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Hauts Grades

Le Christianisme Primitif

12 Novembre 2012 , Rédigé par J.E. M. Publié dans #Planches

Honoré de Balzac, fort judicieusement nous prévient qu’il y a deux Histoires : « l’histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne ; puis l’histoire secrète où sont les véritables causes des événements ».

Première interrogation qui se pose à l’esprit pour nous : qui est ce Christ à qui l’on donne le nom de Messie, d’Agneau de Dieu, de Parole, d’Oint, de Fils de Dieu, de Fils de David, de Roi des Juifs, et autres ! Il nous est présenté au travers 4 Evangiles qui ne permettent pas de bien cerner le personnage ! Des différences, des contradictions flagrantes peuvent y être relevées! Par exemple selon deux Evangiles, Jésus serait né à Bethléem, et selon deux autres à Nazareth, si j’ose dire ceci n’est qu’un détail! A décharge de ce flou, les Evangiles n’ont pas été écrits par des témoins directs, leurs auteurs n’ont fait que rapporter des « on dit », des suppositions, des légendes qui se sont créés autour d’un personnage central : Jésus. Voici une chronologie approximative des Evangiles : l’Evangile de Marc aurait été rédigé en 70, celui de Luc en 80, de Matthieu vers 90, et celui de Jean, le plus théologique de tous vers 110. Son Apocalypse peut-être considérée comme un best seller ! Rien n’indique que Jean soit vraiment l’auteur des écrits qui lui sont prêtés, son entourage, pouvant les avoir écrits après sa mort. Renan comptera pas moins de 15 Apocalypses parvenues jusqu’à nous et dans lesquelles on retrouve « un mélange disparate des plus crasses superstitions de tous les pays accepté sans examen, et complété par de pieuses fraudes… ».

La réalité charnelle du Christ: Flavius Josèphe juif romanisé parle à plusieurs reprises d’un personnage qu’il appelle le « Thaumaturge », mais s’agit-il bien là du Christ, jamais il en appelle au nom de Jésus. Flavius, précisons le ici est un historien né vers 37, mort vers 100, ce qu’il rapporte de son époque permet de connaître l’univers historique et culturel des toutes premières communautés chrétiennes. De 19 ans à 26 ans il va résider à Jérusalem, puis il se fixera à Rome. Il est « l’échotier » d’un « ensemble de traditions, de récits, de légendes dans lesquels puiseront s’est avéré les rédacteurs des Evangiles ». Que dit le Sanhédrin, l’Assemblée du peuple juif qui a entre autre tâche de reconnaître officiellement les vrais prophètes, de débusquer les imposteurs, il parle bien d’un homme, qui se dit, « Jésus le Messie », sans plus. Si Jésus s’était profilé comme étant vraiment le Messie qu’annonçaient les Prophètes, pourquoi les Juifs ne l’auraient-ils pas reconnu, et accueilli?

Mettons de côté tous ce qui vient d’être dit avant d’aller plus avant, et faisons déjà une synthèse sur laquelle tout le monde devrait être d’accord : le Christianisme est né d’une expérience collective. « Il est une création dans l’infini, une théologie neuve, un ensemble de visions, d’oracles et de délires sacrés ».

Le Christ… « Alors parut un homme, s’il est permis de l’appeler homme. Sa nature et son extérieur étaient d’un homme, mais son apparence plus qu’humaine, et ses œuvres divines : il accomplissait des miracles étonnants et puissants. Aussi ne puis-je l’appeler homme. D’autre part, en considérant la commune nature, je ne l’appellerai pas non plus ange. Et tout ce qu’il faisait, par une certaine force invisible, il le faisait par la parole et le commandement. Les uns disaient de lui : « c’est notre premier législateur qui est ressuscité des morts et qui fait paraître beaucoup de guérisons et de preuve de son savoir. D’autres le croyaient envoyé de Dieu. Mais il s’opposait en bien des choses à la Loi et n’observait pas le sabbat selon la coutume des ancêtres…Un grand nombre de gens se rassemblaient autour de lui. […] Christos c’est lui ». Cette relation serait une indication précieuse en faveur de l’existence de Jésus si ce texte n’avait été presque sûrement rédigé tardivement par des moines chrétiens.

Ne soyons pas déstabilisés, reprenons le cours d’une très belle histoire :

A la mort de Jésus, au lieu de se cacher, de se disperser, de fuir, les disciples se regroupent à Jérusalem avec ceux qui ont été témoins des manifestations du Seigneur ressuscité. Les disciples prêchent avec enthousiasme, un enthousiasme qui n’est pas sans déranger ! Cette communauté hétéroclite qui a à sa tête Jacques va rapidement s’accroître de Juifs qu’on appelle « hellénistes », ils sont originaires du monde gréco-romain, donc, ils sont d’une autre culture, leur langue est le grec, ce qui ne va pas faciliter les rapports, le groupe va se déchirer, la fraction « hébreux » s’oppose aux « hellénistes » dont Etienne est le chef, on murmure qu’il accomplit des « prodiges et des signes remarquables parmi le peuple », ses ennemis vont l’accuser de quatre blasphèmes : contre Dieu, contre Moïse, contre la Loi et contre le Temple de Jérusalem, les docteurs de la Loi le condamnent à mort son exécution en 37 va provoquer à l’intérieur du mouvement une scission irrémédiable. Sera à son tour exécuté Jacques, en 43, Pierre est arrêté. À en croire les « Actes des Apôtres » Saül, un Juif de Tarse, « l’avorton, le dernier des derniers » comme il se nomme lui-même va bouleverser toutes les donnes ; il aurait participé avance t-on à la lapidation d’Etienne… ou du moins l’aurait approuvée. A la suite de ces persécutions la communauté des « frères » se disperse « jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes I, 8) ce qui va positivement engendrer le développement d’une activité missionnaire, en Judée et en Samarie

