Lundi 20 août 2012 1 20 /08 /Août /2012 08:47

INTRODUCTION

Le Cabinet de Réflexion, tel qu'il existe aujour­d'hui au sein des divers rites écossais et au rite français a presque certainement moins de deux cents ans.

Par contre, il correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux.

En effet, l'isolement du néophyte dans une cabane ou une caverne est pratiqué depuis la nuit des temps. II s'agit de séparer le néophyte de sa famille, de figurer par son isolement dans un lieu fermé, la mort, une rupture, pour préparer un chan­gement essentiel, comme la chrysalide dans son cocon. Cette analogie comme celle du retour au ventre maternel correspond à des réalités psychiques profondes. Le Cabinet de Réflexion, pour l'essentiel, est la forme moderne et adaptée à nos moeurs de l'antique cabane initiatique.

Cette planche propose quelques éléments de réflexion sur les symboles et leur usage dans une perspective initiatique. Nous posons l'initiation comme une démarche qui engage la totalité des facultés intellectuelles et affectives et dont le but est de construire la paix en soi. Cela implique la conquête de la liberté, donc une transformation individuelle qualitative. II s'agit en d'autres termes de découvrir l'union dans la diversité, de dépasser ses contradictions, de réunir ce qui est épars. Le mythe d'Osiris est plus actuel que jamais. Balloté par d'innombrables sollicitations, rétréci par d'in­nombrables contraintes, dépecé par des statuts sociaux et des « rôles différents à jouer, le citoyen du monde civilisé ne vit plus qu'en « compensant » dans l'un de ses rôles les frustrations qu'il a subi dans un autre.

Nous pensons que l'initiation maçonnique peut lui restituer son identité, son unité et faire de lui un homme responsable, maître de sa propre vie. L'initiation est libératrice. Mais on ne peut initier par le discours. On peut parler de l'initiation et de la démarche ésotérique à perte de vue sans pour autant déflorer ce que seul, le vécu procure. De même on peut parler d'une pomme, discourir sur ses propriétés, son origine et son utilité, mais on ne peut pas raconter son goût.

Le contexte de l'initiation, c'est-à-dire la démarche ésotérique et la confrontation avec les symboles ne sont fécondantes pour l'esprit que si elles corres­pondent à un effort vécu. II faut de la patience et de l'humilité pour apprendre. Kant l'avait bien compris. Il n'y a pas, disait-il, de voie royale dans la philosophie. La voie royale, c'est l'ascèse. II est bien vrai que toute connaissance correspond à une manière d'être. Chaque effort sur soi-même conduit à une certaine connaissance.

II faut que le néophyte qui rentre dans le Cabinet de Réflexion sache qu'il peut conquérir sa liberté. Cela dépend de lui seul. II est possible de lui montrer une direction. II n'est pas possible de le porter sur le chemin. II doit y aller seul et subir seul la lassitude, le découragement et toutes les épreuves qui l'attendent.

Sur la ligne de départ de son aventure spirituelle, il faut qu'il sache que toutes ses idées, toutes ses croyances, tous ses préjugés les plus chers ne sont que les sublimations de ses problèmes personnels et ne correspondent à rien d'objectif. Le sens du réel, il l'acquerra par l'ascèse initiatique, dans la méditation sur les symboles qui traduisent, au-delà des mots, des réalités contradictoires. Tout ce que l'on peut exprimer par le discours n'est qu'abstraction. Un mot ne peut être lui et son contraire. Le symbole est, par contre, polyvalent et insondable. A ce titre il colle plus à la réalité. Comme disait Bachelard, il donne à penser. Cela veut dire qu'il oriente l'esprit vers la préhension du réel au-delà du discours.

II ne s'agit pas de chercher dans l'initiation un remède aux maux de notre temps. Tout ce que l'on peut dire sur le monde moderne, la technique, la technocratie, la primauté du quantitatif sur le quali­ficatif, etc..., nous paraît pusillanime. Notre monde, nous l'avons mérité et nous en faisons partie. II constitue une étape nécessaire à notre histoire spirituelle. Le cycle mort-résurrection, comme le cycle de la putréfaction jusqu'à l'éclosion de la rose constituent la vie. Ceux qui condamnent sont des faux prophètes. La véritable démarche initiatique nous paraît être celle qui consiste d'abord à accepter ce qui est pour participer au devenir.

Les jugements de valeur sur notre monde actuel, de même que sur les divers « ordres établis » sont hors de propos, que ces jugements soient positifs ou négatifs.

La démarche initiatique, pour être féconde, doit tenir ses distances aussi bien à l'égard de la contes­tation qu'à l'égard de la soumission. Si ces distances ne sont pas respectées, tous les pièges deviennent dangereux.

II s'agit de chercher dans l'initiation, non un remède, mais un accomplissement. On ne lutte pas contre la maladie, mais avec elle. La guérison s'obtient « en plus ».

L'initiation ne peut se transmettre, comme nous l'avons déjà dit, par le seul discours. De même, elle ne peut être transmise que dans le contexte d'un groupe. Le rituel pratiqué par un groupe initiatique procure les « garde fous » sans lesquels une démarche introspective solitaire sombrerait dans le délire.

Le Cabinet de Réflexion constitue, au cours de l'initiation maçonnique, la seule épreuve au cours de laquelle le néophyte est isolé. La suite de la cérémonie s'accomplit dans le groupe et le néophyte, encore aveugle, perçoit la présence d'autrui.

Nous ne saurions terminer cette introduction sans rendre un hommage humble autant que mérité à tous les francs-maçons qui ont jugé utile d'écrire sur ces sujets. Ils ont, au cours des temps, enrichi la substance de la Franc-Maçonnerie. De crainte d'en oublier, ne serait-ce qu'un seul, nous n'en cite­rons aucun. Peut-être cela vaut d'ailleurs mieux ainsi. Dans ce domaine, rien n'est plus dangereux que le culte de la personnalité et le mandarinat.

Tous sont utiles à quelques-uns et chacun accom­plit sa mission seul. II est impossible d'imaginer une conférence magistrale en matière d'ésotérisme et d'initiation, pour la simple raison qu'en ces domaines, l'intelligence et la mémoire ne sont pas seules engagées, mais bien toutes les facultés.

