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Hauts Grades

La Géométrie

1 Novembre 2012 , Rédigé par A.Z Publié dans #Planches

INTRODUCTION 

 Je me suis proposé pour présenter ce balustre sur la géométrie, car étant moi même Géomètre Expert de formation, j’étais comme le disent les Anglais : the right man in the right place. 

Définir ce qu'est la Géométrie, c'est pour Kant, "la science de toutes les espèces d'espace"

Je dirais que pour moi, la géométrie est l'art de raisonner juste sur des figures simples.

S'il faut poursuivre la démonstration, je cite la géométrie analytique qui par  l'algèbre et l'arithmétique permet de résoudre des problèmes de  géométrie.

Je passerai rapidement sur la géométrie dans l'espace, qui est plus abstraite  et fait raisonner sur trois directions, ainsi que sur son corollaire la trigonométrie sphérique, qui m'a arraché quelques soupirs de désespoir quand j'étais étudiant.

Pour commencer je cite cette phrase de Pascal : Il faut que je donne une méthode encore plus éminente et plus accomplie, mais où les hommes ne sauraient jamais arriver, car ce qui passe par la Géométrie nous surpasse.

Je rappelle également cette phrase d'Aristocles, plus connu son nom de Platon, Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre.

Ce philosophe grec, après une vie de voyages et d'études, fonde dans un lieu appelé ACADEMIOS, une école sur le portique d'entrée de laquelle il fit  graver ces mots:

"médéis agéométrétos eisito"( que nul …) 

ORIGINES ANTIQUES DE LA GEOMETRIE 

La plupart des  progrès réalisés en Grèce au 4ème Siècle avant n.e l'a été par des hommes ayant étudiés dans cette Académie.

Parmi les sciences qui y étaient enseignées, on note en premier lieu: les mathématiques, qui incluaient l'arithmétique et la géométrie, puis la musique, la loi, que nous nommons aujourd'hui  le droit, et enfin la philosophie.

Pour beaucoup d'entre-nous, la géométrie est une branche des mathématiques. Généralement on nous l'enseigne comme un système d'axiomes par lesquels certains rapports entre des formes, comme des cercles et des triangles, peuvent être démontrés. Enseignée ainsi, la géométrie semble dénuée de la nature spirituelle que nous associons avec le sacré et que nous retrouvons dans les cathédrales par exemple.

Les savants grecs nommaient alors l’Univers l’Ordre des Choses, ce que nous pouvons comprendre comme étant d'une origine religieuse inventée par Dieu et non par les hommes.

Dans "Georgias", Platon rappelait que l’égalité régnait en géométrie.

Je cite:

Les savants, Calliclès, affirment que le ciel et la Terre, les dieux et les hommes sont liés ensemble par l'amitié, le respect de l'ordre, la modération et la justice et pour cette raison ils appellent l'Univers l'ordre des choses, camarade.

Non le désordre ni le dérèglement.

Tu n'y fais pas attention malgré toute ta science et tu oublies que l'égalité géométrique règne, toute-puissante parmi les dieux comme parmi les hommes. Tu penses qu'il faut s'efforcer de l'emporter sur tous les autres : parce que tu négliges la géométrie. 

Qui pour Platon ne pouvait qu'être une science du bien. Rappelons que Calliclès était un citoyen athénien influent qui prônait qu'il ne fallait pas limiter ses désirs, même si pour cela on créait une injustice.

De par cette citation, voyons justement ce que nous devons à ces savants de l'Antiquité.

En moins de quatre siècles, de Thalès de Milet à Euclide d'Alexandrie, les penseurs grecs ont  construit un Empire dont la grandeur perdure jusqu'à nous. Ils nous amènent encore, à plus de deux millénaires de distance, à travailler selon les mêmes gestes qu'eux. Cette réussite s'appelle les mathématiques et la géométrie.

