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Hauts Grades

Le 22ème degré du REAA

16 Juin 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #hauts grades

Que cela soit sous la forme d'emprunts que les rites maçonniques de la pierre
auraient accomplis au détriment des rites du bois avant de les faire
disparaître, ou que cela soit des insertions que les rites du bois auraient
accomplies volontairement au sein des rites de la pierre, il nous semble
important de souligner les transferts que nous avons décelés.
En premier lieu, nous allons parler d'un autre grade qui, lui aussi, s'est
inséré solitairement dans l'ensemble rituélique du Rite écossais ancien et
accepté, il s'agit du 22ème degré, celui de Chevalier Royal-Hache, ou Prince du
Liban. Il est loisible de constater que le thème de la construction du Temple de
Salomon est repris dans son ensemble, mais dans un prisme forestier uniquement.
Bien que christianisé par le rite en question, il recoupe d'ailleurs en de
nombreux points les rituels forestiers d'origine à caractère «païen». En effet,
le tapis de Loge, par exemple, est ainsi décrit: «Il doit y avoir des haches,
des scies, des maillets et des coins répandus sur le parquet» (Manuel général de
Maçonnerie, page 186, Teissier, 1883, et «chaque frère est armé d'une hache». Ce
degré nécessite deux chambres, la deuxième étant plus maçonnique, et tente de
restituer le conseil des chevaliers de la Table ronde, reprenant ainsi le mythe
de la chevalerie celtique du roi Arthur.
Le signe de demande est ainsi décrit: «Porter les deux mains vers l'épaule
droite et les laisser tomber vers la cuisse gauche comme si l'on abattait un
arbre à coup de hache». Le bijou du sautoir est bien entendu une hache, mais
elle est ici couronnée.
Il est clair que la transposition symbolique du travail compagnonnique ne porte
ici que sur les travaux du bois issus de la forêt, les rites et gestes qui les
composent, à l'exclusion de toute référence à la maçonnerie de la pierre. Il
faut néanmoins souligner que la hache se retrouve en d'autres places
maçonniques. Elle a posé, et pose encore, nombre de questions aux chercheurs. Le
fait qu'elle se retrouve au deuxième degré des Loges bleues au sommet d'une
pierre cubique à pointe a fait émettre de nombreuses hypothèses que nous
transmettons après en avoir pris connaissance dans le Dictionnaire de la
Maçonnerie de Daniel Ligou, page 554 (P.U.F.).
Boucher pense qu'elle est un paradoxe dans ce symbole puisque la hache ne peut
être utilisée que pour couper du bois. Il rattache alors son apparition
maçonnique aux cultes préhistoriques et celtiques, prenant en exemple d'ailleurs
le folklore breton. Dans ce cadre, la hache suggère un caractère sacré allié à
la notion de sacrifice.
Jean Palou, lui, analyse cette hache comme un élément qui tendrait à démontrer
l'imprégnation que la maçonnerie dite écossaise aurait subie de la part des
rites forestiers.
           
Pour J. Brengu es, la hache est l'alter ego de l'épée au sein des rites
forestiers. Dotée d'une symbolique sexuelle marquée représentant l'énergie
vitale et spirituelle, elle aurait un rapport avec les rites de mutilation et de
sacrifices. Il faut ensuite noter, afin de corroborer ces approches, qu'au grade
de Mark Mason, la hache est l'instrument du chàtiment et de la vengeance.
Notons aussi que le 22ème trouve sa correspondance dans le rite de Memphis au
23e degré, ce qui fait découvrir la multiplicité des formes de survivance que
les rites forestiers employèrent. Malheureusement pour eux, lesdits niveaux ne
sont plus pratiqués depuis longtemps. Retenons néanmoins qu'ils existent et
qu'une forte christianisation leur a fait perdre quelque peu leur caractère
original et primitif.
Mais il nous semble que d'autres détails du «décorum» maçonnique puissent avoir
une relation, aujourd'hui oubliée, avec les rites forestiers. Nous en voulons
pour preuve certains sautoirs de nos jours attribués à des responsables
nationaux qui sont de couleur jaune et porteurs de feuilles de chênes, en outre.
Si d'aventure une question est posée sur l'origine de leur présentation, un
certain silence peut s'ensuivre, non pas qu'il couvre un grand secret, mais tout
bonnement que tout le monde en ignore la provenance traditionnelle. Il nous
parait cependant être l'exacte reproduction du sautoir du cousin Maître des
Ventes forestières de la première moitié du XVIIIe siècle. Comme à l'époque, la
charge de maître de loge, ou de Vente, était extrêmement honorifique compte tenu
du fait qu'elles n'étaient composées que d'apprentis et de compagnons, Il est
normal que nous en retrouvions de nos jours des déclinaisons honorifiques dont
le symbolisme se serait perdu en cours de route.
Nous citons aussi pour mémoire, puisqu'elles sont Indiquées dans un autre
chapitre, les batteries maçonniques dont les origines particulières et
opératives nous semblent plus que vraisemblablement issues des travaux accomplis
dans les forges plutôt que dans les carrières de pierre. Les maîtres de forge
avaient d'ailleurs développé un véritable langage compagnonnique composé de
rythmes et de sons qui leur permettait de diriger les travaux dans leurs
ateliers trop bruyants pour que la voix pût porter.
Et que dire du Tuileur ? Agent de sauvegarde et de vérification de la régularité
des maçons rassemblés en loge, le Tulleur vérifie la couverture du Temple.
Métier forestier par excellence, il se situe depuis l'origine des temps en bout
de la chaîne économique bùcherons-charbonniers-forges dans les zones limitrophes
des villes. Contingenté par l'obligation de s'approvisionner en charbon de bois,
son four à briques et à tulles se situe toujours en zone forestière. Le tuileur
avec le temps se confondra avec le couvreur qui, lui, est bien un métier des
villes accompagnant tous les grands chantiers urbains.

