Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

La parole délaissée

19 Juin 2013 , Rédigé par B\ Publié dans #Planches

La première chose requise à la secrète Science de la Transmutation des Métaux, est la connaissance de la Matière, dont se tirent l'Argent-vif des Philosophes et leur Soufre, desquels ils font et constituent leur divine Pierre. La Matière, dont cette Médecine souveraine est extraite, est l'Or, très pur, l'Argent très fin, et notre Mercure ou Argent-vif, lesquels tu vois journellement altérés et changés par artifice en Nature d'une Matière blanche et sèche, en manière de Pierre, de laquelle notre Argent-vif et notre Soufre sont élevés et extraits avec force ignition, par une destruction réitérée de cette matière, en résolvant et sublimant. Dans cet Argent-vif sont l'Air et le feu, qui ne peuvent être vus des yeux corporels, tant ils sont rares et spirituels : Ce qui dément ceux qui croient que les quatre Eléments sont réellement et visiblement séparés dans l'Ouvre, chacun à part ; mais ils n'ont pas bien conçu la nature des Choses ; Car, on ne peut donner les Eléments simples; nous les connaissons seulement par leurs opérations et les effets, qui sont dans les bas Eléments, savoir dans la Terre et dans l'Eau, selon qu'ils sont altérés de nature close et grosse, par laquelle ils sont mués de Nature en Nature.

L'Or et l'Argent, selon la Doctrine de tous les Philosophes sont la Matière de notre Pierre. En vérité, dit Hermès, son Père est le Soleil, et sa Mère est la Lune. Ce qui embarrasse le plus, c'est de savoir quel est le tiers Composant ; c'est-à-dire quel est cet Argent-vif, duquel nous faisons notre Compôt avec l'Or et l'Argent. Pour le savoir, il faut remarquer que l'Œuvre des Philosophes est divisée principalement en deux Parties. Les Philosophes divisent la seconde Partie en Pierre blanche accomplie, et en Pierre rouge également accomplie. Mais parce que le fondement du Secret consiste dans la première Partie, ces Philosophes ne voulant pas divulguer ce Secret, ils ont fort peu écrit de cette première Partie. Et je crois que si ce n'eût été pour éviter que cette Science ne parût fausse en ses Principes, ils auraient gardé un profond silence sur cette première Partie, et n'en auraient fait aucune mention. S'ils n'en avaient aucunement parlé, cette même Science eût été entièrement ignorée, et serait périe, ou passerait pour fausse.

Comme cette première Partie est le Commencement, la Clef et le Fondement de notre Magistère, si cette Partie est ignorée, la Science demeure trompeuse et fausse dans l'expérience. Afin donc que ce très grand Secret, qui est la pierre, à laquelle on n'ajoute rien d'étrange, ne se perde pas, à l'avenir, j'ai résolu d'en écrire quelque chose de certain et de véritable, ayant vu cette bénite Pierre, et l'ayant tenue, dont Dieu m'est témoin, et j'en confie le Secret à toute Ame sacrée, sous peine de périr, si elle le révèle aux Méchants. C'est pourquoi les Philosophes ont appelé ce Secret la Parole délaissée, ou tué en cet Art, qu'ils ont presque tous cachée avec soin, de peur que les indignes n'en eussent connaissance. Il faut donc que tu saches que la Pierre Philosophale est divisée en trois Degrés, savoir : la Pierre Végétale, la Minérale et l'Animale ou qui a Ame et Vie. La Pierre Végétale, disent les Philosophes, est proprement et principalement cette première Partie, qui est la Pierre du premier Degré, de laquelle, Pierre de Villeneuve, frère d'Arnaud du même nom, dit sur la fin de son rosaire : Le commencement de notre Pierre, est l'Argent-vif, ou sa Sulfuré, qu'il nous faut avoir de sa grosse Substance corporelle, avant qu'il puisse passer au second degré.

Le commencement donc de notre Pierre, est que le Mercure, croissant en l'Arbre, soit composé et sublimé en l'allégeant : car c'est le germe Volatil, qui se nourrit, mais qui ne peut croître sans l'Arbre fixe, qui le retient, comme le téton fait la vie de l'enfant. De là, il paraît que cette Pierre est Végétale, comme étant le doux Esprit, croissant du Germe de la Vigne, joint dans le premier œuvre au Corps fixe blanchissant, ainsi qu'il est dit dans le Songe-Vert, où la Pratique de cette Pierre Végétale est donnée, à ceux qui savent entendre la Vérité ; laquelle Pratique, je ne mettrait point ici pour de justes raisons.

PREMIER DEGRE
Dans le premier degré de la Pierre Physique, nous devons l'aire notre Mercure Végétal net et pur, qui est appelé par les Philosophes Soufre blanc, non urgent, lequel sert de moyen pour conjoindre les Soufres avec les Corps, Et comme ce mercure est véritablement de Nature fixe, subtile et nette, il s'unit avec les Corps, y adhère, et se joint dans leur profond, moyennant sa chaleur et son humidité.

Les Philosophes ont dit de lui, qu'il est le moyen de conjoindre les Teintures, et non pas l'Argent-vif Vulgaire, qui est trop froid et flegmatique, et par conséquent destitué de toute opération de Vie, laquelle consiste dans la chaleur et dans la moiteur. Mais parce qu'il est en partie volatil, il sert aussi de moyen pour mêler les Esprits volatils, et pour adhérer à se joindre à la Substance fixe des Corps. Nous allons toucher la triple cause de sa nécessité.

La première, comme nous avons à joindre les deux Semences, à savoir du Mâle et de la Femelle, il faut que l'un soit mêlé avec l'autre par un naturel amour, et par une connaturelle spongiosité, en sorte que ce qu'il y a de plus dans l'un soit attiré par le plus de l'autre, et par conséquent que l'un soit mêlé avec l'autre, et qu'ils soient conjoints ensemble. Et pourtant, comme ces deux Corps, Or et Argent, sont rendus moites par une chaleur digestive, dissolutive, et subtilative, alors ils deviennent première Matière et simple ; et en cet état, ils prennent le nom de Semence prochaine à Génération, par l'impression qu'ils reçoivent à cause de leur simplicité et de leur obéissance à la chaleur instrumentale, équipollente et semblable à la chaleur naturelle de ce Mercure. Et c'est alors que s'en fait l'Elixir des Philosophes ; la première Partie de la Pierre étant ordinairement appelée de ce nom d'Elixir.