Le « Christianisme Primitif », mais ne devrait-on pas dire plutôt « les Christianismes Primitifs », donnent l’impression à l’observateur superficiel d’être apparus simultanément en des régions très diverses, il n’en est rien, ils se sont mis en place par étapes, en ordre dispersé: églises araméennes, syriennes, romaines et d’autres. Le « Christianisme Primitif » avec ses variantes débute à la période, oui… à la période où vivaient encore les apôtres, c'est-à-dire à peu près vers la fin du Ier siècle et il se terminera au VI siècle quand sa doctrine unique aura été fixée par les Pères de l’Eglise, lors des Conciles de Nicée et de Constantinople, dans la plus grande discorde, confusion, et luttes politiques sous la houlette des empereurs ! (Constantinople : Charlemagne). Faire remonter le christianisme primitif au Christ voilà qui apparaît couler de source… et bien rien n’est moins évident… car en fait il n’existe aucun élément pouvant infirmer ou confirmer que Jésus de Nazareth, ou de Bethléem ait eu la volonté de fonder, de propager une nouvelle religion ayant dessein de supplanter les diverses courants « païens » existants. Ce point de départ fixé à Jésus est purement une affirmation dogmatique.

Historiquement il n’y a pas émergence d’une « Eglise primitive monobloc » sortie miraculeusement d’un bénitier! Le christianisme émerge au milieu de gens ouverts au surnaturel, et qui sont en quête de valeurs spirituelles, c’est certain. Des familles entières vont se tourner vers Celui qui est vu comme un Messie, leurs maisons deviennent des havres d’accueil pour les « frères », deviennent des espaces de prédications, des lieux de rassemblements. Ces petites communautés éparpillées ne s’unissent que lentement au travers de nombreuses épreuves, elles doivent pour survivre dans la durée s’organiser, se structurer, lutter. Au sein de ces groupes plus ou moins importants il y a des querelles de famille ! Des orientations contradictoires vont poindre, elles se formaliseront dans un mélange de croyances diverses, d’interprétations personnelles, ce mixage va forcément conduire à des déviances. Les auteurs de ces déviances seront désignés plus tard par les Saintes Ecritures comme des « faux frères « s’introduisant dans le ministère sans avoir reçu un appel Divin ». Pierre met en garde les croyants « contre ces loups cruels qui introduisent furtivement des enseignements de perdition » (2 Pier. 2.1-3) Jude s’exprime également sur ces faux frères: « Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré ». Jean (1.2 19) : « Les faux frères ont faussé la Parole, ceux qui se sont trompés ont conduit dans l’erreur ». « Ils sont sortis du milieu de nous, car ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous». Ces citations mettent bien en exergue les luttes souterraines qui dès le 1er siècle et à fortiori au 2ème siècle émergent, on voit clairement que de l’organisme divin de l’Eglise primitive, le pas vers l’organisation humaine est fait ! Les Eglises du IIe siècle auront à lutter, non seulement contre les attaques des païens mais devront aussi faire face à des déformations de la foi apostolique : Ebionisme, Gnosticisme, surtout, Montanisme, on peut allonger la liste. Mais arrêtons nous brièvement sur l’Ebonisme, son influence va s’étendre sur un vaste territoire : Egypte, Moyen-Orient. Composé de nombreuses communautés qui se développent aux frontières orientales de l’Empire Romain, l’Ebonisme nous est connu grâce à Irénée, à Origène et surtout grâce à Epiphane. Ce mouvement ultra-judaïsant s’appuie sur des écrits attribués à Matthieu. Son centre se situe à Pella. L’héritage juif y est omni présent. Les Ebonites considèrent Jésus comme un prophète, dont le rôle a été d’enseigner, non de sauver, il se situe pour eux dans la lignée des prophètes de la Torah. Les adeptes de l’Ebonisme repousseront l’enseignement de Paul, jugé trop libéral, marginal, ils le traitent d’apostat. Parmi les ébonites, se dessinera une mouvance « essénienne », probablement issue de la fusion des nazaréens avec les derniers esséniens de Jean Baptiste. Eux insistent sur la mission cosmique de Jésus plutôt que sur son ministère terrestre d’enseigner.

Ces communautés, dans leur diversité et malgré leurs dissensions n’en apparaissent pas moins aux yeux du petit peuple comme particulièrement ferventes, la bénédiction de Dieu les accompagne avant tout. Tout en participant à la vie sociale, les chrétiens acquièrent le sentiment qu’ils ont une vie qui leur est propre. Les « Actes » désigne leurs réunions par le mot « ecclésia »qui signifie en grec « assemblée officielle ». Ces réunions se tiennent la nuit, ce qui n’est pas sans éveiller forcément les curiosités. D’ouverture, cette « Eglise » embryonnaire ne comporte aucun dignitaire, du moins au sens où nous l’entendons aujourd’hui, sa « hiérarchie dirigeante » est constituée, de chefs de familles reconnus intègres, ils accomplissent leur ministère sous la direction et l’inspiration du Saint Esprit. Les tâches pratiques sont assumées par ceux qu’on appelle des « diacres », ils doivent être mariés afin de mieux comprendre et d’aider les couples en difficulté… cette obligation est amusante ! La diffusion du message christique est d’abord verbale, les écrits ne circuleront que tardivement. Le premier témoignage de leur circulation se situe en 140 quand Marcion, fils de l’évêque de Sinope arrive à Rome, porteur des lettres de Paul qui sont datées de 50. Ouvrons une parenthèse : Marcion est le seul personnage qui aurait pu donner certainement une inflexion autre que celle que nous connaissons à l’Eglise. Pour lui, le sang du Christ a été versé non pas pour racheter l’homme pécheur et le réconcilier avec Dieu, mais pour le soustraire au Dieu de ce Monde qu’est Yahvé. Sans craindre les foudres il dira: « Le dieu de l’Ancien Testament est un faux dieu violent, un démiurge responsable de la partie matérielle de la création ». Il est capital pour Marcion de rejeter l’Ancien Testament : l’Alliance avec Israël n’a jamais existé. Le corpus d’écritures qu’il apporte, les lettres de Paul dont il est le porteur dépeignent un Dieu spirituel d’amour et de paix. Cette prise de position le fait tout naturellement condamner, Marcion, est taxé d’extrémiste, voir d’anti-sémite. Comme hérétique il est excommunié en 144 sous le pontificat de Pie 1er. Les Eglises étant encore indépendantes administrativement les unes des autres à cette époque cette excommunication n’est valable que pour Rome. De retour dans sa province il fondera sa propre église marcionite. L’acte fondateur du Christianisme s’impose définitivement avec Origène (185-254), instigateur d’une vision personnelle, spirituelle de la Bible. Il considère que certains passages de la Bible sont indignes d’un Dieu d’amour s’ils devaient être pris à la lettre. Dans son ouvrage « De principiis » il affirme : « Yaveh est bon, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, a lui-même donné la loi, les prophètes et les évangiles, lui qui est le Dieu tant des apôtres que de l’Ancien et du Nouveau Testament ».

