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Hauts Grades

La Fraternité Maçonnique

14 Juillet 2012 , Rédigé par Bernard DOULET Publié dans #Planches

Très chers frères :. et Vénérable Maître :.

Je vais tenter de tisser un propos sur ce qui me paraît faire lien entre nous, frères francs-maçons.

La Fraternité Maçonnique

Les frères d’une même famille sont issus du même père et de la même mère. Ils sont liés par un lien de consanguinité. Il n’en est pas de même pour les frères francs-maçons. Quel est le type de lien qui unit ces derniers entre eux ?

Sans nul doute, il est possible d’en distinguer plusieurs. Alors la question qui se pose à nous est celle de savoir s’il est possible d’en isoler un qui leur soit spécifique.

A un niveau profane, on peut reconnaître aux francs-maçons un lien de fraternité historique liée à la genèse de la franc-maçonnerie, au partage de valeurs communes (ceci, disons, est de l’ordre de l’idéologie) ; plus prosaïquement les liens peuvent être le partage d’intérêts communs, parfois purement alimentaires (« mais l’homme ne vit pas seulement de pain » -Evangile).

Je ne peux pas passer sous silence la fraternité qui, à côté de l’égalité et de la liberté sont les trois valeurs emblématiques de la République Française, telles qu’on peut les lire sur nos pièces de monnaie. Nous comprenons que la justice exige un équilibre entre ces trois valeurs. En effet, si la primauté est donnée à la Liberté, cela conduit à la loi du plus fort en aggravant l’inégalité, si elle est donnée à l’Egalité cela conduit à l’assujettissement du plus grand nombre au mépris de la liberté, si elle est donnée à la fraternité, cela conduit aux corporatismes.

A un niveau rituel , les francs-maçons pratiquent et participent au même rituel symbolique, dont la chaîne d’union, de même que la houppe dentelée, symbolise précisément la fraternité. A noter que la notion d’égrégore, habituellement associée à la chaîne d’union et qui fait de celle-ci une sorte de communion spirituelle nous conduit tout naturellement à aborder le niveau spirituel de la fraternité maçonnique.

Au niveau spirituel qui transcende, si je puis dire, ce qui est de l’ordre du compréhensible par le savoir, nous parlerons également de fraternité. Chaque franc-maçon se donne pour objectif de bâtir son Temple intérieur en travaillant

« la pierre brute », afin de participer au projet sublime de devenir chacun un élément indispensable à la construction du Grand temple maçonnique, le temple de Salomon. Je ne m’attarderai que sur ce niveau là, car c’est le seul, à mon sens, qui fait de la maçonnerie autre chose qu’une communauté profane , tel un parti politique ou religieux, un club d’amis (sportif, boulistes, automobilistes, etc), ou encore une corporation de métier. Il est intéressant toutefois de remarquer que la FM spéculative a élaboré sa symbolique à partir de la pratique opérative des maçons constructeurs et architectes. De là s’originent beaucoup de symboles utilisés, en particulier celui de Grand Architecte de l’Univers, symboles voués à rester lettre morte, tant qu’ils ne sont pas vivifiés par le mouvement relationnel, fraternel et spirituel des francs-maçons.

Est-ce à dire qu’il ne nous reste plus qu’à nous remettre au Grand Architecte de l’Univers et attendre passivement qu’il nous dicte ce qu’il attend de nous pour construire ce fameux temple ?

Ceci est peu probable. N’oublions pas en effet les trois voyages : cherchant, persévérant, souffrant, dans lesquels s’engage l’apprenti FM. N’oublions pas les âges symboliques qui correspondent au niveau de mérite de chacun.

Nous voudrions certes pouvoir nous fier à la dispensation d’un savoir, à l’acquisition duquel correspondrait chaque degré d’avancement. Mais là encore il faut bien reconnaître que le chemin de la vérité ne s’accommode pas d’un savoir, tel un avoir. Rappelons nous la parabole du jeune homme riche, auquel le Christ dit qu’il doit faire don de tous ses biens, son avoir, pour accéder au Royaume des cieux ; ou encore celle de cet homme de bonne morale qui se voit interdit l’entrée du paradis, pour n’avoir jamais prêté attention au mendiant Lazare qui se tenait devant sa porte.

Non, construire son Temple Intérieur, se réaliser en maçonnerie, telle est en tout cas ma pensée, ce n’est pas se faire des amis, des compagnons de route, devenir apprenti puis compagnon puis maître, puis officier, etc., ce n’est pas en tout cas seulement cela, qui n’est, en quelque sorte, que la partie visible de l’iceberg.

Cela ne suffit pas. Nous voyons dans ces figures des formes intelligibles mais, comme l’a écrit Saint-Exupéry dans Le petit prince : « l’essentiel est invisible aux yeux ». Nous ne voyons des choses du monde que les bords. Le centre, le cœur des choses, reste opaque à la conscience. Tel un volcan, la vie ne se manifeste à nous que par ses éruptions.

Ce n’est donc pas sur les signes extérieurs, apparents, que va se révéler et opérer la fraternité spirituelle.

La fraternité spirituelle ne se compte pas, ne se mesure pas, ne se manifeste pas en tant que telle (cft la rencontre entre Jésus et la samaritaine près du puits de Jacob ), elle se vit au cœur même de la relation, dans l’instant présent, au sens où le même Saint-Exupery disait :

« l’homme,- à entendre l’humain -, est un noeud de relation. ».

Ainsi, la fraternité au sens spirituel, tout comme la vérité n’est pas un dire ou un signifiant mais un point nodal opaque à la conscience, l’entrecroisement de pensées issues d’horizons différents . La vérité surgit là où deux êtres en relation se rencontrent. Elle est, de l’union, le trait (d’union) qui unit et sépare ; C’est pourquoi elle ne saurait être énonciation, savoir, définition. Elle est Parole, en ce sens que toute parole est tension vers et conjonction à un autre différent, à un prochain susceptible de l’accueillir comme message qui interfère sa propre trajectoire de vie et l’infléchit.

Ce point d’intersection de deux trajectoires produit un effet de vérité. Il est sans doute possible d’évoquer à ce sujet le symbole de la croix, symbole qu’on retrouve dans beaucoup de traditions et dont le centre rend compte de l’entrecroisement de deux lignes. Cela n’est pas sans évoquer également cette parole du christ : « quand vous êtes deux ou trois à prier en mon nom, (la prière s’adresse à Dieu) je suis avec vous ». Le Christ s’est énoncé lui-même comme étant la vérité, le chemin et la vie.

Ainsi la vérité ne réside pas dans des objets de conscience mais surgit au cœur de la relation, non comme savoir énonçable dans le discours mais comme surgissement de l’Inconnu, le tiers qui fait lien entre êtres humains, lesquels ont par ailleurs chacun leur cheminement.

Le grand architecte de l’univers n’est pas l’être qui construit ou conçoit le monde mais celui, symbolique, en qui et par qui s’entrecroisent le cheminement des êtres de parole et à partir duquel les hommes, les « parlêtres » (J . LACAN) ancrent et bâtissent leur Uni-vers. Il est la fondation de l’œuvre collective qui permet la rencontre, le moment insaisissable de vérité, le lieu de relations d’où s’origine l’histoire partagée des hommes, l’instant de la conception du germe à partir duquel le monde du compréhensible s’épanouit jusqu'à son apogée qu’est l’accomplissement du temple Universel, autrement dit, de la fraternité humaine, au delà des différences individuelles, d’éducation, de classes sociales et de culture. Cela s’appelle l’Amour, celui qui ne connaît pas de frontières.

J’ai dit, V :. M :.

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