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Hauts Grades

La Rumeur

18 Avril 2014 , Rédigé par D\ R\ Publié dans #Planches

Il y a maintenant plus de cinq ans que l'idée de ce travail m'est venue. A l'époque, il faisait écho à des périodes douloureuses subies ou créées. J'avais donc pris, alors, la décision de ne pas poursuivre car il était inutile d'entreprendre une démarche qui aurait pu s'apparenter à de la provocation, ou pire, à un règlement de compte qui n'avait en ces lieux aucun sens. Aujourd'hui, débarrassé de l'aspect émotionnel ou d'actualité proche, je vais tenter de répondre aux questions que je me posais alors et d'enrichir, avec votre aide mes réflexions à propos de ce phénomène.

· Qu'est ce qu'une rumeur?
· Comment prend elle naissance?
· Comment elle se propage ?
· Pourquoi croit on à la rumeur?
· Comment réagir face à elle ?

Qu'est ce qu'une rumeur?

Le mot rumeur a deux acceptions:

Le bruit informel, persistant et sans source déterminée: rumeur de la foule, du corps, de la mer.
Un phénomène de transmission large d'une histoire à prétention de vérité et de révélation par tout moyen de communication formel ou informel,

Le second sens recouvre des réalités très diverses:

Les fausses informations, erreurs journalistiques et manœuvre de désinformation pourvu qu'elles soient révélées à posteriori et fassent controverse,
Les préjugés, quand ils sont racontés et non seulement assénés (c'est pourquoi on a pu parler en particulier des Protocoles des sages de Sion comme d'une rumeur Antisémite,
La propagande quand elle prend appui sur des histoires de vie, des cas exemplaires ou des théories globales.
Le canular quand il n'est pas encore révélé. Ainsi, certains auteurs parlent ils de l'émission radiodiffusée en 1938 d'Orson Welles sur la Guerre des Mondes comme d'une rumeur.
Certaines formes de théorie du complot quand la narration importe plus que la révélation.
La légende contemporaine. L'histoire du terrorisme au grand cœur s'est vu affubler du qualificatif de rumeur peu après les attentats anti américains du 11 septembre 2001. Un homme prévenait de l'imminence d'un attentat une bonne âme responsable d'une bonne action.
La communication virale, quand le produit promu disparaît sous la trop bonne histoire,
Les rumeurs peuvent faire partie de techniques d'influence dans le cadre de stratégie de diversion.
Contrairement à ce qu’on pense traditionnellement une rumeur n’est pas nécessairement fausse. C’est juste une information non vérifiée au moment où elle circule. Elle peut s’avérer par la suite.

Histoire du concept

Des différentes recherches et lectures il ressort que la question des rumeurs connaît un réel regain d'enthousiasme scientifique dont témoigne la parution de nombreux ouvrages et articles traitant de ce phénomène social. Cet aspect m'est apparu trop compliqué pour que je m'y aventure. Je me bornerai donc à effleurer le sujet.
Le concept a pour origine les recherches de psychologie judiciaire entreprises à partir de 1902 par l'allemand Louis William STERN, qui, le premier, a exposé le protocole expérimental de la rumeur. Celui-ci est devenu depuis lors l'un des exemples les plus classiques de la psychologie sociale et des colonies de vacances grâce à son côté ludique. Il s'agit de créer une chaîne de sujets qui se passent une histoire de bouche à oreille sans droit à répétition ou à explication. A la fin, on compare l'histoire racontée par le premier sujet et celle racontée par le dernier. Naturellement, l'histoire est , au mieux tronquée, au pire déformée.
STERN ne poursuivra pas ses recherches plus avant mais il verra passer dans son laboratoire un jeune étudiant Américain Gordon ALLPORT qui reprendra ses recherches à partir de 1945 et en ferra un immense succès de librairie, Le concept parviendra enfin en France à la fin des années 50 par le truchement d'un cours en Sorbonne donné par Guy DURANDIN,