On peut citer aussi au IIe siècle un autre groupe dissident important qui s’est formé autour d’un certain Montanus, qui prétendait que le Christ s’exprimait à travers lui; le montanisme connaîtra un certain succès en Asie Mineure. On possède très peu de renseignements en fait sur le personnage, on sait seulement que c’était un païen converti au christianisme Didyme (de Thomas), qu’il fut évêque, excommunié, et qu’il n’en demeura pas moins affirmé comme l’un des « Pères de l’Eglise » ! Ce qu’on peut dire sans risque de se tromper c’est que le christianisme primitif s’est développé dans le vaste Empire romain relativement rapidement, à Rome, en 42 on aurait compté déjà plusieurs dizaines de baptisés, Suétone mentionnera, lui, la présence de chrétiens dans la communauté juive en 49. Cette « conquête » pacifique s’est d’abord déroulée dans l’indifférence des autorités, parce que ce christianisme n’est qu’une secte qui se développe loin de Rome. Durant les premières décades de son histoire cette secte ne constituera pas pour l’Empire une réalité sociologique d’une ampleur suffisante pour poser problèmes, le Pouvoir ne soupçonne pas encore ce qu’il est, et qu’il faut bien appeler : « une puissance révolutionnaire ». C’est sous Néron que les choses commenceront à vaciller, Tacite rapporte que les Chrétiens se voient désignés comme les incendiaires de Rome, d’avoir des mœurs inhumaines, c’est la répression, on arrête ceux qui confessent leur foi, ils sont soumis aux tortures les plus raffinées et les plus radicales, nous sommes en 64; c’est Tacite vers 116 qui fera état de cette épisode tragique. Vers 90 Epictète dit connaître un groupe d’hommes et de femmes qu’il nomme « Galiléens » et qui sont prêts à mourir pour leur foi. Ils disent que ne peuvent être chrétiens que ceux qui acceptent de parcourir totalement le même chemin que Jésus. L’expansion pacifique du Christianisme aurait pu se poursuivre si les juifs « intégristes », n’avaient pas désigné les chrétiens comme des dissidents, « apostats et traîtres », et mis l’accent sur leur particularisme. Il faudra l’année 112 pour qu’une lettre de Pline le Jeune alors gouverneur de Bithynie, adressée à l’empereur Trajan pose en terme explicite la question de la présence chrétienne dans l’Empire, il parle d’eux comme de gens qui animent des sociétés secrètes, et qu’ils sont peu loyale à l’Empire. En 177, sous Marc Aurèle ce sera l’atroce hécatombe des martyrs de Lyon. Au début du IVe siècle, le christianisme suscitera une telle agitation sur le territoire qu’il deviendra impératif pour Rome soit de l’éliminer, soit de le reconnaître ! L’empereur Dioclétien (245-313) qui se disait être l’incarnation de Jupiter, père de tous les dieux tentera vainement de l’éradiquer ; en finalité l’empereur Constantin le reconnaîtra pour religion officielle, ce qui est curieux, car le christianisme jusqu’à fin du IVe siècle est encore minoritaire dans la « bonne société ». Bien que cela ne soit pas exact, la Tradition chrétienne présente l’Empereur Domitien (51-96) comme le deuxième empereur en cruauté qui persécuta l’Eglise, le premier étant Lucius Domitius Ahenobarbus dit Néron que l’abréviateur païen Festus présente comme l’empereur le plus haïssable qu’ait eu à supporter Rome! Saint Augustin affirmera qu’il atteignit le sommet de la cruauté.

Un « drôle d’apôtre », si vous me permettez cette expression: Saul de Tarse, juif de la diaspora anatolienne, pharisien et spécialiste de la Torah, né vers 10, que nous avons entrevu, se mit au service de Rome, une sinistre réputation s’attachait au personnage : « il ravageait l’Eglise, il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les jetait en prison ». Converti, Paul aura du mal à « ses débuts » à rencontrer des chrétiens qui ont encore peur de lui! Il va se revendiquer comme l’un des apôtres de Jésus qui, deux années après sa résurrection lui serait apparue alors qu’il se rendait à Damas. Il se perçoit alors comme « l’instrument » désigné par Dieu pour porter la parole du Christ aux judéo-chrétiens, et à ceux qu’on appellera les Gentils. Pourtant il y a une différence qui est observable entre le « Jésus de Paul » et celui dont il sera question dans les Evangiles. Le Jésus qu’il dit lui être apparu l’amène à une réflexion des plus personnelles plus qu’il n’en répercute fidèlement le message direct, c'est-à-dire qu’il ne s’arrête pas à ce qu’a pu dire Jésus, ce qu’ont pu dire les Apôtres il prend le pas sur eux! Il ne répète pas que le Royaume de Dieu est proche, il centre son message sur un Dieu qui est intervenu en Jésus par pure grâce. Son emprise, son autorité sur un mouvement qu’il a découvert le fera considérer par certains comme le fondateur du Christianisme, historiquement, il est surtout le premier théologien chrétien. Il va voyager, malgré les dangers que cela représente à l’époque, il marche inlassablement, ses premiers prêches dans les synagogues font grand bruit, des émeutes éclatent, il goûte souvent au cachot, 2 ans à Césarée, il finira décapité à Rome. Il écrit aux communautés des lettres, les « épître »s, qui appartiennent au Nouveau Testament. Dans l’épître aux Galates (3, 28), il dit : « Vous tous baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ, il n’y a ni juif ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni mâle ni femelle, car tous vous ne faîtes qu’un dans le Christ Jésus », voilà qui fait fermentation ! Dans ses épîtres il insiste sur le fait qu’il faut croire à la résurrection pour être sauvé. Dans le kérygme, qui est la profession de foi condensée, fondamentale, des premiers chrétiens, et qui n’est surtout pas un dogme, la révélation n’y étant pas close, Paul dit aux Corinthiens: « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide comme votre foi » . Cette foi dont il est question sera peu à peu précisée quand les chrétiens en auront rassemblé les principaux composants dans le Credo des Conciles de Nicée et de Constantinople, appelé également « Symbole des Apôtres »

