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Hauts Grades

La résurrection dans le mythe d'Hiram

30 Mai 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #fondements bibliques de la FM

L’initiation au troisième degré permet au postulant qui en a été jugé digne de vivre en le jouant lui-même comme acteur, tout en étant le principal destinataire du message issu de cette épreuve, le psychodrame de la mort d’Hiram.

Mais cet épisode de la mort est suivi par un autre acte dont le mystère est plus subtil, celui de la résurrection du Maître Hiram au travers et en la personne de tout nouveau Maître qui subit cette élévation ou exaltation.

Ce morceau d ‘architecture, à connotation didactique, tracé à l’attention particulière des jeunes MM\ de notre atelier, tentera d’explorer le chemin qui mène de la mort à la résurrection, à travers cette initiation particulière au troisième grade, afin de susciter une réflexion sur le symbolisme qui peut interpeller tout F\M\, dans ses voyages et dans sa quête perpétuelle à la recherche de la vérité.

Le contexte dans lequel survient cette mort, sa finalité ainsi que l’impact psychologique sur le postulant seront décortiqués dans un premier chapitre pour ensuite dans un deuxième temps analyser le second mystère, celui de la résurrection dont les corollaires seront édulcorés en un troisième chapitre de synthèse.

Les MM\MM\ devant tracer des plans pour les AA\ et les CC\, chacun pourra enrichir par rapport à son vécu propre, la contribution conclusive qu’il estime nécessaire en guise de catalyseur à cet élan continuel vers plus d’enrichissement et donc vers plus de Lumière !

 

La mort

 

Le F\M\ s’accoutume à l’idée de la mort dès son entrée en maçonnerie. Le vieil homme dont il doit se dépouiller afin de vivre en initié, en homme nouveau paraît déjà comme une invite à mourir à la vie profane !

Il s’efforce donc dans la pénombre du septentrion à faire sa mue afin d’abandonner sa peau de profane progressivement, avant de resplendir au midi sous une lumière vive, dans une enveloppe charnelle mystique nouvelle, due à l’enseignement qu’il reçoit, au maniement des outils et à l’interpellation et à la pénétration timide mais perceptible des symboles sur le néophyte qu’il demeure, pendant tout son compagnonnage.

Ce n’est que lors de la cérémonie d’exaltation à la maîtrise que lui est présentée la Mort physique, relatée et reconstituée à travers l’assassinat du M\ Hiram.

Il entre donc cette fois dans une L\ transformée en chambre funéraire, où le deuil a plongé dans la tristesse et le désarroi des ouvriers consternés et atterrés qui perçoivent dès lors que le chantier ne verra jamais de fin .

Et pour cause, trois des ouvriers de la chambre des compagnons ont comploté, et ont juré d'obtenir du Maître par la force les secrets du tracé de l’œuvre.

Au delà de la scène théâtrale, ces trois mauvais compagnons, Ignorance, Fanatisme et Ambition, correspondent à des traits et à des pulsions caractériels de tout homme obstiné par des objectifs de puissance et de gloire , ou simplement imbu de satisfaction personnelle non méritée.

Ainsi peut-on en substance tirer profit d’un enseignement intangible : le savoir et l’érudition sont une condition certes nécessaire , mais non suffisante à la découverte de la Connaissance ! La connaissance ne s’approprie pas par la force ni sans mérite. Et l’immensité du savoir ne suffit pas à la maitrise autoproclamée de la Connaissance ! C’est bien facile d’arracher par la force un plan que de se donner le temps de maîtriser la science du trait et savoir le tracer. Faut-il encore pouvoir l’interpréter pour l’appliquer comme il se doit!

Car somme toute, en maçonnerie il s’agit du plan de vie, lequel englobe la mort et il s’agit de se construire et non de se projeter dans un personnage modèle fusse t-il vertueux ou glorieux.

C’est à son propre rythme que s’initie le maçon, car il doit transcender les symboles pour s’identifier à eux au gré des circonstances de sa vie !

