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Hauts Grades

La Franc-Maçonnerie Américaine hier - aujourd'hui... et demain ?

14 Juin 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

INTRODUCTION

Pas de malentendu, j'ai voulu éviter ce qui pourrait passer pour de l'antiaméricanisme ou son contraire. J'ai essayé de tendre vers une démarche d'étude maçonnique qui doit, me semble-t-il être faite de retenue, de prudence et d'humilité, afin de trouver, mais je ne sais pas si j'y ai réussi, des clés de compréhension d'une maçonnerie étasunienne complexe puisque vivante (et que par commodité, j'appellerai désormais F.M. américaine). Pour cela, je me suis posé quelques questions qui m'ont été inspirées par un ami qui a mis en exergue : 'Il ne sert à rien de connaître l'Histoire si ce n'est pour mieux comprendre le présent '.

Je vais donc aborder en premier :

Les liens entre la F\M\ et l'indépendance des E.U. et donner ensuite quelques éléments sur ce qui s'est et se passe aujourd'hui dans cette F\M\ américaine. Et enfin, évoquer quelle peut être son évolution, y compris dans ses rapports avec la F.M. adogmatique.

J'y ai répondu, j'espère sans erreurs graves, mais très incomplètement car je ne suis pas un spécialiste de la F.M. américaine ni des Etats-Unis tout court. En plus, je ne suis pas angliciste, ce qui peut être considéré comme rédhibitoire.

Alors tout d'abord, mes sources. Premier étonnement, je n'ai pratiquement rien trouvé à la bibliothèque de du Grand Orient de la rue Cadet. Mais est-ce un signe, sont sortis récemment un numéro de la Chaîne d'Union consacré à la 'F.M. américaine entre déclin et révolution 'ainsi que 'La F\M\ en Amérique du Nord 'de Alain de Keghel (un 'canari 'm'a-t-on dit !). Enfin, j'ai pu entrer en contact avec les Présidents des Loges américaines du Grand Orient de France. Grâce à l'intermédiaire de celui de Washington, j'ai pu correspondre avec le Monsieur Michaël Niddam qui a été membre pendant 10 ans d'une Loge américaine 'régulière ', et en a même été le Président. Il est le secrétaire aux Affaires Extérieures de la 'George Washington Union ', une obédience adogmatique mixte américaine. Monsieur Alain de Keghel en est le Garant d'Amitié auprès du GODF et du GO du Congo - Brazzaville. Il est également membre fondateur et actif de la Loge 'Liberty n° 3 'à l'Orient de Washington et enfin Monsieur Michaël Niddam à qui je voudrais dédier cette conférence car je l'ai souvent sollicité et j'ai largement utilisé les informations qu'il m'a fournies.

1 - Donc, commençons par les liens entre la F\M\ et l'indépendance des E.U.

Et là, il faut faire un peu d'histoire, à grands traits bien entendu, mais en essayant d'éviter de céder à certaines simplifications, car l'histoire doit être à la recherche de la vérité comme chacun d'entre nous.

Commençons par une 'lapalissade '. La Maçonnerie américaine est une utopie qui provient de l'Europe en premier et d'est en second, une maçonnerie anglaise qui devient américaine avec l'Indépendance. Indépendance née dans les 13 colonies anglaises d'Amérique qui disposaient déjà d'une large autonomie avec chacune leurs assemblées représentatives ; Mais à ces colonies manquaient les libertés du commerce et de l'industrie. Et c'est en partie pour une histoire de droits de douane, et plus précisément sur le thé, que va naître la guerre d'Indépendance.

Les Maçons y sont présents des deux côtés, du côté des Insurgés mais également du côté des troupes anglaises et des loyaliste américains. Ils sont même présents du côté des traîtres. Au départ, les Insurgés ne représentent qu'environ 1/3 de la population et seules 7 colonies sont en insurrection. Les 13 Colonies comportaient 7 Grandes Loges et quatre de leurs Grands Maîtres étaient des adversaires de l'Indépendance.