Toute l'aventure commença, par ce qui allait précéder la géométrie, c'est à dire l'astronomie. Comment observait-on dans l'Antiquité ?

L'aiguille du cadran solaire ou gnomon projette des ombres sur le sol. La lumière venue d'en haut projette sur la terre un dessin dont l'allure imite et représente les formes de l'Univers, par l'intermédiaire de la pointe du bâton. 

Remonter des ombres à la lumière et des images projetées à leur modèle, voilà les leçons communes à l'astronomie grecque et à la théorie platonicienne de la connaissance. Que l'outil qui permet cette opération soit un simple bâton, voilà qui nous aide à  devenir humbles.

Et de nous poser la question: Quand un scientifique découvre une nouvelle théorie ou une nouvelle équation, que s'est il passé ?

Est-ce l'humain qui est venu à la découverte en allant vers l'inconnu, ou est ce la découverte qui vient vers l'humain ?

Parvenu au pied des pyramides, Thalès démontre la similitude des triangles formés, le premier par Chéops et son ombre, le second par un piquet planté là. Les angles sont égaux et les côtés proportionnels. Il définit ainsi l'homothétie.

Voici donc que se dévoile la grande énigme de l'origine de la géométrie qui prend sa source dans les astres et se révele par un piquet planté verticalement.

La géométrie porte le nom de sa mère, la Terre, sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l'aide du gnomon, elle demeure comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science, d'où monte le savoir. 

Voici la verticale du fil à plomb qui signifie intelligence. Mais la perpendiculaire aussi. Elle pend comme le cordeau du maçon et pèse le poids de son plomb, mais elle pense. Le verbe penser ne connaît pas d'autre origine que peser, pendre ou pente. 

Que notre langue nous ramène pour la connaissance à des images aussi simples que le fil à plomb indique seulement que le problème de la pensée date d'une époque récente. L'intelligence artificielle est plus ancienne que l'intelligence tout court, elle-même se réduisant à une possibilité de faire. Le je pense donc je suis a trois cents ans alors que le gnomon dit qu'il connaît depuis plus de trois millénaires. 

De même que la perpendiculaire, le compas et la règle permettent de construire. Ils contiennent ou impliquent une infinité de droites, cercles, points, angles droits, parallèles et figures possibles. Ils constituent vraiment la mémoire dans laquelle ils s'enveloppent et d'où l'on peut à loisir les extraire. Ils constituent les matériaux de base de la logique.

Le trait sans dimension autre que la sienne propre, s'extrait de la règle, se tire en tous sens, permettant ainsi à l'homme de développer une pensée concrète et réfléchie lui permettant à son tour, de se construire.

Survolons maintenant une autre idée géométrique que vous connaissez peut être: le Paradoxe de Zénon d'Elée. 

Parti d'un point pour accéder à un autre, le voyageur ou le mobile doit passer d'abord par le milieu du segment qui les sépare, ensuite par le milieu du segment qui reste, et ainsi infiniment.

Donc il n'arrive jamais au but.

Le monde mesurable, par approximation et même exactitude, avoisine immédiatement un autre monde infiniment lointain, sans dimension puisque la mesure s'épuise à l'atteindre.

Ce paradoxe a été longuement étudié par Pascal dans son texte : De l'Esprit Géométrique. 

LES  ARTS  LIBERAUX 

De la philosophie de Platon qui disait : Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre, nous pouvons retenir que la Connaissance est possible par les idées, les images et les formes, qui du chaos des sensations dégagent et modèlent la pensée ordonnée.

Nous apprenons à penser en groupant les choses, en les répartissant en classes d'après leurs analogies. Nous faisons ainsi appel à la réflexion intuitive qui pour moi est ici différente du raisonnement purement mathématique. Les mathématiques pures obligent à une rigueur d'interprétation, alors que la géométrie permet une souplesse d'esprit. Celle-ci par son application, a expliqué l'art de découvrir les vérités inconnues. C'est ce qu'elle appelle l'analyse.

