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Hauts Grades

Le 28ème degré

31 Mars 2012 , Rédigé par Bruno Phelebon-Griolet Publié dans #Rites et rituels

         On ne saurait trop insister sur l’importance du 28° degré dans la hiérarchie écossaise, bien qu’il soit impossible de déterminer l’époque exacte où il fut introduit. Il apparaît au milieu du 18° siècle dans la Mère Loge Ecossaise de Marseille, fondée vers 1750. Le grade de Chevalier du Soleil y forme le 18° et suprême degré du système : il y représente donc le dernier mot du secret initiatique. Il y avait alors, sur cette vieille terre provençale toute imprégnée de traditions hermétiques et cabalistiques, un afflux d’idées mystiques qui ne tardèrent pas à pénétrer dans notre Ordre sous la forme d’un double courant, plus théosophique avec Martinez de Pascallis, plus hermétique avec Dom Pernety.

  Le Chevalier du Soleil est attesté en 1751 dans une lettre du F\ Jacques Blancard, secrétaire de la loge écossaise La parfaite union de St Pierre de la Martinique, à La Parfaite loge d’écosse de Bordeaux. Le F\ Dupin,  grand maître de cette dernière en 1752 indique dans une lettre de 1754 que c’est un degré qu’ils ont reçu du F\ Papillon de Fontpertuis venant de Paris, en même temps que celui de Chevalier d’Orient. En combinant cette lettre avec celle de mai 1750 du F\ Petit de Boulard, on comprend que le grade de Chevalier du Soleil est arrivé de Paris à Bordeaux en mai 1750, donc avant la création de Saint Jean d’écosse à Marseille. Les sept grades de la mère loge écossaise de Marseille ne comprennent pas le Chevalier du Soleil à son origine. En revanche, c’est l’un des degrés du Rite écossais philosophique décrit par Thory comme étant celui de la mère loge écossaise d’Avignon Saint Jean d’écosse de la vertu persécutée et de la loge Saint Jean d’écosse du contrat social à Paris.

De là les rites variés que, jusqu’aux approches de la Révolution, nous voyons dans le Midi de la France se superposer aux trois grades symboliques et même aux premiers degrés de l’Ecossisme originaire : les Elus Coens, les Illuminés d’Avignon, les Illuminés théosophes, les Illuminés du Zodiaque, l’Académie de Montpellier, le Rite Ecossais philosophique et le Rite Ecossais primitif. Le Rite de Perfection attribue au Chevalier du Soleil le 23° degré et c’est vraisemblablement là que les fondateurs du Rite Ecossais Ancien et Accepté le puisèrent, en 1786, pour en faire le 28° degré de notre système.

D’après le rituel actuel, la plupart des auteurs qualifiés considèrent le Chevalier du Soleil comme suprême degré de philosophie du Rite, non pas comme une invention moderne, mais comme la survivance de degré supérieur des initiations anciennes. Certains même en parlent comme d’un syncrétisme parfait de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie et de la chimie des hermétistes ; un syncrétisme qui constitue à la fois une religion, une philosophie et une science (Ramsay serait heureux de le savoir !). Le but de ce degré est de dégager le sujet des liens et de l’aveuglement de l’erreur, afin qu’il parvienne à conquérir la Vérité.

 Les travaux débutent lorsqu’il est minuit pour les profanes, alors que le soleil est au zénith pour les Chevaliers. Lors de la cérémonie d’initiation au 30° degré, on reçoit dans le Conseil les C\R\+C\ alors que 12 degrés restent encore à parcourir pour arriver à la connaissance complète de la doctrine de l’Ordre… A l’instar de l’initiation au 18° degré, il est rappelé tous les degrés antérieurs. Je cite : « Souvenez-vous que, par l'initiation rituelle, nous ne pouvons que vous guider vers des notions dont l'approfondissement et le développement sont laissés aux soins de votre esprit », …. « C'est dans votre Loge symbolique, image de l'Univers, centre du Monde et figure du Temple de Salomon, que vous avez, mes Frères, reçu la pure Lumière de la Franc-maçonnerie et découvert les bases de son enseignement traditionnel », nous dit le rituel.

 Apprentis, nous avons appris à mettre en pratique le premier devoir de l'initié : dégrossir en lui la pierre brute et se taire.

Compagnons, nous avons commencé à nous réaliser en mettant en pratique le deuxième devoir de l'initié : le Travail.