L'un des 1er maçon américain, initié en 1731, le savant Benjamin Franklin, devient très vite G.M. Provincial de Pennsylvanie et exprime dès 1734 le souhait des FM\ de Pennsylvanie de se voir accorder une réelle autonomie. Il présentera en 1754 le 1er projet de Confédération superbement ignoré par Londres. Il sera plus tard l'envoyé des colons pour négocier, sans succès, un compromis avec Georges III.

Le 16 décembre 1773, 17 matelots déguisés en Indiens sortaient de la Loge de Saint-André, commandés par le Paul Revere, le fils d'un huguenot exilé, pour envahir 3 bateaux ancrés à Boston, et y jeter le thé à la mer. C'est le départ de cette guerre d'indépendance. Jefferson va être chargé de rédiger la Déclaration d'Indépendance qui sera soumise à un comité de députés dont le Frère Benjamin Franklin qui, dès 1774, créera pour les Noirs une école qui durera un siècle.

Thomas Jefferson était issu d'une famille de propriétaire d'esclaves et il en possédait lui-même. Cependant, dans son projet de Déclaration d'Indépendance, un paragraphe condamnait George III qui avait propagé l'esclavage dans les colonies. 'violant les droits les plus sacrés de la vie et de la liberté en la personne d'un peuple lointain (...), le capturant pour le jeter en esclavage dans un autre hémisphère (...).

Ce paragraphe ne figurera pas dans la version finale 'par égard pour la Caroline du Sud et la Géorgie ', dira Jefferson et parce que 'nos frères du Nord, eux aussi, je crois, se sentirent quelque peu touchés par cette réprobation ; car, bien que leurs populations possédassent elles-mêmes bien peu d'esclaves, elles en comptaient d'importants transporteurs '. Jefferson savait bien que les colons voulaient se rendre indépendants de l'Angleterre, tout en conservant l'économie liée à l'esclavage !

Pourtant cette Déclaration d'Indépendance affirmera en 1776 'que tous les hommes naissent égaux, que leur Créateur les a dotés de certains Droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la Recherche du Bonheur '. 50 de ses 55 (ou 56) signataires étaient F\M\ d'après l'historien Jacques de Launay, mais en 2001, le Frère Jean-Marc Van Hill ne donne que 11 signataires, ce qui semble plus vraisemblable.

Prince Hall, un descendant d'affranchi, initié en même temps que 14 autres Noirs par une Loge militaire britannique, de constitution irlandaise, vient de fonder la première Loge noire. Il convaincra le Frère Georges Washington (que les délégués des 13 colonies s'étaient donné comme chef) de recruter des noirs et s'engagera lui-même. Mais il faudra attendre Lincoln pour que le Ier major noir (qui était maçon) soit nommé, car jusqu'en 1863 les Noirs se verront refuser le droit de s'enrôler dans l'armée américaine.

Mais revenons à la Guerre d'Indépendance. Le Frère Lafayette, initié à Paris à l'âge de 18 ans, entra dans une Loge militaire présidée par Washington. En effet, le général favorise la création de Loges militaires car les insurgés manquent de discipline et la maçonnerie semble un bon moyen à Washington pour la leur inculquer. Revenu aux Etats-Unis en 1825, Lafayette dira en Loge, devant ses Frères américains : 'Après que je fus entré dans la maçonnerie américaine, le Général Washington sembla avoir reçu une illumination. Depuis ce moment, je n'eus plus jamais l'occasion de douter de son entière confiance. Et peu après je reçus un commandement en chef fort important '; En effet, ce commandement lui fit prendre une part active à la victoire de Yorktown en octobre 1781 qui fut fêtée en France, entre autres, par l'illumination de Paris et suivie un an après, de la signature, toujours à Paris, des préliminaires de paix entre Américains et Anglais.

Profitons en pour rappeler que des troupes alliées, essentiellement françaises, fortes de 10 000 hommes environ, 2112 français sont morts pour l'Indépendance des E.U. Parmi eux, des Maçons français car pendant ces 8 années de guerre des F.M. de toutes nationalités, européenne et américaine, se sont battus.