Cette première Partie donc est un Moyen pour conjoindre les extrémités du Vaisseau de Nature, et dans ce Vaisseau, les Esprits doivent être transmués en fuyant de Nature en Nature. Ce que nous disons fait voir la seconde cause de sa nécessité ; car comme la Pierre doit être imprégné d'Esprits, il convient qu'il y ait en elle quelque Vertu retentie, qui embrasse ces Esprits, afin qu'ils soient plus facilement mêlés aux très petites Parties des Corps. Cette Vertu retentie est véritablement dans ce Mercure Physique ; et comme il est en partie de Nature spirituelle, il est un véritable Esprit, dépuré et purifié de toute féculence ou résidence terrestre : Esprit, dis-je, véritable et fixe, et en partie volatil : Car il contient la Nature de l'un et de l'autre Feu ; ce qui manifeste sa ponticité ou aigreur, ou componction aiguë qu'on remarque dans ses Opérations, puisque par ce Mercure mortifié, le Mercure Vulgaire, comme dit le Texte, est facilement congelé.

Cependant il n'est pas fixe par lui-même; car pour le devenir, il faut qu'il soit joint au Soleil et à la Lune, et fait leur Ami, afin que ce qui est en lui volatil soit fixé avec ces deux Corps ; c'est-à-dire, que de cette Chose qui est composée de toutes ces Choses mêlées ensemble avec les Collatéraux, le Mercure vulgaire puisse être directement fixé. C'est la cause pourquoi de nouveaux Corps y sont mis, et ils sont fixes, afin que le Feu composé, qui est appelé Mercure sublimé, ou première Matière, soit tellement informé du Ferment propre, qu'il obtienne la force de longue persévérance dans la bataille du Feu, malgré sa grande âpreté. A ce sujet, l'Hortulain dit, que ce à quoi ce Mercure doit être joint : c'est-à-dire, avec quoi il doit se fixer, ne doit point lui être étranger. En parlant de ce Mercure, Raimond Lulle dit, que l'Argent-vif, par nous fait, congèle le commun, et est aux Hommes plus commun que le commun du moindre prix ; qu'il est de plus grande vertu, comme aussi de plus forte rétention. Ce qui fait dire à Giber, qu'il est signe de perfection, parce que c'est une Gomme plus noble que les Marguerites, laquelle convertit et attire toute autre Gomme à sa Nature fixe, claire et pure ; la fait toujours durer avec elle au Feu, avec lequel elle s'éjouit. C'est pourquoi, dit le Texte, alléguant Morien : Ceux qui croient composer notre bénite Pierre, sans cette première Partie, sont semblables à ceux qui veulent monter aux plus hauts Pinacles, sans échelle, lesquels avant que d'y arriver, tombent en bas en misères et en douleurs.

Ce Mercure donc est le commencement et le fondement de tout ce glorieux Magistère ; car il contient en soi un Feu qui doit être repu et nourri de plus grand et plus fort Feu, au second Régime de la Pierre. Donc, tant le Feu enclos de ce Mercure par le premier Régime, que celui qui doit être aussi enclos par le second, dans les Choses naturelles, est nommé propre Instrument, qui est la seconde Chose requise, et principalement à connaître dans ce haut Magistère. En sorte que la Matière dont on doit commencer l'Œuvre étant connue, on doit premièrement enclore le Feu dans la Matière volatile et fixe, en chauffant et coagulant avec Dissocions des Corps. Pour faire un Mystère de cette inclusion ou emprisonnement du Feu, les Philosophes l'ont appelée Sublimation ou Exaltation de Matière mercurielle.

Ce qui fait qu'Arnaud de Villeneuve dit, Que le Mercure soit premièrement sublimé, c'est-à-dire, le Mercure étant de nature basse, savoir de Terre et d'Eau, il doit être ramené à une Nature noble et haute, savoir d'Air et de Feu, qui sont très prochains de ce Mercure, selon l'intention de la Nature et de l'Art. C'est pourquoi, quand cette Pierre mercurielle est ainsi exalté et subtilisée, elle est sublimée de première Sublimation, et il convient encore de la sublimer avec son Vaisseau. Raimond Lulle dit à ce sujet : Nous espérons en notre Seigneur que notre Mercure sera sublimé à plus grandes Choses, avec addition de la chose qui le teint et son âme sera exaltée en gloire.

Je te dis donc, appelant Dieu à témoin de cette Vérité, que ce Mercure ayant été sublimé, il a paru vêtu d'une aussi grande blancheur, que celle de la neige des hautes Montagnes, sous une très subtile et cristalline splendeur, de laquelle il sortait, à l'ouverture du Vaisseau, une si douce odeur qu'il ne s'en trouve point de semblable dans ce Monde. Et moi, qui te parles, je sais que cette merveilleuse blancheur a paru devant mes propres yeux ; que j'ai touché de mes mains cette subtile cristallinité, et que j'ai par mon odorat senti cette merveilleuse douceur, de laquelle je pleurai de joie, étant étonné d'une chose si admirable. Et pour cela, béni soit le Dieu éternel, haut et glorieux qui a mis tant de merveilleux Dons dans les secrets de la Nature, qui a bien voulu les montrer à quelques Hommes. Je sais que quand tu connaîtras les Causes de cette Disposition, tu te demanderas : Qu'elle est donc cette Nature, qui étant donnée d'une Chose corrompant, tient néanmoins en elle une Chose toute Céleste I Personne ne peut raconter tant de merveilles. Toutefois un temps viendra peut-être que je te raconterai plusieurs choses spéciales de cette Nature, desquelles je n'ai pas encore obtenu du Seigneur la permission de t'instruire par écrit. Quoi qu'il en soit quand tu auras sublimé ce Mercure, prends le tout frais et tout récent avec son Sang, de peur qu'il ne s'envieillisse, et le présente à ses Parents, à savoir au Soleil et à la Lune, afin que ces trois Choses, Soleil, Lune et Mercure, notre Compôt soit fait, et que commence le deuxième Degré de notre Pierre, lequel se nomme Minéral.

