Jeudi 28 juin 2012 4 28 /06 /Juin /2012 07:30

 « Au gui l'an neuf ! ». C'était par cette expression ou plus exactement par celle « d'aguilaneuf » que l'on se saluait déjà au Moyen Age, le premier jour de la nouvelle année. Aujourd'hui une tradition en est restée : celle de s'embrasser sous une boule de qui lorsque tintent les douze coups de minuit, le 31 décembre. Bien sûr on a toujours rapproché cette locution et cette coutume du sacrifice druidique qui suivait chaque année en l'honneur du pre­mier jour de l'an la cueillette cérémonielle du gui faite à la serpe d'or. Pourtant la réalité comme toujours paraît beaucoup plus complexe. Tout d'abord on peut rapprocher « aguilaneuf » d'un vieux terme « aguignettes » qui en certaines provinces signifie les étren­nes. Or les « étrenneurs » parcourent encore de nos jours la lande bretonne en chantant une vieille chanson dont le refrain est « Eghi­nad'né », ce qui veut dire « Donnez-nous » mais que les celtisants considèrent comme un véritable mot sacré en rapport avec « l'Eghi an ed », la fête du germe de blé. Et par-là on revient aux druides et à notre vieille âme celtique. Les paysans celtes en effet avaient constaté que le blé ne commençait à germer qu'au cours de la nuit mystérieuse à partir de laquelle le jour va recommencer à croître, la nuit du Solstice, la nuit de la Saint Jean, la nuit de Noël. Pour célébrer cette nuit ou ce jour, les druides avaient décidé d'accomplir l'offrande du grain aux dieux de la terre. Puis la coutume, tout naturellement, s'établit d'offrir dans les pays celtes, au moment du solstice d'hiver, des vivres aux plus nécessiteux.Vint le christianisme qui baptisa la coutume païenne, se l'ap­propria et transforma la fête du germe de blé « eghi an ed » en « eghinad'né ». Ce nom fut à l'origine de la guignolée canadienne qui donna finalement l'interjection « au gui l'an neuf ». Mais la tradition de vénérer le germe de blé — qu'on a sou­vent assimilé pour sa forme au foetus de l'homme — resta et se répandit même sur toute la terre. En Espagne on appelle le cadeau de l'an nouveau « l'aguinaldo » et les Galiciens qui sont d'anciens celtes fêtent « l'aguilando », ce qui signifie en espagnol ancien la chrysalide à peine dégagée de son cocon. Toujours l'idée de renouveau, de renaissance. Mais à côté du germe de blé dont le symbolisme est évident, le gui ne figure-t-il pas la plante de la médecine et peut-être de l'immortalité ?... Le gui que l'on ne trouve plus aujourd'hui sur les chênes — est-ce une malédiction des dieux anciens ? — était associé à l'arbre sacré des druides. Arbre de la prophétie (déjà en Grèce on citait les chênes de Dodone en Epire) et dont le bois imputrescible servait à fabriquer les pentacles (nos étoiles à cinq branches) et les croix celtiques, haut symbole du savoir initiatique

Noël, Jour de l'An, fête des Rois, constituent, dans cette pers­pective, une bien curieuse triade. Noël en effet a remplacé les anciennes fêtes du solstice d'hiver, célébrées chez les Perses et les Romains. Etablie à Rome dès 336 et à Jérusalem depuis 440 la fête de Noël fut rendue obligatoire au VI' siècle par un édit de l'empereur Justin. Jadis célébrée par des danses et des feux de plein air, comme lors de la Saint Jean d'été, elle reste aujourd'hui une fête intime, de famille, de retour sur soi, celle où germe pré­cisément la petit graine de l'espérance. L'arbre n'est plus brûlé : on se contente d'y accrocher des lumières multicolores ; mais il reste un symbole essentiel par son feuillage toujours vert, à l'image légendaire de celui des anciens chênes sacrés. Longtemps encore d'autre part les grandes fêtes de décembre ont perpétué le souvenir des saturnales romaines. La fête des fous moyenâgeuse, par sa licence, sa parodie ou mieux l'inversion totale à laquelle elle donnait lieu, ne peut que rappeler cette fête de Saturne durant laquelle les esclaves avaient droit de comman­der aux maîtres et où nul désir n'était refréné. On trouverait d'ail­leurs hier et aujourd'hui, des coutumes identiques aux quatre coins du monde, du Cambodge à I'Egypte ancienne, du Tibet à certains territoires de tribus africaines.

La fête des fous ou fête de l'âne — car un âne chamarré d'or­nements sacerdotaux était promené avec autant de pompe que de burlesque dans les rues de la ville — donnait prétexte à toutes sortes de réjouissances et de parodies (voire de psychodrames) jusques au sein des couvents où l'on appelait ce jour de grand débridement « la fête des innocents », fête qui se célébrait préci­sément le 28 décembre au lendemain de la Saint Jean l'Evangé­liste au lendemain du jour où la lumière recommence à grandir.

Or Saint Jean, symbole du germe et de l'espérance, Saint Jean étroitement associé au solstice d'hiver, Saint Jean annonciateur de la Jérusalem céleste « descendue en terre », a donné par son nom latin, celui de Janus, le dieu aux deux faces, révéré en Franc- Maçonnerie à l'égal de son successeur chrétien, le patronyme du premier mois de l'année, le mois de janvier. Janus, en effet, comme nos deux Saint Jean ouvrait les portes du cycle annuel, celle des dieux (janua coeli) au solstice d'hiver et celle des hommes (janua inferni) au solstice d'été. Janus, roi et pontife, principe masculin et principe féminin, détient les deux pouvoirs : le temporel, sym­bolisé par son sceptre et le spirituel ainsi que l'indique la clef qu'il arbore. Enfin vient la fête des Rois, le 6 janvier, celle qui est sans doute le vestige le plus réel des antiques saturnales. Ces rois que nous fêtons sont en effet les rois temporaires, autrement dit les esclaves pour un instant privilégiés et auxquels on a donné pour un jour toute licence. Mais la grande fête populaire d'antan est devenue simple fête de famille. Ainsi partageons-nous le gâteau pour que le hasard désigne le possesseur de la fève. Celui-ci à son tour choisira sa reine mais non plus, comme le voulait jadis la coutume, son bouffon...

Ainsi pouvons-nous voir dans cette triade de fêtes qui accom­pagnent la naissance de l'An nouveau tout un ensemble de sym­boles qui signifient tous vie, promesse, résurrection et substitu­tion, ne fût-ce que pour un jour, que pour une heure seulement. Car chacun a droit, au moins un jour, une heure, à se mettre à la place dont il rêve, à se croire libre, tout-puissant, presque un Dieu. Et très sages en vérité étaient nos ancêtres qui avaient compris... et organisé ce besoin incoercible de l'homme.

Mais un autre besoin plus profond encore, plus irrépressible, car inhérent au cycle éternel de la création — est celui de la nou­velle naissance que nous connaissons tous, nous autres Francs- Maçons à un autre degré. Chaque fois en effet que vient l'aube d'une nouvelle année c'est comme si nous entrions dans une mai­son nouvelle. Tout est possible, tout recommence. Le germe de blé va gran­dir et donnera la moisson au bon compagnon. Et sur l'arbre sacré, le gui miraculeux nous invite au bonheur

Source : www.ledifice.net

 

Par PVI - Publié dans : Planches
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