La géométrie semble alors une philosophie qui se rapproche de  notre symbolisme et des buts des symboles. Pour compléter mon propos, je citerais H. Poincaré :" La Logique sert à prouver, l'intuition sert à créer."

La Géométrie, par la clarté d'esprit qu'elle préconise, par les trois points de son raisonnement, à savoir: hypothèse, démonstration et conclusion, par 1'Art du Trait qu'elle exerce, ne pouvait de ce fait, qu'être un des Arts majeurs de la F:. M:.

Je ne peux parler de géométrie sans faire appel aux Arts Libéraux. 

Ils trouvent leur origine dans le monde antique. Ils furent codifiés en tant que tel et devinrent la structure usuelle de la connaissance médiévale.

 Il semble possible que le terme libéral d'arts libéraux, signifie que la connaissance était le domaine des hommes libres (liber en latin signifiant libre). L'église conserva l'idée que les Arts Libéraux étaient les différentes étapes d'une hiérarchie du savoir. C'est la théologie qui prenait désormais la première place, et une orientation chrétienne était donnée à la connaissance. Le Trivium étant maintenant utilisé pour comprendre les Ecritures. Les mathématiques, donc le Quadrivium, devenant alors le moyen de comprendre comment Dieu avait organisé le monde.  

Evoqués au 2ème puis au 30ème degré sur l'Echelle Mystérieuse, les Arts Libéraux constituent la structure profonde de la maçonnerie.

La description de la loge qui s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir, nous convie à une vision unitaire et globale. Cette vision n’ignore pas les détails mais ne leur accorde que leur véritable place, ce qui doit nous conduire à une nouvelle échelle des valeurs.

Le Larousse de 1875 définit le quadrivium comme suit: 

Quadrivium: Division des arts libéraux qui contenait les quatre arts mathématiques, savoir : l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie.  

Ainsi l’arithmétique, science du nombre, et la géométrie, harmonie de l’espace, nous donnent une vision de la structure du monde. Cette vision est complétée par l’astronomie auquel est ajoutée la musique.

Les  Arts Libéraux  nous permettrons ainsi de savoir que la vie maçonnique, quand elle est poursuivie dans l’amour et l’effort, confère au maçon un équilibre majeur. (Antonio Coen) 

Le mot GEOMETRIE se trouve dans les "Olds Charges", textes anciens de la F:. M:. Opérative. Le plus ancien que nous connaissons date de 1390.

Il y est écrit, je cite: (voir annexe 2) 

La géométrie qui enseigne à l'Homme à mesurer  la Terre et toutes les autres choses, laquelle science est appelée Maçonnerie. 

Et  enfin, dans ce même texte ancien, il est dit:

Remarquez je vous prie, que toutes les sciences sont contenues dans la Géométrie, parce qu'elle enseigne à répartir et à mesurer la pondération dans et sur la totalité de la Terre que vous avez à connaître. Et ni la grammaire, ni la logique, ni aucune des sciences, ne peut subsister sans la Géométrie.

On ne peut être plus clair!

Dans le document PRICHARD, de 1730, intitulé  La Maçonnerie étudiée en détail, il est dit:

Les arts libéraux sont le fondement de l'organisation originelle de la maçonnerie et plus particulièrement le cinquième, la Géométrie. C'est à la construction de la tour de Babel que l'art et le métier de la maçonnerie furent établis pour la première fois. De là, ils furent transmis par Euclide, excellent et admirable mathématicien d'Égypte, qui les communiqua à Hiram le maître maçon engagé à la construction du Temple de Salomon à Jérusalem.  

Pour en terminer avec les citations, je voudrais vous lire, tiré du Régius, un petit poème anonyme dont l'auteur ne nous est pas connu, comme l'aurait dit ce brave M. de La Palisse 

Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences :

Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,
 

Pour les anciens Maçons opératifs, c'est le système fondamental à partir duquel s'effectuent toutes les démarches intellectuelles, morales et spirituelles. C'est une démarche que l'on peut qualifier de révolutionnaire.