DEUXIEME DEGRE
Si tu veux avoir une bonne multiplication en très fortes Qualités et Vertus Minérales par les Opérations du deuxième Degré, moyennant Nature, prends les Corps nets et unis avec eux ce Mercure, selon le Poids connu des Philosophes et conjoints cette Eau sèche, qui a en soi le Soufre des Eléments et qui est appelée Huile de Nature et Mercure sublimé et subtilité, dissous et endurci par les préparations du premier Degré, en séparant toujours et rejetant les résidences ou fèces qu'il fait dans la Sublimation, comme n'étant d'aucune valeur. Il ne faut pas que dans notre Sublimation, la Chose sublimée demeure à la hauteur du Vaisseau, comme il arrive dans la Sublimation des Sophistes. Dans la nôtre au contraire, ce qui est sublimé demeure seulement un peu élevé sur les fèces du Vaisseau ; car la plus subtile et la plus pure Partie nage toujours sur ces fèces, et se joint aux côtés du Vaisseau, ce qui est impur demeurant naturellement au fond, parce que la Nature, par cette évacuation, désire être restituée en mieux, en perdant de mauvaises et d'impures parties pour en recouvrir de plus pures et de meilleures.

Par toutes ces choses, on voit la troisième Cause de sa nécessité laquelle est que comme le Mercure est net, clair, blanc et incombustible, il illumine toute la Pierre, la défend d'adustion ou brûlement, et tempère l'ardeur du Feu contre Nature, en le ramenant à vrai tempérament et concorde avec le feu naturel : Car ce Mercure Philosophique contient par excellence le Feu innaturel, dont la souveraine Vertu est attrempèrent contre l'ardeur du Feu contre-nature, et comme une aide amiable du Feu naturel naturalisant, c'est-à-dire se convertissant soi-même en Nature, ou se faisant soi-même naturel, par une douce tempérance avec le Feu naturel, ce qui est un très-grand Secret, connu de peu de Gens, d'où se Mercure est dit Terre nourrice, comme étant le Germe, sans lequel la Pierre ne peut croître ni se multiplier. C'est pourquoi Hermès dit : La Terre est la nourrice de notre Pierre, de laquelle le Soleil est le Père, et la Lune la Mère. Elle monte de la Terre au Ciel, et derechef elle descend en Terre : Sa force est entière si elle est tournée vers la Terre, de laquelle Terre, avec les deux Corps parfaits, la droite Composition des Philosophes prend naissance et commencement.

Qu'il te suffise donc de ces deux Corps, car ils sont semblables à la Chose requise et demandée, comme le dit Arnaud de Villeneuve ; c'est-à-dire, Que comme la fin de la Pierre est d'être parfaite, elle panait le Mercure vulgaire, et les autres Corps imparfaits, en les transmuant en Or et en Argent Il faut donc nécessairement rechercher cette Vertu transmutative, là où elle est et on ne peut la trouver plus convenablement, que dans les Corps parfaits : Car si la puissance, la force et la vertu de transmuer les Métaux imparfaits en véritable Or, n'est pas dans un Corps pur et fin, en vain irait-on chercher cette Vertu dans le Cuivre ou dans un autre Métal imparfait Je dis la même chose de l'Argent ; car dans tout le Genre des Métaux, l'Or et l'Argent seulement sont parfaits.

Pour avoir donc cette Substance Mercurielle dans laquelle est cette parfaite Vertu de transmuer en Or et en Argent les Métaux imparfaits, il faut recourir à tes deux Corps parfaits, et non ailleurs. C'est pourquoi tu dois savoir que la Conjonction de ces deux Corps est le terme naturel de dernière Subtiliation et de Transmutation en la première Matière de régénération; et par cette raison, de cette Conjonction, comme de première et simple Matière est faite la Génération du véritable Elixir. La Lune réduite en première Matière, est la Matière passive ; car véritablement elle est l'Epouse du Soleil, et ils sont l'un et l'autre en très prochaine affinité. Telle est la convenance entre le Mâle et la Femelle du Genre de l'Art, desquels s'engendre le Soufre Blanc et rouge, conglutinant et congelant le Mercure : Et certainement meilleure Création et plus voisine Transmutation est toujours faite, quand le propre Mâle est conjoint avec sa propre Femelle en une nature : Et le Mâle est ce qui s'éjouit le plus au profond de la Matière passive par sa subtilité naturelle, et il la transmue et convertit en sa nature de soufre. Ce qui a porté Dastin, Anglais, à dire de cette Conjonction : Si la Femme blanche est mariée avec le Mari rouge, ils s'embrasseront incontinent, se joindront, s'accoupleront ensemble, et ne feront qu'un Corps par leur Dissolution. Cette Copulation est le Mariage Philosophique, et le Lien indissoluble. C'est pour cela qu'il est dit ; Ces Deux deviennent Un par conversion, et tiennent par Un, à savoir par notre Mercure, qui est l'Anneau du souverain Lien ; Aussi est-il appelé La Fille de Platon, qui conjoint les Corps assemblés par amour.

Compose donc notre très-secrète Pierre de ces trois Choses, et non d'autres ; car les choses requises à cet effet sont en elles seules. Cet Amalgame, ou Composition Physique, étant ainsi traitée, on peut véritablement dire que la Pierre n'est qu'une Chose. Car tout ce Compôt est une mixtion ou mélange dont le prix est d'une valeur inestimable ; c'est-à-dire que le prix en est si grand qu'on ne saurait se le figurer : Car il est notre Airain, dont il est dit dans la Tourbe : Sachez tous que nulle vraie Teinture n'est faite que de cet Airain ; c'est-à-dire, de notre Confection, qui se fait seulement des trois Choses, dont nous venons de parler : Et alors commence la seconde partie de notre très-noble Pierre, et la Pierre du Second Degré qui est appelée Minérale.