Histoire de la F.M. et histoire de l'indépendance américaine sont donc intimement liées. Rien d'étonnant à ce que cette maçonnerie soit patriote, avec le culte du drapeau (drapeau, entre parenthèses, choisi par une commission de membres dont le Frère Franklin) et avec un serment d'allégeance à la Nation. Et George Bush Jr, comme tous les présidents américains, a prêté serment sur la 'Bible maçonnique 'sur laquelle George Washington avait prêté serment à New York comme Ier Président des E.U. en 1789.

C'est encore George Washington qui, seul cas dans l'histoire, à la fois Président de sa Loge et Président des E.U., a posé la 1ère pierre du Capitole revêtu du tablier maçonnique brodé par Mme Lafayette à son intention... C'était en 1793, époque à laquelle les F\M\ français étaient en sommeil ou exilés, quand ils n'étaient pas guillotinés comme l'amiral d'Estaing qui commandait la flotte française durant la guerre d'indépendance. Des reliques maçonniques de Washington et de Lafayette sont visibles au 'George Washington National Masonic Memorial ', l'un des plus grands bâtiments maçonniques au monde. Lafayette qui est honoré au même titre que les autres 'pères fondateurs 'de la République des E.U., non seulement par les maçons américains mais par tous les américains.

Pour la petite histoire, on est étonné d'apprendre que 44 villes portent aujourd'hui son nom ainsi que 37 comtés et pas mal de montagnes, ce qui doit tout de même être une belle source d'erreurs ! Depuis 1834, année de la mort de Lafayette chaque 4 juillet, jour de la Fête Nationale qui rappelle la Déclaration d'Indépendance, le représentant du président des E.U. vient procéder à la relève du drapeau américain flottant sur la tombe parisienne de Lafayette qui repose auprès de son épouse.

La F\M\, y compris la F\M\ du Grand Orient de France, a donc accompagné la naissance des E.U. Et à Philadelphie se trouve le monument qui rend hommage aux signataires de la Constitution américaine : leurs noms et leurs portraits sont présentés au public avec leur appartenance maçonnique, ce qui représente 13 des 39 signataires de la Constitution des nouveaux Etats-Unis d'Amérique, promulguée en 1787.

2 - Au départ, ces maçons appartiennent à une Maçonnerie respectueuse des
Constitutions d'Anderson (éditées dès 1734 en Amérique par le Frère Benjamin Franklin, dans lesquelles le pasteur Anderson décrit une religion universelle qui consisterait à 'être des hommes de bien et loyaux, ou des hommes d'honneurs et de probité '.

Ce sont dans les années 1820 que tout va basculer, quand la F\M\ a américaine s'est trouvée en grand danger. Des pasteurs protestants redoutent de la voir concurrencer le christianisme, et un 'Parti chrétien '(c'est son appellation officielle), appelé aussi, 'Parti antimaçonnique 'émerge, parti qui a même failli réussir à faire élire son candidat, gouverneur de l'Etat de New York avec l'appui d'un ancien et d'un futur Président des Etats-Unis.

C'est dans ce climat qu'éclate l'affaire Morgan, un imprimeur, qui, comme Léo Taxil plus tard en France, révèle des 'secrets maçonniques '. Malheureusement Morgan disparaît, les maçons sont accusés de l'avoir assassiné. Les anti-maçons crient au complot anti-chrétien : on accuse les maçons de rites sataniques, de sacrifice rituels de vierges et d'enfants. Même le Président maçon Andrew Jackson est pris pour cible.

Tous les documents des Grandes Loges doivent être remis à des officiers publics et jusqu'en 1850, les F.M. sont exclus des fonctions publiques. Mais faute de preuves après une très longue enquête, la F\M\ américaine s'en sort avec peu de répercussions, même si elle n'en sort pas blanchie de la mort de Morgan.

