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Hauts Grades

La Franc-Maçonnerie Écossaise dans L'Ordre français divisé (1772-1789)

11 Avril 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Organisation de la Résistance

Il ne faut pas perdre de vue que, pendant que se construisaient dans l'atmosphère relativement discrète des réunions maçonniques, de nou­velles colonnes de l'Ordre (1), des troubles graves avaient éclaté dans le royaume, auxquels ne manquaient pas de participer certains Francs- Maçons et non des moindres, comme le comte de Clermont lui-même, Grand Maître de la Grande Loge de France, particulièrement hostile à la réforme judiciaire. Ce n'est qu'après sa mort et une fois le calme à peu près rétabli, soit vers la fin du règne de Louis XV, que les Ateliers purent se regrouper sous l'autorité toute théorique du duc de Chartres, ci-devant duc de Montpensier (depuis 1752), et futur duc d'Orléans (à partir de 1785).

Aussitôt après le 26 juin 1773 et la Constitution du Grand Orient qui se dit « la seul et légitime Grande Loge », les Maîtres des Loges de Paris soutiennent qu'il n'est qu'une « obédience schismatique », créée par une assemblée « illégale, subreptice et irrégulière ». Ils proclament leur propre assemblée « Grande Loge de Clermont » et « authentique Grand Orient ».

La première Obédience, qui s'installe en face de Saint-Sulpice, au coin de la rue du Pot-de-Fer et de la rue de Mézières, et la seconde bientôt implantée rue de la Pelleterie, en face du Palais de Justice, se contes­tent réciproquement toute filiation avec la première Grande Loge de France et toute « régularité ». Il y a donc dorénavant « deux obédiences, tantôt rivales, tantôt alliées, qui prétendent détenir en exclusivité cette régularité... C'est pour interdire aux Maçons de la Grande Loge de pou­voir assister aux tenues des loges qu'il reconnaît que le Grand Orient institue le 23 octobre 1773 le mot secret qui sera exigé à l'entrée des temples »

Que l'on considère que la Grande Loge de Clermont est la continua­tion de celle qui existait avant 1773 ou qu'elle est vraiment une deuxième Grande Loge de France, elle n'en apparaît pas moins comme beaucoup plus importante qu'on ne l'a cru jusqu'ici, par suite d'une sorte de cons­piration du silence. Des travaux importants sont attendus qui la montre­ront sous un jour nouveau  et déjà des documents comme la circulaire que nous avons reproduite témoignent de sa vigueur en face de la puis­sance rivale

Mais, le duc de Montmorency-Luxembourg, Substitut d'un Grand Maî­tre non encore installé, n'allait pas laisser utiliser contre l'organe admi­nistratif qu'il avait suscité les timbres conservés par leur ancien déten­teur, le Garde des Sceaux DURET.

S'est-il adressé au pouvoir pour les faire restituer ? On peut le croire en voyant que les trois signataires DURET, BOURGEOIS et LABADIE sont mentionnés au registre d'écrou du Châtelet comme ayant été incarcérés le 9 octobre 1773 pour « affaire de Franc-Maçonnerie ». Ils seront remis en liberté le 17 octobre sans doute après retrait de toute plainte.

Notons que si les sceaux furent effectivement rendus au Substitut, les archives restèrent aux mains des Officiers de la Grande Loge et une partie d'entre elles constituent le fond Chapelle à la Bibliothèque Natio­nale.

C'est le vendredi 22 octobre seulement que le Grand Maître put être installé solennellement par le Substitut, le Grand Orateur Bacon de la Chevalerie, le Grand Secrétaire Baron de Toussainct et le Hérault d'Armes Méry d'Arcy

Dans sa harangue au Grand Maître, le Substitut prend grand soin de fixer les dimensions de son propre rôle : « Flatté de vous avoir initié dans le mystère, il m'était dû de vous inaugurer et de vous installer parmi nous. Dirigez nos travaux, soyez-en le protecteur et daignez ne jamais oublier l'hommage tendre et sincère que je vous consacre dans ce moment au nom du Peuple Maçon, et que mon cœur répète avec le plus grand plaisir ».

De son côté, le Duc de Chartres confirme les nominations, et fait porter au bas des statuts la mention suivante qu'il paraphe : « Nous confirmons et approuvons les présents statuts et règlements pour être exécutés par toutes les Loges dans toute l'étendue du globe français maçon, le 22 octobre 1773 ».

