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Hauts Grades

Le 9ème Maître

17 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

La Pl.que je vais vous présenter maintenant est le résultat d’une découverte – pour moi du moins – que j’ai faite l’été dernier en méditant sur un Rituel au Grade de Maître daté de 1788. J’y ai trouvé un passage insolite qui m’a profondément interpellé et intéressé, mais que je ne me souvenais pas avoir entendu ou lu ailleurs à quelque occasion que ce fut. J’ai cherché : je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs, dans un premier temps. Nulle part, en particulier dans les Rituels aujourd’hui mis en œuvre au Rite Français Moderne ou Traditionnel, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, au Rite Emulation et ce dans différentes obédiences. Pourtant, la symbolique que j’y vois me laisse penser que sa disparition dans les versions successives du Rite Français et des autres Rites depuis la fin du XVIIIème siècle  est regrettable : c’est soit une perte, soit une regrettable ignorance. Vous me direz peut-être ce que vous en pensez. Je vais donc tout d’abord synthétiser ma courte investigation historique. Courte, faute de temps et de moyens. Cependant, j’ai bénéficié de l’aide – ponctuelle mais très utile – de quelques FF\ historiens, archivistes ou conservateurs au G.O.D.F.et à la G.L.D.F. Ensuite, je vous ferai part de mon interprétation symbolique de ce passage de l’élévation au troisième Grade dans ce Rituel de 1788, inclut dans le Recueil de Maçonnerie de cette date. Cela me mènera à conclure avec une proposition en forme de question.

 

De quoi s’agit-il précisément ?

Il existe un document imprimé dont le titre exact est « Recueil des trois premiers grades de la Maçonnerie, sous la dénomination d’Apprenti, Compagnon et Maître », daté de 1788 et signé par « un ex-Vble » qui dédie ce document « à tous les Vbles Mes de LL\ Régulières ». Le document lui-même fait 184 pages et couvre effectivement les trois grades de la Franc-maçonnerie, dite symbolique. Il a été – très heureusement pour moi et pour nous ce soir – publié par les soins de N\T\C\F\ Pierre Mollier, Bibliothécaire du G\O\D\F\ en 2001, aux Editions A l’Orient.

L’épisode qui nous intéresse commence page 151, lorsque, Hiram étant mort et les trois mauvais compagnons ayant enterré le corps d’Hiram sur le mont Sinaï, le roi Salomon s’inquiète de trois jours d’absence consécutive de l’Architecte. Les MM\ lui proposent de partir à sa recherche, mais Salomon, pour éviter d’éveiller l’attention des assassins, en fait designer Neuf au sort qui partent à la recherche d’Hiram aux environs de Jérusalem. Ils conviennent de se retrouver sur le Mont Sinaï – surnommé « des Acacias » (sic) -, de fouiller neuf lieues à la ronde, trois partant par la porte du Nord, trois par celle du Midi, trois par celle d’Occident.

A ce moment du récit, le T\R\M\ quitte l’Orient et vient se placer au pied du cercueil, puis fait le tour de celui-ci trois fois avec les autres FF\ en sondant le terrain de la pointe de leur glaive. Ces voyages finis, le T\R\ s’arrête à l’O\ et poursuit le récit. Les MM\ ont voyagé jusqu’au 9ème jour ; jour où ils se retrouvent comme convenu sur le Mont Sinaï. Ils se plaignent les uns aux autres de leurs recherches infructueuses. C’est alors qu’advient l’épisode qui m’intéresse tant.

Les 9 MM\ ont cherché Hiram pendant 9 jours, trois par trois, 9 lieues à le ronde, sans réussir à le trouver. Alors 8 d’entre eux décident de rentrer à Jérusalem. Mais le 9ème refuse (page 152-153), les assurant qu’il ne partira pas sans avoir fouillé jusqu’au plus petit recoin du Mont. Les 8 autres partent, effectivement. Le 9ème, peut-être fatigué (c’est ce que disent certains Rituels, mais pas celui-ci), veut s’asseoir. Pour ce faire, il prend appui sur une branche – d’Acacia – qui lui reste dans les mains. Du coup, il découvre que la terre alentour est fraichement remuée, il se demande pourquoi et, vu les éventualités, rappelle les autres. Ils creusent, trouvent un cadavre, couvert d’un linge ensanglanté, avec une Equerre à la tête et un Compas aux pieds, le cadavre à la main droite au signe de Comp\, la gauche le long du corps, la jambe droite en équerre, l’autre étendue. Se doutant qu’il puisse s’agir d’Hiram, ils soulèvent le linge et le découvre. Le Rituel poursuit ensuite selon les grandes étapes connues au Rite français.

