendu par une corde par un pied ; il est le seul à avoir la tête en bas, comme une posture de yoga. La corde le prive de son corps et de la possibilité matérielle d’agir, par contre, l’inversion du corps par l’irrigation du cerveau augmente les potentialités mentales et spirituelles, permettant à l’intellect d’avoir un regard différent sur les choses et sur les êtres.

La lecture symbolique de la corde est que le pendu est lié et relié à ses pensées pour voir l’intérieur en profondeur et non plus seulement la surface superficielle . De surcroît, la corde imprime une parfaite verticalité de par l’attraction terrestre entre le ciel et le centre de la terre et donc favorise un juste équilibre de la pensée. Elle représente alors le moyen et le désir de l’ascension intellectuelle au mépris du corps et du temporel.

Cette symbolique était déjà répandue dans l’Antiquité, la télété (l’accomplissement) était un rituel d’initiation de la descente aux enfers, aux portes de la mort dans un antre dont on remontait, attaché par une corde à un pied. Ainsi initié, de retour parmi les vivants,on tranchait la corde en gardant la corde nouée autour de la cheville (ce qui est encore d’actualité) plusieurs mosaïques grecques et romaines en font foi.

La corde nouée, c’est aussi un cordeau, une corde à treize nœuds et douze espaces, en plaçant le treizième nœud sur le premier. C’est un outil appelé aussi corde d’arpenteur, directement utilisé par la maçonnerie opérative provenant de la nuit des temps, connu et vénéré des égyptiens. Tous les apprentis avec le cordeau pouvaient tracer et mesurer sur la base d’une même mesure et ce, sans savoir ni lire, ni écrire. Ils apprenaient à associer cet outil avec la géométrie pythagoricienne pour construire un angle droit sans équerre. L’apprentie peut alors donner corps aux fondations du mur à construire, en tendant la corde entre des piquets pour faire une tranchée droite, puis pour aligner les pierres en élévation. L’apprentie apprend du cordeau l’infaillibilité d’un repère fixe face à la matière et l’impartialité de la précision face aux limites et aux proportions. La corde lui enseigne à formuler sa pensée pour construire avec rigueur.

En tant que femme FMaçonne, je ne résiste pas à vous parler de la déesse SESHAT « shafkhet », qui dans la mythologie égyptienne, était une déesse de sagesse, de connaissance et d’écriture, elle était la compagne et l’assistante du dieu THOT qui était le scribe sacré des Dieux et des Enfers. SESHAT était la protectrice de tous les projets de construction du pharaon, elle avait pour attributs le maillet pour planter les piquets et la corde « pour tirer la corde » entre les piquets et jeter les bases du temple sur le sol en assurant l’alignement du sacré et la précision des dimensions du plan. C’est l’unique femme qui est représentée en train d’écrire, sachant lire et écrire et qui avait la responsabilité de l’enregistrement par écrit des paroles du pharaon. Elle figure dans le rituel funéraire sur la formule pour faire revenir le mort dans sa maison. Elle était habillée avec un peau de léopard dont les taches rappelaient les étoiles, symbole d’éternité.

Enfin, le cartouche contenant le nom du pharaon, est aussi une corde terminée par un nœud, textuellement la corde ainsi nouée veut dire « tout ce que le soleil entoure » donc la corde représentait une protection du nom du pharaon dans tout l’univers.

L’univers, c’est le cercle sans fin de la mort et du renouveau de la vie, des saisons, des signes du zodiaques dont les étoiles sont reliées par une corde imaginaire et représentés dans un cercle. L’éternité, le temps est représenté par une courbe fermée, une roue, un vitrail, une corde, un serpent qui se mord la queue et qui tue la notion de la mort parce qu’il n’y a plus de commencement, ni de fin.