Pour se prémunir contre d'éventuelles nouvelles mises en cause, le caractère religieux et déiste de la F\M\ est accentué (le mouvement inverse de ce qui va se passer peu après au Grand Orient). Cela n'empêche pas les tensions encore aujourd'hui, avec des Eglises et des communautés religieuses qui craignent toujours une concurrence déloyale. C'est ainsi, par exemple, qu'en 1980-1990, une faction radicale des Baptises du Sud a voulu interdire à ses membres d'appartenir à la Maçonnerie et a organisé contre elle un barrage antimaçonnique de programmes de télévision, d'émissions de radio et d'articles de presse.

Pourtant, depuis Gérard Ford, Président de 1974 à 1977, il n'y a plus de président maçon (Al Gore, candidat malheureux contre G. Bush Jr, le serait !). La Maçonnerie reste cependant influente à la Chambre des Représentants et au Sénat, même si beaucoup moins de maçons occupent les plus hautes responsabilités politiques. Mais cette Maçonnerie qui compte autant de G.L. indépendantes qu'il y a d'Etats, reste indépendante à l'égard des pouvoirs politiques et religieux.

La séparation des Eglises et de l'Etat eut lieu aux E.U. dès la Constitution de 1791. Et toutes les lois fédérales et celles des Etats de l'Union formant cette république en tiennent compte. La faculté de libre adhésion à une religion et également de libre changement de religion est une conception toujours très fortement soutenue .

Mais par contre, la société repose sur le concept de 'community 'et encore pour le citoyen américain d'aujourd'hui, il est presque inconcevable de ne pas s'identifier à une communauté et essentiellement une communauté religieuse, même si Georges W. Bush, président d'un pays dont la devise est : 'Nous croyons en Dieu 'a déclaré : 'Un président américain doit servir les personnes et toutes les confessions, et ceux qui n'en ont pas '.

La F.M. américaine, elle, exige que tous ses membres appartiennent à une religion reconnue car elle estime 'que les serments prêtés lors des initiations et augmentations de salaire n'auraient aucune validité sans la croyance à un 'être supérieur '(F. Michaël).

Cette société américaine fondée sur les communautés avec, en plus, un lourd passé esclavagiste puis ségrégationniste a vu la naissance d'une Maçonnerie noire dès la guerre d'indépendance, maçonnerie de Prince Hall du nom de son fondateur qui a créé l'African Lodge à Boston, vers 1775.

Elle a obtenu ses patentes de la G\L\ d'Angleterre (Moderne), après l'Indépendance américaine. Aujourd'hui, seules 34 Grandes Loges blanches reconnaissant la F\M\ de Prince Hall (mais elles n'étaient que 21 en 1997). Ce sont essentiellement les Grandes Loges blanches du Sud qui considèrent encore les Grandes Loges de Prince Hall comme irrégulières ; même si, cela peut paraître curieux, la Grande Loges de New York est dans ce cas. Mais je cite encore une fois le F. Michaël : 'Il y a des embryons de rapports qui ont commencé à s'établir voilà plus de 10 années, cependant, ils sont très superficiels et se limitent à des manifestations communes pour des cérémonies officielles et faites pour le public, mais cela ne va pas plus loi '.

Cela n'est-il pas une façon élégante de dire que des maçons américains restent aujourd'hui Racistes ! J'ajouterais cependant qu'il semble également que les Grandes Loges de Prince Hall ont peur d'être absorbées (ce serait le cas de New York), de perdre une identité chèrement acquise ; Précisons que la Maçonnerie de Prince Hall initie exclusivement des hommes de couleur, excluant les Indiens et les 'Latinos ', mais l'initiation des Frères de couleur dans les Loges blanches demeure également l'exception.

Ces deux Maçonneries ont la même organisation : une Grande Loge unique par Etat avec des Tenues 'presque entièrement administratives ', ce qui est une manière radicale de répondre à l'interdiction des Constitutions d'Anderson d'introduire en Loges des motifs de division comme la théologie et la politique.

C'est une Maçonnerie essentiellement rituélique, de tradition orale. Les 'catéchismes 'sont appris par coeur : leur récitation permet de passer en quelques semaines ou en quelques mois, cela dépend de la mémoire du Frère au grade de Maître.

