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Hauts Grades

La fraternité : un devoir, un droit, un travail

30 Juillet 2013 , Rédigé par B\ K\ Publié dans #Planches

je vais vous présenter ce soir une planche au premier degré parmi celles proposées par le Vénérable Maître, à savoir « La fraternité : un devoir, un droit, un travail » Pourquoi ai-je choisi ce sujet?

Comme me l’a dit Michel : « Comment vas-tu arriver à dire quelque chose d’original sur ce sujet aussi galvaudé ? » Eh bien, je vais vous expliquer pourquoi : Si je suis aussi sensible a la fraternité, c’est probablement parce que je n’ai eu qu’une sœur de 10 ans de plus que moi et qui vit très loin et donc que j’ai eu peu de contacts fraternels naturels. J’ai donc voulu approfondir cette notion. Ma première pensée était que la fraternité est pour moi quelque chose de naturellement profond et qui ne devrait être ni un devoir, ni un droit ou un travail ! En fait, la réflexion m’a permis d’évoluer comme on le verra ci-dessous. Commençons d’abord par chercher l’origine du mot pour éviter les équivoques : Il vient du latin « Fraternitas » et exprime des relations entre frères ou peuples. Plus précisément, on peut trouver six significations à l’expression « être des frères » :

être reliés par des liens de sang, soit biologiquement (frères et sœurs)
être de la même génération
être du même milieu social
être de la même famille
être du même sexe
enfin être reliés par une appartenance a une même communauté religieuse ou initiatique, comme la FM\.

François Figeac prétend que ces conceptions de la fraternité sont plus élitistes qu’universalistes. Il pense que la fraternité doit inclure l’ensemble de la création et il cite l’exemple des Indiens des plaines d’Amérique du nord qui, conscients de l’utilité des bisons pour leur peuple, considéraient chacun d’eux comme un frère. Pour ma part, je n’irai pas jusque la. Marie de Solesmes a donné une définition qui est sûrement parmi les plus belles de toutes : « la Fraternité, ce n’est pas seulement donner ce que l’on a, c’est, avant tout, offrir ce que l’on est ». « Qui n’a pas de frère est un manchot » dit un proverbe arabe. « Sachons que seul on n’est rien et que pour atteindre l’inaccessible étoile, nous avons besoin de tout le monde » dit Julie Politza. Un peu d’histoire autour de ce mot maintenant. Le mot n’apparaît que tardivement et serait d’origine religieuse. Il donne son nom a tout un courant de pensée partant de l’antique Israël au Christianisme en passant par l’Inde (Bouddha), la Grèce (Socrate) qui disait « le combat pour la vérité et la justice, pour la fraternité des hommes est le plus noble des combats » ; la Chine (Confucius), jusqu'à Gandhi qui déclarait « le jour ou l’amour fera place à l’envie, à la haine, à l’orgueil, le jour ou chacun aidera ses semblables dans le besoin et saura en témoigner, ce jour la, l‘age d’or sera enfin une certitude » ; cette idée de fraternité dans la doctrine chrétienne a tendance a ne se réaliser qu’en vase clos ; dans le monde laïc, on assiste au développement de fraternités telles celle des Rose Croix et des corporations de maçons ; la publication en 1723 des constitutions d’Anderson marque une étape essentielle dans la diffusion et la pratique d’un idéal de fraternité. C’est en 1848 que le mot fraternité, sur proposition de Lamartine, a été officiellement intégré dans la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » ; l’idée étant de rendre compatibles liberté et égalité. Marcel David disait « la fraternité est le principe et la vertu sans laquelle la liberté devient chimère et l’égalité mensonge ». La fraternité citoyenne est imposée par la constitution alors que la fraternité initiatique est choisie quand on entre en maçonnerie. La FM n’a pas le monopole de la fraternité comme objectif, même si c’est un ordre initiatique fondé sur celle-ci. Les constitutions d’Anderson posent comme règle fondamentale « vous cultiverez l’amour fraternel qui est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre confrérie ». De même, dans les principes généraux est précisé « la FM\ a pour devoir d’étendre à tous les membres de l’humanité les liens fraternels qui unissent les FM\ sur toute la surface du globe ». Enfin, dans le tuilage on retrouve « êtes vous initié ? Mes frères me reconnaissent comme tel ». Répondre cela, c’est d’abord reconnaître soi-même les autres membres de la Loge comme des frères. La définition de la fraternité fait apparaître deux sens possibles :

- sous l’angle personnel et interpersonnel, le sentiment et le devoir de fraternité ;
- sous l’angle collectif et institutionnel, les structures visant à mettre en valeur les projets d’ordre religieux, professionnel ou social.