En effet, au Moyen Age, l'enseignement était à sens unique. Aristote dixit "Le Maître Aristote a parlé" et ce qui était dit l'était sans contradiction possible. Le bon élève était celui qui admettait sans critiques l'enseignement du maître, sans se poser de questions, avec confiance.

Seuls quelques uns s'élevaient contre cette attitude et le 12ème siècle a été témoin du développement de l’esprit critique, d’où une réaction de l’Eglise qui est devenue une puissance politique et matérielle et qui s'oppose à cette remise en cause des dogmes religieux. 

Citons Abélard dont les amours avec Eloïse lui valurent quelques déboires (qui par amour eu cette essoine, chante F. Villon), déboires qui de nos jours lui auraient permis de faire partie de la chorale des petits Chanteurs à la Croix de Bois.

Certains ont pu se poser la question de savoir si la science géométrique des batisseurs du M.A ne cachait pas quelques secrets inavouables. Ce ne sont à mon avis que des hypothèses basées sur la non compréhension du symbolisme ésotérique des figures géométriques. Je vous renvoie à l'excellent article sur les Tracés Régulateurs, paru dans le supplément d'Ordo ab Chao n° 54.

D'ailleurs, comment faudrait-il comprendre cette géométrie secrète?

Comme un monopole réservé aux hommes du métier ou comme une dimension ésotérique de la Géométrie?

L'importance accordée à la Géométrie par la F:. M:. donne également l'indice de l'existance à l'époque opérative, d'un ésotérisme fondé en grande partie sur le 5ème Art Libéral.

Remarquons que chez les C:. tailleurs de pierre, leurs tracés s'effectuent sur deux modes, le Triangulum, à base hexagonale (à rapprocher du Trivium) et le Quadratum, à base octogonale (à rapprocher du Quadrivium).

Nous connaissons les écrits anciens concernant la géométrie. En premier lieu les Carnets  de Villard de Honnecourt, basés en partie sur le Quadratum, mais également le Livret de rectitude des pinacles, de Mathias Roriczer- 1486-, Maître architecte de la cathédrale de Cologne.

De même Albretch Dürer dans ses Instructions pour la mesure à la règle et au compas. 

N'oublions pas aussi le fait que nous sommes dans un Aréopage et que lors de l'élévation au 30ème degré le futur chevalier Kadosh se trouve devant une Echelle Mystérieuse.

Il s’agit d’une échelle double reposant sur le sol, stable et autonome. Sa forme est celle d'un triangle. Comme toute échelle elle se distingue de la verticalité du fil à plomb, elle offre une voie oblique, accessible et progressive.

Le sommet atteint, que faire, sinon appliquer cette sagesse, cette justice, cette intelligence, cette compréhension dont nous sommes peut-être un peu mieux pourvus ? Sinon par un travail externe, redonner ce que l’amour et le travail sur nous même ont permis d’approcher.

Lors de la descente de cette échelle, côté du Midi, la Géométrie est le cinquième échelon. Cet échelon à son correspondant du côté septentrion. C'est Motek, la douceur.

La force n'a de valeur que si elle est sûre d'elle afin de s'exprimer d'une façon tranquille. Vient alors le temps de la douceur, qui n'est autre que la force tranquille qui convainc et s'assure une victoire définitive si elle est exercée dans le respect de l'autre. Nous pouvons certainement faire une comparaison entre cette force qui convainc par la douceur c'est-à-dire par la démonstration raisonnée permettant de vaincre les oppositions, et la géométrie qui par sa rigueur graphique et de pensée permet de justifier la justesse du raisonnement. 

Revenons quelques instants sur la silhouette de cette Echelle. Elle forme un triangle indéformable et ceci nous rappele qu'elle symbolise le G A D L U.

