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Hauts Grades

La Franc-Maçonnerie en Allemagne

29 Juin 2012 , Rédigé par GLSA Publié dans #histoire de la FM

 

LES DÉBUTS

Pareilles à celles d’Angleterre, les anciennes Loges opératives allemandes se sont peu à peu transformées en Loges spéculatives. Cependant, en Allemagne la Maçonnerie n’a réussi à se maintenir que dans quelques localités, ce qui l’a em- pêchée d’acquérir l’importance de la branche anglaise.

Lorsque la Franc-Maçonnerie anglaise se propagea en Allemagne, il s’y trouvait déjà quelques anciennes Loges et même des Grandes Loges, comme par exemple la Grande Loge «Indissolubilis» dont les rituels ont été conservés en majeure par- tie. Une reconnaissance réciproque entre les deux puissances n’eut toutefois ja- mais lieu; la Grande Loge «Indissolubilis» interdisait même expressément d’ac- cepter des Francs-Maçons issus d’autres obédiences. Malgré la progression rapide de la Maçonnerie anglaise sur le territoire allemand, l’organisation autochtone se maintint encore assez longtemps.

La Franc-Maçonnerie allemande existe en fait depuis plus de 250 ans et n’est que de 20 ans la cadette de la Maçonnerie anglaise. Son berceau se situe à Hambourg. La «Loge de Hambourg», nommée ultérieurement «Absalom zu den Drei Nesseln» (Absalon aux Trois Orties) et qui existe encore de nos jours, fut la pre-

mière Loge d’Allemagne. En 1737 ses fondateurs – des hommes jeunes d’à peine 20 ans -, formaient un groupe d’idéalistes enflammés qui voulaient, sous le couvert de la Loge, propager l’esprit naissant de la Liberté et échanger ensemble des idées, celles mêmes qui dans le système absolutiste de l’époque étaient considé-

rées quasi criminelles.

Il s’agissait de la liberté d’expression, de conscience et de réunion ainsi que des autres libertés fondamentales, si naturelles pour nous aujourd’hui, mais conçues et revendiquées par des intellectuels courageux bien en avance sur leur temps.

L’origine et l’histoire de la Franc-Maçonnerie, rappelons-le, sont indissoluble- ment liées à l’esprit du Siècle des Lumières et à...l’émergence de l’homme s’ex- trayant de sa «minorité» intellectuelle dont il se tient pour responsable (Kant).

En 1738, le prince héritier Frédéric de Prusse, le futur Frédéric le Grand, fut reçu dans cette «Loge de Hambourg». Son fondateur, Charles Sarry, deviendra plus tard Maître en Chaire de la Loge «Aux Trois Globes» à Berlin. En 1738 égale- ment, le Comte Rutowsky fonda à Dresde les trois Loges: «Aux Trois Aigles Blancs», «Aux Trois Epées» et «Aux Trois Cygnes». Une Loge princière fut créée

au sein même de la cour prussienne de Charlottenbourg; le prince héritier Frédéric donnait en 1740 l’ordre à Philippe Simon de constituer à Berlin la Loge «Aux Trois Globes». En 1741 la Loge «Aux Trois Compas» vit le jour à Leipzig et le Marquis Frédéric de Brandebourg-Bayreuth fonda la Loge «Au Soleil» à Bayreuth. D’autres Loges furent créées dans la plupart des grandes villes alle- mandes. Selon les habitudes de la bonne société de l’époque, les travaux se dé- roulaient en langue française et beaucoup de Loges portaient des noms français.

Ulrich von Merhart écrit dans son important livre La Franc-Maçonnerie univer- selle, (Hambourg 1969):

Le développement de la Franc-Maçonnerie en Allemagne a suivi un itinéraire particulier et compliqué. Le territoire national actuel était subdivisé à l’époque

en de multiple petits états organisés sous différents régimes. Par conséquent les relations entretenues avec les pays environnants étaient très diverses. Ce fait fa- vorisa l’éclosion de différents usages maçonniques. Mais leur diversité même en- traîna les difficultés qui durent être vaincues pour réaliser l’unification. Il sera donc plus aisé de traiter séparément les anciennes Grandes Loges car, dès le dé- but du Troisième Reich, elles durent soit se dissoudre complètement ou se trans- former en associations chrétiennes. Cette cassure permit après 1945 un renou- veau dans des conditions plus favorables.