Paul, même s’il n’est pas « l’inventeur du Christianisme » joue un rôle essentiel dans son expansion qui va prendre un style qu’on qualifiera de « paulinien ». Son message présente une nouvelle conception de Dieu: « Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse, mais nous, nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folies pour les païens », et Paul affirme, réaffirme que seul la foi sauve, « Dieu a passé contrat avec les hommes, ne les sauve que dans la mesure où ils respectent la Loi », Dieu est l’otage en quelque sorte de la fidélité de son peuple ! C’est la liberté de Dieu, par l’effet de sa grâce, de prendre l’initiative de sauver l’homme. Ce salut est accordé à tous les hommes croyants, et non aux seuls Juifs. Pour Paul, un Christianisme universel, doit se magnifier dans le stricte Evénement de la Résurrection, un Evénement qui ne requiert, et c’est capital dans son message, aucune preuve, qui n’en appelle qu’à la seule conviction individuelle. C’est au nom de cette conception que Paul, devient dissident, à la fois de la religion juive, et… des Chrétiens ! Il utilisera deux schémas de prédications, soit qu’il s’adresse aux Juifs soit qu’il s’adresse à des Grecs convertis. Pour les Judéo-chrétiens son prêche repose sur une relecture de l’histoire d’Israël, pour ceux qui ne fréquentent pas les synagogues, il leur donne pour devoir de rencontrer le vrai Dieu, sans… l’aide de la Loi. Les judéo-chrétiens deviendront finalement minoritaires, et leur influence ira en s’estompant.

L’hétéroclite et fragile communauté Judéo-chrétienne de Jérusalem sera d’abord dirigée par Pierre, puis par Jacques, elle refusera de reconnaître les Epîtres de Paul. Par delà les luttes d’influences, cette communauté s’affirmera avant tout comme voulant répandre la parole de Jésus, son message se voudra être l’expression d’un mouvement de pensée perpétuant la promesse de Dieu faite à Abraham, Isaac et Jacob, et puis le Christ n’a-t-il pas dit : « Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir ».

D’Antioche sur l’Oronte parviendra à Jérusalem une rumeur qui se trouve rapidement confirmée, et qui va fortifier les discordes : les non juifs chrétiens sont dispensés de suivre la Loi, c'est-à-dire qu’ils sont soustraits à l’obligation de la circoncision. Les judaïsants qui voulaient être au Christ, et en même temps observer la Loi et les Coutumes crient au scandale, à la trahison. En Judée les chrétiens vont se heurter violemment aux adeptes de la Loi de Moïse comme l’attestent la présence d’ossuaires portant des graffiti qui mentionnent le nom de Jésus. En 62 le grand prêtre de Jérusalem déclenche une vague de répression contre les chrétiens, il en résulte chez les « Hellénistes » particulièrement visés : pauvreté. Pour ne pas créer une sous-division au sein de l’Eglise les Apôtres élisent « sept hommes de bonne réputation, remplis de l’Esprit et de sagesse » afin d’accomplir le devoir de l’assistance. On connaît leur nom, il s’agit d’Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas.

Les Judéo-chrétiens et chrétiens se sont implantés en 40, à Antioche de Syrie, à Corinthe, à Ephèse. C’est à Antioche qu’est rattaché un évènement décisif qui va déterminer l’avenir de la communauté des disciples, pour la première fois Luc l’auteur des Actes va employer le mot ÉGLISE. Un problème crucial va alors se poser : des juifs et des « païens » peuvent-ils cohabiter sans heurt dans cette Eglise ? Ceux qu’on appellera les « Gentils » vont devenir rapidement plus nombreux que les judéo-chrétiens, ils vont s’imposer, dicter leur loi: « que ceux qui ne veulent de leur Eglise se retirent! » En 49, ou 50 une Assemblée, plus qu’un Concile se tient à Jérusalem pour tenter de résoudre la question épineuse de la cohabitation. A ce Concile, entre guillemets on va également tenter de mettre en place pour cette Eglise un modèle d’autorité hiérarchisée, qui n’aura pas la rigidité que nous lui connaissons aujourd’hui. Si les termes d’évêque, de diacre apparaissent, ils sont interchangeables, le mot prêtre n’apparaît pas encore, l’évêque est avant tout un surveillant. Tout cela ne prendra réellement forme qu’au III siècle. Donc, à ce Concile, avant tout, il s’agit de savoir s’il faut être juif pour devenir chrétien, si la circoncision et les tabous alimentaires demeurent obligatoires. Paul sur ces questions s’est démarqué nous l’avons vu, pour lui, pour être chrétien il faut seulement une conversion intérieure et le baptême, il s’est opposé à Pierre, porte-parole des disciples, et à Jacques sur le sujet !