Il faut remarquer ici que la Pierre ou le Mercure, qui, par la première Opération, était né si clair et si resplendissant, est par cette seconde Opération mortifié, noirci, et devient difforme avec tout le Compôt, afin qu'il puisse ressusciter victorieux, plus clair, plus pur et plus fort qu'il n'était auparavant. Car cette mortification est la revivification parce qu'en le mortifiant il se revivifie et en se revivifiant il se mortifie. Ces deux Opérations sont tellement enchaînées l'une avec l'autre, que l'une ne peut être sans l'autre, comme l'enseignent tous les Philosophes; car la Génération de l'un, est la Corruption de l'autre. Tout cela néanmoins, n'est autre chose que créer le Soufre de Nature et réduire le Compôt en la première Matière prochaine au Genre Métallique.

Sachez donc que ce Compôt est cette Substance, de laquelle ce Soufre de Nature doit se retirer par confortation et nourrissement, en mettant dans cette Substance la Vertu minérale, pour qu'elle soit finalement faite une nouvelle Nature, dénuée de toutes terrestréités superflues et corrompantes, et de toutes humidités flegmatiques, qui empêchent la Digestion. Où il faut observer que selon les diverses altérations ou mutations d'une même Matière en sa Digestion, divers noms lui sont imposés par les Philosophes et selon différentes complexions, quelques-uns ont appelé ce Compôt Présure coagulante ou épaississante, d'autres l'ont nommé Soufre, Arsenic, Azote, Alun, Teinture illuminant tout Corps, et L'Œuf des Philosophes : Car comme un Œuf est composé de trois choses, savoir, de la coque, du blanc et du jaune ; de même notre physique est composé de Corps, d'Ame, d'Esprit, quoiqu'à la vérité notre Pierre soit une même chose, selon le corps Selon Ame et Selon l'Esprit ; mais selon diverses raisons et intentions des Philosophes, elle est tantôt dite une Chose, et tantôt une autre ; ce que Platon nous fait entendre, quand il dit, que la Matière flue à l'infini, c'est-à-dire toujours, si la forme n'arrête son flux.

Ainsi c'est une Trinité en Unité, et une Unité en Trinité ; parce que là, sont Corps, Ame et Esprit; là aussi sont Soufre, Mercure et Arsenic : Car le Soufre spirant, c'est-à-dire jetant sa vapeur en arsenic opère en copulant le Mercure ; et les Philosophes disent que la propriété de l'Arsenic est de respirer et que la propriété du Soufre est de coaguler, congeler et arrêter le Mercure. Toutefois ce Soufre, cet Arsenic et ce Mercure ne sont pas ceux que pense le Vulgaire ; car ce ne sont pas ces Esprits venimeux que les Apothicaires vendent ; mais ce sont les Esprits des Philosophes qui doivent donner notre Médecine ; au lieu que les autres Esprits ne peuvent rien pour la perfection des Métaux. C'est donc en vain que travaillent les Sophistes, qui font leur Elixir de tels Esprits venimeux et pleins de corruption. Car certainement la vérité de la souveraine subtilité de Nature, n'est en nulle autre chose, que dans ces trois Choses à savoir Soufre, Arsenic et Mercure Philosophique dans lesquels seulement est la réparation et la totale perfection des Corps, qui doivent être purgés et purifiés. Les Philosophes ont imposé plusieurs noms à notre Pierre, et cependant elle n'est toujours qu'une Chose. Par cette raison, laissez la pluralité des noms, et vous arrêtez à ce Compôt, qu'il faut mettre une fois dans notre Vaisseau secret, d'où il ne doit point être tiré, que la Roue élémentaire ne soit accomplie, afin que la force et vertu active du Mercure qui doit être nourri, ne soit suffoquée ou perdue : car les Semences des choses, qui naissent de Terre, ne croissent ni ne multiplient si leur force et vertu générative leur est ôtée par quelque qualité étrangère.

Aussi semblablement, cette Nature ne se multipliera jamais, ni ne sera multipliée, si elle n'est préparée en manière d'eau. La matrice de la femme, après qu'elle a conçu, demeure close et fermée, afin qu'il n'y entre aucun air étranger, et que le fruit ne se perde pas : De même notre Pierre, doit toujours demeurer close dans son Vaisseau, et rien d'étranger ne doit lui être ajouté ; elle doit seulement être nourrie et informée par la Vertu informatrice de sa nature, et multiplicative non seulement en quantité mais aussi en qualité très forte : De sorte qu'il faut influer ou mettre dans la Matière son humidité vivificative, par la vertu de laquelle elle est nourrie, accrue et multipliée. Après donc que notre Compôt est fait, la première chose à laquelle on doit s'appliquer, c'est de l'animer en y mettant la Chaleur ou l'humidité vivificative ou l'Ame ou l'Air, ou la Vie par la voie de la Solution et de la Sublimation avec Coagulation ; car sans cette Chaleur elle demeurerait sans action, et sans Ame, serait privée de ses hautes vertus et n'aurait aucun mouvement de Génération. La manière d'introduire la Chaleur dans la matière, c'est de la convertir de disposition en disposition, et de nature en nature, c'est-à-dire, de l'élever d'une nature très basse, à une nature très noble, et très haute.