DIVERSITÉ DES OBÉDIENCES

Pour mieux comprendre l’unification future voici un bref aperçu des plus impor- tantes anciennes Grandes Loges d’Allemagne:

La Grande Loge-mère nationale «Aux Trois Globes»

En 1744 la Loge berlinoise «Aux Trois Globes» se constitua en Grande Loge sous le nom de «Royale Grande Loge-Mère aux Trois Globes» et se développa brillamment. Au début, elle travaillait selon le rite anglais moderne. Lorsque le système de la «Stricte Observance» pénétra en Allemagne, la Grande Loge «Aux Trois Globes» l’adopta en 1766, mais l’abandonna en 1780. En 1783, après le Convent de Wilhelmsbad, elle se déclara indépendante et adopta son propre système rectifié, dont les Hauts Grades comportaient davantage de degrés sans grande valeur initiatique. En 1796, elle obtint la protection royale. Un directoire de sept membres la dirigeait, d’où la notion d’Ordre Intérieur. Un système de grades se développa comportant les trois degrés symboliques, un degré écossais et les trois

grades de l’Ordre Intérieur.

En 1933 cette Grande Loge comptait 177 Loges avec 22’700 Frères; pour se «dé- douaner»vis-à-vis du nazisme, elle se transforma alors en «Ordre national chré- tien», pour finalement se saborder en 1935. Ressuscitée dès 1970, ses 25 Loges sont rattachées aux Grandes Loges Unies d’Allemagne («Vereinigte Grosslogen von Deutschland [VGLvD]»).

 

La Grande Loge de Prusse dite «A L’Amitié»

Le 5 mai 1760, quelques Français fondaient à Berlin la Loge «Aux Trois Colombes». Peu de temps après, elle changeait de titre distinctif en «L’Amitié aux Trois Colombes». En 1765, elle accueillit le Duc Edouard Auguste d’York et s’in- titula «Royal York de l’Amitié». Le Duc obtenait de Londres une lettre patente lui confirmant la qualité de Loge-Mère qui, dès 1768, prit le nom de «Loge Provinciale des Etats Brandebourgeois». Elle travailla en langue française jus- qu’en 1795. En ce qui concerne la rédaction du rituel et de la constitution, on la doit à Ignace Aurelius Fessler, un homme qui s’est particulièrement distingué. Pour s’en rendre compte il suffit de constater combien de systèmes apparentés au sien en sont dérivés (voir chapitre 9.7.2).

En 1932 cette Grande Loge comptait 104 Loges avec 11’500 membres; en 1933, elle se transformait en «Ordre Germano-Chrétien – A l’Amitié», vaine tentative d’assurer sa survie sous le nouveau régime. Après 1945, les Loges reconstituées en Allemagne de l’Ouest se rattachèrent à la GL (AF u. AM).

La GL Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne (FO)

Celle-ci fut fondée en 1770 par J.W. Kellner von Zinnendorf, né en 1737 à Halle, qui fut reçu en 1757 à la Loge «Philadelphia aux Trois Bras en Or» de sa ville natale. En 1758 il fut initié à Breslau aux grades Ecossais et devient en 1763 membre de la Loge-Mère «Aux Trois Globes». Il était, à cette époque en sa qua- lité de médecin militaire, chef du service de la santé auprès de l’armée prussienne. En 1765, il fut élu Maître en Chaire des «Trois Globes» et pendant une première période également chef de la Stricte Observance dans les états prussiens. Avec le concours d’un ami, il se procura rituels et constitutions de la Maçonnerie sué- doise; K.F. Eckleff, fondateur du rite suédois à Stockholm, lui accorda une pa- tente. Il introduisit ce système (voir chap. 9.11) tout d’abord dans la Loge «La Petite Concorde», ne visant qu’une refonte du rituel. Se heurtant à une forte op- position, il quitta la Loge-Mère «Aux Trois Globes» en 1767 pour fonder sa propre Grande Loge dès 1770. En 1773, la nouvelle Grande Loge, qui connut un développement très rapide, fut reconnue par la Grande Loge de Londres, mais s’en séparait déjà en 1786.