Nous nous concentrerons sur le premier sens, soit le sentiment, le devoir, la quête, la réalisation de la fraternité.

Cherchons d’abord a distinguer la notion de fraternité de notions voisines qui lui sont parfois associées voire substituées, tel celle de charité, bienveillance, justice, affection, amour, indulgence, fidélité, communion, écoute, humilité, respect des autres On en trouve toutefois certaines dont les liens avec celle ci sont plus étroits tels :

- l’humanité qui constitue un cadre général
- la philanthropie est perçue comme essentiellement élitiste et paternaliste contrairement à la fraternité qui vise plutôt l’égalité civile et l’aspiration à la dignité que la solidarité
- la solidarité qui est une notion d’ordre juridique, social et politique et pas humaine ni émotionnelle ; la fraternité est souvent réduite à cette seule dimension, même si elle en est le bras séculier.
- l’amitié qui résulte d’un libre choix est élective, restrictive et réversible contrairement à la fraternité qui ne doit pas reposer sur des préférences individuelles. D’aucuns suggèrent de remplacer dans la devise de la République Française et dans la batterie d’acclamation maçonnique « fraternité par amitié ». Cette position est très contestable car on peut cesser d’être amis même après 30 ans (c’est ce qui m’est arrivé avec un couple sans même que j’ai pu savoir pourquoi malgré de nombreuses relances) mais on ne peut cesser d’être frères.
- la tolérance, attitude intellectuelle et éthique qui découle directement de l’expérience initiatique.

Pour Shaeffert, «la fraternité va au delà de la charité, de la justice et de l’amitié, elle est compréhension, tolérance, altruisme, amour et dévouement »; Quel programme ! La fraternité qui enrichit nos temples possède plusieurs caractéristiques importantes :

- la fraternité de l’esprit ou recherche de la vérité, à partir d’échanges de convictions acceptées dans la diversité. Par contre, la fraternité en Loge ne doit jamais devenir un frein à la à la recherche de la vérité qui est première, ni même de la justice ou de la morale ;
- la fraternité du cœur pour une sympathie sans aucune arrière pensée ;
- la fraternité de l’imagination à travers la pratique des symboles. François Figeac estime que la pratique de la langue des symboles permet d’éveiller cette conscience fraternelle car les symboles seraient fraternels par nature. C’est une conception qui m’échappe pour l’instant.
- la fraternité de la volonté unie dans un meme combat pour la liberté de pensée.

On peut également la considérer sous 2 aspects :

- un aspect mythique à tendance individuel en lien avec la Lumière transmise par les initiés passés à l’Orient éternel.
- un aspect de métier par la pratique duquel les frères se construisent les uns par les autres. La fraternitè est liée à la réalisation d’une œuvre. Pour qu’elle soit menée a bien , il faut faire en sorte qu’il y ait un accord parfait entre les exécutants qui naît d’une pratique, d’un vécu en commun et qui se construit par l’intégration de chacun à l’œuvre communautaire. Les liens tissés participent à la fraternité initiatique car le métier conduit les oeuvrants à réaliser une œuvre qui les dépasse totalement. En effet, la tradition initiatique considère que l’on ne parvient pas seul à la connaissance. Cette pratique consiste concrètement a faire en sorte de ne pas troubler les FF\dans la construction de l’égrégore par des interventions inopportunes, a respecter toutes leurs interventions et a ne jamais s’y opposer.

L’aspiration à la fraternité n’est pas exempte de contradictions car elle s’appuie à la fois sur le besoin de compagnie et de solitude d’une part et sur la crainte de l’isolement et de l’étouffement d’autre part.

Il y a 2 grands types de projets communautaires : les communautés militantes orientées vers la transformation sociale et les maïeutiques privilégiant l’action intérieure de transformation de ses membres. C’est ce qui fait dire à Julie Politza « c’est parce que la fraternité, c'est-à-dire l’amour entre les frères ne va pas de soi, qu’il y a des organisations initiatiques, que l’on appelle des fraternités ». La FM\se situe dans ce dernier cadre. Il y a des fraternités profanes ou citoyennes réussies à base de sympathie, camaraderie, amitié, élan du cœur mais la fraternité maçonnique c’est cela mais plus que cela. La fraternité maçonnique est un outil avec le serment, les symboles, les rituels pour s’atteler à la réalisation de la construction du Temple de l’humanité et de son temple intérieur. La fraternité est le lien, le ciment qui assure la cohésion de l’ensemble, la solidité de l’édifice. Il s’agit d’une force spirituelle commune. D’après Geyduschek, la fraternité maçonnique est un projet, un travail, une décision qui a 3 objectifs :
- la reliance psychologique, donc à soi. La reliance représente les actions visant à créer ou recréer des liens entre les acteurs sociaux, entre une personne et divers systèmes binaires (selon Bolle de Bal)
- la reliance sociale, donc aux autres.
- la reliance culturelle, donc au monde.