Cette disposition se fait par sa propre Sublimation, Dissolution de Terre et Congélation d'Eau, ou ingrossation ou Mortification ou résurrection et Sublimation en légers Eléments. De sorte donc que tout le Cercle de ce Magistère, n'est autre chose qu'une parfaite Sublimation, laquelle toutefois a plusieurs opérations particulières et enchaînées ensemble. Cependant il y en a deux principales, à savoir la parfaite Dissolution et la parfaite Congélation : Aussi tout le Magistère n'est autre chose que parfaitement dissoudre et parfaitement congeler l'Esprit : et ces opérations ont une telle liaison entre elles, que jamais le Corps ne se dissout, que l'Esprit ne se congèle ni l'Esprit ne se congèle point, que le Corps ne se dissolve. Ce qui fait dire à Raimond Lulle, que tous les Philosophes ont déclaré que l'œuvre entier du Magistère, n'est que Dissolution et Congélation. Pour avoir ignoré ces opérations, de grands personnages en d'autres Sciences ont été trompés; la Présomption de leur savoir leur a fait présumer qu'ils entendaient les Cercles de la Nature et la manière de circuler.

Il est donc important de bien connaître la manière de cette Circulation qui véritablement n'est autre chose qu'imbiber et abreuver, ou faire boire le Compôt selon le juste poids de notre Eau mercurielle, que les Philosophes commandent de nommer Eau permanente, parce que dans cette Imbibition le Compôt est digéré, dissout, et congelé d'une manière accomplie et naturelle. C'est une chose véritable, que si une Matière de Terre doit être faite Feu il faut qu'elle soit subtilisée, préparée et faite plus simple qu'elle n'était. Il en est de même de notre Compôt, atténué et subtilité, en telle sorte, que le Feu domine en lui et cette subtilisation et préparation de terre est faite avec Eaux subtiles, souverainement aigres et aiguës, qui n'ont aucune fétidité ni mauvaise odeur, telle comme dit Géber dans sa Somme, qu'est l'Eau de notre Argent-vif sublimé et ramené à nature de Feu, sous les noms de Vinaigre, de Sel, d'Alun et de plusieurs autres liqueurs très-aigres. Par laquelle Eau les Corps sont subtilisé, réduits et ramenés à leur première Matière, prochaine, à la Pierre ou à l'Elixir des Philosophes. Remarquez que comme l'Enfant au ventre de sa Mère doit être nourri de son aliment naturel qui est le sang menstruel afin qu'il puisse croître en quantité et en qualité plus forte, de même notre Pierre doit être nourri de sa graisse, dit Aristote, et de sa propre nature et substance. Mais quelle est cette graisse qui est le nourrissement la vie, l'accroissement et la multiplication de notre Pierre? Les Philosophes l'ont totalement celée, comme étant le d Secret qu'ils ont juré de ne jamais révéler ni manifester à, aucun, et ils ont remis à Dieu seul ce Secret pour le révéler OU inspirer à qui il lui plaira. Cependant cette humidité grasse et vivifique, ou donnant vie est appelée Par quelques Philosophes, Eau Mercurielle, Eau permanente, Eau demeurant au feu, Eau divine, et elle est la Clef et le Fondement de toute l'œuvre.

De cette Eau mercurielle et permanente, il est dit dans la Tourbe, qu'il faut que le Corps soit occupé par la flamme du feu afin qu'il soit dérompu, dépecé et débilité ; à savoir avec cette eau pleine de feu, dans laquelle le Corps est lavé jusqu'à ce que tout soit fait Eau, laquelle n'est pas eau de Nue ni de Fontaine, comme le croient les Ignorants et les Sophistes, mais c'est notre Eau permanente ; laquelle toutefois sans le Corps avec lequel elle est jointe ne peut être permanente, c'est-à-dire qu'elle ne peut demeurer au feu, et qu'elle s'enfuit aussitôt : et tout le secret de notre Pierre est dans cette Eau permanente : car c'est dans cette Eau qu'elle se parfait, parce que l'Humidité, qui la vivifie, est en elle, comme étant sa vie et sa résurrection. Au sujet de cette Eau très secrète, il est dit dans la Tourbe : l'Eau, par elle seule fait tout : car elle dissout tout ; elle congèle tout ce qui est congelable, elle dépèce et dérompit tout sans aide d'autrui ; en elle est la chose qui teint et qui est teinte : Bref notre Œuvre n'est autre chose que vapeur et eau, qui est dite modifiante, ou nettoyant, blanchissant, rubéfiant et déjetant la noirceur des Corps, et les Philosophes l'ont nommée Eau permanente, Huile fixe et incombustible, ou qui ne peut être brûlée. C'est l'Eau que les Philosophes ont divisée en deux parties, l'une desquelles dissout le Corps en le calcinant, c'est-à-dire en le réduisant en Chaux et en le congelant; et l'autre partie nettoie le Corps de toute noirceur, le blanchit et rougit, et le fait fluer ou courir en multipliant ses parties. Cette Eau dans la Tourbe est appelée le Vinaigre très aigre et très aigu : Car c'est une Humidité chaude en elle-même d'une chaleur vivifiante contenant en soi une Teinture invariable, qui ne peut être altérée.