En 1774, elle obtint la protection royale et comptait en 1778 déjà 34 Loges et en 1782 (mort de Zinnendorf) même 62 Loges de Saint-Jean. Des Loges Provinciales se formèrent en Autriche, en Silésie, en Poméranie, en Basse-Saxe et en Russie. La «Grande Loge de Suède», sous l’égide du Duc de Södermanland, ne la reconnut cependant pas immédiatement. Ce n’est qu’en 1819 que le Baron C.C.F. von Nettelbladt réussit à rétablir de bonnes relations avec la Grande Loge suédoise. Déjà avant le Troisième Reich, cette Grande Loge se sépara du reste de la Franc-Maçonnerie et travailla au rite suédois rigoureusement chrétien et s’appela alors «Ordre germano-chrétien».

En 1932 la Grande Loge Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne comptait 173 Loges avec 22’300 Frères; elle fut également contrainte de se dissoudre en 1935. Aujourd’hui, la Grande Loge Nationale ou «Ordre Franc-Maçonnique (FO)» avec ses 82 loges est membre des «Grandes Loges Unies d’Allemagne» (VGLvD).

La Grande Loge de Hambourg (Précédemment Grande Loge provinciale anglaise de Hambourg et de Basse-Saxe)

En 1737, la «Loge de Hambourg – Société de Maçons libres de la ville de Hambourg» – fut créée sous impulsion anglaise. Elle s’appelait à l’origine (dès 1764) «Absalon»; plus tard, elle prit le nom d’«Absalon aux Trois Orties».

Cette Loge avait entrepris d’initier Frédéric le Grand par une députation de la Loge. En 1740 déjà, Mathias Luttmann la faisait inscrire au registre londonien des Loges; de ce fait elle devint Grande Loge Provinciale et Luttmann reçut le titre de Grand Maître Provincial. A cette époque d’ailleurs, Lessing était initié à la Loge hambourgeoise «Aux Trois Roses»; c’était lui qui insista pour être reçu, bien qu’on l’ait prévenu de la «stagnation» des Loges à l’époque. Bien qu’il ne fré- quentât plus les travaux par la suite, on trouve dans ses œuvres des pensées ma- çonniques d’une élévation et d’une beauté remarquables.

En 1811, sous l’occupation napoléonienne, la Loge provinciale devint Grande Loge indépendante. En 1814, le directeur de théâtre Friedrich Ludwig Schröder en devint Grand Maître; du même coup, il fit adopter son propre Rituel et s’occupa activement à le faire reconnaître (voir chap. 9.7.1). La «Pilgrim Lodge» de Londres releva d’ailleurs un certain temps de sa compétence.

En 1932, la Grande Loge de Hambourg comptait 56 Loges avec plus de 5’000 Frères. En 1935, elle s’exila à Valparaiso (Chili). Après sa reconstitution en 1945, ses Loges se rangèrent aux cotés de la GL (AF u. AM) en 1949. Son dernier Grand Maître, le pasteur Wilhelm Hintze, devint Grand Maître d’honneur de la première Grande Loge Unie (AF u. AM) d’Allemagne.

La Grande Loge-Mère de l’Alliance Maçonnique Éclectique à

Francfort

En 1741, à l’occasion du couronnement de Charles VII à Francfort, la Loge «L’Union» fut fondée. L’affluence y était grande; elle recevait, en 1743, une patente de Londres et travaillait alternativement en allemand et en français. En 1761, Johann Peter Gogel prit le maillet de Vénérable et devint en 1766 Grand Maître Provincial, ce qui autorisa «L’Union» à retirer les avantages d’une Loge-Mère. Après le convent de Wilhelmsbad, en 1783, la Loge publiait un manifeste de- mandant le retour aux anciens principes et proposant de sélectionner les meilleures parties de tous les systèmes. Au début, il n’était question que de consti- tuer une Alliance, en vue du maintien de l’Art Royal de l’ancienne Franc- Maçonnerie purifiée. Mais avant tout elle se plaça sous la dépendance de la Grande Loge d’Angleterre, en tant que Grande Loge Provinciale, jusqu’en 1822. A l’origine, l’Alliance Maçonnique Éclectique faisait partie des Grandes Loges rigoureusement chrétiennes, repoussant cependant tous les Hauts Grades à l’ex- ception du grade de Royal Arch qu’elle accueillit provisoirement. En 1844, le principe chrétien fut à nouveau abandonné, ce qui eut pour conséquence d’inci- ter quelques Loges à quitter la Grande Loge. En 1849, on confirmait à nouveau les Anciens Devoirs et l’on interdisait formellement d’être membre des Hauts Grades. Ce principe vaut aujourd’hui encore pour certaines de ces Loges. En 1933, «L’Alliance Eclectique» comptait 24 Loges avec 3’500 membres; elle préféra se dissoudre au début du troisième Reich. Dès 1949 les anciennes Loges

se rallièrent à la GL AF u.AM.