F.L.P.J. d'ORLEANS.
(Frère Louis-Philippe-Joseph)

Des deux premiers articles ainsi approuvés, le premier portait que le Grand Maître pourrait « se présenter et présider à toutes les Assem­blées de l'Ordre » ; le second que « ne pouvant se livrer aux détails de l'administration », il réfèrerait à l'Administrateur Général les mémoires ou demandes à lui adressés, relativement à l'Ordre ».

Ces dispositions, logiques et modestes en apparence, expliquent le rôle considérable joué dès lors par le substitut Montmorency-Luxem­bourg.

Il avait déjà pris l'initiative de prier les loges de faire confirmer ou renouveler leur Constitution dans un délai de deux ans. C'est cepen­dant le 15 janvier 1777 seulement que le Grand Orient déclare considérer comme irrégulières toutes les Constitutions qui n'avaient pas fait l'objet d'une demande de renouvellement

La même année, la Grande Loge qui s'intitulait, nous l'avons dit, « seul et unique Grand Orient de France » procédait à une refonte de ses statuts et règlements et les nouvelles dispositions portaient égale­ment la délivrance d'une patente de constitution aux loges qui en feraient la demande : « Les Frères Surveillants et Orateurs qui désireront obtenir des constitutions feront présenter à la Très Respectable Grande Loge une requête au nom et par le Vénérable Maître sous lequel ils auront tenu le maillet. Le certificat du Grand Orient sera annexé à la requête. Il leur sera défendu pendant tout le temps de leur instance de s'assembler en loge pour y faire des réceptions si dans ces travaux ils ne sont assistés d'un Vénérable Député de la Très Respectable Grande Loge.

Aussitôt qu'une loge régulière connaîtra une autre loge non comprise sur le Tableau envoyé par le Grand Orient, ou dont elle doutera des constitutions, elle donnera avis à la Très Respectable Grande Loge avec tous les renseignements possibles ».

Le Frère Gouillard, docteur régent de la Faculté de Droit de Paris, Grand Orateur de la Grande Loge de Clermont, exprime fort habilement le point de vue de son obédience dans des épîtres présentées comme « lettres critiques sur la Franc-Maçonnerie d'Angleterre », dont il dit que « la guerre est allumée plus vivement que jamais entre les Frères ».

Il y a en tout six lettres, publiées en deux brochures parues au prin­temps de 1774. Trois lettres sont censées émaner du Très Illustre Grand Orateur de la Grande Loge de Londres (lire évidemment du Grand Orient de France) qui présente et tente de défendre la « réforme » ; deux du Très Puissant Orateur de la Grande Loge de Dublin (lire de Clermont...) qui l'attaque vigoureusement ; la sixième faisant appel à la sagesse, com­me émanant du prétendu traducteur qui se serait adressé « à tous les francs-maçons répandus sur la surface de la Terre ».

On y lit de malicieuses satires contre un frère Mylord Taterd serru­rier de la Cité (en réalité Testard, Vénérable de la Loge « la Victoire »), contre le Frère Doct. Méd. G., créateur d'une Université maçonnique (Gerbier de Werchamp, médecin du Comte de Provence, le futur Louis XVIII, et Maître de la Parfaite Unité), contre les « mots du guet », etc.

Mais il critique surtout l'organisation nouvelle avec le corps des Grands Officiers qui font presque tous partie de la Loge de Montmo­rency-Luxembourg et l'Assemblée Générale qui s'appellera bientôt le Convent.

« La Grande Loge ne pourra être mieux comparée qu'à notre Parle­ment de la Grande-Bretagne. Elle sera composée de la Chambre des Pairs et de la Chambre des Communes. Les Pairs présideront à ce Conseil souverain ; et, comme la dignité ne meurt pas, ils conserveront leur place tant qu'il leur plaira de la garder. La Chambre des Communes sera composée de quelques Maîtres de Londres (Paris) et d'un bon nombre de Députés de province qui changeront tous les ans, s'ils ne sont conti­nués par une nouvelle élection... » Suivait un appel à la « quotité » et à la « souscription », l'argent étant « le nerf de la République ».

Dans les lettres suivantes l'auteur critique, à la manière du temps, l'organisation nouvelle : « En vain ai-je représenté que le nouveau Régime rétablissait l'égalité par tête qui fut toujours regardée comme la base de notre Constitution... On soutint au contraire que, loin qu'on trouve cette égalité parfaite dans le nouveau plan d'administration, on n'y voit, au contraire, que le despotisme le mieux caractérisé, tout le pouvoir rési­dant en fait dans la seule Chambre d'administration ».