Alphidius a nommé cette Eau Attrempance ou mesure des Sages, et Urine des Jeunes Colériques. Pour ne vas faire connaître cette Eau, les Philosophes l'ont cachée sous différents noms et elle n'est connue que de très peu de gens. Hermès l'a connue et touchée, Gerber l'a connue, Alphidius l'a traitée, Morienus l'a écrite, le Lis l'a entendue, Arnaud de Villeneuve l'a bien aperçue, Raimond Lulle l'a faiblement déclarée, le Texte ne l'a pas ignorée, Rasis, Avicenne, Galien, Hippocrate, Haly et souverainement Albert l'ont sagement cachée, et Dastin, Bernard de Grave, Pythagore, Merlin l'ancien et Aristote l'ont très bien entendue : Bref cette Eau qui triomphe de tout, est nommée céleste, glorieuse, dernier et final Secret pour nourrir notre honorable Pierre, sans laquelle Eau n'est jamais amendée, nourrie, accrue, ni multipliée ; et pour cela les Philosophes ont celé la manière de faire cette Eau comme la Clef de leur Magistère. Et certainement, j'ai lu plus de cent volumes de Livres traitant de cet Art, sans avoir trouvé dans aucun la perfection de cette Eau Mercurielle. J'ai vu aussi plusieurs hommes savants en cette science sans n’en avoir trouvé aucun qui eût ce Secret, excepté un grand Médecin qui me dit avoir soupiré pendant trente-six ans avant que d'y être parvenu. Il est dit qu'à cette Nature est donné une double Nature, à savoir d'Or et d'Argent dans les entrailles desquels comme dans le ventre de sa Mère, l'Argent vif est contenu multiplié, purgé et converti en Soufre blanc, non urgent, par l'action de la chaleur du feu, étant là dedans informé régulièrement par l'Art. Donc cette Eau Mercurielle n'est autre chose que l'Esprit des Corps converti en nature de Quintessence, donnant vertu à la Pierre et le gouvernant. Et cette Pierre ou notre Compôt est matrice contenante et Lien expédient et convenable savoir Terre, Mère ou Vaisseau de Nature retenant vertu formative de la Pierre, en quoi la chaleur naturelle est mise qui est cette vertu issante du Vaisseau par le cinquième Esprit. C'est pourquoi ce Vaisseau est appelé Mère et Nourrice, parce qu'il donne une vertu naturelle au Soufre qu'il paît et qu'il nourrit.

Ceci donc est notre Compôt en ce Vaisseau naturel, dans lequel les Esprits sont transmués de nature en nature, et plus ils fuient, plus ils s'altèrent dans ce Vaisseau et s'éloignent de leur corruption et imperfection, jusqu'à ce qu'ils parviennent à l'accomplissement de Quintessence : ce qui fait qu'ils prennent, ou vêtent une nouvelle nature, qui est nette, blanche, pure, dénuée de toute corrosivité et superfluité terrestre, adurante ou brûlante, et flegmatique évaporable. En cette affinité du Vaisseau, l'humidité de l'Esprit est par sa viscosité ou nature gluante, retenue en adhérence ou conjonction naturelle et ferme, et le Compôt s'y échauffe comme dans son humidité radicale, mêlée et mortifiée. Après quoi la chose morte ressuscite avec la Sublimation joyeuse d'enfantement, en soi relevant totalement de nature salfugineuse et amère. Mais l'Enfant à la puissance de se soutenir soi-même ; et comme il est encore de nature simple, il convient de le nourrir d'un petit lait gras, à savoir de son Humidité vivifiante, de laquelle en partie il a été engendré et qui est notre Eau permanente, Lait de Vierge, ou Eau de vie qui ne vient plaint de la vigne, et néanmoins elle est dite Eau de vie, parce qu'elle vivifie notre Pierre et la fait ressusciter. Elle est aussi dite Sang réincrudé ou refait cru, menstruel blanchie, nourrissement de l'Enfant, Viande du cœur, Eau de mer, Venin des Vivants, Viande des Morts, et Argent vif des Philosophes, dépuré de sa féculence terrestre par sublimation Philosophique.

Après donc que notre Compôt est fait, on doit le mettre dans son vaisseau secret, cuire à feu très lent, ou sec, ou humide, et lui faire boire de notre Eau permanente, peu à peu, en dissolvant et congelant tant de fois que la Terre monte feuillée, laquelle ensuite doit être calcinée et finalement incérée, en la fixant avec la même Eau qui est appelée Huile incombustible et fixe, jusqu'à ce qu'elle flue ou fonde promptement comme de la cire.
Raimond Lulle dit que la Création doit être tant de fois réitérée ou recommencée sur la Pierre, la Sublimation de la partie humide réservée, que la Pierre avec sa propre Humidité, radicalement permanente et fixe et qui ne laisse jamais son Corps, donne une droite fusion. C'est pourquoi, ajoute ce Philosophe, il est commandé d'abreuver notre Pierre avec cette Humidité permanente qui rend claires ses parties; car après sa parfaite mandations ou purgation de toutes choses corrompantes, et mêmement des deux humeurs superflues, l'une grasse et adustible, et l'autre flegmatique et évaporable, la Pierre est ramenée en propre nature et substance de Soufre non brûlant ; et sans cette Humidité, jamais notre Pierre n'est amendée, nourrie, augmentée, ni multipliée. Il faut remarquer que durant sa digestion, notre Pierre prend alternativement toutes sortes de Couleurs. Néanmoins, il n'y en a que trois principales dont on doit avoir grand soin, sans se mettre en peine des autres ; la Couleur noire qui est la première, la Clef et le commencement de l'œuvre ; la Couleur blanche qui est la seconde ; et la Couleur rouge qui est la troisième. C'est pourquoi il est dit que la Chose dont la tête est rouge, les pieds blancs et les yeux noirs est tout le Magistère.

Observez donc que quand notre Compôt commence à être abreuvé de notre Eau permanente, alors il est entièrement tourné en manière de Poix fondue, et devenu noir comme charbon ; en cet état, il est appelé la Poix noire, le Sel brûlé, le Plomb fondu, le Laiton non net, la Magnésie et le Merle de Jean ; car, durant cette Opération, on voit comme une nuée noire volant par la moyenne Région du Vaisseau au fond duquel demeure la Matière fondue en manière de Poix qui se dissout totalement. En parlant de cette nuée, Jacques du Bourg Saint Saturnin s'écrit : O bénite nuée qui t'envole par notre Vaisseau1 C'est là l'Eclipse du Soleil, dont parle Raimond Lulle. Quand cette masse est ainsi noircie elle est dite morte et privée de sa Forme : Le Corps est aussi dit mort et éloigné de son attrampement, son Ame étant séparée de lui. Alors l'Humidité se manifeste en couleur d'Argent-vif, noir et puant, lequel auparavant était sec, blanc, bien odorant, ardent, dépuré de Soufre par la première Opération et il faut recommencer à le dépurer par cette seconde Opération. Ce Corps se trouve privé de son Ame qu'il a perdue, de sa splendeur et de cette merveilleuse lucidité qu'il avait premièrement et maintenant il est noir et enlaidi : ce qui fait que Gébert le nomme pour sa propriété Esprit puant, Noir blanc occultement et rouge manifestement et encore Eau, vive sèche.

