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Hauts Grades

Le christianisme primitif et ses rites

12 Novembre 2012 , Rédigé par B\ V\ Publié dans #Planches

La planche de ce jour a pour thème le christianisme primitif et ses rites, cependant il est nécessaire de commencer par rappeler quelques éléments doctrinaux qui ont conditionné l’évolution ultérieure de la chrétienté. Pour des raisons de commodité, le présent exposé adopté délibérément une présentation très structurée, dont l’inconvénient est un schématisme réducteur.

La doctrine
L’enseignement de Jésus
L’enseignement de Jésus est d’abord connu au travers des écrits rédigés par les apôtres, c’est-à-dire par des textes apologétiques et démonstratifs, et non pas « historiques » au sens actuel du terme. Il reste cependant que l’analyse détaillée de ces mêmes textes, la présence d’autres sources (écrits païens et apocryphes), la connaissance du judaïsme antique et de la Bible juive permettent de déterminer avec une précision acceptable les paroles réelles de jésus.

Avant de devenir une religion constituée, l’enseignement de Jésus est d’abord un discours qui se situe avant tout dans le cadre du judaïsme: en effet, en dehors de toute autre considération (langue, géographie), l’enseignement de Jésus n’est compréhensible que par le peuple juif, élevé dans une religion monothéiste. Simultanément, cette même prédication fait éclater par certains points le judaïsme traditionnel, et trouvera (par l’intermédiaire de Paul) son plus grand succès auprès des païens.

On touche là l’ambiguïté fondamentale de Jésus, qui explique pourquoi ses contemporains ont eu du mal à le reconnaître comme le Messie.

Le Royaume de Dieu
En schématisant à l’extrême, le message de Jésus est marqué par un thème récurrent : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu s’est approché : convertissez vous, et croyez à l’Evangile » (Marc 1, 15).

Le Messie
A ce titre, ses disciples reconnaissent en Jésus l’Oint du Seigneur (Messie en hébreu, Christ en grec), titre que jésus n’accepte qu’avec réticence. Cela n’empêche pas que les apôtres et les foules voient en lui le Messie Glorieux, venu rétablir la place d’Israël parmi les nations, d’où l’ambiguïté de son succès; le procès et la crucifixion de Jésus le réalisent comme Messie Souffrant, pour reprendre les termes d’Isaïe (40-55). En reprenant les évangiles, il semble que jusqu’à son procès, Jésus a hésité entre ces deux aspects du Messie.

La Loi Juive
Un autre trait caractéristique de la prédication de Jésus est son attitude par rapport à la Loi Juive. D’un côté, il déclare : « N’allez pas croire que je suis venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu pour abroger, mais pour accomplir » (Mathieu 4, 17).

Pourtant, simultanément, sa prédication s’adresse en priorité aux déshérités, aux pêcheurs, et il n’hésite pas à interpréter cette même Loi dans un sens apparemment contraire à la tradition, au nom d’une raison supérieure, l’amour et la miséricorde divine : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’Homme est maître même du sabbat » (Marc 2, 28).

Jésus et les païens
Au début de la prédication de Jésus, son discours s’adresse exclusivement au peuple juif, les païens et les Samaritains étant parfois cités en exemple à titre individuel : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mathieu 15, 24).

Il reste que progressivement, peut-être à cause des obstacles rencontrés auprès des Juifs eux-mêmes, Jésus en vient à inclure progressivement les gentils dans l’avenir messianique: « Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les héritiers du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors » (Mathieu 8, 11).

La communauté des Douze
L’Eglise primordiale est constituée de la communauté des Douze, nombre qui symbolise clairement le nouvel Israël.

Les principales activités de Jésus sont la prière et la prédication, mais il ne crée pas lui-même de sacrement (Non, Jésus n’a pas inventé le signe de croix !). Ce n’est qu’après sa mort que les apôtres créeront les sacrements, pour obéir à ses injonctions ou pour garder sa mémoire ; il suffit de penser à la communion, ou au pardon des péchés.

La Communauté de Jérusalem
La toute première communauté chrétienne est celle des apôtres, à Jérusalem. On lui donne déjà le nom d’Eglise (du grec ecclesia), c’est à dire assemblée, car il s’agit avant tout d’une structure collégiale. Ce groupe est constitué de juifs pieux, qui ne cherchent pas la rupture avec le judaïsme, dont ils pratiquent les rites; leur seule différence, c’est qu’ils identifient Jésus au Messie anonyme de l’espérance juive.

