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Hauts Grades

La Grande Loge Unie d'Angleterre

9 Décembre 2012 , Rédigé par A. R. Publié dans #histoire de la FM

La Grande Loge Unie d'Angleterre vit le jour en 1813, et résulta de l'union de la Grande Loge des Modernes avec la Grande Loge des Anciens. Bien qu'à première vue la pomme de discorde entre les Modernes et les Anciens ait été le rituel, on sait aujourd'hui que ce sont surtout les différences de nature sociale et religieuse qui ont opposé les membres de ces deux Grandes Loges. En effet, les Modernes avaient un recrutement plus aristocratique que les Anciens, même si ceux-ci ont compté quelques grandes familles comme les Atholl. Les premières tentatives de rapprochement entre les Grandes Loges ne datent que de b dernière décennie du XVIIIe siècle et il semble que les Anciens en aient eu l'initiative, Citons le cas, assez exceptionnel de la Royal Gloucester Lodge constituée en 1772 par ceux-ci, qui demanda en 1792 une patente aux Modernes et qui lesta délibérément affiliée aux deux Grandes Loges jusqu'à leur unification, pratiquant tantôt le Rite Ancien tantôt le Rite Moderne.

Plusieurs raisons expliquent cette fusion. Les Anciens ne pouvaient qu'accroître leur prestige en rejoignant les aristocrates de la Grande Loge des Modernes, en particulier les membres de la famille royale. Les Modernes, quant à eux, souffraient d'une grave crise financière: ils s'étaient endettés pour construire le luxueux Freemasons' Hall. Un assez grand nombre de maçons « Modernes », qui acceptaient difficilement de voir leurs cotisations augmenter pour permettre à la Grande Loge de régler ses dettes, avaient peu à peu rejoint les Anciens. Enfin, le contexte politique donnait à l'unification de la maçonnerie anglaise un caractère urgent. Le gouvernement de Pitt avait suspendu l'Habeas corpus et tentait de s'opposer aux organisations réformistes anglaises, et en particulier aux tout nouveau% syndicats. En 1799, une loi (Combination Act) mit un terme au droit d'association.. Il était donc vital que la franc-maçonnerie montrât un visage uni et proclamât son allégeance au pouvoir royal, ce qu'elle fit. Quatre nobles jouèrent un rôle de premier p]an dans cette réalisation: le duc d'Atholl, pour les Anciens, le comte de Moira-Hastings, pour les Modernes, et deux princes, les ducs de Sussex et de Kent, respectivement Grands Maîtres des Anciens et des Modernes. Les Grandes Loges furent les seules associations épargnées par la loi de 1799.
En 1813, le duc de Sussex prit la tête de cette nouvelle association, qui se trouva ainsi totalement placée sous l autorité de la famille royale. Plusieurs historiens, notamment Robert Freke Gould, se sont penchés sur les Articles d'Union pou r étudier en détail les aménagements du rituel et les compromis effectués. Pour préparer l'union, les Modernes avaient mis en place la Loge de Promulgation, chargée de remettre à l'honneur quelques éléments du rituel abandonnés en 1750. Les Anciens avaient constitué des Loges d'lnstrucion afin d'harmoniser leurs propres rituels. Les articles de 1813 créèrent une nouvelle instance, la Loge de Réconciliation, afin de peaufiner le rituel de la nouvelle Grande Loge. Celle ci reconnut naturellement l'existence des trois degrés de la franc-maçonnerie, mais également celle du Royal Arch*, cher aux Anciens et que les Modernes avaient toujours ignoré. Du point de vue du rite, la victoire revenait aux Anciens, bien que numériquement ils aient été plus faibles. Sur le plan de l'organisation, les articles prévoyaient la répartition équitable de tous les officiers des Modernes et des Anciens dans la nouvelle instance. On désigna même deux Grands Chapelains. Afin de contenter tout le monde, 18 Grands Intendants furent nommés~ soient six de plus qu'auparavant. Certains d'entre eux reçurent le privilège de nommer leur successeur. L'article 8 stipulait que les 388 loges Modernes et les 260 loges Anciennes prendraient rang alternativement sur le registre de la nouvelle {Grande Loge, après tirage au sort pour les plus prestigieuses. Le nouveau registre comporta 647 loges (et non 648). C'est ainsi que la Grand Masters ' Lodge des Anciens, qui regroupait tous les anciens Grands Maîtres, se vit attribuer la première place, tandis que la loge Antiquily n° I des Modernes, non sans une certaine amertume, figura en deuxième place. Symboliquement, la Grande Loge se fixa pour tout premier devoir d'envoyer un message au prince régent? par l'intermédiaire du duc de Kent, l'assurant de son allégeance à la royauté et au gouvernement du pays.
Quatre comités furent créés pour gérer la nouvelle organisation, le comité des affaires générales (Board of General Purposes), le plus important, celui des finances, celui des oeuvres charitables et celui des écoles. En 1818, le comité des Affaires Générales absorba les autres. En 1815 un nouveau livre des Constitutions d'Anderson avait été édité: la partie historique ne fut pas revue. Le changement majeur concerna l'article 1 er, « Concernant Dieu et la religion ». On vit apparaître pour la première fois l'invocation au « Grand Architecte de l'Univers ».
Le duc de Sussex règna 30 ans sur la Grande Loge Unie d'Angleterre, de 1813 à sa mort, en 1843, avec autorité. Ainsi c'est le Grand Maître qui, à partir de 1815, nomma tous les officiers de la Grande Loge, sans que celle-ci ait son mot à dire, sauf pour le choix du trésorier. Afin de concrétiser l' union , le duc de Sussex s'assura du soutien des trois anciens Grands Maîtres Adjoints des Anciens, Perry, qui avait succédé au célèbre Laurence Dermott, Agar et Harper.