Paul passe, pour beaucoup être l’inventeur du Christianisme, du sien ! Le Christianisme n’a pas de fondateur au sens strict, il ressort plutôt d’une création collective et progressive qui s’est étalée sur près de deux siècles, qui a pour point de départ la destruction du Temple de Jérusalem en 70 par les troupes de Titus ; défaite qui porta un coup très sévère à toutes les communautés. La communauté juive inquiète de la tournure des évènements à la suite de ce désastre fonde son espoir dans la venue imminente d’un Messie qui chassera l’envahisseur et rétablira Israël dans ses frontières. Rome refuse aux Juifs que soit reconstruit le Temple de Jérusalem, les romains veulent faire de la ville un lieu consacré à Jupiter. A l’injure qui leur est faite les Juifs se révoltent et triomphent un bref moment sous la conduite d’un rabbin, Bar-Kosiva. Les Judéo-chrétiens fondent quant à eux leur espoir dans le retour du Christ, cet espoir va cimenter leur Eglise. Ils répètent qu’ils ont reçu le don de « l’Esprit Saint » promis par Jésus, des non juifs les rejoignent.

Ce qui va parachever la rupture des relations entre Judéo-chrétiens et Chrétiens c’est l’expulsion des lieux de culte ceux qui veulent continuer à appliquer la Loi. Cette rupture fondamentale amène les Chrétiens à se dégager du particularisme juif, elle va leur ouvrir des horizons plus larges que ceux focalisés sur une Terre Promise, et d’accomplir sous l’impulsion de Paul une destinée triomphale.

L’Histoire du Christianisme va se raccrocher aux « Actes des Apôtres » souvent remaniés, faut-il le dire, ils invitent à suivre l’expansion du christianisme qui est avant tout « œuvre de l’Esprit ». Malheureusement ces Actes ne recouvrent qu’une partie des premiers balbutiements de l’Histoire du Christianisme Primitif. Les divers autres documents qui ont fini par être tenus pour vrais sont très souvent, étayés de suppositions, ou trop tardifs, et sont plus ou moins enjolivés! Il faut attendre 1873 (!) pour qu’on découvre dans une bibliothèque de Constantinople un livre, un petit livre titré : « Didachè », ou « Doctrine des 12 Apôtres », sans nom d’auteur, probablement ayant vécu à la charnière du 1er et du IIe siècle. Le document émane d’une communauté juive convertie au christianisme. Il y est question de la morale chrétienne, du Baptême, de la hiérarchie intercommunautaire et de vie sociale en général. L’auteur insiste sur la charité, l’hospitalité et le secours mutuel qui doivent être pratiqués. Il écrit que l’unité, la sainteté, l’universalité doivent caractériser l’Eglise et que le symbole de cette unité est « le pain rompu ».

Alinéa en forme de doute ! Aujourd’hui, là, de nos jours, les athées ultra rationalistes nient la personnalité du Christ. Au crédit de leurs dires, l’histoire de Jésus n’est consignée ni dans les actes officiels ni dans les annales de l’empire romain. Les Evangiles relatent des évènements qui par leur côté spectaculaire devraient se retrouver, dans les chroniques de l’époque où ils se situent, il n’en est rien, par exemple: le massacre des nouveaux nés sous Erode, l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem, le ciel qui s’assombrit et le rideau du Temple qui se déchire lorsqu’il meurt sur la croix, les flammes qui descendent sur les apôtres, la foule qui « parle en langue » lors de la Pentecôte etc. Rien de cela! Dans ce climat de remise en question, une étrange déclaration, en 1955, le Pape Pie XII devant un Congrès d’historiens déclare que la question de l’existence de Jésus, pour les catholiques, relève de la foi et non de la science, voilà qui peut laisser perplexe ! Il est avancé qu’il ne serait simplement et naturellement que le fils d’un homme et d’une femme, sans intervention de Dieu, se sera l’opinion d’Arius, né en 256, 270, il soutiendra que Jésus était une simple créature tirée du néant n’ayant reçu le privilège d’être le Fils de Dieu que par adoption. Arius fut tout naturellement anathémisé, on pense qu’il mourut empoisonné en 336. Cette théorie eût de si nombreux partisans que « l’Arianisme » faillit de peu l’emporter sur le christianisme ! Une autre hypothèse avancée, c’est celle selon laquelle Jésus serait devenu l’incarnation du Christ, Fils de Dieu qu’au moment de son baptême dans le Jourdain... pour une durée de trois ans. Le Christ est alors le Fils de Dieu, partie intégrante et indissoluble de la Sainte Trinité! Plusieurs éminentes personnalités affirment que les renseignements du Nouveau Testament à propos de la mort et de la résurrection de Jésus. sont tout bonnement des copies d’enseignements venant de ce qu’on a appelé les « religions à mystères ». Il est à noter que le Baptême n’est pas une innovation chrétienne, les disciples se le sont appropriés, en ont fait un geste d’entrée dans la communauté, ils l’ont enrichi par le mystère pascal. Au 1er siècle plusieurs de ces religions à « Mystères » tentaient de s’imposer, elles apparaissaient, disparaissaient, se transformaient, elles tentaient leur chance ! Chacune d’elles étaient construites autour d’un mythe, elles avaient toutes en commun, Mort et Résurrection. Retour à nos sources référents : les « Actes des Apôtres », oeuvre de Luc le compagnon de Paul.

Nouvelle tentative pour trouver le ou les fondateurs de l’Eglise Primitive !

Les « Actes des Apôtres » nous présentent comment l’Eglise primitive a été fondée : d’une manière surnaturelle par l’effusion du Saint Esprit. Dans la relation de sa première prédication, « remplit du Saint Esprit » fondateur, Pierre annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants, faire partie de cette Eglise la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique par immersion dans l’eau, donné, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. Ce baptême doit être accompagné d’une imposition des mains, d’une onction d’huile consacrée et de la remise d’un vêtement blanc. « Dieu seul sauve et ajoute à son Eglise, par le Saint Esprit, ceux qui deviennent croyants ». (Actes 2.47). « Et ceux là devenaient des membres d’un seul corps (1 Cor. 12.13) « Ils étaient munis des dons de l’Esprit ». (Cor. 12.7-11)

Ce qui se colporte sur ce Jésus de Nazareth, Fils de Dieu et Sauveur des hommes n’est pas sans provoquer des remous, des railleries dans une société où domine une culture à la fois raisonneuse et syncrétiste. Des intellectuels comme Cerce dénoncent même le péril que représentent ces fables qui circulent, pour l’ordre public. Autour de Jacques, se regroupent assez nombreux ceux qui veulent rester attachés aux observances juives, en particulier à la circoncision, c’est ce qu’on a appelé le « parti des hébreux » parti soutenu par les Pharisiens. Antioche la libérale se voit mettre au pilori : « En confondant le peuple élu d’Israël dans la tourbe de toute provenance, qui va forcément envahir l’Eglise, les novateurs d’Antioche tournent le dos aux prérogatives défendues par les membres de la communauté mère de Jérusalem », ils y a abandon de leur part du particularisme juif. « Dès lors, coupées des eaux vivantes du grand fleuve chrétien, s’abreuvant bientôt à des sources maléfiques, les communautés demeurées obstinément judéo-chrétiennes furent condamnées à disparaître dans les sables de l’Histoire ».