Alors que les apôtres sont convaincus du succès de leur prédication auprès de leurs corréligionnaires, ils trouvent leur véritable auditoire auprès de la diaspora hellénisée de Jérusalem, dont Etienne est le représentant : ce groupe condamne comme idolâtre le culte rendu au Temple, et proclame pour la première fois l’autonomie du message chrétien par rapport au judaïsme. Dans la ville sainte juive, un tel discours est perçu comme sacrilège, aussi Etienne meurt lapidé tandis que la communauté chrétienne est dispersée.

Paul et la mission auprès des Gentils
Issu lui aussi de la diaspora de langue grecque, Paul est d’abord un pharisien farouche, avant de se convertir brusquement. Face à la communauté des apôtres, il affirme tenir sa mission de Dieu lui-même, et en tant que citoyen romain, va utiliser l’infrastructure romaine pour répandre la nouvelle foi auprès des Gentils (traduction grecque de l’hébreu Goyim).

Paul est le premier à donner à la nouvelle religion un enseignement théorique compréhensible hors du monde juif: en ce sens, il est « l’inventeur » du christianisme. Très rapidement, la communauté juive originelle devient minoritaire dans le christianisme; simultanément, la communauté juive rejette le christianisme comme interprétation possible du judaïsme.

Simultanément citoyen romain, de culture grecque, de religion juive, mais connaissant les cultes païens, Paul est déchiré entre de nombreuses contradictions, qu’il réussit à concilier dans une foi profonde en Jésus. Aussi, sans lui retire son originalité propre, l’élan qu’il va donner au christianisme sera marqué par ces influences contradictoires.

An schématisant à l’extrême sa pensée, Paul affirme qu’il est impossible à l’Homme de trouver seul son Salut, état qui selon lui est du seul ressort de Dieu, par l’intermédiaire de Jésus. A ce titre, seule la foi sauve, et donc toutes les observances rituelles du judaïsme sont condamnées sans recours, car inopérantes.

Les rites chrétiens primitifs
Malgré l’existence de certains rites (fraction du pain notamment) dans la Communauté de Jérusalem, on ne peut parler de rites chrétiens qu’au moment de la séparation d’avec le judaïsme traditionnel.

Le recrutement
Le christianisme connaît ses premiers succès auprès du petit peuple des villes romaines (esclaves, affranchis, artisans), d’où le sobriquet de « religion d’esclave » qui lui est initialement appliqué.

Un tel succès réalisé malgré les persécutions officielles peut s’expliquer par la conjonction de différents facteurs :
La crise du système religieux traditionnel et l’intérêt pour les religions à mystères importées d’orient (le christianisme primitif était considéré comme une religion orientale).
La fraternité affichée entre les membres, indépendamment de leur sexe, position sociale ou nationalité : « Il n’y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous » (Col 3, 11).
L’incarnation effective d’un sauveur en Jésus, homme réel et contemporain, à comparer aux créations mythiques des autres religions à mystères.
La proximité du Royaume et le salut rendu possible à tous, hors d’un enseignement ésotérique réservé à une élite.

Le recrutement s’élargit rapidement aux classes moyennes et aux gens de toute condition : « Aquilas et Prisca vous envoient bien des salutations dans le Seigneur, ainsi que l’Eglise qui se réunit chez eux » (1 Cor 16, 19). Dans le même temps, le christianisme cesse de s’opposer systématiquement à la culture païenne, mais cherche à en récupérer les meilleurs éléments, ce qui est un facteur d’attraction supplémentaire.

En revanche, la vieille aristocratie romaine et le monde paysan resteront longtemps à l’écart de cette religion nouvelle.

Les dogmes
Sans revenir sur le message de Jésus, il est nécessaire de rappeler qu’à ses débuts, le christianisme est avant tout l’observance des paroles du Maître, mais ne possède pas de corpus théologique fié explicitement. Cette mise en forme est commencée par Paul, puis continuée par les Pères de l’Eglise, mais il faudra attendre le concile de Nicée (325) pour qu’un consensus général s’établisse sur les dogmes chrétiens : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant… »).

De ce fait, le christianisme primitif est avant tout une fédération de petites communautés, se reconnaissant toutes dans la foi en Jésus, mais très différentes les unes des autres :
Clergé n’obéissant pas à une autorité centrale et unique.

Différence dans les rituels
Divergences qui vont jusqu’à l’hérésie dans l’interprétation des paroles de Jésus.
Ces différences subsistent de nos jours au Moyen-Orient, où existent encore des églises chrétiennes jalouses de leur indépendances : coptes, maronites… Une théologie va donc progressivement se construire, permettant, en maintenant les enseignements de Jésus, de :
Communiquer l’enseignement de Jésus à des non-juifs, en utilisant le cas échéant le vocabulaire et la culture païenne (hellénisme notamment)
Faire face à l’élévation du niveau culturel des membres (classes moyennes romaines)
Définir un corpus cohérent face aux religions à mystères
Mieux définir la foi par rapport aux déviations rituelles et doctrinales (hérésies)
Unifier les différents rituels et les écrits canoniques
Enfin, lors de la victoire du christianisme (330), faire face aux conséquences d’un recrutement de masse.