Si en Tenue les apports personnels des Frères sont donc minimes, les Grandes Loges ont cependant des Comités d'Etudes et de Recherches. Mais les études des érudits maçons sont basé 'sur l'interprétation américaine de ce que la F.M. devrait être et très peu ont étudié la F.M. libérale '(F. Michaël).

Si nous, en France, nous parlons de maçonnerie spéculative, la maçonnerie américaine est, elle, une maçonnerie pragmatique : elle réalise ; Et ses réalisations sont immenses, même si c'est à l'échelle des 2 à 2.5 millions de maçons, dont environ 800 000 Noirs .

Pour cette partie consacrée à la solidarité et la F\M\ américaine, je vais essentiellement utiliser la conférence que m'a adressée Michaël Niddam de Washington.

Michaël Niddam indique qu'il reste encore de forts sentiments antimaçonniques aux E.U. Pourtant ses oeuvres de solidarité représentent plus de 750 millions de dollars par an (dont 70 % vont à la collectivité publique) ; sans tenir compte des très importants services de bénévolat effectués dans les établissement et oeuvres maçonniques américains... dont beaucoup de retraités, sans oublier les épouses, filles, soeurs de maîtres maçons appartenant à des organismes paramaçonniques.

Les oeuvres de solidarité maçonniques se partagent entre les 'degrés collatéraux ', les G\L\ et les LL\ bleues.

Les side-degrees ou 'degrés collatéraux 'et non 'les hauts grades '.

En effet, les maçons américains ne parlent pas de 'hauts grades '. Pour eux les grades au delà de 'maître maçon'ne sont que des parcours 'auxiliaires 'renforçant la sociabilité maçonnique et surtout permettant une plus grande activité caritative.

D'ailleurs, en l'espace d'un week-end, dans le cadre d'une cérémonie collective, peuvent être conférés les grades 4ème au 32ème. Il faut seulement être 'maître maçon 'd'une Loge 'régulière '. Par contre, l'accès au 33ème est plus difficile : environ 25 à 30 000 maçons américains seraient 33ème.

C'est le REAA qui est le plus important système de 'structure dérivée '(selon l'expression américaine), et il est seulement cela. Les Loges bleues ne pratiquant pas (à quelques exceptions près) le REAA ; mais presque exclusivement le Rite d'York américain, héritier du Rite d'York ancien, celui de la maçonnerie anglaise. Plus précisément, chaque Grande Loge a un 'rituel standard uniforme 'des 3 premiers grades, ce qui est aussi une manière de montrer son autonomie.

Depuis l'an 2000, il n'est plus nécessaire d'avoir obtenu le 32ème degré pour rejoindre les organisations caritatives. Ce sont tout de même parmi les 32ème les plus aisés du REAA (ou encore des Chevaliers du Temple du Rite d'York) que sont 'distingués 'ceux qui vont former ce que la Maçonnerie américaine dénomment les 'Charités '. (Attention, cela n'a pas le sens contemporain de 'faire la charité ', mais est plus proche du sens originel du mot grec 'agapè ', 'Amour 'd'où viennent les mots 'agapes '). Là, sont les fonds les plus importants car ce sont des organisations nationales, donc à l'échelle de tous les Etats-Unis, telles les Shriners et les Tall Cedars.

Pour le public américain, l'Ordre des Shriners est le plus connu car il organise es défilés et des parades d'hommes en voiture miniature porteurs de chéchias bigarrées d'inspiration égyptienne. Ce côté dérisoire et festif des Shriners cache une formidable organisation humanitaire dont le budget en 1999 était de 300 millions de dollars.

Cet Ordre est passé entre 1998 et 1999 de 127 à 136 cliniques, centres et programmes qui se chargent des grands brûlés et d'hôpitaux spécialisés pour enfants (ouverts gratuitement à tous). Des oeuvres de solidarité font également partie des Hauts Grades. Par exemple, les cliniques pour sourds-muets, sont subventionnées par le REAA. A Washington, la cliniques se trouve derrière le Temple du Rite Ecossais.