L’importance de Jérusalem dans l’émergence du christianisme est évidente, c’est la ville centralisatrice où se décident les conditions d’accueil des païens dans la communauté. Tout part et rayonne de Jérusalem. Dans la tradition d’Israël, Jérusalem est présentée d’ailleurs comme le lieu vers lequel monteront les nations aux temps eschatologiques

Qui sont les Apôtres, leur rôle ?! On trouve le mot « Apôtre » dans la Bible grecque des Septante où il a le sens d’« envoyé plénipotentiaire », il désigne les témoins de la résurrection de Jésus ; on retrouve le mot dans l’Evangile de Matthieu (19.28) où là il désigne symboliquement le peuple de la fin des Temps. Paul fera usage de ce titre quand il sera introduit auprès des Apôtres par Barnabé.

La « Bonne Nouvelle », la promesse d’un Royaume de Dieu se répand comme le feu sur herbe sèche, cette « Bonne Nouvelle » désigne un but à poursuivre, un idéal à promouvoir, désigne un bienfait suprême où se résume le don de Dieu ; (Matt.IV,17, VI,10,33). Quels sont les facteurs qui ont favorisé amplement l’expansion du christianisme : sa vocation universelle et œcuménique, la clarté de sa doctrine monothéiste ; l’organisation rigoureuse de ses communautés; une propagande habile, et puis le fait que cette religion bien qu’orientale ait été très ouverte, tout cela attira; une doctrine sociale hardie la rendit très populaire chez les humbles, les démunis. Les « Actes » parlent d’une mise en commun par les « frères », de leurs biens, l’argent était équitablement réparti, un service aux indigents existait. Cette façon de vivre rappelle fortement la communauté de Qumram qui bien que judaïque était en rupture totale avec le judaïsme officiel jugé impur. Juste un mot : le monastère de Qumram se préparait activement à vivre la fin d’un monde corrompu. Jésus fut très certainement admis au noviciat de la secte lequel durait deux ou trois ans. La communauté Esséniennes pratiquaient un culte spirituel, où il y avait le partage du pain, la charité et la solidarité étaient un devoir, les sacrifices sanglants y étaient formellement exclus, contrairement aux hébreux qui se livraient encore à la coutume du sacrifice de la brebis. Pour Luc le partage des biens matériels était un signe d’une vie chrétienne authentique, « les Biens de la Terre sont à la disposition de tous ».

Une colère de regret :

Le Christianisme Primitif s’inscrivit comme une religion des pauvres, de la main tendue. Hélas « ce beau Christianisme » deviendra avec le temps passant une puissance religieuse intolérante, une puissance financière sans partage, une puissance politique impliquée dans les rouages les plus corrompus de l’Histoire avec en toile de fond ses fastes et ses crimes! Cette mise en commun des richesses prônée par les premiers chrétiens a été reprise au XIXème siècle avec les phalanstères ! Engels trace d’ailleurs un parallèle entre la situation de ces premières communautés chrétiennes et celles des communistes de la Première Internationale.

Petites et grandes nouvelles.

Plusieurs sectes à caractère ésotérique, d’inspiration tout à fait, authentiquement chrétiennes émergent dans la confusion au premier siècle et ont pour Maître secret un certain Apollonius de Tyane, on s’est même demandé s’il n’était pas le Christ lui-même ! Les miracles qu’il accomplissait le désignaient, sa vie exemplaire, son enseignement religieux, à la fois populaire et élevé firent une impression profonde sur les foules, alors, confusion sur les personnages ? Il est d’ailleurs tout à fait impensable que les disciples ne l’aient pas rencontré, il enseignait que l’on honore Dieu par la pureté du cœur. On ne peut passer sous silence un autre personnage, contemporain de Jésus, il s’agit de Simon le Magicien dit aussi Simon le Mage, personnage hors du commun, taxé par les Judéo-chrétiens d’hérétique redoutable, il était originaire de Samarie. Souvenons-nous que les Samaritains étaient considérés par les Juifs comme racialement impurs et schismatiques. Il n’hésite pas à se présenter comme la grande Puissance divine en personne, il n’est pas son envoyé ou son prophète, il EST. Le diacre Philippe le rencontre à Samarie, où « il exerçait la magie et jetait le peuple dans l’émerveillement ». Simon est frappé des prodiges accomplis par les disciples de Jésus, et il jure, lance le défi de ressusciter lui aussi si on l’enterre. Il sollicite et reçoit le baptême. A la suite il aurait demandé à Pierre et Jean le privilège de conférer le Saint Esprit, fut-ce en achetant ce pouvoir ! Mais où cela devient curieux c’est quand il est avancé que Simon le Magicien ne serait en fait qu’une représentation déformée de Paul…

Tout l’enseignement de Jésus, un Jésus gnostique est orienté vers la prise de conscience par l’homme de son identité véritable et de la confiance qu’il doit avoir dans les possibilités de réalisation de son individualité. Jean le Théologien, « le bien aimé du Seigneur » condamnera la catéchèse du rachat des péchés de l’homme par le sacrifice d’un Sauveur.