Le baptême
Rien n’indique que Jésus ait baptisé lui-même, mais selon les Evangiles, il ordonne aux apôtres de la faire en son nom : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui que ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Quoiqu’il en soit, le baptême deviendra très vite le rite d’intégration par excellence.

Les non-baptisés n’assistent qu’au début de la messe (prière, lectures bibliques et sermon), puis se retirent avant la célébration de la communion, réservée aux seuls fidèles.

Initialement, seule la foi en Jésus et le repentir sont exigés, mais très vite une instruction préliminaire est mise en place, tandis que les candidats sont parrainés et soumis à une période probatoire ; en période de persécutions, on comprend aisément les raisons de ces précautions. Le baptême effaçant tous les péchés, la tentation est grande de sa faire baptiser le plus tard possible, éventuellement sur son lit de mort, aussi de nombreux évêques fulmineront contre cette dérive.

Pour l’ensemble de ces raisons, le baptême est initialement réservé aux adultes, mais le baptême des enfants est introduit très tôt.

La cérémonie du baptême est préparée par une retraite préliminaire, tandis que le sacrement est pratiqué par immersion totale, de préférence dans la nuit de Pâques. L’immersion est complétée par une imposition des mains, qui existe encore dans le rite actuel, mais a donné lieu à un sacrement distinct : la confirmation.

La communion
Le partage du pain est déjà attesté dans la communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42). Dès les débuts du christianisme, ce rite est perçu simultanément comme mémorial de la Cène et anticipation du Royaume de Dieu. Quelques années plus tard, Paul sera le premier à développer une théologie autour de ce geste.

La participation à la communion suit immédiatement l’admission des nouveaux baptisés, qui assistent à l’intégralité du culte. Ce rite est initialement intégré dans une agape communautaire et fraternelle, dont il constitue l’élément sacré : « Mais quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Car au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre » (1 Cor 10, 20).

Vers le 2ème siècle, le rituel se stabilisera autour de quelques traits principaux, tandis que l’agape sera séparée de l’Eucharistie (action de grâces), ce dernier terme servant de plus en plus à désigner la Cène. Plus tard, l’agape deviendra progressivement un repas charitable pour les pauvres et finira par disparaître; la Cène évoluera pour devenir la Messe.

Morale chrétienne et pénitence
Les premiers chrétiens pratiquent une morale volontairement austère, qui les met à contre-courant de leurs contemporains: stricte discipline de vie (jeûne notamment), renoncement aux distractions païennes ou immorales, bannissement du lucre et du luxe, valorisation de la virginité, du mariage et de la famille, promotion de la charité fraternelle.

Une telle rigueur s’explique à la fois par l’influence du dualisme grec (alors à la mode), mais aussi par la conviction d’un retour très proche de Jésus : il faut être prêt pour le Royaume. Nul doute qu’une telle sévérité a dû décourager plus d’un candidat, mais a aussi été un puissant facteur d’attraction pour les meilleurs des païens.

Compte tenu de la vie communautaire des premiers chrétiens, l’aveu des fautes et leur pardon sont publics (« Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères… »), l’un et l’autre étant du devoir de tout croyant ; encore une fois, la foi en Jésus impose le rite.

Avec l’élargissement du recrutement, une telle rigueur était difficile à maintenir, aussi après bien des hésitations se met en place un système élaboré de pénitences, allant jusqu’à l’excommunication temporaire suivie d’une réconciliation solennelle.

Avec le temps, ce rite débouchera sur la justice ecclésiastique d’une part, sur la forme moderne de la confession d’autre part.

Le clergé
La communauté de Jérusalem ne connaît pas de véritable hiérarchie, mais un Conseil des Anciens; là encore, la différenciation des fonctions apparaît avec l’autonomie du christianisme par rapport au judaïsme, puis s’accentue avec sa reconnaissance comme religion officielle de l’Empire.

Les écrits de Paul « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ, qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes et leurs diacres » (Phil 1, 1) attestent de la présence de Surveillants (en grec, episcopoi), et de Diacres, chargés principalement de fonctions administratives. Le titulaire du poste est initialement choisi par la communauté, dont le choix est confirmé par la hiérarchie dans le rite de l’ordination.

La transmission du pouvoir spirituel est effectuée par imposition des mains : on le voit, le rite est resté inchangé.

J’ai dit, V\ M\

Sources :
Mircea ELIADE : « Histoire des religions »
Marcel SIMON & André BENOIT : « Le judaïsme et le christianisme antique »

Source : www.ledifice.net

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