Un Comité gère des fonds pour intervenir aux USA et en dehors (surtout en Amérique) lors de catastrophes naturelles ou pas (Attentats - Tempêtes, etc...) Cet Ordre a un programme de bourses universitaires ouvert à tous et dans le district de Washington un système de prêts universitaires à taux très faible, réservé aux enfants de F\M\ du 4ème degré et au dessus.

Toutes les autres organisations ont leurs propres causes : maladie d'Alzeimer, cancer... Par exemple, l'ordre para maçonnique féminin 'L'Ordre de l'Etoile d'Orient 'qui compterait de 2 à 3 millions de membres et dont le fonctionnement rappelle celui des Loges d'adoption sous l'Ancien Régime en France possède et/ou gère un grand nombre de maisons de retraite, ouvertes à tous.

A noter également que le REAA a un système de Tronc de la Veuve, semblable au nôtre, qui peut être utilisé pour des non-maçons mais dans l'anonymat.

Tous organisent des dîners, des soirées dansantes, etc... pour collecter des fonds, non pour 'recruter ': les maçons américains se cooptant . Mais les Grandes Loges toutes les organisations maçonniques, paramaçonniques publient leurs constitutions et leurs règlements. La F\M\ américaine ne tient pas, bien entendu, son existence cachée, mais elle ne tient pas non plus cachée celle de ses membres.

Les Grandes Loges
Les contributions venant des Grandes Loges sont moindres mais néanmoins importantes. Chaque année maçonnique, les Grandes Loges essayent de pallier à une situation bien spécifique sans compter les bourses universitaires et leur participation aux oeuvres de solidarité des 'Hauts Grades ', pour utiliser notre terminologie. Chaque Grande Loges fixe aux différentes Loges les objectifs qu'elles doivent atteindre.

Par exemple : il existe un Accord entre la Grande Loges de Washington, c'est-à-dire du District de Columbia et la Croix-Rouge pour une participation active à la Banque du Sang. Il a été également organisé un service d'accompagnement dans les hôpitaux pour ceux qui ne peuvent se rendre seuls aux offices religieux. Les FF\ juifs par exemple feront ce service à Noël afin de permettre aux autres Frères de passer cette fête en famille.

Toutes les Grandes Loges possèdent également des maisons de retraite destinées aux maçons.

Les Loges bleues. (Loges de bases).

Chaque Loges bleue a en plus son propre programme de solidarité. Le Frère Michaël prend comme exemple sa Loge mère, la Respectable Loge Benjamin Franklin de Washington qui comptait lors de son vénéralat (1992-1993) 1100 membres. Heureusement que l'assiduité n'est pas exigée !

Pour la fête de Thanksgiving, des Frères achètent, préparent et apportent une centaine de 'paniers de victuailles 'auprès des familles désignées par des organismes sociaux. La Loge a également son Comité des Visites aux Frères malades, et si nécessaire les Frères font des courses, s'occupent de démarches. Un autre Comité s'occupe des funérailles maçonniques et des prières rituelles qui suivent les obsèques.

Enfin la Loge possède une Société d'Assistance, alimentée par les Frères, qui verse un chèque aux familles lors du passage à l'Orient Eternel (décès) d'un Frère de la Loge car les obsèques coûtent cher, et les entreprises de pompes funèbres exigent d'être réglées tout de suite, précise le Frère Michaël.

J'ajouterai que les Loges de Prince Hall ont eu et ont leur spécificité dans ce domaine de solidarité. D'abord plusieurs Frères de Prince Hall, dont le fondateur lui-même, ont été impliqués dans la lutte pour l'abolition de l'esclavage. Et plusieurs Loges de Prince Hall favorisèrent la fuite des esclaves du Sud vers le Nord.

Et puis s'éduquer et éduquer les autres a été et est toujours une des préoccupations essentielles des Loges de Prince Hall. 'Lorsque la vérité aura repris ses droits grâce à l'éducation, la ligne de partage entre les Blancs et les Noirs sera reléguée dans un passé sombre et honteux 'écrivait un F.M. de Prince Hall, nommé Du Bois.