Si l’aboutissement de cette vie est bien une mort physique, et si cette mort marque de manière douloureuse la fin d’une étape terrestre, elle traduit surtout et se veut d’abord la fin d’un cycle.

Il faut donc chercher derrière le crime crapuleux, l’utilité et l’équivalence de la fonction et du rôle d’assassin au niveau mental !

Serait-ce l’émanation des comportements inhibiteurs de notre subconscient, qui remonteraient ainsi à notre imperfection de nature et même au péché originel ?

Tous ces sentiments fielleux et leurs agrégats vaniteux existent en nous en des proportions diverses. Mais leur manifestation est plus ou moins prononcée selon les circonstances et selon l’environnement dans lequel nous évoluons.

Il y a donc un effort permanent à faire pour le F\M\motivé et assidu à son labeur, afin de dominer ses passions et éviter les réflexes égoïstes. Fuir l’ambition démesurée et le fanatisme aveugle qui conduisent à la mort de sa véritable identité, donc de son véritable maître devient une préoccupation permanente et il parcourt sans cesse le symbolisme des trois degrés, car les symboles qui les caractérisent l’interpellent différemment et avec plus de profondeur au fur et à mesure de son avancement, et donc de son élévation.

Le cadavre du maître ayant été retrouvé et une branche d’acacia ayant symboliquement marqué le lieu, nous pouvons en toute quiétude faire notre deuil, poursuivant ainsi notre représentation.

Dans toutes les civilisations, la condition préalable pour faire un deuil réside dans la présence de la dépouille du corps du défunt !

Comme si l’apparente reconstitution des fragments d’une enveloppe charnelle devenue simple « matière biodégradable », simple poussière, devenait un satisfecit et remplissait à elle seule les conditions rituelles imposées par les mœurs sociétales pour un au revoir, un ultime adieu, tant cette destinée et les appréhensions de l’après mort sont communes! Il semble pourtant que cette condition est une constance de l’interrogation humaine, un paramètre permanent dans toutes les mythologies, Isis / Osiris etc. Pourquoi ?

Parce qu’elles répondent toutes à un même objectif, qui est l’un des messages cruciaux du grade qui consiste entre autres à "rassembler ce qui est épars". IL appartient bien entendu à chacun d’explorer toutes les autres voies et interprétations de ce postulat notamment en s’efforçant de rassembler ce qui est épars en soi !

A titre d’exemple, et en particulier dans les civilisations africaines, les dépouilles paraissent bien souvent constituer un pont entre le temporel et l’intemporel, comme si ceux qui décédaient allaient explorer et préparer dans un au-delà la venue de ceux qui les suivront. Le deuil doit donc se faire avec la présence du corps ou d’un médiateur, fusse t-il un simple morceau d ‘ossements, à l’unique condition qu’il ait bien appartenu au disparu. Le mort et La Mort étant ainsi honorés, les difficultés de l’avenir peuvent être affranchies en partie, amoindries ou du moins aplanies.

La mort reste donc ainsi au centre de la vie comme les cimetières étaient au centre des villages en Europe autrefois. En Afrique, dans les villages, le mort est bien souvent enterré dans la cour de l’espace du village où il résidait, derrière son habitation et même quelquefois dans sa propre maison.

Que se passe t-il donc après cette mort ?

Nous référant alors à la marche de ce Grade, le M\M\arrivé à la fin de ses sept pas ou se tenant sur la dernière des sept marches de l’escalier circulaire, prêt à traverser le voile qui sépare le Hélal du Débir a-t-il encore besoin de son enveloppe charnelle ?

Le M\M\ traverse la mort comme il enjambe le catapulte et il se tient debout, prêt à aller plus loin, vers de nouveaux horizons particuliers, car éthérés ! Il a sept ans et même plus !