D'un autre côté, le discours est utile. Privé d'expo­sés sur ces questions, le néophyte ne pourrait avancer. Seulement, le discours doit tendre à éveiller et non simplement à transmettre un message. Les écrits apportent au néophyte cette présence d'autrui nécessaire à cette initiation. Ils donnent des idées, font part d'expériences, fournissent une documenta­tion. Ils sont nécessaires, mais pas suffisants

LES METAUX

Avant d'entrer dans le Cabinet de Réflexion, le profane est invité à se dépouiller de tous ses « métaux » : argent, montre, bijoux, décorations. II remet sans restriction ces choses qui, dans la vie courante, permettent une insertion sociale et qui constituent les signes de la « respectabilité », valeur relative et contingente.

Dans le monde entier et en tous temps, les sociétés fermées qui se donnent une vocation spirituelle exigent de leurs néophytes une renonciation aux valeurs temporelles. Cette renonciation plus ou moins sévère s'exprime dans un rituel. Les monastères orientaux exigent le rasage de la tête, la chevelure étant considérée comme le signe de la vanité. Cette coutume existe en Occident et persiste, à un degré moindre, chez les prêtres, sous la forme de la tonsure. Toutes les cérémonies initiatiques prati­quées sous toutes les latitudes commencent par le dépouillement d'attributs vestimentaires ou corporels. La circoncision, elle aussi, à une origine que l'on peut situer dans lé même contexte.

En Maçonnerie, le dépouillement des métaux a une valeur purement symbolique puisque le néophyte les récupère après la cérémonie. II ne s'agit pas, dans la Tradition maçonnique, d'arracher le néophyte au monde profane au sens concret du terme.

La Franc-Maçonnerie n'exige pas la renonciation au monde temporel. Elle prétend seulement enseigner à ses membres à s'abstraire des contingences pro­fanes, ce qui constitue la condition préalable à une réflexion sur soi-même, à une « intériorisation ». Elle indique la direction spirituelle, la « voie Royale », qui permet au néophyte de cultiver sa réflexion, sa sensibilité, son intuition. L'initié, formé à cette forme particulière d'ascèse, retournera dans le monde pro­fane avec des forces nouvelles. Son attention ayant été attirée sur le sens du dépouillement des métaux, le néophyte s'efforcera au cours de sa vie de réaliser un équilibre aussi harmonieux que possible entre les valeurs matérielles et les valeurs spirituelles.

Cet équilibre exclut nécessairement le mépris à l'égard des valeurs matérielles au profit des valeurs spirituelles ou réciproquement. La réalité est une totalité indissociable. Le Franc-Maçon apprend que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »(La Table d'émeraude).

II désire réaliser une sorte d'« alchimie spirituelle »c'est-à-dire une transformation de son être profond par un travail rigoureux d'études et de réflexion. L' « Art Royal » est tout simplement l'art de trouver à toutes les valeurs leur juste place. Par une analogie simple, on peut comparer l'homme, ses problèmes, ses désirs, ses contradictions, à un jardin avec ses végétaux les plus variés qui se disputent l'eau et l'espace. II s'agit de cultiver le jardin de manière à ce que chaque plante trouve, selon une heureuse expression japonaise, sa « place exquise ».

Mais les analogies sont dangereuses et il ne faut pas nous égarer dans les rapprochements souvent trop hâtifs et légers entre les métaux et les passions.

Jusqu'à présent nous n'avons parlé que de signes, il faut maintenant étudier la notion des métaux au plan symbolique.

Nous avons dit plus haut : les métaux sont des signes. Un signe est la représentation matérielle qui a l'avantage de s'exprimer facilement par une simpli­fication graphique facile à retenir, d'une réalité abstraite. Les signes mathématiques constituent la meilleure illustration de cette définition. Mais il n'y a pas qu'eux. La société a besoin d'une foule de signes : panneaux routiers, graphies les plus diverses pour indiquer ici la présence d'un hôpital, là l'exis­tence d'un bureau de tabac. Sigles de marques, abré­viations, et, à un niveau plus nuancé, attributs vesti­mentaires tels que cravate, veste,. blouson, bijoux, formes, qualité et couleurs des lieux d'habitation, des meubles, des objets, sont autant de signes. Nous vivons dans un monde de signes qui traduisent des messages plus ou moins précis. Les signes sont univoques et leur interprétation conduit toujours au même résultat. Ils constituent des messages à décrypter.

II n'en est pas de même des symboles. La confusion se fait souvent entre les signes et les symboles parce que l'on parle des « symboles » mathématiques et physiques. Dans le contexte des sciences mathéma­tiques et physiques, on confond signe et symbole et cela n'a aucune importance car il s'agit de créer des outils précis pour construire des théories, c'est-à­dire élaborer des liens de causalité entre les phé­nomènes.

Dans le discours philosophique, la distinction, par contre, est indispensable et cela pour une raison bien précise : la pensée du chercheur se remet en question. Elle n'est pas supposée, à priori, être un outil suffisant pour aborder l'étude des phénomènes. Elle se pose le problème du sens de la vie, de la vie elle-même et ce problème lui-même entraîne une réflexion sur la pensée, ses limites, son origine, ses structures. Le symbole est donc pour le philosophe intéressant à un double titre : d'une part, son exis­tence même et ses manifestations posent la question de sa fonction dans l'évolution de l'humanité et il doit l'étudier a objectivement comme un phéno­mène, et d'autre part le symbole peut être un stimu­lant pour sa propre réflexion. C'est à cette fonction, stimulante pour l'esprit, à laquelle Gaston Bachelard fait illusion lorsqu'il dit : « Le symbole n'impose rien, il donne à penser. »

Le symbole se distingue du signe, d'un point de vue formel, par la pluralité de ses significations. Quant au fond, sa vocation est d'ordre métaphysique et ontologique. Toute réflexion sur le symbole conduit à la question des finalités de la vie et au problème de la nature de l'Etre. II est, comme disait Goethe, une « fenêtre ouverte sur le monde ».

La réalité est très complexe et plus on l'approche, plus il est difficile de la contenir entièrement dans une définition. La définition élémentaire d'une pierre est « corps minéral dur et solide ». Peut-on faire entrer dans la définition tout ce qui la compose et en plus tout ce qui est en elle et la transforme avec le temps ? Peut-on exprimer dans une définition simple tout ce qui est mouvement dans la pierre au niveau des atomes et des électrons ?