Suivait une défense de l'inamovibilité des Vénérables car « par le nouveau règlement, on a ôté aux Maîtres leur Constitution personnelle et on a transporté leur droit à la loge où ils présidaient. »

Il s'agit, au fond, d'une opposition qui se situe, au plan de la bour­geoisie libérale comme celle des Grands de l'époque par rapport à la monarchie absolue. L'ironie du ton rappelle toujours celle d'un Montes­quieu, d'un Jean-Jacques Rousseau ou d'un Voltaire : « Comment imaginer qu'un Lord ou qu'un Chevalier baronnet prenne séance à côté d'un vil mercenaire qui n'a d'autre recommandation que sa probité ? On a trouvé que vous aviez très bien fait de secouer ces vieux préjugés et de rappro­cher un peu la Maçonnerie de notre siècle ».

En revanche, l'auteur souligne l'incohérence démagogique qu'il voit dans l'association constituée par dessus la bourgeoisie parisienne entre les représentants de la haute noblesse et ceux du peuple, entre les hobe­reaux chevronnés et de tout jeunes gens « qui sont à peine initiés dans nos mystères ».

Vous mettez parmi vos officiers des Frères dont nous ne rougirions pas, nous autres petites gens, mais qui ne répondent guère à la bonne opinion que vous voulez qu'on prenne de votre administration... Vous mettez à la tête de vos bureaux le député d'une très petite loge d'un petit canton d'une petite province, laquelle est présidée par un tailleur. Un autre de vos députés représente un perruquier ; un autre est porteur de la procuration d'un serrurier. Et ce sont ces députés que vous nous représentez comme l'élite de la Maçonnerie. En vérité, ce n'était pas la peine de dépouiller nos bons bourgeois de Londres des charges qu'ils avaient à la Grand Loge pour leur substituer de pareils représentants... »

Puis la diatribe porte sur la question financière et sur la nécessité de se soumettre à toutes sortes de formalités désagréables, pour finale­ment consentir, à seule fin d'être « régularisé » un impôt appelé par ironie « don gratuit ».

« Vous avez été visiter les travaux de vos anciens Maîtres, vous les avez installés de nouveau et vous avez déclaré que ce n'était que de ce moment qu'ils étaient véritablement enfants de la lumière »... mais « qu'est-ce qu'un Maçon régulier et cesse-t-on d'être un Maçon régulier parce qu'on n'appartient plus à une obédience qui s'érige en gardienne de l'orthodoxie maçonnique ? ». Et il pose l'ultime question : « Si nous ne sommes pas réguliers, nous qui vous avons constitués, de qui tenez- vous vos pouvoirs, et de quel droit prétendez-vous donner la vie à ceux de qui vous l'avez reçue ? »

Tout naturellement, la série se termine en mai 1774 par une décla­ration de principes de la (deuxième) Grande Loge de France :

« Pour nous, suivant pas à pas les routes que nous ont tracées nos ancêtres, nous nous contenterons d'une honnête médiocrité. Fuyant avec soin le luxe... loin d'être à charge aux loges qui communiqueront avec vous par des impôts masqués sous d'autres dénominations, nous les se­courerons de tout notre pouvoir. Nous serons toujours assez riches si nous conservons la paix et l'union qui sont les seuls biens après lesquels nous aspirons, et que nous espérons maintenir parmi nos Frères, malgré les efforts que vous ferez pour les détruire ».

En attendant une étude exhaustive qui enrichira certainement et modifiera sans doute les connaissances acquises sur ce que nous avons appelé la deuxième Grande Loge de France, qui fut au moins la gardienne d'une tradition, mentionnons un tableau tiré des archives de la loge Saint- François du Parfait Contentement. Il y apparaît pour Paris en 1777 le chif­fre de 129 Vénérables, et pour la province celui de 247, soit un total de 376, chiffre souvent cité (8).

De son côté et vers le même temps, le Grand Orient accuse les chif­fres de 623 loges en activité : 63 à Paris, 442 dans les provinces, 38 aux colonies, 69 attachées à des corps militaires, 17 en pays étrangers

La comparaison avec une statistique de la Grande Loge de 1771 (la première) est particulièrement édifiante : total des loges à cette date, 164, soit à Paris 71, 85 en province, 5 aux colonies, 1 à l'étranger, 2 « ambulantes »

On est en droit de penser que, par une sorte d'émulation dans le recrutement et d'attrait rayonnent dans le monde profane, la dualité des obédiences n'a nullement paralysé la vie maçonnique et l'a même long­temps animée.