Par ses trois points vus precedemment, hypothèse, démonstration et conclusion, c'est une des voies d'accés à la recherche de la Vérité et ses trois sommets sont représentés par les 3 points de la franc maçonnerie. Enfin, par ces 3 points il ne peut passer qu'un plan.

Mais la forme de cette échelle nous rappelle également notre parcours maçonnique fait de constrution et de deconstruction, de montée et de descente. Descente dans les profondeurs de la terre au 1er degré, renaissance au 3ème degré, destruction du Temple au 14ème degré, également ceux du Chapitre, mais la Parole Perdue est retrouvée. Du 19ème au 30ème degré, nous avons une ascension vers le Nec plus Ultra puis une redescente en une fois, par les Arts Libéraux. Dont la Géométrie.

Ces Arts Libéraux, libres suivant leur éthymologie, qui signifient que la mission du C.K.H  est d'amener les Hommes à se libérer de ténèbres. 

LA PENSEE GEOMETRIQUE 

Nous sommes redevables à Platon que l'idée de la recherche intérieure est possible, alors que toute la philosophie du Moyen-Age chrétien peut se résumer dans cette affirmation : la Raison est la part de Dieu dans l'homme et il lui appartient de l'utiliser pour arracher la Création au désordre apparent des choses et ainsi percer les intentions du Créateur. 

Comme tout système trop rigide, une conséquence imprévue du succès des Ecoles fut de fournir les armes à une remise en question.

Saint Bernard, qui l'avait bien pressenti, n'eut de cesse de tonitruer pour que les moines restent enfermés dans les travaux des champs et les oraisons au lieu de risquer le contact avec le monde extérieur. Abélard, au grand scandale de Saint-Bernard, écrit: Mes étudiants avaient besoin d'explications intelligibles plutôt que d'affirmations.

Abélard défend l’idée que Dieu ne s’est pas incarné pour racheter un homme déchu, mais pour éclairer l’homme par sa Parole, pour lui manifester la profondeur de son amour et il affirme que c’est par son libre arbitre que l’homme peut rejoindre Dieu. 

Nous sommes ici en présence du libre arbitre face à la pensée unique, c'est-à-dire du choix après analyse.

Le gros challenge de l'humain aujourd'hui est de sortir de la pensée unique. L'humain doit fonctionner dans la globalité de son potentiel, à la fois logique et spirituel.

La géométrie, par sa démarche intellectuelle, amène à cet esprit d'analyse. Le savoir qui s'en dégage est progressif  et ne peut se faire que par un développement logique de la pensée.

Ce n'est plus la mémoire qui prime, mais l'esprit de synthèse et l'intelligence. L'esprit a pour lui le fait d'être illimité, flexible et surtout intuitif. De ce fait, l'Idée, la pensée, se doit de ne pas être dogmatique mais de rester curieuse et ouverte à l'esprit, au-delà de toute idéologie sectaire.

Citons encore Platon, qui, dans le Timée, parle de la propriété des triangles et de l'aide que leur étude apporte à la capacité de raisonner. Je cite: Nous progresserons conformément à un raisonnement où la vraisemblance s’allie à la nécessité.   

A l'époque ancienne, le Compagnon qui se trouvait dans une ville ou une Loge étrangère, se faisait reconnaître en justifiant sa marque et en l'expliquant par la géométrie et par le symbolisme.

Ainsi commençait à se créer et à se transmettre, une philosophie basée sur la raison, l'intuition,    l'analyse et l'intelligence, et dont le fondement était la géométrie.

L'élève ne subissait plus le cours du maître sans réflexion, mais en appliquant l'esprit de géométrie, il avait la liberté du choix. On comprend mieux alors la phrase de Platon.

On ne peut  entrer dans son Académie si on ne possède pas l'esprit de géométrie, c'est-à-dire si on ne possède pas la liberté de choix, ce qui revient à dire, si on n'a pas de libre arbitre. 