Toute définition est une simplification opérée par abstraction. Elle néglige la totalité d'une chose pour ne retenir que l'apparence ou la fonction. Pourtant, la raison a besoin de définitions. Dans le domaine de la philosophie, les définitions sont, on le sait bien, encore plus approximatives et incomplètes que dans la science objective. Nous en sommes conscient et pourtant le discours rationnel bute sur les définitions et de définitions en définitions conduit parfois au délire. L'idée de quitter le terrain du discours et de représenter par une simplification graphique un sys­tème cohérent de lois et de principes universels est à l'origine du symbole. Mais le symbole ne mérite ce nom qu'à partir du moment où la simplification graphique n'est plus perçue seulement comme le signe aide-mémoire d'un système mais aussi comme support pour l'imagination créatrice et l'intuition. Sa vertu pédagogique se manifeste lorsqu'on cherche à le traduire dans le discours. Cet exercice développe les facultés d'imagination et d'intuition, facultés malheureusement négligées par l'enseignement « pro­fane » qui engage presque exclusivement l'intelligence rationnelle et la mémoire.

Le symbole, simplification graphique comme par exemple une croix ou un compas, pourrait-être défini comme la manifestation de ce besoin essentiel à l'esprit humain : enfermer la réalité insaisissable dans un objet à la portée de l'homme ; mettre l'im­mense dans le perceptible et le compliqué dans le simple. II s'agit de dominer le réel, dans le double but de comprendre et de conjurer l'angoisse. C'est le génie enfermé dans la lampe d'Aladin. En d'autres termes, c'est rassembler ce qui est épars.

A l'origine du symbole, il y a une démarche qui engage la totalité des facultés humaines : l'intel­ligence, la sensibilité, l'affectivité, l'intuition, etc... Le propos d'une société initiatique étant de trans­former l'homme dans le but de le rendre heureux en développant harmonieusement toutes ses facultés, il est naturel qu'elle intègre les symboles à son système.

Au niveau de la préparation du candidat avant l'initiation, le dépouillement des métaux n'a rien à voir avec la démarche symbolique. II s'agit comme on l'a déjà dit, d'un rite apparenté à une tradition universelle, celle qui repose sur l'idée d'une renon­ciation à certaines richesses pour en acquérir d'au­tres, d'un ordre différent. L'originalité de la Franc­Maçonnerie consiste en ce qu'elle rappelle ce rite sans l'appliquer entièrement puisqu'elle restitue les métaux. Par conséquent, les métaux ne sont pas objet de mépris.

Aussi, nous ne suivons pas les interprétations données par certains auteurs qui voient dans le dépouillement des métaux l'enseignement du mépris à l'égard des richesses. Cette façon de voir les choses doit beaucoup à une certaine influence d'ori­gine catholique. La Franc-Maçonnerie n'exige pas de ses membres le voeu de pauvreté. La Franc-Maçon­nerie exalte le travail. Tout son symbolisme blasonne l'amour du travail, seule véritable source de la dignité et seul moteur du progrès individuel et collectif. La Franc-Maçonnerie ne peut admettre que !e travail soit une punition infligée à l'homme à cause de sa désobéissance à l'ordre voulu par Dieu. La richesse, dans, la mesure où elle est le fruit du travail (et seulement sous cette restriction évidemment) est une bénédiction. Dans les pays à tradition protestante, cette affirmation est perçue comme une évidence. L'initié, s'il ne méprise pas la richesse, fruit du travail, ne se laisse pas griser par elle et sait lui attribuer sa juste place, là où elle ne gêne pas son épanouissement spirituel.

Telle est la leçon à tirer du rite du dépouillement des métaux.

Le travail maçonnique dans la Loge exige aussi que l'on laisse ses métaux à la porte du Temple.

Tous les rituels rappellent cela. Pour bien comprendre le sens de cette obligation il faut le situer dans le contexte des sources bibliques de la Tradition maçon­nique. Le Temple maçonnique, dans cette perspective, est le Temple de Salomon que les Francs-Maçons disent clairement vouloir reconstruire. Or, si nous nous reportons au récit de la construction du Temple, nous lisons dans la Bible (Rois 6,7) : « Quand on bâtit la Maison, on la bâtit de pierres toutes pré­parées dans la carrière : marteaux, pics, aucun outil de fer ne fut entendu dans la maison quand on la bâtissait ».

II est facile d'extrapoler à partir de cette citation pour expliquer l'obligation de laisser les métaux à la porte du Temple. En Loge, on ne se sert plus d'outils de fer qui préparent les pierres. Celles-ci sont prêtes. II s'agit seulement de les assembler. Pour cela, on ne se sert que d'instruments de mesure : équerre, compas, fil à plomb, niveau, etc... Ces instru­ments sont silencieux. Ils n'engagent pas les muscles, mais uniquement les facultés intellectuelles. On en est à la phase finale de la construction : assembler, se référer aux plans, édifier le gros-oeuvre. Dehors, on taille la pierre brute et dedans, on assemble les pierres. Les apprentis dont la tâche consiste à dégrossir la pierre effectuent ce travail en dehors du Temple. A l'intérieur, ils sont astreints au silence et en écoutant les compagnons et les maîtres, ils se préparent à être admis parmi eux.

En Loge, tous les éléments dont on dispose, c'est-à-dire les frères avec leurs travaux et leurs points de vue personnels doivent trouver leur juste place dans l'édifice, fruit du travail collectif. A ce niveau, les seuls outils sont les instruments de mesure, avec les qualités qui leur sont propres : précision et rigueur. Dans ce climat, tout excès de langage est incongru, toute manifestation passion­nelle est mal venue. Les échanges n'ont qu'un but: construire l'édifice. Les opinions, comme les pierres, sont placées sous le signe de l'égalité. Aucune ne prévaut, aucune n'est négligée. Elles doivent cher­cher leur place et s'emboîter harmonieusement les unes aux autres.

nelle est mal venue. Les échanges n'ont qu'un but: construire l'édifice. Les opinions, comme les pierres, sont placées sous le signe de l'égalité. Aucune ne prévaut, aucune n'est négligée. Elles doivent cher­cher leur place et s'emboîter harmonieusement les unes aux autres

LE CABINET DE REFLEXION

Le cabinet de réflexion est une petite pièce, sans fenêtre, dans laquelle on introduit le profane avant la cérémonie d'initiation. Cette petite pièce est peinte en 'noir à l'intérieur. Elle est meublée d'un tabouret et d'une table. Le profane y pénètre et s'y voit enfermé. II doit rédiger son « testament philoso­phique ». Le testament n'a aucun rapport avec celui que l'on dicte à son notaire. II s'agit de réflexions sur les grands problèmes philosophiques.