Le Grand Orient et la Franc-Maçonnerie Ecossaise

Cette dualité qui règne de 1733 à 1789 dans les loges bleues se retrouve dans la Maçonnerie Ecossaise.

Dès le mois de décembre 1733, le Grand Orient invite ses loges à ne plus travailler qu'aux trois premiers degrés, et nomme une Commission pour élaborer un règlement des grades supérieurs.

Cette décision est jugée abusive par nombre d'ateliers de régime écossais, malgré le privilège qui leur était offert d'avoir à leur tête un seigneur aussi puissant que le duc Philippe. Mais elle suscite égale­ment des protestations à la « base », et notamment celles du frère Guillotin.

C'est sur les Directoires écossais de la Stricte Observance, créés par le baron de Hund quelques années auparavant que portèrent les pre­miers efforts du Grand Orient. Ceux de Bacon de la Chevalerie, membre du Directoire de Lyon et Grand Orateur du Grand Orient, aboutirent à un traité signé en 1776, après plus de deux ans de pourparlers, entre les deux puissances qui comptaient des membres de rang social comparable. Les pouvoirs sont alors partagés et l'unité amorcée (11).

Les alliances réalisées n'allèrent pas sans difficultés et ne furent pas toujours respectées, quand elles purent être nouées, ce qui fut par­fois dramatique, comme avec la Mère Loge Ecossaise de France (12).

Deux historiens taxés en leur temps d'un honnête parti pris, les frères Albert Lantoine et Gaston Martin tombent à peu près d'accord dans leurs conclusions sur ce point.

Pour Albert Lantoine la tolérance du Grand Orient « masque son adroite politique d'accaparement. Sa fondation a été basée surtout sur le besoin d'unité qui s'imposait dans la Maçonnerie française, sur une concentration des pouvoirs réels et des forces morales empêchant l'épar­pillement des efforts et la rivalité des petites ambitions personnelles.

Quand le XVIlle siècle s'achève, le Grand Orient se dit « seul et uni­que Grand Orient de France »... Il a presque raison. De petits foyers intransigeants demeurent encore, mais d'une ardeur peu communicative.

Il a pris dans ses filets et l'ancienne Grande Loge de France avec tout son passé, et l'Ecossisme avec ses Mères-Loges si férues de leurs prérogatives. Il a bien laissé à ce dernier son plumage doré et ses cages aux étiquettes resplendissantes, mais il s'est réservé le droit de lui ro­gner les ailes ».

Les réfractaires et la survivance d'un esprit écossais

Gaston Martin est certes moins généreux à l'égard de sa propre obé­dience. Pour lui « les petites Puissances ne sont pas insensibles à ce que représente pour elles la force chaque jour accrue du Grand Orient.

Elles ne résistent que faiblement à l'attraction de la masse. Elles sont constituées, d'abord, de Maçons réguliers... Tous (les) concordats sont établis sur les trois mêmes principes : suprématie dogmatique du Grand

Orient, soumission de toutes les loges bleues à son obédience, autono­mie administrative des Hauts-Grades de l'Obédience associée. En 1787, le Grand Orient, malgré l'existence continue d'un certain nombre de peti­tes puissance dissidentes, crée le Souverain Chapitre Général Métropoli­tain, chargé de la collation des Grades de 18 à 25, et section permanente du Grand Orient.

Il reste encore en ce moment beaucoup de sectes irréductibles, qui tiendront en vue d'une improbable unité de nombreux convents entre 1780 et 1788. Le plus illustre de ceux-ci est celui de Wilhelmsbad. Le Grand Orient n'y fut pas convoqué. Mais sa situation très forte ne fut nul­lement ébranlée par l'ostracisme où le tinrent ces sectes confidentielles, et pour la plupart étrangères. »

Ce commentaire manque de courtoisie fraternelle. Le ton serait sans doute assez différent aujourd'hui, et depuis que des érudits étudient les archives trop négligées de la Mère Loge du Rite Ecossais philosophique,

Mère Loge Ecossaise, ou encore Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social et celles des loges constituées ou reconstituées par elle au rite écos‑

sais Cette puissance était propriétaire de son hôtel, rue du Coq- Héron, où se situe aujourd'hui la Caisse d'Epargne, alors que le Grand Orient et la Grande Loge de Clermont étaient seulement locataires des

leurs. Et nous ne devons pas compter pour négligeable l'Académie des Sublimes Maîtres de l'Anneau lumineux dont un des grades est celui d'Elu de la Voûte sacrée de Jacques VI