Maîtres, la légende d'Hiram nous a enseigné que la vie et la mort sont indissolublement liées et nous a mis en garde contre les mauvais Compagnons.

Maîtres Secrets, nous sommes passés de l'Équerre au Compas. Admis au rang des Lévites, nous sommes parvenus devant le Saint des Saints.

Nous avons médité en silence sur le devoir et reçu la clef qui nous a permis d'entreprendre la Quête de la Parole perdue. Nous avions, avec le plus sage des Rois, versé des larmes sur le tombeau de notre Maître Hiram; mais son meurtre restait impuni. Nous fûmes des neuf Maîtres élus par Salomon pour le venger. Dans la caverne où il se terrait, nous avons découvert le traître, symbole des vices qui corrompent notre âme et nous l'avons exécuté sans faiblesse.

Salomon récompensa notre courage en nous armant Chevaliers ; puis nous fûmes reçus Grands Maîtres Architectes afin de poursuivre l’embellissement du Temple.

Enfin, notre patiente progression dans les substructures de l'Ancien Temple, nous a permis de découvrir le Triangle d'or scellé sur la pierre d'agate, de l'apporter au Roi Salomon qui, en récompense de notre zèle et de votre constance, nous créa Chevaliers de Royal-Arche.    Puis, ayant atteint la plénitude de la Perfection, ayant fait alliance avec la vérité et les hommes vertueux, nous sommes devenus Grands Élus, Parfaits et Sublimes Maçons.

            Quand le progrès de nos connaissances et de notre réflexion nous en eut fait juger dignes, nous avons obtenu la Liberté de passer le fleuve symbolique, pour être armés Chevaliers d'Orient et de l'Épée et travailler à la Reconstruction du Temple. Cette tâche menée à bien, nous avons reçu le titre de Prince de Jérusalem. Le grade de Chevalier d'Orient et d'Occident nous a donné un premier aperçu des symboles de l'Apocalypse. Ainsi préparés, nous avons été initiés au 18e  degré. Ce grade capital (clef de voûte) de l'Écossisme nous invite à édifier en nous-mêmes un Temple spirituel. Il rappelle et renouvelle l'esprit de l'ancienne Chevalerie, le don de soi, poussé parfois jusqu'au suprême sacrifice.

Chevaliers Rose-Croix, nous avons retrouvé la Parole perdue. Du plan de l'intelligence, nous avons accédé à celui de la Foi, de la Charité et de l'Espérance. Déjà éclairés par la connaissance et la réflexion, guidés et soutenus maintenant par ces trois vertus majeures, nous brûlons de mettre en œuvre, dans l'action, les puissances dont elles sont grosses.

 « Mes Frères Chevaliers Rose-Croix, nous dit le Rituel, puisque par votre travail dans l'Art Royal vous êtes parvenus au point de désirer connaître la Vérité, il faut vous la montrer toute nue, c'est-à-dire à découvert. Consultez-vous dans cet instant. Voyez si vous sentez en vous assez de force pour lui obéir en tout ce qu'elle vous commandera. S'il en est ainsi, c'est qu'elle est déjà dans votre cœur. Mais gardez-vous de souiller son sanctuaire par simple esprit de curiosité, de grossir le nombre des profanes qui l'ont obligée à se cacher et à ne plus paraître sur terre que sous un voile épais.

 Elle n'a pourtant jamais refusé de dévoiler ses secrets à ceux qui ont su se pénétrer de l'enseignement des Sages : demeurer fermement attachés à leurs devoirs, user avec modération de la force des passions nobles et des délices de cette vie, se dépouiller des métaux qui nous alourdissent, se dégager des ténèbres de l'ignorance et de la superstition, pour tourner leurs regards vers la Lumière du Soleil qui éclaire et féconde le Monde.

 

Le tableau de Loge du 28° degré est éloquent :

 Le Soleil représente l'unité de l'Être Suprême et le triangle qui l'entoure l'immensité de cet Être Suprême.

Les trois « S » se lisent: Stellato – Sedet - Solio ; ils signifient aussi que seules la Science et la Sagesse rendent l'homme Saint.

Les trois chandeliers représentent les trois âges de la vie humaine, ou la triple Lumière qui doit nous éclairer pour sortir des Ténèbres et connaître la Vérité.

La devise « LUX EX TENEBRIS » signifie que l'homme éclairé par la Raison pénètre aisément l'obscurité et l'ignorance de la superstition.