Tout en réfléchissant sur cette question, le pro­fane découvre la décoration du cabinet de réflexion : un crâne humain, posé (pas toujours) sur quelques ossements, un morceau de pain, une carafe d'eau, une soucoupe avec du sel, une autre avec du soufre et un sablier. Sur te mur, des dessins symboliques, peints en blanc sur fond noir: un coq, une faux, le mot V.I.T.R.I.O.L. ou V.I.T.R.I.O.L.U.M. dans une graphie telle que les lettres sont toujours séparées par des points, pour indiquer qu'il s'agit de l'abré­viation phonétique. d'une formule dont chaque mot est figuré par une lettre. En outre, il y a des sen­tences : « Si la curiosité t'a conduit ici, va-t'en. - Si ton âme ressent l'effroi, ne va pas plus loin ! »

Ces sentences ne sont pas obligatoires pour consti­tuer un cabinet de réflexion conforme aux finalités du rituel.

En effet, le but du cabinet de réflexion est de provoquer un choc psychologique de manière à « réveiller A et inviter à la méditation. Le profane n'a pas l'habitude de se trouver seul, dans le noir, dans un tel endroit. Dans la vie profane, rien n'est inattendu. Les journées se passent, entre le travail, le foyer, les loisirs, d'une façon prévue d'avance, et cela provoque inévitablement une atrophie des facultés de réflexion.

Lorsqu'un profane a été reconnu « initiable », il importe de lui procurer les moyens de développer ses facultés endormies par la routine du quotidien. Le cabinet de réflexion est le premier de ces moyens. Son propos est de placer le profane seul, face à lui­-même et. d'orienter sa réflexion vers les problèmes de la vie et de la mort par la présence d'objets spécialement sélectionnés à cet effet. Dans le climat particulier du cabinet de réflexion, à côté d'objets déjà nombreux et pour la plupart énigmatiques, les sentences n'ajoutent rien ni au mystère ni à la solennité du lieu. Le goût du « Pathos » dont ces vaines et dérisoires menaces sont l'expression, appar­tient à une période révolue et n'est heureuse­ment pas lié au symbolisme maçonnique en ce qu'il véhicule.

LE TESTAMENT

Dans le cabinet de réflexion, livré à lui-même, le récipiendaire doit répondre à trois questions : quels sont ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers l'humanité ? En Maçonnerie, on évoque avant tout les devoirs et on laisse de côté les droits. Pour s'améliorer, pour accéder à la liberté, l'homme doit s'imposer des devoirs et produire un effort sur lui­même. La liberté s'obtient par une ascèse. Telle est la loi.

Le « Grand Architecte de l'Univers » est le symbole de la perfection et des causes premières. Ce symbole est compatible avec toutes les convictions philoso­phiques et religieuses, à` condition évidemment que ces convictions s'accompagnent de la Tolérance, vertu maçonnique d'une importance primordiale.

Néanmoins, dans les pays catholiques, l'idée de Dieu a été associée au cours de l'histoire, à l'oppres­sion exercée par un clergé avide de puissance tem­porelle. Ce Dieu que l'on ne pouvait approcher que par l'intermédiaire d'une caste d'intercesseurs et, cela sous peine des pires supplices, devait inexora­blement devenir antipathique. C'est à ce Dieu-là que le frère Proudhon déclarait la guerre en rédigeant son Testament philosophique dans le cabinet de réflexion. Dieu, en effet, symbole des causes pre­mières, était devenu l'étendart d'un ordre établi fondé sur l'oppression. A cause de cela, la formule : « quels sont vos devoirs envers Dieu », a été supprimée par de nombreux maçons, dans les pays latins. L'avoir remplacé par la formule « quels sont vos devoirs envers la patrie? » ne nous semble pas heureux car le franc-maçon est citoyen du monde et solidaire de tous les hommes. II faut voir dans la substitution de l'idée de Dieu par celui de Patrie l'héritage des Jacobins dont la tolérance n'était pas la vertu ma­jeure. Parmi les symboles et allégories figurant à l'intérieur du cabinet de réflexion, le drapeau national n'a aucune place.

Cette formule doit, comme certaines autres choses par ailleurs, être considérée comme une influence passagère du monde profane qui s'est infiltrée à l'intérieur du Temple grâce à quelques fissures...

Dans les pays anglo-saxons, Dieu a eu un sort meilleur parce que dans ces pays-là, on tolère plu­sieurs manières de l'approcher. II existe de nom­breuses églises, de nombreux cultes et aussi, ce qui est important, la Bible est lue et commentée en famille.

Aussi, la puissance des intercesseurs est moindre, chaque père de famille étant, en quelque sorte, prêtre chez lui. Néanmoins, la tendance, assez forte actuel­lement dans ces pays, et qui consiste à arracher l'idée de dieu au langage symbolique pour en faire un être réel conscient, exactement conforme à la lettre de ce qui est écrit dans les textes des reli­gions monothéistes fondée sur la révélation, est d'origine profane. L'idée d'un Dieu transcendant l'uni­vers est liée effectivement à la religion exotérique.

Pour les kabbalistes et les gnostiques, le monde est immanent et Dieu (Ein Sof, l'infini) représente les causes premières de l'inconnu. II se situe au-delà du verbe, tandis que la création proprement dite est liée à l'idée d'un Démiurge. Il s'agit donc là aussi d'une tentative de récupération par une ortho­doxie de ce qui doit demeurer scrupuleusement au carrefour de toutes les orthodoxies, le Centre de l'union ( Quelques années seulement après la publication des Constitutions d'Anderson, les manoeuvres effectuées pour réduire la Franc-Maçonnerie à une simple association chrétienne ont été souvent couronnées de succès).

Le symbolisme maçonnique est associé à toutes les traditions ésotériques dont les mythes et les valeurs ont été plus ou moins bien transmis par les religions exotériques. Ainsi par exemple un franc­maçon ne méprise pas la Vierge, mais ce qui l'inté­resse dans ce personnage, c'est le principe de la fécondité transfigurée dans l'éternel féminin tel que ce principe a été incarné par Isis, Ishtar, Astarté, Cybèle, Cérès, Déméter, la Bonne Mère, Sainte Marie enfin. Les principes, incarnés pour les besoins de l'exotérisme, habillés et nommés différemment par les diverses religions exotériques, intéressent seuls les francs-maçons.