J’ai trouvé ce passage remarquable pour les raisons symboliques que je vais vous exposer ci-après. Mais aussi parce que je pense que c’est la première fois que je lisais un récit circonstancié des événements ayant entrainé la découverte du cadavre d’Hiram, la plupart des Rituels anciens ou contemporains étant – à ma connaissance – assez pauvres, voire silencieux, sur le sujet. Je me suis alors mis en quête de la présence ou non de ce passage dans d’autres Rituels, au Rite Français et à d’autres Rites. D’autant que ce passage du Recueil, que nous appellerons ici « de 1788 », n’était pas considéré comme anecdotique par le Vénérable rédacteur et/ou ses prédécesseurs. En effet dans le catéchisme qui suit (pages 170-171) l’épisode, et donc son enseignement, est rappelé. Je cite (en laissant l’orthographe de l’édition) :

D. Que fit alors Salomon ? (après qu’il eut considéré l’assassinat probable de son Architecte)

R. Comme tous les Mes\ se dévouèrent par zèle à cette recherche, ce sage Roi leur présenta qu’ils ne pouvoient tous s’absenter sans occasionner des soupçons, en conséquence il en fit élire neuf au sort & renvoya les autres à leurs ateliers.

D. Quel arrangement prirent les neufs Maîtres sur qui le sort tomba ?

R. Ils convinrent de se séparer trois par trois, de fouiller les environs de Jérusalem neuf lieues à la ronde, & se donnèrent rendez-vous sur le Mont Sinaï.

D. Comment partirent-ils ?

R. Trois par la porte du Nord, trois par le Porte du Midi & trois par celle d’Occident.

D. Quel fut le succès de leur entreprise ?

R. Ils voyagèrent jusqu’au neuvième jour sans faire la moindre découverte.

D. Où se rejoignirent-ils ?

R. Sur le Mont Sinaï.

D. Quelle fut alors leur résolution ? (sens au XVIIIème siècle = décision prise ou dessein)

R. Huit d’entre eux résolurent de retourner à Jérusalem, mais le neuvieme, plus zèlé, protesta (sens XVIIIème = déclara, promis) qu’il ne s’en retourneroit qu’après avoir fouillé toute la montagne.

D. Qu’en arriva-t-il ?

R. Qu’après le départ des huit Maîtres, le neuvieme voulant s’asseoir pour se reposer, s’appuya sur une branche d’acacia qui lui resta à la main ; cela fut cause qu’il examinât de plus près cet endroit, & s’appercevant que la terre étoit nouvellement remuée, il rappella les Maîtres.

D. Que firent-ils ?

R. Ils se mirent à creuser, & à cinq pieds de profondeur, ils trouvèrent un cadavre au signe de Compagnon, couvert d’un linge teint de sang, ayant une équerre à la tête & un compas aux pieds, & l’un d’eux ayant enlevé le linge qui lui couvroit le visage, ils reconnurent Adonhiram assassiné.

Etc.

 

 Symbolisme de cet épisode rituel

Si je me suis tant intéressé à l’origine de ce passage du Rituel d’Elévation à la Maîtrise du Recueil de 1788, c’est que sa découverte a agi sur moi en me faisant découvrir de nouvelles approches de l’engagement maçonnique et surtout un support rituel et symbolique à la compréhension que j’en ai. Que « dit » ce passage ? Quel est son enseignement ?

Observons avec précision la rédaction dans le Recueil de 1788. Il me semble que ce passage suggère plusieurs enseignements essentiels, l’interprétation ne pouvant guère s’égarer au regard des formulations adoptées.

Ce passage nous dit des choses essentielles sur la manière dont la Tradition de l’Initiation survit, sur la manière dont la Lumière prévaut et surtout sur la manière dont la transmission se fait malgré la foule des « renonçants » et des renoncements. En même temps, ce passage nous faire prendre conscience de notre pouvoir à l’échelon individuel. Car qu’un seul/qu’une seule assure la transmission, qu’un seul/qu’une seule poursuive et notre Ordre avec son Idéal ressurgit.