La Grande Loge «Au Soleil» à Bayreuth

En 1741, le Marquis Frédéric de Brandebourg-Bayreuth, beau-frère de Frédéric le Grand, fonda la Loge «Au Soleil». Elle travaillait d’abord en français selon un rituel anglais et ensuite selon un rituel français comportant des Hauts Grades. Loge de cour à l’origine, elle devint par la suite Loge de ville et prit alors son appellation «Au Soleil». En 1744, elle se constitua en Loge-Mère, fonda en 1757 des Loges «filiales» à Ansbach et Erlangen et adopta les principes de la «Stricte Observance» dès 1764. Cela provoqua cependant le désarroi dans la fraternité, obligeant la Loge à interrompre ses travaux de 1765 à 1779. En 1791, elle s’unit à la Grande Loge berlinoise «A l’Amitié» pour devenir en 1807 sa Grande Loge provinciale. Mais trois ans plus tard, elle reprit à nouveau son indépendance, se rallia au principe de la Franc-Maçonnerie humanitaire et travailla selon le rite de Fessler. Les Loges possédaient à l’époque une entière souveraineté dans l’élaboration de leurs rituels. Lors de l’annexion de Bayreuth par la Bavière, elle devint, en 1811, Grande Loge de Province «Au Soleil». En 1814, l’Etat bavarois interdit à ses fonctionnaires d’appartenir à la Grande Loge, ce qui réduisit ses effectifs de moitié. En 1868, sa Constitution fut révisée par le grand spécialiste suisse de droit public Johann Caspar Bluntschli. En 1932, cette obédience qui comptait 45 Loges totalisant 4’000 Frères se trans- forma en «Société pour le développement de la culture allemande». Après sa dis- solution sous le troisième Reich et sa reconstitution à partir de 1945, ses Loges rejoignirent la GL (AF u. AM).

TENTATIVES D’UNION AU SEIN DE LA FRANC-MAÇONNERIE ALLEMANDE

Le déchirement et la discorde, qui marquèrent le développement politique alle- mand durant les deux derniers siècles, trouve son reflet dans l’histoire des Grandes Loges du pays. De même, l’ancienne aspiration des Allemands vers un Etat uni resta celle des Francs-Maçons allemands de se voir regroupés en une Grande Loge Unie; encore fallait-il qu’elle laissât à chaque Système une entière autonomie en matière de rituels et leur assurât la possibilité de travailler et de fra- terniser en commun. Le premier pas vers l’unification fut franchi en 1868 par la fondation des «Assises des Grands Maîtres Allemands». Cette organisation élabora des principes ma- çonniques généraux sur lesquels toutes les Grandes Loges allemandes s’accordaient.

L’étape suivante fut, à l’occasion de la création du Reich et selon un vœu una- nime, la fondation de «L’Union des Grandes Loges Allemandes», le 28 mai 1871 à Francfort. Cette Union subsista tout de même pendant 50 ans, jusqu’au départ des trois anciennes Grandes Loges prussiennes, en 1922.

En 1933, la Franc-Maçonnerie allemande, désunie et déchirée, (onze Grandes Loges différentes, dont neuf reconnues et deux non reconnues) est totalement dé- munie face à la puissance menaçante du national-socialisme. La Franc- Maçonnerie allemande a connu ainsi la grande césure des années d’interdiction. Mais cet événement décisif eut un effet salutaire qui se manifesta, dès 1945, par

un désir ardent pour la réunification effective de la Franc-Maçonnerie allemande.

Ce vœu se réalisa d’abord le 17 mai 1958 par la réunion des deux Grandes Loges AFAM et FO en «Grandes Loges Unies d’Allemagne, Confrérie des Francs- Maçons Allemands». Cet accord est bien connu sous le vocable de Magna Charta. Cette dernière connut un important élargissement, lors du Convent de Berlin, en 1970: la «Grande Loge-Mère aux Trois Globes» et les Grandes Loges des Francs- Maçons Americano-Canadiens et Britanniques jusqu’ici Grandes Loges Provinciales, entraient, à égalité de droits, dans le giron des Grandes Loges Unies d’Allemagne.

Sources : GLSA

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