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Hauts Grades

La Rose-Croix d'Or

7 Mai 2012 Publié dans #spiritualité

De tout temps, les relations entre la franc-maçonnerie* et le rosicrucianisme sont souvent évoquées. Une attention particulière doit être portée à la fraternité* de la Rose-Croix d'Or qui fut l'un des principaux mouvements qui s'épanouit parallèlement à la franc-maçonnerie. La Rose Croix d'Or est issue d'une renaissance du rosicrucianisme originel dans les pays allemands. Commencée au début du XVIIIe siècle, elle fut, à beaucoup d'égards, un phénomène très différent de celui-ci qui s'était développé sous l'égide de Christian Rosenkreutz.

La Rose-Croix d'Or doit sa naissance véritable à la publication d'un livre à Breslau, en 1710: Die Wahrhafte und volkommene Bereitung des philosophischen Steins der Bruderschaft aus dem Orden des Gulden und Rosen Creutzes (La vraie et parfaite préparation de la pierre philosophale par la fraternité de la Rose-Croix d'Or). C'est à la base un traité d'alchimie* et cela constitue déjà une différence majeure entre ce nouveau rosicrucianisme et celui des origines qui mettait surtout l'accent sur les projets de réforme sociale, intellectuelle et religieuse. Dans celui ci, l'alchimie ne jouait pas un rôle central. Le traité publié à Breslau accorde au contraire aux N pratiques de laboratoire » une place essentielle qui va conférer l'originalité profonde de la fraternité de la Rose Croix d'Or.

L'auteur de l'ouvrage, qui se donne le nom de Sinceratus Renatus était un pasteur protestant de Silésie, Samuel Richter. La Silésie était alors un creuset ancien et riche de tradition mystique marquée par les influences de Jacob Böhme, du poète mystique Angelus Silesus et du courant piétiste. Richter appartenait à ce dernier, lui-meme fort lié au premier rosicrucianisme. Piétistes et rosicruciens ont en commun de vouloir redécouvrir une forme de christianisme plus pure et plus authentique: ils mettent notamment l'accent sur le sentiment, la vertu personnelle et la relation directe avec la Divinité. Il y a aussi une coloration gnostique chez les piétistes qui vise à fonder le salut sur le rejet de la matière, soumise aux forces du mal et à atteindre une connaissance supérieure des réalités divines. Elle provient de l'influence exercée sur leurs écrits par des écrivains mystiques comme Böhme et les alchimistes. La pratique de l'alchimie est. en effet, enracinée aussi dans la tradition gnostique, et l'attente d'élévation spirituelle des piétistes se révèle analogue à l'attente du passage de la matière de base à un état supérieur chez les alchimistes, On voit cela dans leurs écrits pleins d'images et de métaphores alchimistes: ils parlent ainsi de Dieu comme du grand « fondeur » et comparent l'Esprit-Saint à une teinture bénite ou une quintessence. Certains d'entre eux pensaient d'ailleurs que l'Esprit-saint était présent dans la matière sous la forme des trois principes alchimistes du sel*, du soufre* et du mercure*. Nombreux furent donc les piétistes qui pratiquaient l'alchimie. Friedrich Oetinger écrivait d'ailleurs: « Alchimie et théologie ne sont pas pour moi deux choses maiS une seule », et Goethe avait une amie piétiste, Mlle von Klettenberg, qui l incitait à expérimenter l'alchimie. Cela eut une influence importante tant dans sa vie que dans son œuvre. On voit donc comment le piétisme, l'alchimie et le rosicrucianisme originel interfèrent dans le contexte de la rédaction du livre de Samuel Richter, alias Sinceratus Renatus, pour donner naissance au mouvement de la Rose Croix d'Or.

Si nous ne savons pas quand la Rose Croix d'Or s'implanta, la pièce la plus solide concernant son existence date de 1761: elle décrit une loge* de cet ordre à Prague, appelée La Rose Noire, et donne une liste de membres.