Cette Masse ainsi noire ou noircie est la Clef, le commencement, et le signe d'une parfaite manière d'opérer au second Régime de notre Pierre précieuse. Aussi Hermès, dit-il, en voyant cette noirceur : Croyez que vous avez opéré par la bonne voie. Donc cette Noirceur montre la vraie manière d'opérer, car la Masse étant rendue difforme, et corrompue de vraie corruption naturelle, il s'ensuit de cette Corruption une Génération de nouvelle disposition réelle en cette Matière ; à savoir, acquisition d'une nouvelle Forme, lucide, claire, pure, resplendissante et d'une odeur suave et douce. L'œuvre de noircir étant accomplie, il faut en venir à l'œuvre de blanchir qui est une des Roses de ce Rosier physique, laquelle est désirée de plusieurs, requise et attendue. Toutefois, comme nous avons déjà dit, avant que la parfaite blancheur apparaisse, toutes les Couleurs qu'on saurait imaginer, sont vues et aperçues dans l'Œuvre, desquelles on ne doit point s'embarrasser, excepté seulement de la Blanche qu'on doit attendre avec une patience constante.

Observez que la manière d'opérer au Noir, au Blanc et au Rouge est toujours la même, à savoir cuire le Compôt en le nourrissant de notre Eau permanente, c'est-à-dire le Blanc d'Eau blanche, et le Rouge d'eau rouge, par lequel Nourrissement ou Imbibitions et Digestions, on extrait de la Pierre cette moyenne Substance de Mercure qui est toute la perfection de notre double Magistère. De manière que la Pierre doit être purgée non seulement des sulfurisés, mais aussi de toutes terrestréités par Sublimation d'Eaux, par Calcinations de Terre, par Inhumations et Décoctions de ces superfluités et par Réductions entre Distillations et Calcinations, et ensuite cette moyenne Substance de ce Mercure vous conjoindrez avec un Soufre qui lui soit propre et cuire le tout ensemble si longuement qu'il soit congelé et privé de toute Humidité superflue, par la voie d'une chaleur naturelle qui lui corresponde; après quoi il est sublimé en Soufre blanc comme la neige Par tout ceci on voit que notre Pierre contient en soi deux substances d'une même nature, l'une volatile et l'autre fixe, et les Philosophes appellent ces Substances unies leur Argent-vif. Par notre Opération, la Pierre doit donc être parfaitement séparée de toutes superfluités brûlantes et corrompantes, et il n'y doit demeurer que la seule et pure subtilité, ou moyenne Substance d'argent-vif congelé et dépuré de toute nature sulfureuse, étrangère ou corrompante. Cette Dépuration se parfait quand le Corps se tourne en Esprit et que l'Esprit se retourne en Corps par réitération de Calcination, réduction et sublimation, par lesquelles la Dissolution des Corps est faite avec la Congélation ou Epaississement de l'Esprit, et la Congélation de cet Esprit se fait avec la Dissolution des Corps.

C'est donc par une seule Opération que toutes choses sont faites, à savoir Solution de l'Argent-vif, avec Congélation de certain poids de l'Argent-vif volatil, et leur ablution se fait avec Eau mesurée, ainsi que la Coagulation de cette Eau, en Pierre se fait moyennant la chaleur du Mâle qui opère par la Femelle. La Pierre naît donc véritablement après la première Conjonction de ces deux Mercures, comme d'Homme et de Femme et elle ne peut prendre naissance autrement. Par cette Opération le Corps est dépecé, détruit et gouverné soigneusement jusqu'à ce que son Ame subtile étant extraite de son épaisseur, se soit tournée en Esprit impalpable. Alors le Corps est tourné en non Corps ; ce qui est la véritable Règle pour bien opérer. Souvenez-vous que tout ce Corps est dissous par l'Esprit aigu et qu'il se fait spirituel en se mêlant avec lui. Et comme cet Esprit est sublimé il est nommé Eau, laquelle se lave elle-même et se nettoie, comme nous l'avons déjà dit, en montant avec sa très-subtile Substance et délaissant ses parties corrompantes ; et les Philosophes ont appelé cette Ascension, Distillation, Ablution et Sublimation.

TROISIEME DEGRE
Quand la Sublimation se trouve parfaitement accomplie, la Pierre est alors vivifiée de son Esprit vivifiant, on Ame naturelle, dont elle avait été privée en noircissant; elle est inspirée, animée, ressuscitée et menée à la dernière fin de toute subtilité et pureté, et réduite en Pierre cristalline, blanche comme neige, elle est un peu élevée dans le Vaisseau, au fond duquel demeurent les résidences. Cette Pierre cristalline étant séparée de ses résidences, mettez-la à part, et la sublimez sans ces résidences : car si vous vous essayez de la sublimer avec ces mêmes résidences, jamais vous ne les séparerez d'ensemble et votre travail vous deviendrait inutile. En sublimant donc sans ces résidences on a la Terre blanche feuillée, le Soufre blanc non urant, congelant et fixant après parfaitement le Mercure, nettoyant tout Corps impur, et par faisant l'imparfait en le réduisant en véritable Argent.

