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Hauts Grades

Laïcisons les Vertus théologales I - La Foi

18 Mai 2012 , Rédigé par d'Armand Bédarride (octobre 1934) Publié dans #spiritualité

 Les polémiques inévitables qui se sont produites depuis longtemps entre les dogmes d'Eglise et le progrès des lumières, ont amené bien des Maçons et des Libres-Penseurs profanes à méconnaître la valeur psychologique et morale de certaines hautes et vastes conceptions que le clergé a laissé déformer par l'usage qu'il en a fait, que la routine a rapetissées à sa mesure, et que le public ne comprend plus guère, en bien ou en mal, que dans l'acceptation restreinte que leur donne le langage vulgaire.

Parmi ces conceptions, je veux examiner pour le moment les trois vertus que le Christianisme a faites siennes, en les qualifiant de « théologales » et que le Laïcisme
aurait tort de sous-évaluer parce qu'elles sont profondément et intégralement « humaines » quand on les envisage au point de vue de la philosophie et de l'éthique : car on en met alors en lumière la portée permanente pour la conscience et la conduite de la vie. L'humanisme ne peut donc pas s'en désintéresser, parce qu'il repose sur l'intégration synthétique de toutes les formes de la pensée à travers les âges, dans la mesure où elles sont assimilables les unes aux autres.

Les sages de la Grèce donnaient à quatre vertus le nom de « cardinales
» pour en montrer l'importance de premier plan parmi toutes les autres. C'étaient : la Justice, la Prudence, la Tempérance et la Force d'âme, courage moral, énergie personnelle, fortitudo. Je rappelle que la prudence et la tempérance avaient alors un sens beaucoup plus élevé et plus large que de nos jours.
Le Christianisme fit entrer en ligne
dans son diapason, la Foi, l'Espérance et la Charité – caritas, amour.
Que par la suite le dogmatisme de l'Eglise et la faiblesse humaine en aient réduit les dimensions
déales et altéré la pureté, c'est possible. La foule, des clercs et des laïques les a ramenées à sa taille, mais il convient de les voir dans leur véritable stature, et c'est ce que nous allons essayer de faire.

La « foi » n'a pas toujours été l'acceptation aveugle de formules dogmatiques imposées à la raison. Ce n'en serait d'ailleurs qu'une interprétation particulière. Mais l'idée fondamentale en est plus large : on la trouve explicitement indiquée par certains pères de la primitive Eglise
, qui regardaient les questions sous un jour beaucoup plus compréhensif que celui de leurs successeurs, et même des théologiens modernes.

La « foi » fides, c'est, disaient-ils, la confiance dans quelque chose qu'on ne voit pas, ou qui n'est pas démontré, et que l'on tient quand même pour certain. Cette certitude d'une réalité ou d'une vérité, prise psychologiquement, ne se limite donc pas au « credo » ou au « catéchisme » : c'est une démarche de la conscience qui, dans bien des cas, s'impose à tous les hommes, croyants ou libres-penseurs, sous peine de tomber dans le scepticisme et dans l'inaction.

Les uns peuvent croire à la Sainte Trinité, à l'Immaculée Conception
ou aux miracles de la Légende Dorée : c'est la « foi » qui les attachera à leur croyance que leur état d'esprit les prédispose à admettre à priori... mais voici les autres qui n'y croient pas parce que la raison et les sciences les conduisent à une disposition d'esprit contraire. Mais prétendez-vous qu'ils n'admettent absolument « certain » et « vrai » que ce qu'ils ont matériellement constaté ou ce qui a fait l'objet d'une démonstration en bonne forme ?

Que non ! ils « croient » aussi à quelque chose, mais ce quelque chose n'a pas le même contenu. Pourtant le mécanisme de l'opération met en jeu la même force.

Ils croient au progrès, à la liberté, à la justice, je veux dire à leur victoire finale ; ils croient que l'accroissement des « lumières » et de la « culture » conduira le genre humain à un perfectionnement indéfini, ils croient au triomphe final de la pensée, de la paix, de la fraternité, de la sagesse, et c'est là une notion essentiellement maçonnique. Qui leur en fournit la preuve palpable et péremptoire ? Qu'est-ce qui leur démontre de science certaine que l'homme préférera toujours les solutions susceptibles de le rendre indéfiniment supérieur à la bête ? Qu'ils parviendront à réaliser l'idéal ? Qu'est-ce qui les assure que la puissance évolutive de l'Humanité ne s'épuisera pas un jour
et à un point donné comme un ressort qui s'est complètement détendu, comme la chaleurd'un corps qui rayonne dans l'espace, un foyer qui s'éteint, un être qui meurt ? Qu'est-ce qui leur garantit qu'il n'y aura pas un arrêt, une décadence, une régression ? Qui ? Quoi ? Une cornue, une balance, un microscope, un calcul mathématique, un raisonnement abstrait ?