Autre spécificité de ces Loges noires, la revalorisation du travail au sein d'une communauté pour laquelle ce dernier était synonyme d'oppression. Or, avec l'abolition de l'esclavage, le rejet du travail signifie l'exclusion sociale. Les F\M\ qui glorifient le travail et accordent autant de prestige au travail manuel qu'intellectuel vont jouer un rôle important au travers de l'éducation (et de la création, par exemple, d'écoles professionnelles), de leur action en faveur de l'emploi, à effacer dans l'esprit de cette communauté le caractère humiliant que conservait le travail.

Essayons d'évoquer quelle peut être l'évolution de cette FM\ américaine dite 'régulière 'qui, malgré l'importance de son oeuvre de solidarité, présente des signes de crise. Ses effectifs encore nombreux ont fondu d'une bonne moitié, et surtout vieillissent, sans compter un fort absentéisme aussi bien pour la F\M\ blanche que pour la F\M\ de Prince Hall.

Les raisons en sont certainement diverses. Peut-être :

- la 'Nouvelle Economie 'qui exacerbe l'individualisme, la compétitivité, qui permet de gagner rapidement de l'argent.... En un mot une société qui ne mise pas sur la philanthropie, la fraternité et la probité qui sont à la base de la F\M\ américaine.

- mais aussi le refus de toute réflexion philosophique ou sociétale en Loge.
- et enfin, le fait que Blancs et Noirs ne maçonnent pas ensemble, que les femmes ne sont pas initiées, cachant cette autre base de toute maçonnerie : la tolérance.

Et puis, même si cette F\M\ se veut non seulement transparente, mais pas jusqu'à rendre publics les 'allumages de feux ', comme j'ai pu le lire ( !) et n'hésite pas à faire de la publicité sur ses oeuvres de solidarité, cela n'empêche pas qu'elle soit considérée par beaucoup d'Américains comme un Etat réservé à une classe économique et intellectuelle supérieure, donc un danger potentiel pour la démocratie et la liberté.

Portant cette F\M\ américaine se veut gardienne des idées et des hommes de 1776, vouant un véritable culte à Washington, Lafayette, (mais aussi Jefferson), comme d'ailleurs la grande majorité des Américains. Et pendant la guerre de 39-45, ses positions et actions ont été en faveurs des démocraties !

Peut-être n'arrive-t-elle pas à évoluer suffisamment à cause de l'existence d'une 'vieille garde ', et du poids d'une G\L\ Unie d'Angleterre 'dépositaire de la Vérité ', selon les termes de d'Alain de Keghel. Un Frère de la Loge m'a écrit que la F\M\ américaine 'est en crise parce que nombre de Loges se retrouvent en dehors du courant du New Deal, de la New Society, de Martin Luther King, etc... et qu'elle a du mal à faire la part des choses entre les religions établies et le travail à la gloire de l'humanité '.

Mais si un Maçon se doit d'être optimiste ; c'est le cas des maçons américains qui disent que le nombre n'est pas un critère de qualité, que les travaux maçonniques s'améliorent et commencent à s'ouvrir vers l'extérieur. Internet semble ici jouer un rôle important. Le principe de la reconnaissance d'une seule Grande Loge par pays est remise en cause puisque des Grandes Loges auraient décidé de signer des traités de reconnaissance mutuelle, à la fois sur leur territoire et à l'extérieur, en dépit des consignes anglaises.

Qu'en est-il plus spécifiquement des rapports avec le G.O.D.F de France ? Par le biais historique, des contacts informels se nouent entre maçonnerie américaine et G.O. puisque c'est à ce titre que notre Grand Maître actuel a voyagé aux U.S.A. Mais c'est peut-être par fraternité. (et l'Internet joue encore là un rôle) que le rapprochement entre nos obédiences peut s'accélérer sans oublier bien entendu les liens fraternels noués aux U.S.A avec des Frères américains 'réguliers 'par les Frères et des Soeurs français - belges - américains francophones ou non qui appartiennent à des Loges du G.O.D.F, de la Grande Loge Féminine de Belgique, de la Fédération américaine du DH, de la 'George Washington Union 'et j'en oublie certainement, des Loges adogmatique noires entre autres.