Ce Soufre étant ainsi sublimé il n'y a blancheur au monde qui excède la sienne, car il est dénué de toutes choses corrompantes, et est une Nature nouvelle, une Quintessence venant des plus pures parties des quatre Eléments ; c'est le Soufre de Nature, l'Arsenic non urant, le Trésor incomparable, la Joie des Philosophes, leur Délectation si désirée, la Terre blanche feuillée et claire, l'Oiseau d'Hermès, la fille de Platon, l'Alun sublimé, le Sel Ammoniac, et de nouveau le Merle blanc dont les plumes excèdent en lucidité le cristal, et il est de grande splendeur, de très suave odeur et de souveraine pureté, netteté, subtilité et agilité. Ce Merle blanc Philosophique est d'une vertu inexprimable, car c'est la Substance du plus pur Soufre du monde, laquelle est l'Ame simple de la Pierre, nette et noble, et séparée de toute épaisseur corporelle. Il faut calciner ce Soufre blanc par sèche Décoction jusqu'à ce qu'il devienne une poudre impalpable et très subtile, et privée de toute Humidité superflue. Après quoi il doit être incéré de l'Huile blanche des Philosophes, peu à peu jusqu'à ce qu'il nue dés promptement comme Cire. Cette incréation accomplie, qui n'est autre chose que réduction à fusion, ou à fonte de la chose qui ne peut fondre, notre glorieuse Pierre des Philosophes au blanc est parfaite, fluante et fondante, plus blanche que neige, participante de quelque Verdeur ; persévérante au feu ; retenant et congelant le Mercure et le fixant ensuite ; teignant et transmuant tout Métal imparfait en véritable Lune. Et si vous en jetez un poids sur mille d'Argent-vif ou de quelque autre Métal imparfait il les convertira en Argent plus fin, plus pur et plus blanc que celui des Mines.

La manière de la Projection et de la Multiplication au blanc et au rouge est semblable. Cependant la Multiplication se fait en deux manières ; l'une par projection en jetant un poids sur cent, et tout sera Médecine de laquelle un poids convertira autre cent poids, aussi en Médecine parfaite ; et un poids de ces cent, fait cent poids de pur Argent, ou de pur Or. Il y a d'autres manières plus profitables et plus secrètes de multiplier la Médecine par projection, dont je me tais à présent ; mais par Multiplication la Pierre est augmentée sans fin; c'est à savoir par ses Digestions, Animations ou Imbibitions d'Huile Mercurielle, laquelle Huile est de nature des Métaux ; Et cette Multiplication se fait seulement en imbibant ou abreuvant la Pierre de cette Huile permanente et en dissolvant et congelant autant de fois qu'on le voudra : Car plus la Pierre sera digérée, plus elle sera parfaite, et plus de poids elle convertira, parce qu'elle sera plus subtilisée. En quoi est accomplie la Rose blanche, céleste, suave et si chérie des Philosophes. Après que la Pierre au blanc est accomplie, il en faut dissoudre une partie, et tant la calciner, selon que le veulent quelques Philosophes, que par vertu de longue Décoction, elle soit tournée en cendre impalpable, et qu'elle devienne colorée en citrinité. Il faut ensuite l'abreuver de son Eau rouge jusqu'à ce qu'elle demeure rouge comme coral Dans son Codicile, au Chapitre de la Calcination de la Terre, Raimond Lulle dit : N'oublie pas de calciner en son feu allumé la matière de la Terre préconnue de la Pierre avec réitération de Destruction de Distillation d'Eau et de Calcination de Corps, jusqu'à ce que la Terre demeure blanche et vide de toute humidité ; Et après continuez par plus grande force de feu et d'imbibition d'Eau jusqu'à ce qu'elle devienne rouge, comme Hyacinthe, en Poudre impalpable et sans tact.

Le Signe de perfection est manifestement montré, quand à sa dernière Calcination, la Matière demeure privée de toute humidité, en parlant du second Procédé et principalement du second Régime, qui est de faire la Pierre rouge. Géber dit, qu'elle n'est pas faite sans addition de la chose qui la teint, que Nature connaît bien ; à savoir, sans qu'elle soit abreuvée et teinte de cette Eau Céleste, de laquelle il est dit au Lis des Philosophes : O Nature Céleste! Comment tournes-tu nos Corps en Esprit. O quelle merveilleuse et puissante Nature ! Elle est par dessus tout, elle surmonte tout, et elle est le Vinaigre qui fait que l'Or est véritable Esprit, ainsi que l'Argent. Sans elle ni Noirceur, ni Blancheur, ni Rougeur ne peuvent jamais être faites en notre Œuvre ; Donc, quand cette Nature est jointe au Corps, elle le tourne en Esprit, et de son Feu spirituel, le teint d'une Teinture invariable et qui ne peut être effacée. Hermès nomme cette Nature Céleste Eau des Eaux ; et Alphidius l'appelle Eau des Philosophes Indiens, Babyloniens et Egyptiens. Sans cette Eau, par laquelle les Corps sont faits Esprits et réduits à leur première Nature ou Matière notre Pierre n'est jamais amendée, la Blanche sans l'Eau blanche et la Rouge sans l'Eau rouge. Soit donc la Pierre Rouge abreuvée de l'Eau Rouge, pour qu'enfin tant par longue Décoction ou Cuisson que par longue Imbibition ou continuel Abreuvement ; elle soit fait rouge comme Sang Hyacinthe, Ecarlate, ou Rubis, et luisante comme un Charbon embrasé, mis dans un lieu obscur. Et finalement que notre Pierre soit orné d'un Diadème rouge. Ce qui fait dire à Diomèdes : Votre Roi venant du Feu avec sa Femme, gardez-vous de les brûler par trop grand feu : Cuisez-les donc doucement, afin qu'ils soient faits premièrement Noirs, après Blancs, ensuite Citron et Rouge et finalement Venin teignant. Car, comme dit Aegistus, ces Choses doivent être faites par division des Eaux. Je vous commande de ne mettre pas toute l'Eau ensemble, mais peu à peu et cuisez doucement jusqu'à ce que l'Œuvre soit accompli. On voit par là que la Pierre demeure rouge de vraie rougeur, lumineuse, claire et vive, fondante comme Cire, par la teinture de laquelle l'Argent-vif vulgaire et tous Métaux imparfaits peuvent être teints et parfaits en très vrai et très bon Or beaucoup meilleur que celui des Mines. En quoi est accomplie cette précieuse Pierre surmontant toute Pierre précieuse laquelle est un trésor infini à la gloire de Dieu qui vit et règne éternellement.

 

Source : www.ledifice.net

Partager cet article

Commenter cet article