Tout ceci n’est compréhensible que si l’on imagine – au moins à titre d’expérience philosophique en pensée - un monde dans lequel l’idéal maçonnique disparaitrait vraiment et donc avec lui notre idéal de vérité dans l’esprit de chacun et de fraternité entre tous. Un monde dans lequel il ne serait plus possible de réaliser matériellement et de concevoir dans nos esprits ce qui nous réunit ce soir encore… que serait ce monde-là ? Que serait cet univers où plus une femme et plus un homme ne serait résolu à faire prévaloir en lui et autour de lui de la fraternité, de la solidarité, de la considération pour l’autre et pour soi ? Si tous nous ne faisons rien, ce monde peut advenir. Quand nous renonçons à un effort utile à la Fraternité, rien, absolument rien ne  nous garantit que qui que ce soit le fera à notre place. Et si tous nous nous disions que de toute façon quelqu’un d’autre le fera bien… nul ne le ferait. En cela, le symbolisme du Neuvième Maître rappelle ce que nous disons dès le début au nouvel initié dans notre rituel d’Initiation au Rite Français (variante Salvador Allende – Louise Michel) : « Chaque occasion d’être utile dont il (le Franc-maçon) ne profite pas est une infidélité. Chaque secours qu’il refuse est un parjure. »

Autrement dit, nous portons tous, non pas ensemble mais de même, toute la Maçonnerie sur nos frêles épaules dès lors que nous devenons, puis restons Maîtres Maçons. Et quand bien même démissionnerions-nous que je ne suis pas sûr que nous échappions au Devoir librement contracté.

Le Neuvième Maître, lui, refuse de renoncer. Consciemment. Délibérément.

Le Neuvième Maître est, comme les huit autres élus, épuisé, fatigué. Mais sa conduite nous décrit un Maître Maçon qui ne tire pas argument de sa fatigue, de ses doutes ou de ses incertitudes, pour renoncer, abandonner. Il ne tire surtout pas argument de ce que ses efforts sont infructueux pour conclure qu’ils sont inutiles. Il ne cherche pas d’excuse pour cesser ses efforts. Il a adopté une posture radicale, engagée qui ne lui laisse d’autre choix que d’être ce qu’il a justement choisi d’être : un Maître, un « cherchant » devant tout faire pour trouver, faire aboutir sa quête.

Les Huit autres Maîtres, eux, « s’affligèrent de l’inutilité de leurs recherches : alors [ils] résolurent de retourner à Jérusalem ».

Tout ce que ne fait pas le Neuvième Maître nous enseigne autant que ce qu’il fait.

Le Neuvième Maître ne cherche pas à retenir les huit autres maîtres : sa décision est prise, implicitement depuis le début. Il ne les juge pas en ne les retenant pas. Leur compréhension et leur aide ne lui sont pas nécessaires pour déterminer sa conduite. Il n’attend de nul qu’il lui indique ce qu’il doit faire ni ne l’encourage. Il est souverain dans son jugement et sans la tâche du désir de convertir l’autre par l’autorité ou la conviction, pour se rassurer lui-même en faisant nombre.

S’il ne les juge pas, l’épisode rituélique souligne à quel point son attitude est en elle-même une critique : la fouille des huit autres est incomplète à ses yeux, il est possible et nécessaire d’aller plus loin pour atteindre leur but. C’est d’autant plus une critique en actes que l’issue des événements lui donne raison. Les huit autres avaient de facto tort d’abandonner. De ce point de vue, le Neuvième Maître nous indique « où » nous devons faire porter notre critique du monde et comment : dans et par nos actes, non par la seule parole. La critique formulée en parole ne change rien. Formulée en actes, elle change le monde en y existant, c’est-à-dire en démontrant que ce que nous estimons nécessaire et juste est possible. C’est donc une critique par l’état de fait, une énonciation en acte de nos refus.

On peut considérer que le Neuvième Maître devient Hiram en refusant de renoncer à trouver son cadavre, ce qui symbolise le refus de voir mourir la Tradition qu’il portait et incarnait, en décidant unilatéralement de devenir le pont ou la porte entre les Maîtres passés et ceux à venir. La recherche et la découverte du cadavre d’Hiram symbolise, entre autre chose, la continuité de la Tradition maçonnique et de la connaissance du métier de Bâtisseur (d’Hommes et de sociétés humaines) malgré et grâce au meurtre du Maître. Les qualités qui font le Maître Bâtisseur ne sont-elles pas notamment celles qui permettent de retrouver Hiram ? Le mythe symbolise cette continuité malgré l’adversité : IL FAUT retrouver le cadavre d’Hiram, de même qu’il faut qu’Hiram soit assassiné.

