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Hauts Grades

La symbolique du Sablier : l’initié et la relation au temps

3 Février 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

S’il est un endroit qui marque les consciences des Francs maçons, le cabinet de réflexion peut être cité parmi ceux-ci. Dans la pénombre de ce local exigu, le futur initié est mis en présence de nombreux symboles. Parmi ceux-ci, on peut citer, le coq, les ossements, la formule alchimique du VITRIOL, le sablier, le sel, le mercure, le pain, l’eau, etc.

Dans ce lieux, l’association du sablier aux ossements, à la faulx et au coq, laisse entrevoir au futur initié, une relation avec le temps imparti, la mort prochaine et la résurrection.

Ce midi, V.M. et vous tous mes FF\ je vais vous présenter, dans le cadre de notre thème annuel de réflexion, ma contribution sur le sablier.

Aussi, aborderais-je, dans un premier temps, la symbolique proprement dite du sablier et ensuite j’évoquerai la relation qu’a l’initié avec le temps.

Du symbolisme du sablier.

Défini comme un appareil qui sert à mesurer le temps, composé de deux récipients identiques, en verre, superposés et communiquant entre eux par un conduit étroit où s’écoule du sable fin, le sablier est d’usage fréquents dans certains de nos jeux de société. On l’utilise régulièrement pour réglementer des parties. Il permet ainsi, dans de nombreux cas, de limiter le temps de jeux d’un joueur. Le temps imparti à chaque joueur est nécessaire à la réflexion, à la prise de décision et à la réalisation du jeu. Dans le même temps, l’adversaire est tenu d’attendre.
Le message d’importance véhiculé ici est l’invite à la patience ; à l’effort contenu dans la limite du temps imparti ; à la maîtrise de soi et à la gestion rationnelle du temps.

La symétrie en tous points des deux compartiments par rapport à son centre serait la traduction de l’opposition du ciel et de la terre, de la spiritualité et de la matérialité, du monde invisible et du monde visible, des ténèbre et de la lumière qui fort heureusement peuvent fusionner ou être ramenés en UN, Un le Tout qui intègre l’infiniment petit et l’infiniment grand, grâce à l’Initié symbolisé ici par l’allégorie du conduit étroit.
En cela, les deux compartiments identiques (celui du haut et celui du bas), rappelle l’inscription de la table d’Emeraude : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour le miracle d’une même chose ». L’interpénétration de ces deux mondes, quant à elle, ne peut se faire que par une porte étroite, réservée aux seuls initiés, détenteurs des clés. Le sabliernous enseigne donc, à l’instar du pavé mosaïque, que la loi du binaire ou la dualité régit le monde et que seul les véritables initiés peuvent s’élever au dessus de cette dualité, assurer l’équilibre des contraires afin de ramener cette dualité à l’unité.

La convergence des parois du vase supérieur vers le goulot, entraîne une contraction, dans l’espace et dans le temps, du sable qu’il contient. Cette contraction figure la difficulté, la douleur de l’enfantement, la naissance à venir et par analogie, la dispersion du sable au sortir du goulot, dans le nouvel espace, traduit un mouvement, une libération, donc la vie. De ce point de vue, le sablier nous enseigne que l’espace-temps du monde invisible préfigure l’espace-temps du monde visible.

Le sable fin qui symbolise la vie corporelle, nous enseigne que celle-ci n’est que poussière face à l’immensité de l’univers. Son écoulement progressif, grain par grain, révèle que le temps s’égrène irréversiblement et induit à terme, un arrêt du mouvement, annonciateur de mort. A cela, il faut ajouter que l’écoulement du sable, du haut vers le bas, est induit par la loi naturelle de la pesanteur qui sous tend, nos lourdeurs profanes, c'est-à-dire, les préjugés du vulgaire, nos vices, nos défauts, nos erreurs, etc. Ces lourdeurs profanes qui découlent de notre héritage social, éducatif, scolaire et religieux, empêchent semble t-il, toute élévation et nous entraînent inexorablement vers le bas, donc vers notre mort spirituelle.