Les mécanismes de la rumeur

Les rumeurs obéissent à une logique et à des règles dont il est possible d'analyser les mécanismes. La majorité des rumeurs sont produites spontanément, elles ne sont pas le fruit d'un complot mais d'un mensonge, de paroles en l'air dont un groupe ou une société se saisit pour diverses raisons et l'amplifient ainsi.
Il semble que le besoin de partir en croisade conduit certaines personnes à s'emparer de rumeurs et à les propager afin de se donner une importance, un rôle social dont elles seraient habituellement dépourvues. La rumeur offre parfois une explication simplifiée et rassurante de certains problèmes de société expliquant ainsi son succès. Un certain nombre de rumeurs, comme à l'approche des élections par exemple sont produites intentionnellement dans le but de discréditer un opposant.
Les motivations sont variées : cela commence à la pure maladresse, puis au fait de vouloir se faire mousser, ne pas paraître idiot, ou plus simplement nuire ! Elles circulent dans les réseaux... je vous connais, tu me connais, je te dis ca et toi qu’en penses-tu ? Elle ne circule pas par écrit mais oralement.
Exemples de rumeurs ou de légendes urbaines

La rumeur dite d'Orléans ainsi qualifiée en raison d'un ouvrage publié en 1969 par cinq sociologues dirigés par Edgar MORIN. Elle laissait entendre que les cabines d'essayage de plusieurs magasins de vêtements féminins de cette ville étaient en fait des pièges pour les clientes qui auraient été enlevées pour être livrées à un réseau de prostitution de traite des Blanches. Cette rumeur est un cas d'école par sa durée, son extension, ses dégâts et par sa fin.
Aucun démenti même officiel, signalant par exemple qu'aucune disparition suspecte n'a été répertoriée dans les environs par les services de police n'a jamais réussi à y mettre fin. Elle cessa d'intéresser les médias lorsqu'elle pris la forme d'un canular. Depuis lors, elle continue néanmoins à se raconter sous diverses formes.

Rumeurs politiques

Je crains que cela risque de ne pas plaire, mais je ne pouvais pas ignorer cet aspect:
Le plombier polonais n'est pas une rumeur. C'est plutôt une caricature ou une parabole.
Le plan B est une notion mal définie. Ce n'est donc pas non plus une rumeur. On peut considérer que le plan B c'est le traité de Nice, ou bien c'est ce qui va arriver, ou c'est le plan que je propose moi.
On pourrait dire aussi que l'existence de Dieu est aussi une rumeur ou que le caractère utopique d'une politique est aussi une rumeur.
La rumeur peut être considérée comme une stratégie de communication. Une croyance fausse n'est pas forcément une rumeur.
La rumeur n'a pas de rapport avec la question de la vérité ou de l'erreur puisqu'elle est indifféremment messagère de l'une ou de l'autre. Elle répond à autre chose que le besoin de connaissance, Cet autre chose est à chercher du côté de l'inconscient collectif,
La rumeur dans sa formation a un effet terroriste, Elle s'impose par le fait même de sa diffusion et soumet l'âme collective à son diktat. Elle subit dans sa diffusion un type de déformation qui accroît son impact, Elle se nourrit d'elle même.
Un exemple un peu particulier de rumeur dans la presse, illustre bien le phénomène de déformation: Il s'agit du récit des atrocités allemandes sur le clergé d'Anvers durant la guerre 14/18.
Le « Kölnische Zeitung » publie: Quand la chute d'Anvers fut connue, les cloches des églises allemandes se mirent à sonner.
Le journal « le matin » reprend l'information sous la forme suivante: D'après le « Kölnische Zeitung » le clergé d'Anvers a été contraint de sonner les cloches après la prise de la forteresse.
Le « Times » assure le relais : d'après les informations que « Le Matin » a reçu de Cologne, les prêtres belges qui ont refusé de sonner les cloches ont été chassés.
Le « Corriere della sera » reprend la chose ainsi: Les malheureux prêtres ont été condamnés aux travaux forcés.
Enfin, la boucle se bouclant, « Le Matin » écrira à nouveau: d'après les informations du « Corriere della sera » reçues via Londres-via Cologne, on confirme que les barbares vainqueurs d'Anvers ont supplicié les malheureux prêtres belges à cause de leur refus héroïque en les pendant aux cloches comme des battants la tête en bas,
Il est évident qu'une telle rumeur ne se comprend qu'inscrite dans le contexte de la guerre et de l'image que se fait l'opinion publique « alliée » de l'ennemi allemand , La place du « forfait » que la rumeur annoncera est inscrite en creux sous forme d'attente et d'angoisse, La rumeur est ainsi accompagnée d'une espèce de soulagement obscur et d'un sentiment d'évidence qui rend inutile toute preuve.
Rumeur, désinformation, dénigrement… peuvent se répandre comme une traînée de poudre et causer de lourds dommages à l'image d'une entreprise, d'une marque ou d'une personne.
Une rumeur naît d'un commentaire, d'une photo ou d'une vidéo publiés sur un blog, dans un forum de discussion, dans un e-mail ou un sms et ensuite transféré à d'autres personnes. Petit à petit se crée un véritable buzz . L'information n'est pas forcément vérifiée ni vérifiable mais elle comporte des éléments crédibles. Enfin, les journalistes, à l'affût des scoops et de nouvelles tendances risquent de la propager rapidement. C'est pourquoi il faut, sans attendre traquer les informations potentiellement sources de rumeurs.