Non ! L'homme se dit : nos ancêtres ont dépouillé la barbarie et la grossièreté primitives ; ils sont sortis des cavernes, ils ont fondé des cités ; leur pensée et leur activité ont créé les arts, les sciences, la littérature, la morale, les lois... chaque siècle, ici ou là, a fait un pas en avant ; et si tel empire ou telle république, telle civilisation, telle philosophie, telle religion, ont fait naufrage en route, d'autres les ont remplacées, et l'humanité, à travers mille vicissitudes, a repris sur un autre point du monde sa marche vers le mieux ! J'agis en conséquence, je fais ce que je crois être le bien, même si j'en subis un inconvénient ou une souffrance : j'ai confiance dans la fécondité de la pensée et de l'action, dussé-je en mourir ! Les sceptiques ou les gens prétendus « pratiques » me railleront ou me traiteront de naïf, car l'intérêt personnel, comme la malice vulgaire, mettent Sancho Pansa au-dessus de Don Quichotte ?

Mais qu'importe ! je suis le chemin que me trace l'idéal, fils de la conscience, et les grandes figures que j'aperçois à l'horizon
n'ont pas le maigre visage du chevalier errant : Voici Socrate , refusant de s'enfuir, quand il en est temps encore, et préférant prendre la ciguë que d'enfreindre les lois de sa Cité, dont il ne désespère pas, même quand elle est injuste envers lui ; et jusqu'à ses dernier moments, il va faire entendre les leçons de la sagesse sereine, à laquelle il reste attaché, quoi qu'il advienne. Cet autre, c'est Condorcet ; le grand encyclopédiste a été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire ; d'abord, il est resté introuvable, caché dans une maison amie ; mais pour ne pas compromettre un homme généreux, il part, et on l'arrête. Il n'échappe à la guillotine que par le suicide. Mais dans son cachot, en attendant le jour fatal, il écrit son œuvre mémorable : l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Et sous le baiser glacé de la mort, il lègue ainsi à la postérité un merveilleux témoignage de foi dans l'avenir.

Ceux-là sont morts, mais bien plus vivants encore que d'autres qui leur ont survécu. Et nous devons les saluer avec respect, nous dont le mythique maître Hiram
dans sa foi stoïque en la loi du Chantier, a préféré mourir que de pactiser commodément avec les incapables, les intrigants et les improbes. Mort légendaire, imaginaire peut-être, mais leçon éternelle de certitude et de confiance dans le devoir.

Mais aux exemples glorieux et éclatants, n'oublions pas de joindre
des exemples moins célèbres, fussent-ils même obscurs et anonymes, donnés quotidiennement par des hommes dont la force d'âme n'aura peut-être été connue que de leur modeste entourage. Ce sont tous les hommes de bien que les mauvais exemples ou les tentations n'entraînent pas hors de la bonne route, que l'adversité ne décourage pas, que les épreuves de l'existence ne rendent ni méchants, ni aigris ; que la médiocrité subie avec honneur séduit plus que la réussite et la richesse obtenue par des moyens vils ; qui font leur travail avec dignité, qui élèvent leurs enfants dans le culte de la droiture, et non dans celui du succès à tout prix ; qui servent la chose publique et ne s'en servent pas ; qui aiment assez leurs semblables pour leur donner, quand il le faut, un peu de leur pain et de leur cœur sans espoir de retour, et qui parfois, si l'heure sonne, exposent leur vie pour sauver celle d'autrui.

Et l'artiste, le savant, l'inventeur, l'explorateur, l'homme qui joue d'une manière quelconque, son effortsur un noble risque, ne sont-ils pas tous animés de cette noble foi, que leur œuvre ne sera pas perdue, que leur tentative ne sera pas vaine, même si elle échoue ou est méconnue du public ? et le soldat qui tombe n'espère-t-il pas le salut de la Patrie ?

Ô Maçons, mes frères,
vous qui savez que le salaire n'est pas le but de l'ouvrier, mais la rémunération de sa tâche, et qui mettez la perfection de l'œuvre au-dessus de la récompense ; vous qui savez aussi n'est pas en vue du salaire qu'il faut travailler pour la construction du Temple – une « foi » encore, le « Plan » que nous devons suivre, fait de sagesse, de force, de beauté, de fraternité et de lumière ! – vous pouvez deviner un secret auguste avant qu'il vous soit rituéliquement dévoilé : c'est l'austère et radieuse maxime : « Fais ce que dois, advienne que pourra ! » devise des « chevaleries » réelles ou allégoriques, de tous les temps et de tous les pays, par-dessus les croyances et les opinions, comme au-dessus des langages et des costumes.

Cultiver sa personne en vue
du bien général, apporter sa pierre cubique à l'édifice, servir l'idéal de l'Humanité : grand dessein des consciences droites et des cœurs purs, admis comme « certain » et « vrai » sans preuve dialectique ou expérimentale, réalisation même de ce qu'il y a de plus « divin »:, même chez ceux qui ne croient pas à la personne de Dieu,Esprit de vérité et de justice, affirmation du dynamisme constructif universel selon des « lois » ; tu n'as plus besoin d'Eglise, car partout où tes fidèles se réunissent surgit un Temple symbolique image de l'Univers ; tu n'as pas besoin de sacerdoce, car tout homme de bien y est son propre prêtre ; et ceux qu'anime ta foi, que réchauffe ta flammen'ont pas, besoin de « dogmes » ; car ils portent un Dieu vivant en eux-mêmes.

source www.boutiquefs.com

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