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Hauts Grades

Laïcisons les Vertus théologales II - L'Espérance

18 Mai 2012 , Rédigé par d'Armand Bédarride (novembre 1934) Publié dans #spiritualité

Que pour le chrétien l'espérance repose sur la foi avec laquelle il attend de Dieu,avec confiance, sa grâce en ce monde et la gloire éternelle dans un autre, je le sais, et trouve une telle attente logique de sa part.

Mais je sais aussi que c'est là seulement une application dans le domaine de l'Eglise
d'un fait psychologique normal, naturel, et d'une pratique tellement large qu'on peut dire que l'espérance est un des ressorts fondamentaux de l'existence, en même temps qu'un solide point d'appui de l'action, pour le laïque comme pour le clerc, pour le philosophe comme pour le croyant ; elle se justifie pour nous quel que soit l'objet humain ou céleste auquel on peut l'attacher, et comme la foi, elle doit rester pour nous une vertu.

Cette disposition
de la conscience, qui la fait compter sur la réalisation de ce qu'elle souhaite, est d'une telle puissance morale que la sagesse des nations a pu dire que l'espoir fait vivre ! et dans les vicissitudes ou les épreuves de chaque jour, l'homme puise dans l'aspiration confiante vers des jours plus doux un réconfort et un encouragement : il ne pense pas que l'orage puisse toujours gronder ; il se réjouit d'avance du rayon de soleil qui ramènera sans doute bientôt la nature à la lumière et à la joie.

L'espérance a lui dans le ciel
avant la légendaire tragédie du Golghota ! La mythologie grecque interprète de la mentalité de son époque, en avait fait déjà une divinité, sœur du Sommeil, qui suspend nos peines, et de la Mort, qui les finit. Mais cette parenté, plutôt pessimiste, n'enlevait pas à la déesse son heureuse influence pour la consolation des humains et l'entretien de leur force d'âme ! On la représentait sous les traits d'une jeune nymphe au visage serein et souriant, couronnée de fleurs naissantes et tenant un bouquet à la main.

Rappelez-vous la touchante légende de la boîte de Pandore
: quand la curiosité coupable l'ouvre, les malheurs, les fléaux, les catastrophes, les maladies, les guerres, les crimes, sortent pour se répandre sur le monde. Mais Epiméthée, dans ce vide, va pourtant voir surgir l'Espérance : elle a des ailes et peut s'enfuir ! mais combien son envol est beau dans l'azur !

Des ailes ! plus tard, on la représenta tenant un lys dans sa main, ailleurs, des pavots et des épis, ailleurs tenant sous sa garde une ruche laborieuse : un sculpteur moderne, – était-il des nôtres ? je l'ignore ! – lui a confié une grenade
entrouverte. Mais le plus souvent, elle s'appuie sur une ancre symbolique  qui exprime la stabilité qu'elle donne à nos desseins, et le point d'appui solide qu'elle peut offrir à notre conduite.

Quoi de plus maçonnique d'ailleurs ?

Quand vient à se rompre un maillon de notre chaîne d'union, notre Tradition ne fait-elle pas retentir dans l'Atelier le fatidique appel : gémissons, gémissons, espérons ! Il reste légitime que ceux d'entre nous qui sont disciples du spiritualisme classique aient le droit d'y enclore des pensées sur l'Au-delà ! Je veux conserver le troisième terme, ne dût-on l'appliquer qu'à la vie terrestre, parce que dans cette mesure même il est nécessaire comme source de courage et présage l'avenir.

Et ici je veux revenir à notre Maître Hiram
 car son mythe, s'il nous propose une « foi », nous fortifie aussi d'une « espérance ». Le chant funèbre du drame et de la découverte du tombeau se transforme en hymne de confiance et de joie quand la victime des méchants ressuscite dans la personne de son successeur, et que la Chambre du Milieu s'éclaire.

Ô homme ! tu es frappé et tu souffres, tu tombes ! Mais c'est avec l'espérance que ton effort ne sera pas perdu. Tu t'arrêtes en route, mais tu auras des continuateurs, auxquels tu transmets le flambeau de la Vie, de l'Idée et de l'Action. Si humble que tu puisses être, tu espères que ton grain de sable, s'ajoutant à ceux de tes devanciers, permettra aux générations
 futures de disposer de plus de matériaux pour accomplir leur tâche constructive !