En effet, ces principes, fruits d'un effort collectif auquel ont participés toutes les facultés humaines, intelligence, observation, imagination, intuition, sont l'expression de la réalité humaine et des lois de la vie.

Après les trois questions, le profane est invité à résumer en quelques mots son « Testament philo­sophique ». Ce à quoi il croit et ce qu'il estime essentiel de transmettre. L'idée de Testament impli­que l'idée de transmission. L'homme est un usu­fruitier qui, par son testament, transmet un héritage en principe amélioré par son effort personnel. La solennité d'un tel acte a sa source dans l'idée que l'objet de la transmission, l'héritage, doit survivre aux générations. Celui qui rédige son Testament phi­losophique spécule avec les valeurs qu'il estime éternelles. II fait ainsi le point en lui-même, et quelle que soit la qualité de ce qu'il rédige, le seul fait d'avoir produit un effort dans cette direction est extrêmement sain.

Oswald Wirth et Plantagenet estiment que seules, les trois questions constituent le Testament. Or, on a coutume d'ajouter un Testament philosophique. II faut reconnaître que les quelques lignes consa­crées au Testament philosophique sont les seules, souvent, dans lesquelles le récipiendaire se livre réellement.

La formulation des trois questions et le contexte de l'admission en Maçonnerie nous valent la plupart du temps des réponses d'une platitude et d'un conformisme exaspérants ! Demander au récipien­daire d'écrire quelques lignes en dehors des trois questions habituelles permet d'obtenir des idées personnelles. Le profane, face au testament philo­sophique, est obligé de réfléchir

V.I.T.R.I.O.L. OU V.I.T.R.I.O.L.U.M.

Ces lettres constituent le signe qui exprime la formule alchimique : « Visita Interiora Terrae, Recti­ficando Invenies occultam Lapidem (Veram Medici­nam) », c'est-à-dire : Visite l'intérieur de la Terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée (Médecine de vérité) .

Tous les auteurs ayant écrit sur le symbolisme maçonnique précisent que ce sigle était la devise des anciens Rose-Croix. D'après Ambelain, les Rose­Croix auraient pénétré sciemment les loges maçon­niques aux XVII° et XVIII° siècles et y auraient intro­duit l'hermétisme et l'alchimie (cf. Ambelain : Scala philosophorum ou la symbolique des outils).

D'après Oswald Wirth, cette pierre serait la pierre cubique des francs-maçons. Cette analogie nous paraît discutable, car !a pierre cubique des francs­maçons est le résultat d'un travail effectué sur la pierre brute. Ce travail, à la fois manuel et intel­lectuel, engage la totalité de l'être. Pour la réussir, il faut, bien sûr, cultiver des qualités physiques : la force, l'habileté. En outre, il faut des connais­sances ; la géométrie et le maniement des outils. Ces qualités s'acquièrent par l'effort. Là est le grand­ Oeuvre : fabriquer, construire en soi-même l'Etre accompli, parfait, l'image de la- pierre cubique par­faitement réussie. Mais la « pierre cachée » de la devise alchimique, que l'on « trouve » en visitant l'intérieur de la terre est-elle la pierre cubique que l'on fabrique ? D'après la devise, la pierre cachée existerait toute faite, préexisterait à l'homme dont le travail consisterait à la chercher, tandis que la pierre cubique est inconcevable en dehors de l'inter­vention humaine.

La Terre est l'un des quatre éléments de la vision du monde alchimique. Peut-être, visiter l'intérieur de la terre veut dire : rechercher en soi-même, faire de l'introspection, la Terre étant une allégorie pour signifier l'homme (1). « En rectifiant » signifie néces­sairement qu'à un moment donné de la « visite », il y a une opération intellectuelle à effectuer. Cette opération intellectuelle, dont le but consiste comme l'exprime le mot « rectifier », à changer, à modifier le cours normal des choses (le sens de la visite) n'est concevable que si elle s'appuie sur des connais­sances acquises, susceptibles de servir de réfé­rences pour juger un état de fait. « En rectifiant - implique par conséquent que le sujet possède un savoir étendu. Ce n'est pas la pierre cachée qui procure ce savoir, mais c'est ce savoir qui permet de trouver la pierre cachée. La pierre cachée est la conclusion, la récompense et la finalité d'un effort dont l'efficacité est rendue possible par le savoir.

(1) En hébreu, le mot (Adam), l'homme peut être consi­déré comme une racine trilitère d'où est dérivé le mot (Adamah), terre. De ce fait, la Terre est subordonnée à l'homme, elle lui appartient. La Terre appartient à l'homme et non l'homme à la Terre. La Terre est un dérivé de l'homme.

LE SEL ET LE SOUFRE

Deux récipients figurent aussi parmi les objets indispensables dans le cabinet de réflexion : l'un contient du sel et l'autre du soufre.

Le sel, extrait de l'eau de mer par évaporation, est, comme le dit Louis Claude de Saint Martin, un feu délivré des eaux. Le sel conserve l'eau et détruit par corrosion. Aussi, tout le symbolisme du sel est lié à la loi des transmutations physiques et, par extrapolation, à la loi des transmutations morales et spirituelles.

La Bible donne une importance au sel : l'alliance du sel désigne une alliance que Dieu lui-même ne peut briser (Nombres 18,11 ; chronique 13,5). Le Lévi­tique (2,13) fait allusion au sel qui doit accompagner les oblations. Les sacrifices doivent en être pourvus. Dans la tradition sémitique, le fait de partager le pain et le sel crée une amitié indestructible. Ainsi la Bible associe le sel à la notion d'indestructibilité, d'Incorruptibilité et, par suite, d'éternité. Inversement, le sel symbolise aussi la stérilité. Les Romains jetaient du sel sur les villes détruites pour que rien ne repousse.

Le soufre est le principe actif de l'alchimie. Pour les alchimistes, le soufre était dans le corps ce que le soleil est dans l'univers. Dans la Bible, le soufre a un sens néfaste. La pluie de soufre sur Sodome est un châtiment divin. Le soufre est associé à la " lumière, à l'antilumière satanique qui peut être prise pour la vraie lumière.