Les manuscrits permettent en revanche de bien mettre en lumière les caractères profonds de l'idéologie de la fraternité de la Rose Croix d'Or et ses relations avec la mouvance maçonnique, car de nombreux détails sur les principes, les rituels et l'organisation de l'Ordre*, sont indiqués par la publication des exposés de l'Ordre et par les correspondances inédites entre les membres.

L'objectif de la fraternité, clairement exposé, confirme que ses croyances reposent sur un syncrétisme entre l'alchimie le christianisme revisité par les piétistes et le rosicrucianisme originel. Il s'agit « de faune émerger les forces cachées de la nature, de faire briller sa lumière, qui a été profondément enterrée par la malédiction, et, par cette voie de procurer une lumière intérieure à chaque frère par laquelle il pourra voir le Dieu invisible et devenir plus proche de lui avec la source originelle de la lumière » (Starke Erweise aus den eigenen Shriften des hochheiligen Ordens Gold- und Rosenkreuzer, écrit anonyme, probablement attribuable à Bode 1788). On retrouve le thème gnostique de « la lumière de la nature enterrée par la malédiction », de l'étincelle divine prisonnière du monde de la matière, la vision d'une divinité faible, le démiurge créant la matière dans laquelle l'esprit humain est emprisonné et sans aucun contact avec la divinité supérieure.

L'alchimie apparaît aussi de manière symbolique et pratique: les membres étaient supposés avoir leur propre laboratoire et y travailler avec diligence. La progression de chaque membre dans l'Ordre supposait d'ailleurs qu'ils aient reçu des secrets* alchimiques de plus en plus importants.

On connaît également précisément les aspects structurels de cette fraternité. Dans son ouvrage, Renatus donne un nombre considérable de détails sur l'Ordre lui même: il aurait compté 63 membres et un imperator élu à vie. Les frères adoptaient un code particulier pour se saluer et se reconnaître entre eux. L'un d'entre eux disait: Ave frater, l'interlocuteur devait répondre: Rosae et aurae. Le premier ajoutait alors: Crucis.

La Rose Croix d'Or est organisée en cercles de 9 membres et compte 9 grades*. Ce sont dans l'ordre ascendant: Junior Theoreticus, Practicus, Philosophus Adeptus Minor, Adeptus Major Adeptus Exemptus, Magister et Magus. Cette organisation hiérarchisée, généralisée par la Réforme de 1777, sera étendue à 10 grades au XIXe siècle par la société occultiste anglaise l'Ordre Hermétique de Golden Dawn ou, plus tard, par l'Ancien Mystique Ordre Rose-Croix. La fraternité était très hiérarchisée et le secret régissait les rapports entre les membres eux-mêmes. Les membres ne devaient ainsi pas connaître le nom des frères situés au-dessus de leur propre cercle.

La structure directrice comprenait plusieurs niveaux. Il y avait des directeurs de cercle, des directeurs régionaux en charge de plusieurs cercles des Grands Prieurs, et, au plus haut niveau, les Supérieurs Inconnus. C'était probablement trois adeptes qui constituaient l'autorité suprême. L'organisation est encore comparable à celle de la Golden Dawn, mais les Supérieurs Inconnus étaient ici de véritables personnes. Nous avons quelques raisons de penser que l'un d'entre eux était Schleiss von Lowenfeld, un physicien de Sulzbach, en Bavière, qui écrivit un livre qui prenait la défense de la Rose Croix d'Or.

