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Hauts Grades

Le gnosticisme, doctrine secrète ou hérésie ?

27 Septembre 2012 , Rédigé par Françoise Béchet et Isabelle Ohmann Publié dans #spiritualité

Considéré comme un ésotérisme chrétien, le gnosticisme se développa dans l’Empire Romain entre le IIèmeet le IVème siècle de notre ère, mais fut vivement combattu dès l’origine par l’Église comme par les philosophes néoplatoniciens . 

En tant que courant de pensée, le gnosticisme fut mal connu jusqu’à une date récente. Les savants et les érudits n’avaient en leur possession que trois grands traités gnostiques, soit un ensemble de sept textes, dont le plus célèbre, la Pistis Sophia (Codex de Londres), attribué à Valentin, et l’Évangile selon Marie [Madeleine].

Ces livres avaient en commun de contenir des paroles secrètes et des révélations de Jésus à ses disciples qui auraient été transmises après la résurrection. Les autres textes gnostiques connus n’étaient que des citations dans les réfutations polémiques des premiers défenseurs de l’Église qui cherchaient à en souligner le caractère hérétique.

La découverte de Nag Hammadi

La découverte dans une jarre, en 1945, de plus de cinquante traités coptes, à Nag Hammadi en Haute Égypte, non loin de Louxor, bouleversa la connaissance du gnosticisme. Ces traités, datant du IIème au IVème siècle, de nature très variée, comprenaient un ensemble de textes proprement gnostiques, à caractère interne ou non, parmi lesquels de nombreux textes apocryphes, dont le fameux Évangile de Thomas qui a suscité de nombreux commentaires.

À ceci s’est ajouté la très récente publication d’un Évangile de Judas . 

De multiples voies

Le mouvement des gnostiques comporte une multiplicité de tendances sur la vision de la vie et de la vérité spirituelle. Le premier chef d’école gnostique fut Simon le Mage, un Samaritain dont l’activité se situe environ vers 50 de notre ère. Parmi ses disciples figurent Ménandre et Saturnin. Les grands systèmes gnostiques apparaissent avec Basilide, actif à Alexandrie de 117 à 161, Marcion, un contemporain de Basilide, venu d’Asie Mineure à Rome et Valentin, actif à Alexandrie puis à Rome entre 140 et 165. Les formes plus tardives de la gnose sont mal connues et semble plus éclatées. On citera néanmoins Bardesane, actif à la cour d’Edesse et qui pourrait être un possible lien entre le gnosticisme historique et le manichéisme, religion fondée en Perse par Mani (215-276)  

Les vrais chrétiens

Ces vérités, parfois concurrentes, se sont affrontées pendant les premiers siècles de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ère chrétienne, à une époque où le christianisme n’était qu’un mouvement parmi d’autres.

Les gnostiques se nommaient simplement chrétiens, les vrais chrétiens. Selon eux, les évangiles gnostiques sont censés révéler le sens vrai, le secret des mystères relatifs au véritable devenir humain, que les gnostiques affirmaient détenir d’une tradition ininterrompue. D’après eux, ce trésor de lumière avait été confié oralement par le Sauveur à certains apôtres comme Jean, Thomas, ou transmis par révélation directe, comme dans le cas de Paul  . Héritiers privilégiés de cette révélation spirituelle ils contestaient par conséquent la légitimité de la tradition apostolique sur laquelle se fondait l’Église chrétienne.

Le primat de la connaissance

Les gnostiques proposaient à leurs contemporains un chemin de transformation intérieure, conduisant à la Gnose, à la connaissance des «choses qui sont». Au sens large, un gnostique est un homme qui «sait». Le mot gnostique vient du grec gnosis, connaissance.

Une connaissance qui porte sur Dieu et les réalités divines, et qui se présente non comme un savoir acquis, mais comme une révélation intérieure, permettant de saisir les secrets, les mystères et conduisant ainsi au salut. Le système gnostique se caractérise ainsi par une primauté de la connaissance sur tout autre moyen de salut : la loi, le rite, la foi ou l’adhésion à une religion organisée.

Le Christ Sauveur

Cette connaissance est la source du salut individuel. Elle est transmise par un sauveur, obtenue par une illumination, confirmée par un enseignement spécifique et garantie par une tradition secrète. Les gnostiques accordaient une place centrale à la figure du Christ en tant que Sauveur. Ils proposaient une interprétation symbolique et initiatique des récits fondateurs du christianisme. Pour eux, l’incarnation, la crucifixion et la résurrection sont des événements de l’âme, des processus intérieurs et non des faits historiques et matériels. Ils en arrivent ainsi logiquement à réfuter l’idée que le Christ soit véritablement mort sur la croix.

La création du monde

La réflexion gnostique porte essentiellement sur la question du mal. L’existence du mal dans la nature et dans l’homme, sous les formes de la violence, de la perversité ou du meurtre, témoigne selon eux de l’imperfection divine, des limites du dieu créateur. Pour les gnostiques, le monde ici-bas, imprégné du mal, naît d’une erreur, de la séparation de l’âme (Sophia) d’avec l’origine du monde. Son créateur ne saurait être identifié au Dieu véritable résidant dans le Plérôme, unité originelle indifférenciée, qui demeure un mystère loin de la création.

La naissance de l’homme

Les gnostiques proposent donc de distinguer le Dieu inconnaissable du créateur du monde, le démiurge, un dieu mauvais qu’ils associent au dieu de l’ancien Testament, le «dieu des juifs». Ainsi Jésus Sauveur est le fils du Dieu Bon ou véritable Dieu, Crestos, et non de Jéhovah comme l’affirme de façon erronée l’ancien Testament.