L'ambivalence des symboles, notamment en ce qui concerne le sel et le soufre, avec l'aspect positif, tourné vers la vie, la lumière, le bien et l'aspect négatif, tourné vers la mort, la destruction, l'irréel, possède en soi une signification dont tout franc­maçon doit être pénétré : aucune chose n'est bonne ou mauvaise en soi. Seul, l'homme, le bâtisseur, par l'usage qu'il en fait, rend la chose bonne ou mauvaise.

Tous les symboles sont ambivalents. Ils existent parce qu'ils permettent justement de vivre la notion de totalité qui contient tous les contraires. Cette méditation sur le sel et le soufre doit conduire le franc-maçon à prendre conscience de l'importance de ses actes : le franc-maçon peut-être défini comme un homme responsable.

LE SABLIER

Parmi tous les objets du cabinet de réflexion, le sablier est le seul dont le sens apparaît clairement au non initié.

En effet, bien qu'il ne soit plus couramment utilisé, le sablier est un objet connu et intégré parmi les figures familières qui composent le bagage culturel de monsieur Tout le Monde. II évoque la fuite du temps. Tout naturellement, sans effort, le récipien­daire comprend que la présence du sablier l'invite à méditer sur la fuite du temps, l'éphémère, et de là, à la vanité, etc... Toutes les extrapolations effectuées à partir de la notion d'éphémère conduisent à une prise de conscience à la fois douloureuse et enri­chissante.

Mais le sablier signifie également bien autre chose. Son symbolisme est très riche. Ainsi, le fait qu'il se retourne nous conduit à l'idée du renversement du temps et du retour aux origines.

D'autre part, sa forme en deux vases égaux reliés par un étroit goulot montre l'analogie entre le haut et le bas. II y a passage du haut vers le bas, par l'attraction. Si on le renverse, le bas devient le haut et le haut devient le bas et pour assurer la continuité de ce passage, il faut l'intervention humaine, expres­sion de la volonté humaine de changer le cours des choses, voire de le renverser. Mais cette volonté tient compte de la loi de la gravitation.

Cette loi, l'homme né peut la transformer. II peut retourner le sablier mais il ne peut pas faire que le sable s'écoule vers le haut. La leçon est claire : nous devons connaître les lois qui régissent le monde et qui sont éternelles. Elles marquent les limites de nos pouvoirs mais en même temps, elles nous aident à changer le cours des événements si nous savons les respecter et bien nous en servir.

Le goulot par lequel les deux vases communiquent évoque la porte étroite qu'il faut traverser pour changer de plan, pour parvenir à un autre monde (un niveau de conscience). Par ce goulot s'effectue l'échange. L'échange évoque également une grande loi de la vie. Tout ce qui vit aspire et respire, c'est-à­dire prend et donne. La vie n'est pas concevable sans l'échange car les deux attributs de la vie, la croissance et la reproduction ont l'échange comme principe. Ce que donne le vase du haut, il le recevra en retour quand il sera en bas et il recevra dans l'exacte mesure où il aura donné. L'initié sait qu'entre lui et la nature d'une part et entre lui et !es autres hommes d'autre part s'établissent néces­sairement des relations fondées sur l'échange. La qualité de sa vie dépend de la qualité de ce qu'il donne et par conséquent de ce qu'il reçoit.

LE PAIN

Le pain est la nourriture essentielle. II rappelle que le corps a besoin de force. L'initié ne néglige pas les nourritures terrestres, mais il sait qu'elles ne sont pas une fin en soi. De nombreux écrits tradi­tionnels insistent sur cette vérité élémentaire, ainsi le talmud précise : Sans farine, pas de connais­sance et sans connaissance, pas de farine ». D'une manière aussi concise que possible, cela veut dire que l'esprit ne peut accomplir ses fonctions que si le corps est satisfait et que, d'autre part, le corps ne trouvera matière à être satisfait que si l'esprit accomplit ses fonctions. Au plan délibérément aussi « terre à terre » que possible, cela veut dire que la nourriture s'obtient grâce à un certain savoir acquis (technique, ingéniosité, travail) et que le savoir, ne peut se développer que si la nourriture est assurée.

Le pain, fait de farine, est le premier et principal aliment cuit dans la société agricole. L'agriculture, par rapport au nomadisme, représente pour la société antique, la grande révolution qui a permis l'élabora­tion de la civilisation telle que nous la vivons. Le nomade, ayant observé les propriétés fécondantes des excréments animaux, a eu l'idée de les mélanger à la terre et de semer des graines. De là, un boule­versement considérable dans les manières de vivre et aussi une amélioration de la vie par une sécurité plus grande.

Dans la société agricole, le travail est valorisé car il devient absolument nécessaire et une éthique s'élabore à partir d'extrapolations fondées sur les opérations d'ensemencement et de récoltes. Les totems tribaux deviennent des dieux ayant une fonc­tion précise à remplir afin d'assurer une bonne récolte. Les dieux, comme les hommes, ne peuvent plus rester oisifs et contemplatifs. Ils s'organisent, comme les hommes, en société hiérarchisée. L'idée du mono­théisme sortira plus tard, à partir de l'idée du pouvoir central et absolu, idée devenue possible à cause de l'existence d'une hiérarchie.

Le pain est donc le symbole de la grande révolution agricole à partir de laquelle se sont élaborés les mythes et les valeurs morales et traditionnelles que les francs-maçons cultivent aujourd'hui, reconnaissant en eux le a levain » nécessaire au progrès et au bonheur des hommes.

Le pain est un aliment cuit et cela est lourd de signification. Le froment, abandonné au processus naturel, pourrit. L'intervention humaine le soustrait au` processus naturel et le situe dans un nouveau processus élaboré exclusivement par l'homme, dont ;la finalité est l'état d'aliment cuit. Produit du travail, fruit de la révolution agricole, le pain est aussi lé témoignage de l'action de l'homme sur la nature. II est le résultat d'une création réalisée grâce au travail, à l'observation, à l'ingéniosité. II implique également la maîtrise du feu. Peut-être est-ce pour ces raisons que le pain a été valorisé, voire sacralisé dans de nombreuses religions. Dans le christianisme, le pain, nourriture matérielle est symbole de nourriture spi­rituelle. II est associé au vin pour représenter la totalité divine. La tradition chrétienne précise que le pain est associé aux « petits mystères » et le vin aux « grands mystères ». Cette idée est à rapprocher des miracles accomplis par Jésus-Christ avec le pain et le vin : la multiplication des pains est un miracle qui engage l'idée de quantité tandis que la transfor­mation de l'eau en vin est un miracle qui engage l'idée de qualité.