Les quatre triangles représentent les quatre éléments, ou les quatre devoirs de la vie tranquille:

- pratiquer l'amour fraternel envers tous;

- douter des choses qu'on ne peut démontrer et qui ne sont connues que sous le nom de mystères;

- ne pas faire à son prochain ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fût fait;

- attendre avec confiance le moment où nous passerons dans l'autre vie.

Les sept planètes représentent les sept couleurs qui apparaissent pendant l'élaboration de

l'Œuvre des Philosophes, ou les passions de la vie qui sont utiles à l'homme quand il sait en user

avec modération et dangereuses lorsqu'il s'y abandonne.

Les sept Keroubim représentent les sept planètes, ou les délices de cette vie qui sont la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher, le repos et la santé.

 La Colombe représente l'esprit universel qui donne la vie à tout être.

Le Temple représente notre corps que nous devons avoir grand soin de conserver.

La figure humaine qui est à l'entrée, portant un agneau, signifie que nous devons veiller à nos besoins, comme un berger veille sur son troupeau.

Le globe terrestre figure la Nature, ou le monde que nous habitons. Le fleuve qui le traverse symbolise l'utilité des passions nécessaires à l'homme pendant le cours de la vie, comme les eaux sont utiles à la terre pour la faire fructifier.

La Croix entourée de deux serpents figure la prudence que nous devons avoir. Enfin, le mot de passe, STIBIUM, ou antimoine, désigne la materia prima des Anciens d'où l'on tire l'Alkaès, ou l'Œuvre des Philosophes.

La doctrine de ce grade est contenue dans l’énoncé des sept vérités gnostiques :

- 1. Il existe un principe premier, impensable, inconnaissable, impénétrable, pénétrant l'Univers dans tous ses plans.

- 2. La vie humaine n'est qu'un point dans l'éternité.

- 3. L’harmonie universelle résulte de la complémentarité des contraires.

- 4. L’absolu est l'esprit existant par lui-même.

- 5. Le visible n'est que la manifestation de l'invisible.

- 6. Le mal, le malheur et la misère sont inséparables de la condition humaine.

- 7. L’analogie est l'unique clé de la nature.

Vous l'avez constaté, les rites propres au grade de la Vérité sont simples comme la Vérité elle-même !

S’il n’y a pas d’âge ni de marche particulière au 28° degré, le symbole du grade est un soleil inscrit dans un triangle, lui-même inscrit dans un cercle.

La demande du signe de reconnaissance se fait en portant la main droite en équerre sur le cœur; en réponse, on montre le ciel de l'index droit. Le Frère Vérité et l'un des Keroubim en exécutent les mouvements. L’attouchement se fait en prenant dans ses mains les mains de l'autre et en les pressant doucement.

Vous connaissez déjà le mot de passe : ST.....

Le mot sacré est A.....; la réponse, G...... ce qui signifie : Dieu est grand.

La batterie est de six coups égaux.

Enfin, les questions d'ordre sont :

D. - Etes-vous Chevalier du Soleil?

R. - J'ai gravi les sept marches et les principaux degrés de la Maçonnerie?

D. - D'où venez-vous?

R. - Du Centre des Ténèbres.

D. - Comment avez-vous pu en sortir?

R. - Par la réflexion et l'étude de la Nature.

  Ainsi le 28° degré est donc un degré qui réunit en quelque sorte science, philosophie et religion. Suprême degré philosophique du Rite, il est la survivance de certaines initiations anciennes et marque l’ascension de l’homme, dépouillé de tout ce qui l’alourdissait, vers la réintégration de son essence originelle.

 Aussi rassemble t-il tous les acquis symboliques des degrés antérieurs ; il synthétise les leçons reçues afin que le Chevalier du Soleil sache ultérieurement agir avec pertinence et efficacité selon le Plan. Puisque par notre travail dans l’Art Royal nous sommes parvenus au point de désirer connaître la Vérité, il nous faut la découvrir à nu et lui obéir en ce qu’elle nous commandera : Demeurer attaché aux devoirs, se dépouiller des métaux, user avec modération de la force des nobles passions et se dégager des ténèbres de l’ignorance et de la superstition pour tourner nos regards vers la Lumière du Soleil qui éclaire et féconde le Monde… Aussi, pour agir, en nous référant à l’antique et vénérable Tradition, nous ne travaillerons que pour obtenir l’harmonie, la paix et le Bien. Nous oeuvrerons, à l’instar des constructeurs des édifices sacrés, à la fois dans l’intemporel et dans le contingent car désormais la raison et le cœur commanderont notre main.

                                                        

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