Le démiurge, autrement dénommé Yaldabaoth, entouré de puissances néfastes, les archontes, donnera naissance à l’homme, un avorton qui recevra in extremis, une étincelle divine. Cette étincelle divine en l’homme peut être revivifiée chez certains, les «élus», les prédestinés, leur permettant de s’élever du monde de la matière jusqu’au monde divin des origines.

L’esprit de contrefaçon

Pour maintenir l’homme en esclavage et dans l’oubli de ses origines divines, le démiurge emploiera deux armes terribles : une enveloppe charnelle pour tenir l’âme captive et des apparences séduisantes pour le monde pour y enchaîner l’homme. Le monde ainsi conçu est dominé par «l’esprit de contrefaçon», une force maléfique qui, par le biais de l’apparence et le pouvoir de l’illusion, opère une inversion de valeurs et transforme la réalité en mensonge et le mensonge en réalité. Ainsi l’être humain, perdant tout repère, interprétera son ignorance comme une connaissance et n’essaiera pas de percer l’illusion de l’univers qui l’entoure. Le monde est donc un piège, le fruit d’un complot qui vise à empêcher l’homme de réaliser sa propre nature. L’homme y vit comme dans un rêve, un long cauchemar dont l’enseignement de la gnose visera à le réveiller.

Le Sauveur

C’est le Christ Sauveur qui permet à l’âme de remonter les sphères jusqu’à son origine. Par sa seule descente dans le monde, le Christ Sauveur a créé une brèche en traversant les sphères et en brisant le pouvoir des archontes. Il montrera le chemin par lequel l’âme pourra échapper aux archontes qui la gardent captive dans ce monde et se frayer passage dans des cieux surveillés par les puissances du mal. Pour cela, l’âme a besoin d’un bagage de connaissances et de techniques précises fondées sur le pouvoir magique de la parole (mots de passe, incantations, formules) et le pouvoir des signes (sceaux, symboles dont l’âme porte l’empreinte). Plotin accusera les gnostiques de verser dans une magie de bas étage, témoignant par là de certaines dérives. Mais par-dessus tout les bonnes réponses aux questions des archontes consistent pour l’âme en la proclamation de sa nature divine, fondée sur le rappel de ses origines.

La mystique nuptiale

Dans une autre clé, le Sauveur est identifié à l’esprit, le double de l’âme dont elle est séparée. Son rôle est de faire accéder l’âme à la connaissance. Quittant la vie de prostitution l’âme réintègre la chambre nuptiale, image du Plérôme. Libérée de l’esclavage des archontes, elle reconnaît l’époux dont elle avait oublié les traits. Âme et esprit se réunissent alors comme l’époux et l’épouse, dans une unité retrouvée. C’est la fin des pérégrinations douloureuses. L’union dans le mariage débouche sur l’androgynie qui répare la séparation entre les sexes, intervenue lors de la chute dans la matière. Dans cette mystique d’identification, l’un devient l’autre et l’autre devient l’un.

Une règle de vie

L’accès à la connaissance présuppose une discipline de vie faite de détachement et de renoncement. C’est pourquoi les textes gnostiques en appellent à la condamnation de la chair, du corps, du sexe, de la procréation, des liens familiaux, de l’argent comme autant de liens à un monde qui n’est qu’un cadavre, jusqu’à la solitude, détachement total de l’homme par rapport aux tentations du monde. Cette ascèse contraste étonnamment avec l’image qu’en ont laissé les hérésiologues : licence sexuelle, groupes de dépravés et débauchés pratiquant des abus de toutes sortes, de l’avortement jusqu’à l’anthropophagie.

Un malentendu historique

Cette description de leurs comportements n’est pas conforme à leur éthique qui laisse apparaître, bien au contraire, une tendance ascétique marquée. Faut-il penser que les prêtres et représentants de l’Église ont abusé sans retenue des outils de la calomnie pour détruire leurs adversaires d’autant mieux qu’ils leur semblaient plus redoutables ?

Faut-il ajouter foi à une interprétation moderne, comme celle de Jacques Lacarrière (5) qui les décrit comme des Diogènes chrétiens, cherchant à se déconditionner par la transgression des lois et des tabous, ce qui légitimerait et accréditerait les abus cités par leurs détracteurs ? Ou, plus vraisemblablement, que certains groupes se soient laissés prendre par une interprétation matérielle des images spirituelles, ouvrant la porte à toutes les dérives telles que prostitution, union sexuelle contre nature ou encore infanticide. Quoi qu’il en soit, cela restera un mystère.

Une doctrine pour les élus

Mais la pierre d’achoppement est sans doute à chercher plus au fond de la doctrine gnostique. Réservé aux élus, ceux qui possèdent en eux suffisamment de part d’étincelle divine «de tous les temps», le gnosticisme n’est pas seulement élitiste : il ne conçoit pas l’idée du perfectionnement individuel. Il n’offre à l’homme qu’une tentative d’évasion d’un monde jugé néfaste. Plotin s’élève contre l’idée de la discontinuité de l’univers à cause de séparation de l’âme d’avec l’origine, en rappelant que la philosophie platonicienne conçoit la création de l’inférieur comme reflet du supérieur, par contemplation ; il souligne que le gnosticisme nie toute possibilité, à partir du monde sensible, de trouver le chemin de Dieu. Face au refus de la Beauté et à la dépréciation du monde sensible Plotin oppose une voie esthétique comme chemin de libération (1).

La postérité des gnostiques

Le gnosticisme disparaît semble-t-il au IVème siècle et ressurgit mâtiné de manichéisme chez les bogomiles bulgares puis les Cathares. Certains mouvements spirituels modernes s’inspireront de leur mythologie, et les auteurs de romans ésotériques à succès contribueront à rendre leurs idées populaires.

Source : http://www.na-strasbourg.fr/oinaf/articles/le-gnosticisme.html

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