Par cette liberté de choisir qui est une résultante de l'esprit d'analyse, on se trouve au-dessus des passions. On est alors à même de créer son propre Temple intérieur.

C'est dans cet objectif que travaille le Franc-maçon et cet objectif donne un sens à notre vie.

Nous nous attelons à un travail librement choisi qui remet en question les normes habituelles. Nous en concevons de nouvelles, plus achevées et mieux finies.  

Ce travail que nous faisions sur nous même est à l'opposé du travail profane.

Dans le monde actuel, la majorité des travailleurs subissent leur travail comme une corvée. C'est le " métro-boulot-dodo" bien connu, avec pour résultante un refus de l'initiative.

Le "je n'en ai rien à faire, c'est pas mon problème" est malheureusement trop souvent entendu autour de nous. Ce travail-corvée est inconsciemment une résultante des textes bibliques et de la Genèse qui définissent le travail comme une punition  pour la faute commise par Adam et Eve.

Des tabous ont ainsi été créés pour nous maintenir dans un état inférieur. L'idée de péché permet de rabaisser l'Homme tout en le maintenant dans une dépendance d'esprit.

En sens inverse, la démarche du franc-maçon qui se libère de cet état par un travail interne, et extrapole cette liberté par le travail externe, nous aide à réintégrer cette transcendance originelle qui est en nous et que nous devons redécouvrir.   

En loge de Compagnon, nous avons glorifié le Travail. 

En Aréopage nous avons pris conscience que tout ce que nous avions compris dans notre progression maçonnique, devait maintenant se mettre en application par un travail sur l'extérieur de la loge.

Par son travail externe et à l'aide de ses mains et de son cerveau, le F.M accomplit son destin.

L'homme est affamé d'activités au point que, par exemple, les retraités s'imposent de sévères disciplines dans le but de se divertir. Sans doute la vraie paresse est elle plus rare qu'on ne le croit, car nous aimons naturellement vaincre les difficultés et achever nos réalisations.

Chacun de nos efforts est un appel qui aimante l'invisible et fait descendre en nous des forces dont on a besoin. Chaque œuvre compte pour la conquête de la couronne Kether.

La conséquence du travail humain, si ce travail est réalisé en appliquant ce que nous avons appris dans nos Loges, ne peut qu'être immense.

Nous sommes des oeuvriers libres d'étudier et d'exécuter les plans et à chacun de nous est dévolue une petite part dans la puissance de créer de l'ordre vers la Lumière, ou du désordre vers les Ténèbres. Ainsi, plus la volonté qui inspire l'œuvre est dirigée vers le haut, plus proche est la perfection.

Ce qui nous élève ce n'est pas l'objet de notre occupation, mais la manière dont nous l'animons par notre esprit.

Et la conséquence immédiate de son travail est que le franc-maçon se crée lui-même. Ici se trouve la clef  de cette Glorification au Travail amenant au Nec plus Ultra.

Le choix de l'œuvre à accomplir est rarement laissé à l'initiative de l'Homme car elle est dictée par le compte courant que chacun de nous possède au Grand Livre de la vie. Mais développer ceci serait trop long, et cela nous entraînerait sur une étude entre déterminisme et hasard, ou, titre d'une planche que j'ai faite il y a quelques années, déterminisme et karma.

Notons que la Franc-maçonnerie est une science spéculative basée sur l'art opératif. Tous ses symboles et allégories se réfèrent à cette connexion.

Pour définir cette connexion en employant des mots anglais, nous pourrions dire que lorsqu'une Loge écoute le compte rendu du secrétaire ou discute d'une planche, qu'elle est au business, mais que lorsqu'elle initie, ouvre ou ferme les travaux, elle est at work. 

Dans la loge bleue, la lumière du Delta éclaire l'Autel des Serments sur lequel sont posés les trois Grandes Lumières: le Volume de la Loi Sacrée,  l'équerre et le compas.