Il est vrai, que, malgré nos liens historiques, la tâche est rude pour les Frères du GO que beaucoup de F\M\ américains considèrent comme des athées militants synonymes pour eux de crypto-communistes.

Les Frères américains dits 'réguliers 'n'ont-ils pas eu, en plus, tendance à mythifier les 'Constitutions d'Anderson '? Ils semblent avoir fixé le passé une fois pour toute, c'est-à-dire qu'ils ont bloqué l'histoire qui doit être une tentative, un effort, une ambition même de compréhension.

Mais cela est-il seulement le cas de la Maçonnerie américaine. N'avons-nous pas, nous aussi, du moins certains d'entre nous, mythifier la laïcité ? Notre Bernard nous disait il n'y a pas si longtemps que la laïcité n'est pas une exception culturelle française. En effet, la Constitution des Etats-Unis, dès 1791, opérait la séparation des Eglises et de l'Etat, dans le 1er amendement (Pour la petite histoire, ces Amendements ou Droits Constitutionnels, le 'Bill of Rights 'est une synthèse de la Déclaration d'Indépendance, réalisée par un ami de Jefferson, le F\ Madison, futur président des E.U. et créateur du Parti Républicain).

La Déclaration d'Indépendance de 1776 affirmait : 'les hommes sont créés égaux '... et pourtant, en 1968, Martin Luther King nous dit qu'il a fait le rêve qu'un jour cette nation s'élèvera et sera fidèle à cette conviction. Le pasteur Martin Luther King était 'un maçon sans tablier 'puisqu'il avait foi en la perfectibilité des hommes... et également des systèmes.

Peut-être que dans chaque temple américain, comme dans chaque temple du G.O. devrait figurer cette phrase que j'ai relevée dans un livre de Boris Cyrulnik : 'Moins on a de connaissances, plus on a de convictions '.

Donc, essayons de comprendre, ce qui ne veut pas dire, approuvons et suivons, mais : dialoguons au lieu de condamner brutalement, si nous voulons que la F\M\ universelle évolue avec son temps. Et j'espère que nos Frères américains vont étudier la F\M\ adogmatique. Et d'ailleurs, y-a-t-il des maçonneries qui sont plus ou moins 'maçonniques 'que d'autres ?

Puisque la F\M\ est faite pour réunir ce qui est épars, avant de regarder ce qui nous sépare, essayons de voir ce qui nous rapproche. Et, au moins 5 éléments nous rapprochent :

1 - L'histoire
Sans la France, et sans le F\ La Fayette, les Anglais n'auraient jamais été battus : c'est la thèse des historiens américains.
2 - La tradition maçonnique
3 - Le symbolisme
4 - Les rites
Si le REAA doit son rayonnement universel au Frère américain Albert Pike, ce sont des Frères français qui l'ont introduit aux E.U. dont DE Grasse - Tilly, le fils d'un héros de l'Indépendance Américaine.
5 - Valeurs
Que nous donnent 'Les Constitutions d'Anderson ', même si pour certains maçons, il faut qu'ils acceptent qu'elles soient ancrées dans leur temps, et si pour d'autres, il faut qu'ils comprennent que le maçon appartient à un lieu géographique et que pèse sur lui le poids de son vécu historique, mais aussi notre devise 'Liberté - Egalité - Fraternité ', fondement de la naissance de la République des Etats-Unis, et qu'illustre la statue de la liberté ; oeuvre de Frère Batholdi qui a été financée par des collectes publiques en France, lancées et soutenues par la F\M\.
Espérons que très bientôt, tous les maçons et les maçonnes des deux côtés de l'Océan Frères et Soeurs qui se veulent tolérants, essaieront de se rencontrer au nom de leur devise commune.

LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE

source : www.ledifice.net

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