 
Nous pourrions aussi citer les très fameuses santés des agapes maçonniques
commandées par: feu ! grand feu ! feu parfait ! qui ne sont pas les
transpositions symboliques de coups de canons oit d'escopettes, mais plus
vraisemblablement la restitution précise des trois phases de carbonisation des
fouées de charbonniers qui rythment le sacrifice de l'arbre et sa transformation
en charbon utile pour les hommes.
Mais l'apport celtique, ou forestier, au sein de la maçonnerie des Lumières,
nous semble être la symbolique et la gestuelle contenues dans le mime du
sacrifice d'Hiram: les trois coups qui font passer de la vie à la mort afin de
retrouver la vie au sein même de la mort; trois coups portés sur les clavicules
et le front, trois coups qui tuent, suivis d'une phase de putréfaction
engendrant de la vie issue de la pourriture. Légende à l'origine aussi obscure
au sein de la maçonnerie qu'au sein du compagnonnage, elle reprend sous un
habillage salomonien le geste archétypal du sacrifice humain, mais ce type de
rite dans son essence ne se retrouve que dans dans le monde celtique gaulois et
chez les clans celtiques d'Irlande et des iles Britanniques. Nulle autre
civilisation ou branche indo-européenne ne mit en place un tel rite passant par
la putréfaction.
Il faut se retourner vers le compagnonnage médiéval pour comprendre comment un
tel rite, que l'on peut qualifier de «païen», a pu endosser cet habit biblique
de type salomonien. Si certains compagnonnages sont nettement christianisés -
Maitre Jacques, par exemple - il en est d'autres, particulièrement les
charpentiers qui se disent salomoniens et, par voie de conséquence, non
chrétiens puisque leur référence se souche en amont de la révélation chrétienne.
Les métiers salomoniens ont tous un rapport avec le bois, et leur réticence à
adhérer au canevas social et éthique chrétien laisse supposer qu'ils protègent
la conservation de rites incompatibles et préchrétiens. La référence
salomonienne ne veut en aucun cas dire qu'ils détiennent des rites remontant aux
temps sémites de la construction du Temple de Salomon, rites phéniciens au
demeurant, mais serait plutôt une concession à plusieurs degrés permettant à ces
métiers du bois de s'intégrer aux grands chantiers de l'époque sans finir
systématiquement sur un bûcher. Les salomoniens en fait sont des païens. Ils
prennent d'ailleurs des noms collectifs révélateurs comme les Loups ou bien
encore les Indiens. Les Loups sont ceux qui vivent en marge de la société, au
contact de la forêt, et ils ont la réputation d'être dangereux. Il en est de
même des Indiens à une autre époque, mais les deux vocables révèlent le même
fond. La réponse du berger à la bergère fît que les Loups appelèrent les métiers
de la ville les Chiens, en signe de servilité, ce qui fut transformé ensuite par
les Chiens eux-mêmes en un signe de fidélité. Les Loups et les Chiens vivèrent
ainsi longtemps séparémentjusqu'à ce qu'en 1953 ils s'associent, les temps ayant
changés donnant naissance aux ChiensLoups. Notons néanmoins encore une fois que,
dans le Livre des Rois et les Chroniques : le Temple est en bois; Hiram est un
bronzier, donc un forestier; et Salomon verra la royauté d'Israël échapper à sa
lignée de par la volonté même de son dieu parce qu'il était devenu polythéiste
sur la fin de sa vie.
Alors que l'apparition d'un rite celtique dans un habillage salomonien peut
paraître une absurdité dans une lecture superficielle, ce préalable étant fait,
ce grade de maître et sa légende d'Hiram apparaissent maintenant au contraire
comme extrêmement conformes à la réalité compagnonnique médiévale. Un rite
païen, en effet, ne pouvait apparaître que sous le couvert d'un thème
salomonien.
Bien que cela soit encore une hypothèse en cours d'études, et compte tenu de
l'ignorance totale de la maçonnerie de la pierre quant à l'origine de son grade
le plus universel, nous soulignons Ici la très forte probabilité qu'il ne soit
que l'émergence au XVIIIe siècle d' un rite ancestral gaulois au travers de
filiations salomoniennes. Si tant est que ce qui n'est encore qu'une hypothèse,
nous le répétons, se confirme par les études à venir, nous aurions alors un
transfert traditionnel de première importance de rites du bois vers les rites de
la pierre.
Que les sourires parfois suffisants et souvent supérieurs des tenants des rites
de la pierre retombent donc au profit d'une nouvelle réflexion qui ne peut être
qu'enrichissante pour une maçonnerie réellement universelle.

Source : http://in.groups.yahoo.com/group/donnees/message/529

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