Les Evangiles (Bonnes Nouvelles) ne sont pas une « histoire » au sens ordinaire prêté à ce mot, ni une géographie, ni une compilation désordonnée de tout ce qu’on pouvait savoir hypothétiquement sur Jésus, se sont des textes dont tous les éléments ont été coordonnés et harmonisés au plus simple, pour des gens simples. Par exemple, dans cet esprit, à l’époque d’Irénée, Tatien (v. 120-apr 173) philosophe païen converti, dans son récit « Diatessaron » harmonise… unifie les quatre Evangiles, naturellement avec sa sensibilité ! Au cours du IIe siècle un certain nombre d’écrits vont être peu à peu rassemblés à droite à gauche pour argumenter la vie du Christ, certains seront laissés de côté parce qu’ils ne font pas à l’examen l’unanimité au sein des communautés, ou qu’ils ne reflètent pas la foi de toutes les Eglises, ces écrits porteront le nom d’« Apocryphes ». Un Evangile apocryphe, celui de Thomas, qualifié de « cinquième Evangile » insiste sur l’importance de la Connaissance, et s’attache aux seules paroles de Jésus, « le Vivant ». Cet Evangile consiste en cent paroles de Jésus. « Pour s’ouvrir à la Connaissance, les hommes doivent avoir au fond d’eux-mêmes la nostalgie de leur Être essentiel », et, avoir cette interrogation : « Qui suis-je ? ». C’est à partir, disons de la première moitié du IIe siècle, que les chrétiens vont se définir avec une certaine unanimité. Ce passage de Justin de Naplouse paraîtra peut-être un peu long, mais il est tellement inactuel qu’il a sa place !

« Autrefois nous prenions plaisir à la débauche, aujourd’hui la chasteté fait nos délices. Nous pratiquions la magie, aujourd’hui nous sommes consacrés au Dieu bon en non engendré. Nous étions avides d’argent, aujourd’hui nous mettons en commun ce que nous possédons, nous partageons avec quiconque est dans le besoin. Les haines, les meurtres nous opposaient les uns aux autres, les différences des mœurs ne nous permettaient pas de recevoir l’étranger dans notre maison. Aujourd’hui après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui auront vécu conformément à la sublime doctrine du Christ puissent espérer les mêmes récompenses de Dieu, le Maître du monde ».

Concluons avec quelques passages de cette apologie sous forme d’une lettre adressée à Diognète, qui décrit la vocation et l’existence chrétiennes à une époque où la société païenne est souvent méprisante et hostile, écrit qui est à dater de 190:

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes […] leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne sont pas comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. [ ] Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel […] Leur âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible » etc.

Une facette importante de cette Histoire Universelle : quelles places les femmes ont-elles occupées dans la société du temps de Jésus ? Les Apocryphes du « Christianisme Primitif » les valorisent, confirment bien qu’elles ont joué un rôle actif dans la vie de Jésus : Elisabeth, la prophétesse Anne, la veuve de Naïm, les femmes qui aident jésus dans son ministère, les femmes qui se lamentaient, ils soulignent l’importante présence de bien d’autres femmes… oui citons encore : Marie de Magdala, Marthe et Marie. Curieusement les Epîtres de Paul ignorent Marie, et méprisent, infériorisent d’une manière générale les femmes ; Paul est misogyne… peut-être pour cette simple raison ? Paul avait acheté une très belle femme dans un lupanar de Tyr, elle lui fit cadeau dit-on d’une maladie qui lui resta comme une écharde dans sa chair. Malgré son ressentiment les femmes vont tenir une place de premier plan dans les fondations pauliniennes. Il faut citer Priscille, Phoebé, ministre de l’Eglise de Cenchrées, Chloé, Apphia, Elodie…

Marc, 16, 6. 7, témoigne: « Alors que tous les disciples masculins auraient fui, trahi ou renié, les femmes auraient été présentes au pied de la Croix et auraient assisté à la mort de Jésus. C’est elles aussi qui auraient accompagné la mise au tombeau et qui, revenant le lendemain sur les lieux aurait trouvé ce tombeau vide. C’est dès lors les femmes qui auraient été les premières à recevoir l’annonce de la résurrection et à s’entendre confier la mission de porter la nouvelle aux disciples de Pierre. (Marc 16, 6.7).

Un coup de tonnerre ! Une découverte fortuite, capitale (?): les documents de Nag Hammadi. Ils sont écrits en copte, ils forment treize volumes sur papyrus ; cachés vers l’année 350, ils sont retrouvés en 1945. Ils seront reconstitués patiemment, étudiés, et encore étudiés, après une très longue période passée dans un coffre fort ! Ces documents, se composent de textes religieux et hermétiques, mais aussi d’écrits qui révéleraient des secrets sur le Christ, des secrets jugés hérétiques par Rome car s’écartant des dogmes et des traditions sur lesquels l’Eglise s’appuie. Ces documents qui datent en gros du 4e siècle n’ont donc rien de vraiment « primitifs », ils ont tendance à faire l’impasse sur certains traits bien humains… trop humains (?) du Christ, relatés par les Apôtres: « Jésus avait un corps humain, il a été parfois fatigué et a connu la faim, il a eu des émotions et des expériences humaines », les Apôtres Jean et Matthieu sont parfaitement clairs sur ces points. Mis à part cela ces documents apportent des renseignent précieux sur un mouvement : le gnosticisme qui intégré au Christianisme lui donne une coloration qui va faire de l’Evangile apocryphe de Thomas, laissé de côté, une pièce maîtresse du Christianisme Primitif. Tout de suite il apparaît que les Gnostiques envisageaient les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète transmise par la Tradition et par l’Initiation. L’auteur du cinquième Evangile présente les clés retrouvées d’une Gnose, dont les racines profondes plongent en Orient.

« Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu’a écrites Didyme Judas Thomas le Jumeau de Jésus » logions, 13 :

« Jésus dit à ses disciples :

Comparez-moi, Dîtes-moi à qui Je ressemble.

Simon Pierre lui dit : Tu ressembles à un ange juste.

Matthieu lui dit : Tu ressembles à un philosophe sage.