Les rois George IV puis Guillaume IV eurent le titre officiel de « Protecteur de l'Ordre ». Comme la Grande Loge des Modernes en son temps, la Grande Loge Unie d'Angleterre ne cessa de se rapprocher de la monarchie en initiant les membres de la famille royale et en participant à tous les jubilés. À la différence du siècle précédent, la famille royale ne se contenta pas d'un rôle honorifique mais occupa réellement les plus hautes fonctions de l'Ordre. Avant de monter sur le trône en 1901, le prince de Galles, le futur Édouard Vll, fut Grand Maître pendant une trentaine d'années. Il avait en effet accédé à cette fonction en 1874, lors d'une cérémonie au Royal Albert Hall. La même année ses deux frères, le duc de Connaught et le duc d'Albany, furent nommés par ses soins Premier et Second Grand Surveillant. Le plus jeune fils de la reine Victoria, le prince Léopold, devint Grand Maître Provincial du comté d'Oxford en 1875. On comprend que la francmaçonnerie ne put guère avoir de secrets pour la reine Victoria, bien qu'elle fût femme... En 1887, 7600 maçons se rassemblèrent au Royal Albert Hall pour fêter le jubilé de son accession au trône. Ils renouvelèrent cette attention dix ans plus lard Chaque fois, la Grande Loge Unie d'Angleterre fut récompensée de ses bons et loyaux services par une donation royale pour ses ouvres. Sans doute victimes de la morale victorienne, les dignitaires de la Grande Loge Unie voulurent se départir de la réputation que Hogarth leur avait faite en peignant des maçons en état d'ébriété à la sortie d'une tenue ayant eu lieu dans une taverne. Pour plaire à leur souveraine, ils décidèrent donc de dissocier le temple maçonnique de la taverne: la construction du nouveau local, Freemasons' Hall, fut même achevée un an avant celle de la taverne, en 1866.
La franc-maçonnerie britannique, fidèle à la tradition paternaliste de l'aristocratie se distingue par la création d'un nombre important d'institutions charitables. Deux écoles maçonniques étaient ainsi gérées par un comité spécial de la Grande Loge en 1814: l'école maçonnique des filles qui comptait à cette époque 62 enfants et celle des garçons, qui en rassemblait 55. Ces deux institutions prospérèrent tout au long du siècle. Lors des jubilés, elles reçurent des dons importants du pouvoir royal. En 1888, c'est le prince de Galles, alors Grand Maître, qui présidera le festival organisé à l occasion du centenaire de l'école maçonnique des filles. La demande formulée par le frère Crucifix (sic) en vue de la création d'un asile de vieillards et d'indigents déplut toutefois au Grand Maître, qui préférait l'ancien système de versements annuels aux familles de maçons démunis. Ce débat est intervenU en 1834, au moment où l'Angleterre votait ses nouvelles lois sur les pauvres qui généralisaient le système des workhouses. Les maçons étaient sensibles aux grands débats sur la pauvreté et hésitaient entre l'attitude paternaliste, la charité privée et le respect des nouvelles mesures gouvernementales en faveur de l'internement des pauvres. Finalement, c'est le projet de Crucifix qui l'emporta et un asile maçonnique fut créé, épargnant ainsi aux maçons les plus pauvres la rigueur des workhouses dans leurs vieux jours. Un hôpital maçonnique, qui pendant la Première Guerre mondiale fut transformé en hôpital militaire pour les soldats francs-maçons, fut ouvert en 1913. En matière de religion, la franc-maçonnerie fit preuve d'une tolérance très relative. Certes, elle prit la défense de ces maçons juifs anglais qui, en 1845 se virent refuser le droit de visite dans une loge de Berlin (la loge Royal York of Friendship) sous prétexte qu'ils n'avaient pas épousé la doctrine chrétienne. Cependant la Grande Loge ne fit pas toujours preuve d'une telle tolérance. Ainsi l'on constate que lorsque le Grand Maître, le marquis de Ripon, se convertit au catholicisme en 1874, il crut de son devoir de démissionner. Or il n'est pas certain que le marquis ait pris cette décision uniquement par fidélité au pape. Lorsqu'en 1877 le Grand Orient de France supprima de ses constitutions la référence au Grand Architecte de l'Univers, la Grande Loge Unie d'Angleterre rompit les relations avec l'obédience française.
Tout au long du XIXe siècle, les effectifs de la Grande Loge s'accrurent. Une augmentation particulièrement forte des effectifs se produisit entre 1844 (723 loges) et 1869 (1299). En 1856 un Comité pour les Colonies (Colonial Board) fut mis place afin de superviser l'expansion de la maçonnerie anglaise dans l'Empire, après quelques incidents survenus au Canada. La Grande Loge Unie d'Angleterre était devenue une institution impériale, soucieuse de servir la famille royale.
Au XXe siècle, fidèle à sa tradition, elle demeura très proche de la monarchie et resta liée aux milieux conservateurs.
Les Grands Maîtres de la Grande Loge Unie d'Angleterre . 1813, S.A.R. le duc de Sussex; 1844, le comte de Zetland; 1870, le marquis de Ripon; 1874, S.A.R. le prince de Galles; 1901, S.A.R. le duc de Connaught; 1939, Georges, duc de Kent; 1942, lord Harewood; 1946, lord Scarborough, 1947, le 10e duc de Devonshire; 1951, le l le. comte de Scarborough; 1969, S.A.R. le duc de Kent.

Source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/

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