Aussi, convient-il de se détacher de ce mouvement descendant en nous dépouillant de nos aspérités, de nos vices, de notre ego pour inverser la tendance et amorcer un mouvement ascendant, synonyme d’élévation spirituelle. Cette inversion de mouvement, à contre courant de l’ordre naturel des choses, ne peut se faire qu’au prix de gros effort sur nous-même et avec l’appui d’une aide ou d’une influence extérieure. Dans ce sens, le retournement du sablier par la main d’une tierce personne, figure l’espérance d’une nouvelle vie que confère l’initiation maçonnique. Ce message d’espérance est également véhiculé par le sable qui s’écoule non pas dans le vide mais dans le vase du bas.
$$$$$ La symbolique tirée du sablier, nous rappelle ici, la comptine pour enfant connue de nous tous et à haute portée initiatique ? celle de la fameuse souris verte qu’on attrape par la queue, donc que l’on retourne, qui est présentée à ces messieurs, c’est à dire qui va subir les épreuves, qui est trempée dans l’eau et huile, donc purifiée, et qui est transformée en escargot chaud, donc née de nouveau. $$$$

La durée invariable de l’écoulement, à chaque retournement, traduit une relativisation du temps entre la naissance et mort, entre le midi et le minuit maçonnique de chacun d’entre nous. Il matérialise également le cycle incessant de la vie et de la mort, de la lumière et des ténèbres.

Quant à l’apparence translucide du sablier, elle recèlerait également un message d’importance. En effet, la visibilité ainsi offerte à celui qui observe l’écoulement du sable, permet à ce dernier d’être fixé sur l’état d’avancement de l’écoulement et lui confère, de fait, la maîtrise du temps et de l’espace.
En cela, le sablier révèle au franc maçon, le caractère de préciosité du temps. Le temps du franc maçon doit être géré rationnellement et mis à profit pour son perfectionnement moral, intellectuel, matériel et pour son élévation vers les hauteurs célestes.

Le temps semble être à tout point de vue, une composante essentielle en Franc-maçonnerie. Mais, quelle relation peut-on alors faire entre le temps et l’initié ?

L’initié et la relation au temps.

Lors des travaux en loge, il est de coutume de s’informer de l’heure au début et à la fin des cérémonies, celles-ci sont invariablement et respectivement et ce quelque soit l’heure réelle: midi et minuit. Les travaux, quant à eux, sont toujours délimités dans un espace compris entre l’Orient et l’Occident, le Septentrion et le Midi.

Ces heures et cet espace conventionnels traduisent une relativisation du temps et de l’espace : le temps et l’espace de travail du franc maçon semble alors figés. Ces délimitations spatio-temporelles, commandent donc à tout franc maçon de maîtriser et d’utiliser rationnellement son temps et l’espace dans lequel il évolue. Elles rappellent également le caractère universel de la franc-maçonnerie.

Les heures de midi et minuit nous enseignent également qu’il n’est jamais midi au même âge pour tous les francs-maçons, il peut être midi, qui à 20 ans, qui à 30 ans, qui à 50 ans, etc. De même, il sera minuit pour chacun, à son âge. A chacun donc son temps : le temps de maturation ne peut être le même pour tous et chacun doit évoluer à son rythme.
Face à ce constat, il nous appartient de nous mettre dans un état de conscience qui intègre cette donne, et de travailler à notre rythme avec sérieux et régularité pour tendre vers l’Etre de lumière, but ultime de tout cherchant.

Le rituel en figeant l’espace et le temps, abolit le temps profane et permet à l’initié de rentrer dans le temps sacré, temps réactualisable et où les actes qui s’y produisent, sont réitérables à souhait, contrairement au temps profane qui s’écoule irréversiblement. Ainsi donc, les maçons d’hier, ceux passés à l’orient éternel, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain vivent dans le même temps et le même espace, il n’y a donc ni temps, ni espace. Le temps et l’espace n’existent pas, ils sont le produit de la conscience des initiés. Le temps sert uniquement à l’initié, comme un «conscientisateur» sur les bornes ou limites de son existence matérielle.

Dans ce contexte, ALBERT JACQUARD confirme que : « Il n’y a pas d’origine, il n’y a que l’éternité » et nous en donne la démonstration : En considérant quelques âges pris dans le système des nombres réels, par exemple 0, 10, 100 ans. Ces âges, pris à l’échelle logarithmique qu’il considère plus proche de la modélisation de l’univers, deviennent respectivement : moins l’infini, 1, 2. On s’aperçoit que l’écart entre 10 et 100 ans s’est considérablement réduit, l’enfant de 10 ans a quasiment le même âge que le vieillard de 100 ans, montrant ainsi que cette durée de vie humaine est infiniment petite face à l’éternité. Dans le même temps, le zéro, supposé être le point de départ est repoussé à moins l’infini, prouvant ainsi qu’il n’y a pas vraiment d’origine ou d’instant ; l’origine n’existe pas.

L’écoulement du sable et le retournement du sablier par un tiers, corroborent la non-existence du temps et révèle à l’initié que le début coïncide avec la fin et vis versa : c’est le serpent qui se mord la queue, l’OROBOUROS, emblème de l’Harmonie Ecossaise, représentée sur la médaille de la loge.
Le temps ne se déplace donc plus sur un plan rectiligne, mais sur une courbe fermée : le passé, le présent et le futur s’en retrouvent liés et n’en font plus qu’Un.