Thomas lui dit : Maître ma bouche n’acceptera absolument pas que je te dise à qui Tu ressembles.

Jésus dit : Je ne suis pas ton Maître, car tu as bu. Tu t’es enivré à la source bouillonnante que Moi j’ai mesurée. Et il le prit, Il se retira, Il lui dit trois mots.

Or quand Thomas revint voir ses compagnons, Ceux-ci l’interrogèrent :

Que t’as dit Jésus ?

Si je vous disais une des paroles qu’Il m’a dites, vous prendriez des pierres,

Vous les jetteriez contre moi Et le feu sortirait des pierres Et elles vous brûleraient ».

Tirons une racine.

La Gnose implique une ferveur qui diminue jusqu’à annuler la distance entre moi et l’Autre. A la limite je suis l’Autre et « si les gnostiques ont proposé du monde une image dualiste, ce n’est pas parce que leur esprit les prédisposait à voir, face à toute entité une entité contraire, mais parce que devant la présence omniprésente et angoissante du mal, il était nécessaire de lui proposer quelque chose ». Elle est fondamentalement « non duel ». Un tel raisonnement allait à l’encontre de toute la prédication apostolique !

La création de notre Monde, son origine:

de l’Être Suprême inconnu vient une série d’émanations ou « aéons » qui sont des êtres spirituels d’un haut niveau capables de communiquer avec l’Être Suprême. Un des aéons inférieurs, qui n’est pas en contact direct avec l’« Être Suprême », va être responsable de la Création. Même si elle n’est pas totalement mauvaise, la Création est comparable à « une sphère » d’où les humains enfermés doivent s’échapper s’ils veulent se réintégrer à Dieu. Jésus enseigne que cette « aventure » est accidentelle, l’homme pourra lui même dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération. Le seul moyen qu’il a pour échapper à cette « Création maladroite et douloureuse » c’est la « Gnose » qui amène à la connaissance parfaite du vrai Dieu. Le salut consiste à surmonter l’ignorance qui accable l’homme, il peut y parvenir par sa connaissance de son soi intime. La mission du Christ a été de venir comme émissaire du Dieu Suprême, apporter la Gnose. Pour les Gnostiques, le Christ en tant qu’Être divin n’a pas eu de corps humain, il n’est pas mort, n’est pas ressuscité. Il a soit habité temporairement un homme, Jésus, soit pris une apparence humaine, une simple illusion.

Troublant Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10.

Troublant Evangile de Saint Thomas…

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Elie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus… ».

En écrivant ces lignes des noms de personnages que je considère en charge de messages me sont venus à l’esprit : Boehm, Martines de Pasqually, Louis Claude de Saint Martin, Swedenborg ! Ces personnages furent certainement eux aussi … missionnés… à divers degrés. C’est à la suite d’une lecture que j’ai rencontré celui qui fut peut-être plus grand gnostique paléochrétien du début du IIe siècle : Basilide, un élève de Ménandre, disciple de Simon le Magicien ! Il imaginait 365 cieux habités par des intelligences de différents degrés, il prétendait que le monde avait été créé par des intelligences du dernier ordre. Le Livre alexandrin des secrets d’Enoch parlent lui des 12 étages qui séparent Dieu des hommes, dont 9 lui sont invisibles et forment le Plérome de la Divinité. En notre XXI ème siècle beaucoup de semi chrétiens (?) considèrent Jésus seulement et surtout comme un personnage historique, un illuminé qui a été déifié par la foule. La Tradition juive fait état de plusieurs cas d’enfants nés de femmes s’étant purifiées pour obtenir du Seigneur la naissance d’un enfant missionné. Musulmans et Juifs disent : « Le Messie Jésus » n’est que le fils de Marie.

Je terminerai cette esquisse « resserrée » du Christianisme ou des Christianismes, sur cette profession de foi de Martines de Pasqually : « La chute est universelle. Tous les êtres sont tombés. Se relèveront-ils, se réconcilieront-ils avec le Créateur ? Seront-ils réintégrés dans leurs prérogatives et droits primitifs. Cette réintégration est possible, elle sera universelle. Les esprits qui actionnent et opèrent dans le surcéleste, le céleste et le terrestre, étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur, ont des puissances et des opérations spirituelles temporelles bornées par leur assujettissement au temps [….] C’est pour avoir fait la volonté de Dieu que Jésus Christ, revêtu de la nature humaine, est devenu le Fils de Dieu lui-même. En imitant son exemple ou en conformant notre volonté à la volonté divine, nous entrerons comme lui dans l’union éternelle de Dieu ».

La communauté chrétienne primitive disparue reste t’il un quelque chose de leur christianisme, l’Eglise catholique « a t’elle fait le ménage? ». D’un imbroglio d’émergences, le catholicisme l’a emporté, il a balayé nombre de croyances, de vérités qui le gênaient comme par exemple la réincarnation. Sur ce sujet Flavius Josèphe notera dans ses écrits que les Pharisiens, se réservaient la possibilité d’envisager une réincarnation. Pour cette croyance on torturera, on brûlera, Rome a pratiqué sur des siècles une sorte de remake romain ! … Oui, il reste le courant Gnostique qui fascine ceux qui s’en approchent, par la lumière qu’il leur permet de distinguer. Pour la Gnose, le Dieu de l’Ancien Testament n’est qu’un ange déchu qui n’a aucune prééminence sur les autres Puissances. Le Dieu de Lumière ne pouvant être créateur des ténèbres, se sont des puissances qui ne connaissent pas Dieu qui ont crée le Monde où nous vivons, qui le gouvernent. Les Gnostiques « chrétiens » voient, concèdent tout à fait comme un moyen valable, et, c’est là une cassure totale avec Rome, de s’ouvrir à d’autres Puissances issues des mystères, grecs, des ancestrales religions orientales, pour redonner à l’homme la pureté qui l’habitait avant Adam et Eve.

« Les temps sont venus. »

« Seigneur, j’ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.

Je vois, je sens qu’il faut vous aimer. »

Verlaine.

Source : http://prunelledeliere.canalblog.com/

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