Ce serpent–corde, c’est l’ouroboros des alchimistes, (qui a été d’ailleurs choisi comme élément d’une médaille d’une future loge de nos sœurs) c’est à la fois le mouvement, la continuité, l’éternel retour. Le serpent-corde est aussi une base de l’enseignement traditionnel hindou qui explique « lorsque vous prenez une corde pour un serpent, celui-ci n’existe qu’en tant qu’idée dans votre mental. Il se peut que cette idée vous cause beaucoup d’inquiétude et que vous dépensiez beaucoup d’énergie mentale pour prendre une décision et agir… sur un fait imaginaire et trompeur. Lorsque vous voyez la corde, vous voyez le Soi c’est-à-dire vous ne voyez plus le mental, l’illusion, mais seulement le substrat, le SOI, la corde : c’est l’absolu, la simple réalité. Les Romains disaient « le serpent n’engendre point la corde » et un proverbe arabe dit « celui qui a été mordu par le serpent a peur de la corde »

Enfin, le serpent mort dans la Flûte Enchantée de Mozart, figure et représente à l’extérieur le monstre intérieur du héros Tamino qui va être initié. Ce serpent c’est la traduction maçonnique de la mort du profane qui va se transfigurer ; par la mort de ses passions humaines, il va rentrer dans l’univers sans fin de la corde… dans la perpétuelle évolution, l’infini.

Cette corde-serpent, vous la portez sur vous à chaque tenue, chaque fois que vous ceignez votre tablier à votre taille, vous vous attachez avec le fermoir façonné en huit de l’infini et gravé de la corde-serpent pour entrer dans l’ouroboros, c’est-à-dire dans un autre temps, et pour tendre vers la perfection dans un lieu clos. La corde est la réalité ultime, le silence de la conscience qui dissipe l’erreur et révèle la vérité.

Le nœud en lac d’amour est-il ce « huit couché » de l’infini ? - pas vraiment, cette notion est récente du XVIIe siècle dénommée par un mathématicien anglais John Wallis. En fait, le lac d’amour est un nœud simple sur une boucle, décrit et défini dés le Moyen Age comme un cordon entrelacé circulairement, dont les bords traversant les centres, ressortent l’un à dextre et l’autre à senestre ; c’est un nœud desserré et stylisé d’une corde qui, lorsqu’on la tire des deux côtés à la fois devient de plus en plus serrée et indénouable. Le lacs d'amour, ou lacet, est au Moyen-Age, de même que les deux mains entrelacées que l'on voit souvent en héraldique, le symbole d'une amitié indissoluble, de la foi jurée par les chevaliers. Il était porté aussi sur l’écu des femmes nobles veuves en signe d’indissolubilité de leur mariage avec l’époux perdu. Ce nœud est un symbole d’unité éternelle.

Ce nœud appelé aussi nœud de huit est un nœud d’arrêt, résistant, c’est le nœud du baudrier du 1er de cordée en alpinisme ou du spéléologue, c’est un nœud sûr, facile à vérifier. L’idée de la cordée souligne le lien entre les membres de la loge, le symbole de la solidarité pour aller de l’avant dans notre engagement, sans qui rien ne serait possible et l’expression du serment fraternel qui nous relie les unes aux autres.

La symbolique maçonnique a fait de ce noeud le symbole de l'union entre tous les Maçons. Ces entrelacs sur la corde à noeuds symbolisent la chaîne d'union, dégantées, mots murmurés, les lacs d’amour et la chaîne d’union représentent la puissante fraternité des bâtisseurs. L’apprentie y reçoit la révélation de ce message impliquant les notions de partage, de loyauté et de fidélité de façon tout à fait intuitive ; la chaîne d’union est propice à la création de l’énergie, à un fluide qui court du plus faible maillon au plus fort, et comme la corde aux lacs d’amour, les Sœurs toutes égales se donnent la main pour former le cercle, symbole d’unité et de force.

La corde est l’image de la fraternité comme les scientifiques l’ont découverte et comme les alchimistes l’avaient imaginé, dans tous les brins de la corde torsadée entrelacés de la double hélice de l’ADN.

En poursuivant leurs recherches, certains biologistes décrivent l'ADN comme une "forme ancienne et élevée de biotechnologie", qui contient, à volume égal, "jusqu'à cent mille milliards de fois plus d'information que nos puces informatiques les plus sophistiquées".

Est-ce bien une science ?- cette corde si miniaturisée, créatrice de vie, est- elle la source de l’être physique ? – et / ou spirituel ?

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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