Ces Puissances ne perdent pas une occasion de manifester leur indi­vidualité et de revendiquer leur indépendance. C'est ainsi que des loges

du Grand Orient ayant vers 1780 projeté d'armer des vaisseaux à leurs frais pour la guerre d'Amérique, la Mère-Loge du Rit Ecossais mit la question à l'étude et rejeta la proposition comme enfreignant les princi­pes de l'Institution maçonnique. Puissance spirituelle, la Franc-Maçonne­rie n'avait pas à intervenir dans cette guerre et devait respecter la neutralité traditionnelle de l'Ordre

Notons cependant qu'en dépit des divergences entre les autorités les frères devaient avoir des rapports moins tendus que leurs chefs. On rencontre même des cas non douteux de double appartenance (18).

Loges militaires et loges d'Adoption

On s'étonnerait si nous ne parlions pas des maçonneries originales ou parallèles que constituent les loges militaires et les loges féminines.

Des ateliers existaient dès avant 1773 dans divers régiments. On attribue à plusieurs d'entre elles l'introduction de la Maçonnerie en France, mais elles paraissent bien mythiques.

Par contre, nous avons trouvé dans le tableau de 1771 de la Grande Loge de France deux loges « ambulantes » qui ne pouvaient guère être que régimentaires. On parle à Metz d'une loge de La Parfaite Union ou des Chasseurs de Berchény (1775). Existent aussi une loge au titre distinctif La Militaire dite La Royale fondée avant 1765 à l'Orient du Corps Royal d'Artillerie, et une loge au corps des Grenadiers de France, Les Enfants de la Gloire

Le nombre et l'importance de ces ateliers s'accroît singulièrement entre 1773 et 1789. Ils se multiplient au point qu'un régiment sur trois compte un atelier parfois doublé d'un chapitre

Certaines ne sont cependant pas souchées sur les tableaux du Grand Orient, comme la loge de Bourbon Infanterie qui figure au tableau de la Grande Loge en 1778 (Vénérable de Fréval) ou celle de Beaufremont-­Dragons (Vénérable de Varennes).

Mais c'est au cours des guerres de l'Empire que cette forme de Maçonnerie se développera dans l'armée et dans la marine d'une façon extraordinaire, essaimant en pays étranger au point que des dizaines de loges portent encore les noms français qui leur ont été donnés alors.

Quant aux Loges d'Adoption », ce qu'en disaient Antonio Coen et Michel Dumesnil de Gramont reste valable

« Le duc de Luxembourg, pour affermir son oeuvre, eut une idée heu­reuse. Depuis la création de la Franc-Maçonnerie, les femmes y étaient considérées comme indésirables. C'était un Landmark (borne ou loi) fixé par le Livre des Constitutions et observé par l'universalité des francs-maçons, qui ne pouvait être transgressé sans susciter de la part de l'étranger des représentations dangereuses et la mise à l'index de l'Institution française.

Seulement, en France, le beau sexe a toujours eu une influence considérable ; sa prospection ne manquait pas de susciter des propos malveillants et des protestations intéressées.

D'autres sociétés s'étaient unies à l'instar de la Franc-Maçonnerie, qui admettaient les femmes et qui risquaient de compromettre le bon renom de celles-ci, d'autant plus que leurs jeux n'étaient pas toujours de la plus parfaite innocence. Le Grand Orient résolut de remédier à cet état de choses en fondant un organisme à part qui, faisant tout de même collaborer les dames au labeur maçonnique, leur donnait satisfaction sans attenter aux règles de l'Ordre.

C'est ainsi que furent créées les Loges d'Adoption qui, « souchées » sur un atelier masculin, avaient pour mission de réaliser des oeuvres de bienfaisance qui constituaient une des branches de l'activité maçon­nique. Les sœurs avaient un rituel des signes et des mots de reconnaissance particuliers, et comme les frères pouvaient assister à leurs réunions — alors que la réciproque n'existait pas — le principe était sauf.

Sous leur impulsion, des fêtes, des « tenues blanches » s'organi­sèrent où la Société — on dirait le monde aujourd'hui — prenait un agré­ment délicieux. Nous précisons « la Société » parce que les familles de la grande noblesse se trouvaient représentées dans cette franc-maçon­nerie d'adoption, à laquelle le Grand Maître, le duc de Chartres, avait initié sa femme et sa sœur, la duchesse de Bourbon, qui en devint la Grande Maîtresse

Source : www.ledifice.net

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