Mais dans une mesure plus modeste, l'ouvrier aurait-il le goût et la force de commencer un travail, s'il n'avait pas l'espérance de le mener à bonne fin ? Etendrait-il seulement la main pour saisir un outil, s'il n'espérait pas l'atteindre et commencer son ouvrage ? Partirait-il en voyage, s'il n'espérait pas arriver à son but ? Fonderait-il un foyer, s'il n'espérait pas y trouver le bonheur ? Créerait-il une entreprise, s'il n'espérait pas réussir ?

Ah ! je sais bien : tel homme peut n'avoir pas besoin d'espérer pour entreprendre. ni de réussir pour persévérer ! Mais tout le monde ne s'appelle pas Guillaume le Taciturne, tout le monde n'est pas un stoïcien
que les ruines frapperaient sans l'émouvoir. Pour la plupart des hommes, même au-dessus de la moyenne, l'espérance est un besoin, l'espérance est une vertu, et cette espérance est tellement foncière et tenace que le grand homme méconnu, l'artiste incompris, l'inventeur mourant de misère, en appelleront à la postérité, cette suprême espérance !

Vertu, certes, d'une importance capitale, et qu'il faut cultiver et maintenir en soi, si on la possède, qu'il faut faire naître, coûte que coûte, si on ne la possède pas spontanément. Sombre héros du pessimisme, celui qui meurt sans espérance, ne fût-ce que celle de revivre dans son œuvre, dans son exemple, dans le résultat de sa pensée et de son action : ou dans ses enfants
. Il faut faire l'éducation de l'espérance chez tous, petits ou grands, sous n'importe quelle forme, pour que chacun sache bien que, sous un aspect quelconque, il peut entrevoir un résultat bienfaisant de ce qu'il fait. Si non, que reste-t-il à faire : s'étendre sur la terre comme une bête malade, et attendre dans le morne et douloureux ennui que donne l'inutilité certaine, le moment où sonnera la dernière heure...

Mais pourquoi l'homme se laisserait-il entraîner vers une vision aussi pessimiste de l'existence, quand il peut savoir d'une science certaine que nulle de ses actions, si minime soit-elle, nulle de ses pensées, si simpliste soit-elle, ne reste sans effet dans l'éternelle et infinie interdépendance des êtres et des choses ? Tout ce que nous faisons, en bien ou en mal, reste inscrit sur le grand Livre de l'espace et du temps, par ses conséquences ineffaçables.

Loi terrible, loi salutaire : car si elle nous annonce que nous contribuons à créer un enfer
sur la terre quand nous somme vicieux et méchants, elle nous montre que nous sommes des bienfaiteurs de nos semblables, que nous collaborons à faire naître un paradis ici-bas, en étant bons et en faisant le bien ! Quelle conscience serait assez inerte, quel cœur serait assez sec pour rester insensibles à cette vision d'effroi : le mal que je fais me fait être le bourreau des générations à venir, car je leur transmettrai à jamais les conséquences de mes méfaits, de mes tares, de mes vices...

Au contraire, quelle joie ineffable
et quelle sublime espérance, si je peux envisager qu'en me faisant bon, bienfaisant, sain, fort, vertueux, en accomplissant le bien, en cultivant mon esprit et mon cœur, en me rendant chaque jour meilleur en pensée, en sentiment et en action, non seulement j'acquiers la plus pure et la plus superbe des satisfactions personnelles : l'augmentation de valeur, mais encore je me fais le bienfaiteur de tous ceux qui viendront après moi, en accroissant le patrimoine solidaire du bien, du vrai, et du beau en ce monde ! Le plus humble des pâtres ou des pêcheurs, des ouvriers de la machine ou du bureau, pouvant devenir, comme les plus représentatifs personnages de l'élite, le bienfaiteur du genre humain par sa vie, son exemple et ses actions ! Quelle auréole d'espérance !

Cette divine vision d'avenir, la Bible d'abord, l'Evangile ensuite, l'ont traduite à leur manière, et le Christianisme, sous sa forme théologique et dogmatique, a affirmé cette solidarité dans le bien et dans le mal. sur la Terre
et au Ciel, écho affaibli de la gigantesque pensée de l'Inde.

Et cette perspective merveilleuse, qui nous fait tous les artisans du mieux, faudrait-il que l'humanité se la ferme, qu'elle enlève à l'Espérance la qualité de « vertu », maintenant que la Raison et la Science ont accru les instruments de travail que possédait déjà la Sagesse traditionnelle ?

source : www.boutiquefs.com

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