Le grade de M\ n’est pas un grade de commandement, il apprend à dépasser la mort, notre propre mort mais elle n’arrête pas pour autant le chantier. Il s’agit d’acquérir sa maturité maçonnique par l ‘exercice de la domestication et de l’appropriation de la mort. Et cet exercice ne se fait pas sans douleurs ni sans émotion lorsqu’il concerne des êtres que nous affectionnons, mais il suscite une espérance que Jean Verdun restitue en disant que « l’initiation au Grade de Maître est la métamorphose du Compagnon qui après avoir été soupçonné d’être mauvais Compagnon apporte la preuve de son innocence et se voit appelé à ressusciter en la personne de l’architecte.

Hiram est donc bien mort et la parole perdue ! Cependant notre travail n’est pas encore terminé ! Le chantier doit se poursuivre.

Il va bien falloir une mystique particulière afin de perpétuer l’œuvre.

C’est alors le lieu d’analyser et même de psychanalyser le phénomène de la résurrection orné des corollaires indispensables à sa réalisation ?

 

La résurrection

 

La résurrection prend des formes diverses dans les différentes civilisations, selon les mythologies et les religions allant dans son acception la plus courante jusqu’à la réincarnation bouddhique.

Elle participe en cela de la psyché humaine dans son aptitude transcendantale où la métamorphose de la matière permet à l’esprit de poursuivre d’autres formes de vie. Dans l’imaginaire collectif il peut s’agir d’une réappropriation d’un corps physique uniquement parce que l’homme a besoin de repères perceptifs connus, aux fins d’illustrer les diverses étapes des chemins de la Connaissance.

Pour le F\M\ qui doit « aller plus loin », il doit s’agir, au-delà de l’illustration descriptive, de la recherche du sens réel du symbolisme de la résurrection. Loin d’être une réanimation, ce nouveau cycle, ce nouveau départ vers une autre réalité forge l’espérance de sa foi maçonnique. Ce qui lui permet d’appréhender la mort , non comme une fin , mais comme une délivrance afin d’accéder à des niveaux vibratoires et énergétiques supérieurs.

Uniquement à titre de comparaison, pour une meilleure compréhension de notre propos et sans entrer dans une herméneutique approfondie de la résurrection, on peut tirer de l’Evangile l’analyse suivante : il y a une différence fondamentale entre Lazare réanimé par le miracle de Jésus invoquant la puissance de son père, lequel Lazare marche en sortant réanimé de son tombeau d’une part , et d’autre part la résurrection du Christ, trois jours après une mort annoncée et préparée par la trahison de Judas afin que ce grand mystère se produise ! Non pas pour que Jésus devenu Christ revienne parmi les vivants continuer à prêcher les enseignements qu’il prodiguait mais bien au delà, pour son entrée dans et vers une vie éternelle marquée par l’Ascension , sa montée dans les cieux!

Je me plais à proposer souvent à la méditation de nos jeunes condisciples, les propos du très illustre frère Alain Pozarnik, dont j’affectionne les conférences et qui aime à dire que « le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance ! » .

Par ailleurs la fécondité de son œuvre et des enseignements à tirer en ce qui concerne la recherche de la perfection témoigne d’une pratique éprouvée de cet exercice de passage de l’équerre au compas, qui devrait tous nous inspirer.

Nous devons tous entreprendre tel Sisyphe avec son rocher et sans relâche une navigation permanente entre l’Equerre et le Compas, lieu où doit se trouver le maître maçon en plein labeur !

La recherche de l’excellence, de la pureté, permet ainsi d’ouvrir les portes au véritable amour fraternel dans tous nos plans mentaux. Cet amour limpide qui, selon l’illustre frère Pozarnik dans son ouvrage « Le Secret de la Rose », permet de rejoindre la « sagesse universelle, celle qui englobe en une conscience unique tous les savoirs et dépasse, sans les rejeter, toutes les raisons. »

La résurrection peut alors apparaître dans toute sa splendeur comme la résurgence de son être principiel en route vers son éternité et l’ensemble des corollaires qui s’y rattachent participent donc et procèdent à la finalité de l’acte de la Création.

En ce sens, au delà de l’espace –temps sacré qui permet cette transmutation, le corps astral naviguerait dans un espèce de CONTINUUM, de Nirvana où seules vont être considérées les préoccupations de l’esprit, cet esprit qui anime la vie, cet esprit créateur et ordonnateur des mondes!