Il est intéressant de noter la structure du mythe même. Au fond, Hiram renaît dans le nouveau Maître, le Neuvième parce que celui-ci réalise les qualités qui font le Maître en le cherchant et en refusant d’abandonner sa quête, ce qui le même à la découverte du Maître. On retrouve-là un enseignement proche de l’Extrême-Orient où l’on désigne les Initiations à l’aide un idéogramme ( en japonais, tao en chinois) qui littéralement désigne la route, le chemin, la voie. Comme si les motifs et les conditions du cheminement se confondaient avec le but…

Il faut aussi s’interroger sur les autres possibilités rituelles imaginables ou par ailleurs mise en œuvre dans d’autres rituels. Je ne suis pas sûr d’avoir trouvé tout ce qu’il y a à trouver à ce sujet (comme sur aucun autre !), mais il semble qu’il y a trois scénarios-types menant à la découverte du Maître :

Le Hasard ou la Providence qui permettent à la recherche de trouver son issue. C’est la thèse de la plupart de Rituels actuels. On « tombe » sur des indices d’une manière qui semble effectivement providentielle. Cependant, cette thèse fait souvent appel – mais pas toujours - à la perspicacité des FF\ : ils doivent détecter quelque signe qui leur permet de donner une issue favorable à leur recherche : trouver le tombeau du Maître.

L’Enquête. Cette dernière nécessiterait de retrouver les coupables, de les faire avouer, de collecter des indices, des témoignages, etc. C’est l’option retenue sous diverse formes par les systèmes de Hauts-Grades, notamment ceux qui mènent ensuite à la Vengeance. Mais nous aborderons cette question plus tard.

L’Opiniâtreté, autrement dit l’Engagement. C’est la Thèse originale du Recueil de 1788 et du Marquis de Gages. Dès lors les détails qui semblent providentiels ne le sont plus, puisque que tout devient une question de temps, d’efforts, d’engagement, dans le sens de ce refus de l’abandon. Il reste tout de même une certaine dose de perspicacité dans les réactions du Neuvième Maître. Mais le point original est l’introduction de l’opiniâtreté dans les facteurs et donc les qualités assurant la pérennité de l’Ordre. Cette opiniâtreté se dissimule derrière la terminologie du XVIIIème. L’enseignement par Demandes et Réponses indique :

« le neuvieme, plus zèlé, protesta qu’il ne s’en retourneroit qu’après avoir fouillé toute la montagne. » « Zélé » n’est-il pas l’ancien mot pour « engagé » et « zèle » pour « engagement radical » au sens étymologique de « radical », i.e. ce qui touche à la racine des choses et des êtres ?

Ainsi, la comparaison des rituels permettent d’identifier les facteurs permettant la découverte du tombeau d’Hiram qui, par analogie, se confondent avec les qualités permettant de trouver le Maître, Hiram… en nous-mêmes. Ces qualités sont au nombre de trois : la Méthode, l’Opiniâtreté et la Perspicacité. On y décerne un subtil dosage de qualités psychologiques – l’Opiniâtreté - et l’effet de l’exercice de la Raison – la Méthode. La dernière qualité – la Perspicacité – relève des deux registres car elle est tout autant l’exercice des facultés de raisonnements de l’esprit humain que de facultés plus intuitives peut-être plus liées à l’émotionnel. En tout cas, le destin de la Quête du Maître Maçon n’est plus abandonnée au Hasard et aux caprices de la Providence. Il est intéressant de mettre ces trois qualités en parallèle avec les trois vices incarnés par les trois mauvais Compagnons – l’Ignorance, le Fanatisme et l’Hypocrisie - et avec les trois principales facultés de l’esprit énoncées lors de l’Initiation : le Sentiment, l’Intelligence et la Volonté – soit le Cœur, l’Intellect et la Mise en actes, le Faire.