Pourquoi "croit-on" à la rumeur ?

Une rumeur peut naître par génération quasi spontanée, du fait de l'interprétation erronée d'un fait observé ou d'une information entendue.
Mais elle peut-être aussi le fruit d'une intention, plus ou moins avouable. Dans ce cas, il s'agit d'une forme de "désinformation", de manipulation de l'opinion (on peut penser aux rumeurs de 5ème colonne - les traîtres - pendant la Drôle de guerre en 1939-40)..
Dans tous les cas cependant, pour que la rumeur existe et se répande, il faut que le contexte s'y prête. En d'autres termes, il faut que l'opinion soit en quelque sorte en attente d'information. Ce n'est pas pour rien que les rumeurs les plus folles courent en période de crise grave (pendant les guerres par exemple).
Ainsi, le renouveau de cette rumeur sur les additifs est rendu possible par le climat d'insécurité alimentaire que nous connaissons en 2000-2001. Alertée sur le sujet et inquiète, l'opinion accepte d'autant plus et de façon un peu masochiste tout élément susceptible de conforter le sentiment général (c'est le : "on vous l'avait bien dit " !).
Dans la série : "on ne sait pas ce qu'on bouffe", vous ne pourrez plus dire que vous n'étiez pas prévenus.
D'autre part, nous "croirons" d'autant plus à la rumeur que s'y glissent des éléments apparemment "rationnels" et rassurants qui emportent notre adhésion. Mais c'est une rationalité en permanence gauchie, qui entrelace vraisemblances, approximations et inepties... A tel point que le message est brouillé et difficile à décoder par le commun des mortels.
Pour les rumeurs "orales", il est évidemment difficile de saisir clairement ces fragments de "raison".

Comment réagir face à elle ?