Ceci établit donc que la résurrection dans le mythe d’Hiram fonde une réalité supérieure qui s’oppose au quotidien profane, le supplante et nous permet d’entrevoir la finalité du Grand Œuvre.

Toutefois on pourrait penser que l’entrée en scène du nouveau maître ne devrait se faire véritablement que lors de la résurrection, lorsqu’il prend la place numérique du Maître Hiram disparu, car on peut difficilement imaginer que le Compagnon qui joue le rôle d’Hiram pendant l’assassinat ait déjà été vêtu de son habit de Maître !

C’est cette difficulté de mise en scène qui magnifie l’alchimie de la reconstitution du psychodrame, car en effet il s’agit de faire vivre au postulant sa propre mort physique afin de le libérer du carcan de ses pesanteurs terrestres et lui permettre de poursuivre son voyage en s’élevant, en fait en élevant sa conscience!

Les mots substitués et la mise en commun des énergies des meilleurs ouvriers du défunt Maître vont permettre d’aller plus en avant vers la recherche de la vérité, ce qui nécessite et demande un effort continu mais aussi et d’abord un effort collectif et une perspicacité certaine!

Il s’agit maintenant de faire passer en avant le « corps subtil » qui doit entreprendre de nouveaux voyages en rapport avec sa destination finale lumineuse.

Relayer, transmettre, répandre la lumière, nouvelle mission assignée et gravée en la personne de notre nouveau Maître qui, après avoir vaincu les ténèbres de son existence terrestre imparfaite, devra parcourir un nouveau cycle, certainement composé encore de morts et de résurgences successives tel que le sous-tend tout rite solaire!

Tel le phénix qui renaît de ses cendres, le M\est plus radieux que jamais, car il a puisé dans l’énergie cosmopolite constituée par la mystique du troisième degré, qui exécutée dans la commune union des trois piliers de la L\, à travers les cinq points parfaits de la maîtrise, vont faire resurgir la vie, et donc redonner corps à l’esprit.

Il s’agit cette fois d’un corps vibratoire à la recherche d’une résonance particulière entre deux forces superposées: celle de son moi et celle de son supra conscient qu’il faudra aligner voire incorporer!

Synthèse

Dans son cheminement initiatique, le cycle mort-résurrection, peut être défini comme le cycle vertueux de la recherche de la vérité.

Cette alternance qui apparaît, tel un pavé mosaïque, permet au M\M\, dans une descente ascensionnelle à travers son subconscient, d’ouvrir la voie à d’autres espaces de son univers intérieur qu’il est loin d’imaginer. Son corps subtil doit entreprendre de nouveaux voyages à travers lesquels il pourra tenter de découvrir sa vraie nature divine, au prix de plusieurs sacrifices, surprises et déceptions mais aussi de plusieurs encouragements et satisfecit bien mérités!

Or l’altération de cette particule de divinité est si rapide qu’il faudra toute la persévérance et la détermination du M\M\ pour capter en nombre suffisant des photons de ce rayonnement fossile premier, afin d’illuminer le Maître, et l’accompagner dans son processus de transformation-transmutation pour devenir un véritable Etre de lumière.

« La lumière est apparue aux apprentis, elle a éclairé les compagnons, puisse-t-elle illuminer les maîtres ! ».

C'est tout le bonheur que je souhaite à tous les MM\MM\dans leur recherche sur le chemin de la Vérité. Et comme l’acacia vous est connu, que votre volonté soit imputrescible et que verdoie pour l’éternité votre détermination à répandre la Lumière.

Enfin, je formule le vœu et nourris l’espérance que cette lumière nous habite tous tout au long de notre parcours maçonnique et que le Véritable Maître ressuscite en nous et parmi nous car il doit irréductiblement vivre dans le fils et ce pour la postérité.

 

Source : http://www.apollonius-de-tyane.ch

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p 15/03/2016 14:43

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