Plus près de chez nous, dans nos sociétés traditionnelles, l’initié au bwiti peut être amené un bref instant, grâce certains rituels, à pénétrer la porte temps pour ne pas dire à transcender le temps profane. Il est dans ce cas, mis en contact avec le passé, le présent et le futur. Le bwitiste devenu UN avec le temps, peut alors, voir au delà des yeux et rencontrer ses ancêtres, survoler certains évènements historiques, réaliser son bilan spirituel et physique et avoir des visions sur l’avenir. A cet instant, l’initié qui fusionne avec le divin rentre dans l’intemporalité. Le temps n’existe plus pour lui : il est dans le Temps, il est le Temps, il est le maître du Temps.
Le temps n’existe donc pas pour l’initié, seule la conscience se déplace vers les états de conscience supérieure pour opérer sa transmutation vers le Divin.

Mais l’écoulement du sable, comme nous l’avons vu supra, rappelle en permanence à l’homme ou à l’initié, une réalité essentielle : la durée limitée de son existence terrestre.
Ces bornes temporelles de notre existence, qui ressemblent fort à une épée de DAMOCLES, forcent chaque franc-maçon dont la période d’insouciance spirituelle s’achève dès son midi maçonnique, de jouir au mieux et ce, sans excès, de l’instant présent, comme si c’était le dernier.

A ce sujet, à l’instar de l’écoulement de plus en plus rapide du sable, à mesure que l’on s’approche de la fin, notre horloge interne, ne nous assujettit-elle pas, avec l’âge, et probablement en raison d’une circulation sanguine plus lente, au sentiment que les années sont de plus en plus courtes ? A n’en point douter, nous le sommes tous, et ceci nous interpelle à faire notre, les sources de sagesse infra :
1 « le temps vaut de l’or et rien ne remplace le temps»,
2 « il ne faut pas toujours remettre à demain»,
L’adoption de ces deux sources de sagesses, devrait nous permettre de mettre à profit le « temps présent » car la vie du corps est inéluctablement soumise à la loi de l’évolution, pour ne pas dire du temps qui impose un vieillissement naturel de nos cellules. Le franc maçon qui a toujours à l’esprit, le caractère de préciosité du temps, se doit donc de tailler sa pierre sans relâche, en vue de son insertion, à sa juste place, dans l’édifice en construction. Ce n’est qu’à ce prix que le maçon marquera son temps et alors les mots qui circulent dans la chaîne d’union lors des tenues funèbres : « rien ne meurt », « tout est vivant » trouveront une résonance particulière. A la disparition de son corps physique, subsistera son souvenir dans la mémoire collective et celle des autres maçons qui poursuivent l’œuvre.

Ainsi, l’inexistence du temps invite l’initié, à se mettre en permanence dans un état de conscience qui lui permet de jouir au mieux de l’instant présent, en rationalisant son temps, en vue de réaliser l’œuvre qui lui est destinée.

CONCLUSION.

En conclusion, V.M. et vous tous mes FF\en vos degré et qualités, le sablier est par excellence le symbole du temps qui passe, il nous met en garde contre nos propres pesanteurs qui induisent à terme, notre mort spirituelle. Il nous commande donc de nous alléger et de nous dépouiller de nos aspérités, en naissant de nouveau par l’initiation et les mystères qu’elle confère en vue d’une véritable ascension vers les hauteurs célestes.
Dans la globalité du cabinet de réflexion, le sablier sous-tend l’espérance de la nouvelle vie d’initié qui se dessine sur les cendres de la vie profane qui, lentement se consume sous les flammes purificatrices de la bougie. La mort du profane induit, dans ce contexte, une mort symbolique qui coïncide avec un changement d’état de conscience traduisant la résurrection, la nouvelle vie, la victoire de la lumière sur les ténèbres symbolisée par le coq ou le retournement du sablier.

Par ailleurs, le sablier nous renseigne sur les cycles immuables que sont la naissance et la mort, contraste d’obscurité et de lumière et la relation primordiale que l’initié a avec le temps. Le temps n’existe pas pour un initié, il est figé, seule sa conscience se déplace dans sa quête et celui-ci doit en permanence se référer au caractère éphémère de son existence terrestre pour œuvrer au mieux à son progrès, à celui de la cité et à celui de l’humanité.

V.M. et vous tous mes FF\, le dernier grain de sable tombe dans le vase du bas et le sablier indique maintenant « MINUIT »

J’ai dit V.M.

source : www.ledifice.net

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