le tout dans le respect de toutes les croyances religieuses, politiques, métaphysiques. La fraternité concrète, qui doit se construire dans un authentique combat est une exigence et une nécessité pour notre modernité. C’est un mythe fondateur, expression symbolique affirmant l’humanité des hommes et leur désir d’une fraternité non point fratricide mais réellement philanthropique. En conclusion de ce paragraphe, je citerai Henri Tort Nougués « la fraternité est difficile : elle demande du courage, de la volonté et de l’intelligence aussi. » Revenons maintenant aux différents sous titres qui me sont proposés : Je mettrai en tête le devoir que nous avons évoqué plus tôt et qui est explicité dans notre constitution ; Le Larousse de 1924 définit la fraternité comme la plus noble des obligations. La fraternité ne doit pas être que camaraderie mais une force spirituelle constructive commune. Plus généralement, ce devoir pourrait être orienté de manière particulière en le limitant aux communautés ou de manière universelle. Pour les confréries médiévales de métier, puis le compagnonnage, l’idéal fraternel concernait un devoir d’entraide corporative, qui, malheureusement, a pu dévier en copinage ou passe-droits. Dans le roman de Georges Sand, le compagnon Pierre Huguenin déclare « il y a un devoir plus noble, plus vrai que tous ceux des initiations et des mystères : c’est le devoir de la fraternité entre les hommes ». Pour les compagnons, c’est un état et pas un moyen comme en FM\ Pour la FM\, il s’agit bien d’un idéal de fraternité universelle, symbolisé par la chaîne d’union en fin de tenue. En effet, la fraternité maçonnique suppose non l’homogénéité mais l’hétérogénéité des êtres. Les différences n’impliquent pas nécessairement des divergences. La notion de travail découle tout naturellement de celle de devoir car si il y a un devoir il nécessite forcement un travail. Aussi on peut dire que la fraternité maçonnique est donnée, mais sa pratique et sa mise en œuvre sont méritées, elle n’est pas acquise mais conquise. En effet, une condition nécessaire de la transmutation de l’homme en frère est le travail acharné de tous les instants. En effet, qu’il soit initié ou non, l’être humain n’est pas naturellement cohérent, pas plus qu’il n’est spontanément porté à aimer les autres plus que lui-même. Je m’en aperçois personnellement car avec certains frères, pour lesquels je n’ai pas d’affinité naturelle, la fraternité ne coule pas de source et cela me demande un effort pour les respecter et les considérer comme des frères. C’est le travail de tous les instants de la fraternité dans le Loge pendant les tenues. En effet, la fraternité maçonnique telle qu’elle est enseignée lors de l’initiation, constitue un mythe fondateur qui nous invite au travail à faire sur soi seul et, avec le partage avec les autres , elle nous encourage à grandir, à devenir meilleurs les uns pour les autres. Mais attention car, bien souvent, le fait de mettre l’individu au premier plan détruit le fondement même de la fraternité qui consiste précisément à se préoccuper de ses frères avant de s’inquiéter de soi. La notion de droit nous amène directement au serment que nous avons prêté. Ce serment instaure une nouvelle alliance entre les hommes. Mais cet engagement n’est pas unilatéral. En effet, les frères de la loge prennent ce même engagement de reconnaître tout nouvel initié comme frère. Il y a donc réciprocité et, de ce fait, un droit à la fraternité au sein de la loge. D’ailleurs la Loge dispose également d’un droit collectif à la fraternité. On ne choisit pas son frère. Il nous est donné. Comme disait jean Mourgues « reconnaître son frère sans l’avoir vu, c’est le tour de force de la fraternité initiatique. ». Cependant, même si cela se produit rarement, la fraternité peut avoir ses limites quand un frère ne respecte plus les règles communes à la Loge. En conclusion, on peut dire que la fraternité est le mode opératoire de la voie initiatique et c’est l’une des particularités marquantes de la spiritualité maçonnique. Mon analyse m’a donc confirmé dans le fait que la fraternité est un aspect majeur de la FM\.  

Source : www.ledifice.net

 

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