Lorsqu'il est associé à l'eau, comme c'est le cas dans le cabinet de réflexion, il exprime, dans le contexte de notre culture occidentale, l'idée d'ascèse, de privation, de renonciation. Le pain et l'eau consti­tuent la nourriture de l'ermite, strict nécessaire qui lui permet de survivre. Le pain et l'eau, c'est le repas sans le plaisir. L'idée de la substance utile, retran­chée de l'agréable est figurée par cet accouplement du pain et de l'eau. L'ermite qui exprime ainsi son mépris des plaisirs terrestres, le prisonnier qui expie un crime sont souvent associés à la nourriture par le pain et l'eau. S'il fallait interpréter la présence du pain et de l'eau dans le cabinet de réflexion comme une invitation à la mortification, on aurait du mal à concilier cette idée avec la philosophie des rituels de table dont l'importance dans la liturgie et la tradition maçonniques ne sont pas à démontrer. L'ascétisme repose sur une conception du monde qui est fausse et que la tradition maçonnique rejette absolument. Cette fausse conception du monde re- pose sur une opposition entre la matière et l'esprit, entre le corps et l'âme, entre le ciel et la terre, etc..., etc..., alors que la conception du monde conforme à la tradition et la vérité repose sur la notion de complémentarité et d'identité fondamentale entre les aspects multiples de la réalité. C'est cela qu'expri­ment les antiques sentences : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » et « Ce qui différencie le poison du remède n'est pas la nature, mais la dose ». Et si opposition il y a, l'initié les considère comme apparentes seulement et s'attache à les réduire, conformément au but exprimé de la Franc­Maçonnerie : Réunir ce qui est épars.

Aussi, considérer la présence du pain et de l'eau, dans le Cabinet de Réflexion comme invitation à l'ascétisme est un contresens.

Mais compte tenu de la signification du pain que nous avons développé, la présence de l'eau rappelle que la récolte du blé n'est possible que si l'eau féconde la terre. L'idée de complémentarité est donc soulignée dans le symbole du pain car il existe grâce à l'eau, au feu et à l'homme qui a su s'en servir.

L'EAU

Le symbolisme de l'eau dans toutes les civilisations est très riche, non seulement à cause de l'importance de l'eau pour la vie mais aussi à cause de ses multiples aspects : l'eau violente des torrents, l'eau salée et amère des océans, les eaux profondes, etc... Des explications symboliques et des mythes ont fleuri sur chacun de ces aspects. Mais de toute la littérature sacrée que les civilisations les plus diver­ses possèdent sur le thème de l'eau, deux fonctions essentielles se dégagent : la purification et la fécondité.

La Bible écrite sur une terre aride où les sources et les rivières apportent le bien-être et où la pluie est une bénédiction, célèbre l'eau à laquelle on doit la vie. L'eau est une bénédiction. « L'âme cherche son Dieu comme le cerf altéré cherche l'eau " (Psaumes).

Le juste est semblable à l'arbre planté au bord des eaux courantes • (Nombres 24,6). • Dieu est sem­blable à la pluie du printemps et à la rosée qui donne aux fleurs leur croissance = (Osée, 6,3 et 14,6).

L'absence d'eau, le désert, est une punition infligée par Dieu (cf. Jérémie). « L'eau réside dans le coeur du sage ; il est semblable à un puits et à une source • (Proverbes 20,5, l'Ecclésiaste 21,13). Les puits, les sources sont des lieux sacrés auprès desquels naît l'amour et s'amorcent les mariages.

La présence de l'eau dans le Cabinet de Réflexion nous oriente vers l'idée de fécondation. En effet le passage de l'initié dans le Cabinet de réflexion est « L'épreuve de la terre ». L'eau féconde et son asso­ciation avec le pain invite le récipiendaire à réfléchir sur la nature dont il doit connaître les lois pour accomplir son travail.

LE COQ

Le coq est le signe de l'avènement de la lumière initiatique. Ce symbole est dans toutes les civili­sations, lié au soleil et à la lumière, parce que le chant du coq annonce le lever du jour. En Inde, il est l'attribut du SKANDA, qui personnifie l'énergie solaire. Au Japon, c'est le chant du coq qui oblige AMATERASU, déesse du soleil, à quitter la caverne où elle cache ordinairement. C'est pourquoi dans les temples shintoïstes, on entretient des coqs qui circulent en liberté. Le coq apparaît, à côté de Mercure, sur quelques représentations figurées gallo­romaines. On le retrouve aussi sur les monnaies gauloises, mais les romains ont fait un jeu de mot entre gallus = gaulois. C'est l'origine du coq gaulois (1).

Dans la mythologie grecque, le dieu au coq des Crétois, VÉLCHANOS, s'est assimilé à Zeus. Le coq se trouvait auprès de LETO qui, enceinte de Zeus, accoucha d'Apollon et d'Artémis. Aussi, est-il consa­cré à la fois à Zeus, à Leto, à Apollon et à Artémis, c'est-à-dire aux dieux solaires et aux déesses lunaires. Les Vers d'or de Pythagore recommandent : nourris­sez le coq et ne l'immolez pas, car il est consacré

au soleil et à la lune. II est un attribut d'Apollon, le héros du jour qui naît.

Malgré le conseil attribué à Pythagore, un coq était rituellement sacrifié à Asklépios, dieu de la médecine et l'un des fils d'Apollon. Socrate a pratiqué ce sacrifice avant de mourir. Cela signifie que le coq a un rôle de psychopompe : il conduit les âmes des défunts dans ('autre monde, pour que leurs yeux s'ouvrent à une lumière nouvelle. La mort est en effet, une naissance nouvelle. Le cabinet de réflexion, prélude à l'initiation, est, de ce fait, associé à une mort, la mort au monde profane et à une renaissance. C'est pourquoi le coq y a sa place.

Le coq représente le mercure. Cela vient du fait que le coq était consacré à Hermès, que les latins ont traduit en Mercure. Pour -les hermétistes, le Mercure est le principe femelle présent dans tous les corps. II est lié à ce qui est volatil et inflammable.