Il y a en filigrane de nos rituels et de notre symbolisme toute une théorie de l’action – ce que l’on appelle une praxéologie – de et sur l’esprit humain et des idées pratiques pour le mener vers la Lumière. Cet épisode du Neuvième Maître y participe par la mise ne scène des qualités nécessaires à la Quête de la Maîtrise maçonnique qui n’est plus abandonnée au Hasard par la pauvreté de la plupart des versions contemporaines du Rituel d’Elévation à la Maîtrise. Notre Rituel au Rite Français n’est pourtant pas muet. On y lit la nécessaire opiniâtré dans la recherche, l’importance de la méthode (« recommencez vos recherches en y apportant un soin plus minutieux »), puis l’exercice de la perspicacité (avec la découverte d’un tertre puis d’une branche d’acacia, qualifiés d’« indices »). Mais la scénographie ne permet pas la personnification de ces qualités comme le fait le rituel du Recueil de 1788 et celui du Marquis de Gages. Or cette personnification est l’une des données techniques permettant l’identification, c’est-à-dire ce processus d’intériorisation par lequel nous faisons nôtres des qualités nouvelles. En ce sens, le Recueil de 1788 propose une formulation rituélique plus puissante.

On peut donc voir dans le Neuvième Maître la figure mythique de l’Engagement du Maître Maçon, qui jamais ne renonce, et surtout pas à être ce qu’il est : le successeur d’Hiram, Hiram lui-même ; du moins le fait-il renaître progressivement en lui par son travail, son engagement, ses réalisations de Bâtisseur. La solitude ne le désoriente pas. Les compromis et l’abandon des autres ne le font pas dévier de la conduite que lui impose sa condition, cette condition qu’il a recherchée et acceptée. Le Neuvième Maître est le F\ ou la S\ par qui la Tradition survit parce qu’elle devient lui- ou elle-même.

La découverte du cadavre d’Hiram symbolise la transmission de la Tradition et de la Connaissance, la recherche du Maître, indissociable de l’affrontement à la Mort et de l’émancipation de la peur qu’elle inspire aux humains. Au sens littéral, les 9 MM\ « recherchent le Maître » et ils trouvent la Mort : dernier enseignement d’Hiram à ces 9 MM\ qui lui sont tant attachés, dernier enseignement au Neuvième Maître grâce auquel le Maître accède, à travers cette mort qui lui permet d’échapper à la peur tyrannique qu’elle inspire, au stade ultime de la Maîtrise : la liberté.

 

Conclusion

Ma conclusion sera brève. Tout d’abord, je voudrais attirer votre attention sur le rapport, non prémédité, entre cette planche et notre Question à l’Étude des Loges « maçonnique » cette année[1] ; le rapport aussi avec les projets de Commission des Rituels. Les Rituels ont beaucoup varié. Il a fallu les formuler, les développer, les adapter parfois aux circonstances. Ils ont aussi été appauvris, notamment par ce processus, qui a touché je pense bien des Maçonneries à travers le monde, qui consiste à la standardiser, parfois à les simplifier. Nous avons là l’exemple d’un élément rituélique perdu dont, à bien des égards, il pourrait être intéressant d’étudier la réintroduction dans notre Rituel. Mais pour cela, il faut en être libre et le rester. Être libre d’ajuster la formulation de nos outils à l’environnement dans lequel notre Ordre doit agir, être libre de faire renaître ce qui parfois a été perdu.

Une autre question se pose, plus fondamentale : quand dire non ? Comment dire non ? Comment faire la différence entre engagement et obstination ? Où et quand s’arrêter ? Le Neuvième Maître pose et répond aussi à ces questions. Son attitude n’est pas de refuser « totalement » de rentrer, d’abandonner si la recherche s’avère infructueuse ou impossible. Simplement, il voit encore quelque chose à faire et juge qu’il doit donc le faire. De ce point de vue, le Neuvième Maître n’est pas simplement un « bon » frère à opposer aux huit autres qui seraient de « mauvais » frères, faibles, paresseux, indifférents ou négligents. Plutôt, il souligne ce qui nous range souvent du côté des « huit » : le manque de discernement, le fait de ne pas, de ne plus voir ce qui peut encore être fait avant de renoncer à ce qui nous défini : notre Quête et les motifs que nous lui avons donnés.

Le Neuvième Maître est le Maître qui assume son engagement et donc celui ou celle par lequel(le) la tradition maçonnique se maintient vivante. Son engagement radical mais serein et réfléchi, sa détermination définitive et son « zèle », dont nous parlent les manuscrits anciens, sont la marque du Maître.

J’ai dit, V\M\.

 F.Zenon

 

source : http://montaleau.over-blog.com/

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