Dans un Aréopage, seul demeure le Volume de la Loi Sacrée.

Je voudrais revenir quelques instants sur le compas. Etre géomètre c'est savoir utiliser les instruments de mesure et tous les outils qui en découlent et que l'on pourrait qualifier en les regroupant, d'étui mathématique.

Le compas, par la capacité de celui qui l'utilise, peut à partir d'un point fixe tracer des cercles plus ou moins grands. C'est l'esprit qui à partir d'une référence, peut s'élargir vers tous les horizons et voir tous les problèmes tout en se donnant une limite.

Le Franc-maçon doit s'élever dans sa recherche et il peut le faire grâce au compas. En partant de la surface plane qu'il a tracé, sa main et les branches de l'outil forment en tournant un volume conique, première approche de la spirale de notre élévation spirituelle. 

CONCLUSION 

Comme le dirait Pascal, après avoir finement associé l'esprit de finesse à l'esprit de géométrie, il est temps d'arriver à la conclusion. Courte ! Pour faire plaisir à certains FF:.

Ainsi la géométrie fonde la physique parce que le monde est sa condition transcendantale. Elle fonde aussi la technique puisqu'elle est une technique. Mais elle est aussi productrice d'abstraction. De la géométrie d'Euclide sortiront plus tard la Géométrie pure, née de la règle ou du compas, ainsi que des géométries plus abstraites encore.

Avoir une vision géométrique des choses c'est définir des valeurs morales dans une progression harmonique intérieure, réalisant ainsi la résonance dans le microcosme, des lois du macrocosme.

Comprendre l'harmonie du macrocosme, c'est comprendre la relation qu'il y a entre l'Univers, le T:. de l'Homme et l'Homme lui même.

C'est mettre à l'unisson le rythme de l'individu avec celui de l'Univers.

C'est percevoir l'infiniment petit et l'infiniment grand.

Nous devons avoir l'esprit de géométrie pour nous protéger contre les tentations de la facilité et des généralisations. 

Je dirais qu'être Maçon et géomètre selon Platon, c'est se libérer par l'hérésie aux normes imposées et se mettre ainsi à l'abri du dogmatisme.

Je dirais qu'appliquer la géométrie et être géomètre suivant l'esprit de Platon, c'est savoir grignoter l'inconnu.

Ceux qui me connaissent savent que je peins des portraits. Aussi terminerais je ce travail par une citation.

Pour exprimer la Nature, on la représente par le cercle, le cylindre et le cône.

(Pablo Picasso.)

Pas mal pour un peintre cubiste, non !?

J'ai dit  T E C.

Documents  annexes à la suite

Extrait du manuscrit Dumfries (1710) R.L Dumfries Kilwinning n°53

Il y a sept arts libéraux. Le premier est la théologie qui enseigne les vertus du raisonnement, le seconde est la grammaire qui, associée à la rhétorique, enseigne l'éloquence et la manière de parler en termes subtils. Le troisième est la philosophie qui est l'amour de la sagesse, par lequel on concilie les deux termes d'une contradiction et l'on rend juste ce qui est tordu, noir ce qui est blanc, par la règle des contraires, etc. Le quatrième est la musique qui enseigne le chant, à jouer de la harpe et de l'orgue et de toutes sortes de musiques vocales ou instrumentales. Il faut se souvenir que cet art n'a ni milieu ni fin. Le cinquième est la logique qui permet de découvrir la vérité en partant de ce qui est faux, et qui sert de guide au juge et à l'avocat. Le sixième est la géométrie qui enseigne à mesurer les cieux matériels et toutes leurs dimensions terrestres, et tout ce qui y est contenu. Le septième et le dernier des arts est l'astronomie qui enseigne, avec l'astrologie, à connaître la course du soleil, de la lune et des étoiles, qui tous ornent les cieux. Les sept arts sont fondés sur la géométrie par laquelle nous concluons. Cet art a le plus de valeur et il donne aide et assistance aux autres. Il n'existe personne, pratiquant un métier, qui ne travaille au moyen d'une mesure et de toute la géométrie. Elle sert à peser et à mesurer toutes sortes de choses sur terre : en particulier les laboureurs et les cultivateurs [s'en servent] pour le grain et les semences, les vins et les fleurs, les plantes et autres choses. Sans la géométrie, aucun autre art n'aide les hommes à mesurer. Comment cet art a commencé, je vais le narrer.