LA FAUX

La faux, instrument qui sert aux agriculteurs à couper le blé ou des herbes, est une allégorie de la mort. La faux égalise tout ce qui vit car la mort est le lot de tous. C'est seulement à partir du XV° siècle que la faux apparaît entre les mains du squelette pour signifier l'inexorable égalisatrice. A ce niveau, il s'agit plus d'une allégorie que d'un symbole. Au plan symbolique, on peut l'associer à la moisson. Le moissonneur tranche le blé qu'il a semé et entre­tenu. II touche la récompense de son travail. La mort du végétal est source de vie pour le règne animal. II y a là une mine de réflexions enrichissantes.

LE CRANE

Symbole de la mortalité humaine, le crâne est aussi le symbole de ce qui survit après la mort. Réceptacle de la vie à son plus haut niveau, le crâne est le trophée par excellence, dans les sociétés antiques. Posséder le crâne de l'ennemi, c'est posséder ce qu'il y a de meilleur en lui-même, c'est s'approprier son esprit, son âme, son principe vital. Les celtes possédaient de nombreux sanctuaires de crânes. Tite Live raconte que les Gaulois, s'étant emparés du consul romain Postumius, firent de son crâne un vase sacré pour offrir des libations pendant les fêtes. II faut mentionner cela parce que de telles notions vivent encore aujourd'hui dans notre être profond.

On a vu en effet, il y a moins de deux cent ans, des hommes planter les têtes de leurs ennemis sur des piques et les promener joyeusement en pro­cession, recréant instinctivement les antiques litur­gies de la victoire. Aujourd'hui encore, dans un pays hautement civilisé, on tue les ennemis de la société au cours d'une cérémonie à l'issue de laquelle la tête est séparée du tronc.

La possession d'une tête est vécue comme le signe d'une victoire. Y a-t-il une relation entre ce phéno­mène de la psychologie humaine et la présence d'un crâne dans le Cabinet de Réflexion ? A première vue, non, parce que ce crâne, parfaitement anonyme, n'est pas celui d'un ennemi. II est là, pour nous rappeler notre avenir et aussi pour montrer ce qui reste, au plan concret, de nos prédécesseurs. A ce niveau d'interprétation, nous découvrons que l'homme ne dépasse sa mortalité que par lés fruits de son travail. De lui personnellement, il ne reste rien qu'un tas d'os, état encore transitoire d'ailleurs, en atten­dant la fusion parfaite avec la terre.

Sans enlever à cette interprétation aucune valeur, .encore qu'elle nous semble insuffisante pour stimuler une réflexion féconde qui s'élève ' un peu au-dessus des évidences primaires, nous pouvons voir les choses différemment.

Nous constatons d'une part, que pour représenter la mort, les hommes ont créé de très nombreuses allégories dont certaines sont bien plus impression­nantes que le crâne et d'autre part, que partout et en tous temps, l'exposition d'un crâne, humain ou animal, est associé à l'idée d'appropriation de la vie (de l'élan vital): Qu'on le veuille ou non, le crâne est toujours un trophée, c'est-à-dire, la marque d'une victoire, à partir du moment où il est exposé dans un lieu habité, même s'il est considéré comme un simple élément décoratif.

Cette observation fondée sur les acquis de l'an­thropologie peut nous aider à découvrir les signi­fications symboliques du crâne dans le Cabinet de Réflexion. L'initié, invité à descendre en lui-même, ne peut se livrer sans danger à l'introspection. seul et sans connaissances précises, ses efforts provo­queraient inexorablement chez lui des déséquilibres fâcheux. Mais il est guidé et soutenu par un monde . de symboles. Le Cabinet de Réflexion lui en donne une première image.

Cette image est une construction de l'esprit, fécondée par les initiés qui l'ont précédé. Le crâne (qu'il aura d'ailleurs sous les yeux toute sa vie car il le retrouvera sur la chaire du vénérable, dans la loge), représente l'énergie vitale, la pensée, la psyché de ses anciens. II est un élève et son maître est là, sous les yeux. L'élève interroge et le maître répond et ainsi la connaissance se transmet. Si on voit dans l'interrogation la démarche conquérante de l'esprit, la relation maître-élève ne ressemble-t-elle pas un peu à un combat au terme duquel l'élève devient le maître ?

Le crâne est là pour signifier que l'apprenti s'ap­propriera la pensée et l'expérience de ses anciens. Le rôle et la justification de ces derniers consistent à transmettre et par conséquent, à donner ce qu'ils ont de plus précieux, leur vie. On retrouve comme une constante, dans la symbolique maçonnique et dans les antiques mystères, l'idée de mort et de renaissance par l'identification de l'élève au maître qui a consenti le sacrifice suprême. L'apprenti maçon aura plus tard d'autres occasions de méditer sur ce " schéma".

Un autre plan de méditation est fourni par l'idée selon Laquelle l'homme est un microcosme. Ce qui est en haut étant comme ce qui est en bas (La table d'émeraude), on n'en déduit que toute partie du réel contient tous les éléments du réel et qu'il y a en l'homme tout ce qui existe dans l'univers. Par consé­quent, la connaissance de soi est une voie vers la connaissance objective.

Dans cette perspective fondée sur l'analogie homme-microcosme et cosmos-macrocosme, le crâne, sommet du squelette, représente la voûte céleste. Cette analogie est illustrée par de très nombreuses légendes européennes et asiatiques et on peut donc la considérer comme nécessaire à la vie spirituelle. Dans un texte Islandais, le Grimnismâl, le crâne du géant Ymir devient à sa mort la voûte du ciel. Selon cette même loi d'analogie, les yeux représentent le soleil et la lune et le cerveau les nuages, etc...

Ces analogies sont-elles enrichissantes pour l'es­prit ? certainement pas si on y croit à la lettre, mais le fait qu'elles aient été formulées mérite qu'on s'y arrête car, si on les expurge de leurs développe­ments naïfs, on aperçoit une vérité importante qui est celle-ci : Dans l'univers, tout est lié et tout obéit aux mêmes lois.

On constate que ce schéma a analogique n qui peut faire sourire certains a été un point de départ qui a permis à l'homme de poser le principe essentiel de la science, principe grâce auquel il a pu accomplir des progrès prodigieux dans la connaissance objec­tive, et qui est le suivant : « les mêmes causes produisent partout les mêmes effets ».

(1) II faut préciser en passant que le coq n'est devenu l'emblème de la France que depuis un siècle environ.

Source : www.ledifice.net

Par C\ T\ (Par) - Publié dans : Planches
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