Etouffer la rumeur dans l'œuf
Le meilleur moyen de voir venir un rumeur est d'effectuer une veille active dans la presse et sur Internet.
Pour faire face, plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour évaluer la dangerosité d'une rumeur, sa visibilité et sa crédibilité.
L'information n'est pas crédible: D'aucuns pensent qu'il ne faut pas y répondre car cette réaction peut empirer le phénomène.
Souvent, l'information s'enterre toute seule et y répondre peut laisser supposer qu'elle contient des parcelles de vérité.
Si l'information est crédible et se propage, il convient de traiter le problème avec sérieux. En effet, le sujet ne s'enterrera pas seul et toute intervention maladroite ne fera qu'amplifier le phénomène. Le recours à la justice doit être l'ultime. On doit privilégier la recherche d'un dialogue et la publication d'informations fiables.
Nous n’y prêtons pas attention, voire nous affirmons qu’elle ne nous touche pas, mieux encore nous affirmons la mépriser et ne pas la faire circuler ! Oui, mais voilà, quand la rumeur qui NOUS concerne arrive à nos oreilles... le sujet change !
Comment gérer une rumeur qui nous atteint... anticiper, répondre ? Quelques conseils pris dans les groupes restreints ou au travail.
· Anticiper : ne pas les faire circuler !
La rumeur est une traîtresse ! Si vous faites circuler celles qui concernent les autres, attendez-vous qu’un jour où l’autre une vous atteigne. Soyez intransigeant, coupez court. Refusez d’entendre, n’acceptez pas de transmettre et demandez à vous faire votre propre opinion sur les sujets, les gens, les situations.
· Faire face.
Une rumeur vous atteint... allumez un contre-feu si elle est fausse. Attention à ne pas mentir pour faire face à une rumeur qui s’avérerait dans quelques jours. Prenons l’hypothèse que cette information est donc en train de circuler et inexacte : ne répondez pas directement à la rumeur en la dénonçant, mais faites circuler vous-même l’information contraire. Vous auriez passé un entretien à l’extérieur pour un poste ? Confirmez le fait que vous êtes bien ici et que le nouveau projet est passionnant.
Attention, encore une fois, si vous êtes vraiment en train de partir ne jouez pas à ce jeu là !
· Identifier le déclencheur
Dites-vous que si une rumeur circule, même si elle est fausse, il y a un élément déclencheur apparent. Une attitude suspecte, un visiteur inconnu, des réunions inhabituelles... bref, faites face à cet élément là sans revenir sur la rumeur identifiée. « Certains ont pu constater des visites... voilà de quoi il s’agit... » et vous expliquez... soyez transparent. Vous êtes dans une phase de communication sensible, il vous faudra convaincre et sans doute rassurer.
· Anéantir les lieux... la mesure extrême !
Les rumeurs circulent et se propagent par oral... encore faut-il que les gens puissent se parler ! Si les lieux de rencontre, cafétéria et autres perrons fumeurs, sont visibles... les rumeurs auront plus de mal à se développer. Il faudra aux fauteurs de troubles de la stratégie et une réelle volonté de nuire. Mais attention aux conséquences sur l’atmosphère dans la structure.
· Communiquer régulièrement... une bonne solution !
Finalement, si la transparence est la règle dans votre entreprise, pourquoi des rumeurs devraient-elles se développer ? La rumeur est le résultat d’un malaise. Au total, si en tant que manager, chef de service, vous organisez régulièrement des points de situation et ne craigniez pas d’aborder des sujets sensibles... qu’est ce qui pourrait vous arriver ? Sauf une rumeur comme quoi vous êtes un super manager qui sait gérer les situations et les tensions et assume les difficultés... et celle-là ma foi... laissez la circuler !

Conclusion

Au final, je ne sais vraiment plus quoi penser de ce phénomène et, la certitude de son caractère néfaste ou malsain ne me paraît pas aujourd'hui aussi évident. Il me semble qu'elle fait parie de la vie et que, par là même elle sert le pire et le meilleur. Il appartient donc, encore une fois, à chacun de faire appel au bon sens, à son libre arbitre, afin de faire la part des choses, de les entendre, d'éviter de les colporter sans discernement et de fermement ignorer ou combattre les plus malsaines.

Résumé

La rumeur est un phénomène de transmission large d'une histoire à prétention de vérité et de révélation par tout moyen de communication formel ou informel qui recouvre des réalités très diverses.
Les fausses informations, les préjugés ou le canular en font partie. Les exemples sont très divers et nombreux. Les juifs, les francs-maçons en ont souvent fait les frais.
Les rumeurs peuvent faire partie de techniques d'influence dans le cadre de stratégie de diversion.
Contrairement à ce qu’on pense traditionnellement une rumeur n’est pas nécessairement fausse. C’est juste une information non vérifiée au moment où elle circule. Elle peut s’avérer par la suite.
Si le concept a pour origine des recherches plus anciennes, La question des rumeurs connaît un réel regain d'enthousiasme scientifique dont témoigne la parution de nombreux ouvrages et articles traitant de ce phénomène social.
Les rumeurs obéissent à une logique et à des règles dont il est possible d'analyser les mécanismes. La majorité des rumeurs sont produites spontanément, elles ne sont pas le fruit d'un complot mais d'un mensonge, de paroles en l'air dont un groupe ou une société se saisit pour diverses raisons et l'amplifient ainsi.
Les motivations sont variées : cela commence à la pure maladresse, puis au fait de vouloir se faire mousser, ne pas paraître idiot, ou plus simplement nuire.
La certitude de son caractère néfaste ou malsain ne paraît pas aujourd'hui évident. Elle fait parie de la vie et que, par là même elle sert le pire et le meilleur. Il appartient donc, encore une fois, à chacun de faire appel au bon sens, à son libre arbitre, afin de faire la part des choses, de les entendre, d'éviter de les colporter sans discernement et de fermement ignorer ou combattre les plus malsaines.

www.ledifice.net

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Drianne.M 18/04/2014 17:37


Merci...en annexe,simple petit rappel ou complément.


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