Avant Noé et le déluge, il y avait un homme nommé Lamech qui avait deux femmes. L'une s'appelait Adah et elle enfanta deux fils : l'aîné s'appelait Jabel, et l'autre Jubal. De l'autre femme, il eut un fils nommé Tubalcaïn et une fille appelée Naamah. Ces enfants découvrirent tous les arts et les métiers du monde. Jabel, l'aîné, découvrit la géométrie. Il gardait des troupeaux de moutons. Ceux-ci eurent des agneaux dans les champs. Pour eux, il bâtit des cabanes de pierre et de bois, comme on le découvre dans le 4° chapitre de la Genèse. Son frère Jubal découvrit l'art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère découvrit le métier de la forge, du bronze, de l'acier et du fer. Leur soeur découvrit l'art du tissage et du maniement de la quenouille et du fuseau.

Ces enfants eurent conscience que Dieu voulait châtier le monde à cause de son péché, par le feu ou par l'eau. Néanmoins, ils étaient plus intéressés par le bien de leur postérité et préféraient l'art qu'ils avaient découvert plus que leurs propres vies. C'est pourquoi ils gravèrent la science qu'ils avaient découverte sur des colonnes de pierre, pour qu'on les trouve après le déluge. L'une était d'une pierre, appelée marbre et ne pouvait être détruite par le feu, l'autre monument était fait de briques et ne pouvait se dissoudre dans l'eau.

Après le déluge, le grand Hermorien, fils de Coush (Coush était le fils de Cham, second fils de Noé), fut appelé « père de la sagesse », à cause des colonnes qu'il découvrit, après le déluge, et où étaient inscrits les arts. Il les enseigna, lors la construction de la tour de Babel, où il fut appelé Nemrod ou « puissant devant le seigneur ». Nemrod professa le métier de maçonnerie, selon le désir de son cousin, le roi Neneveh. Le dit Nemrod reçut des maçons et les recommanda au seigneur du pays pour qu'ils construisent toutes sortes de bâtiments à la mode à l'époque. Il leur enseigna des signes et des preuves pour qu'ils puissent se reconnaître l'un l'autre du reste des autres hommes.

Annexe 2 -   Extrait des Olds  Charges  (1390)

Celui qui se donnera la peine de chercher et de lire, trouvera dans un vieux livre l'histoire de grands seigneurs et dames qui avaient beaucoup d'enfants.

Ils tinrent conseil par amour pour leurs enfants. Ils étaient fort préoccupés par le sort de leurs descendants après leur mort. Ils envoyèrent alors chercher des clercs instruits pour leur enseigner de bons métiers. C'est ainsi que, grâce à la bonne géométrie, cet honnête métier qu'est la bonne maçonnerie fut constitué et créé, et mis au point par les clercs.

À la demande des seigneurs ils créèrent un art qu'ils nommèrent maçonnerie, en se basant sur le modèle de la géométrie, décidés à en faire le plus honnête des métiers.

Le nom du premier clerc était Euclide et sa renommée s'est répandue au loin. Il ordonna que celui qui était le plus doué devait instruire celui qui l'était moins et que le plus avancé soit appelé maître, afin qu'il soit particulièrement honoré. 

Voilà comment, grâce à la bonne science de la géométrie, naquit le métier de maçonnerie. Source : www.ledifice.net

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Géomètre expert immobilier 31/01/2014 16:20


Merci pour cet excellent article!