La Rose-Croix d'Or connut un succès remarquable dans les années 1770 dans toute l'Europe centrale, à Berlin, Hambourg, Francfort, Ratisbonne, Munich Vienne, Prague... mais aussi en Pologne en Hongrie et en Russie*. L'un des plus remarquables centres est celui qui était situé dans le château de Rajec, près de Brno. On y trouve le comte (et prince) Karl Josef von Salm-Reifferscheidt, une figure importante dont l'intérêt se porta à la fois sur les philosophes français la science moderne l'alchimie et le spiritualisme. Il rassemble autour de lui un groupe éclectique d'individus, et participe activement à la formation d'une communauté scientifique organisée en Moravie qui vise à acquérir la connaissance universelle par le recours à la recherche scientifique et à la vieille tradition alchimique et théosophique. Le prince Salm-Reifferscheidt avait sans doute connaissance des manifestes de la Rose-Croix originelle: il voulait fonder un Collège Invisible dans la ligne de la vision proclamée un siècle plus tôt. La branche russe de l'Ordre eut également des membres remarquables: l'écrivain et publiciste Novikov qui, avec un autre rose-croix russe, Lopuchin, installa la Société Typographique et fit connaître au public russe, en langue vernaculaire les travaux de Böhme, Silesius, Saint-Martin*, Mme Guyon et du mystique anglais Pordage. Novikov véhiculait à la fois les idées progressistes des Lumières* et les traditions ésotériques. Il pensait ainsi que tout homme porte en lui une part de l'esprit divin et que les individus doivent donc être traités avec respect, quel que soit leur statut social. Avec les adeptes de la Rose-Croix de Moscou il participe à diverses institutions charitables comme l'hôpital et la Maison des pauvres. Novikov tomba en disgrâce, Catherine 11 était opposée à la franc-maçonnerie, elle le mit en prison et il ne fut libéré qu'à la mort de celle-ci, quatre ans plus tard.

La Rose-Croix d'Or eut enfin beaucoup d'influence en Prusse, où l'un de ses membres ne fut autre que l'empereur Frédéric-Guillaume 11. Durant son règne, la Cour et le gouvernement étaient dominés par le « clan Rose-Croix » notamment par Johann Christof Woliner et par Johann Rudolf von Bishoffswerder. L'historiographie a souvent donné une image négative de ces hommes en raison de l'influence qu'ils exercèrent sur le roi pour renforcer l'orthodoxie religieuse luthérienne. Ils jouèrent un rôle dans la campagne contre les illuminaten~ et les Rose Croix sont généralement présentés comme des représentants des ennemis de l'Aufklärung. Il est vrai qu'ils furent opposés à la médecine des Lumières. Cependant, des hommes, comme le prince Salm, peuvent être considérés comme des rationalistes convaincus.

Le mouvement disparut à la mort de l'empereur en 1797 miné par les oppositions internes. Néanmoins, l'idéologie de la Rose-Croix d'Or, mais aussi les survivances de ses branches, comme les Frères Initiés de l'Asie*, ont des prolongements qui montrent l'importance de son influence. Au XIXe siècle le romantisme est pétri de thèmes et de références que l'on trouve dans la Fraternité. C'est le cas dans les œuvres de Novalis et dans celles du peintre Friedrich Otto Runge.

Un peu plus tard l'inventeur de l'homéopathie, Samuel Hahnemann (1755-1843), franc-maçon et trés probablement Rose Croix, témoigne à sa manière de la survivance de la culture de la Rose Croix d'Or: en effet, l'idée que le semblable soigne le semblable est un développement de la tradition alchimique (Paracelse).

La fraternité de la Rose-Croix d'Or fut un mouvement original qui, ne serait-ce que par la mention de nombre d'initiés aux ateliers maçonniques (Wôliner, Goethe ou le Dr Hahnemann) et la mise en place d'une hiérarchie des grades, a eu des liens solides avec le mouvement maçonnique. Cela est d'autant plus apparent que pour être admis dans l'Ordre il fallait être passé par une loge maçonnique régulière et être initié aux trois grades bleus*. Il y eut aussi des aspects rituels communs. On sait que le Rite rosicrucien se soucha sur des loges de la Stricte Observance* et que nous trouvons, dans divers systèmes maçonniques, des évocations de la symbolique rose-croix.

source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu

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