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Hauts Grades

Le Grand Maître, l'Obédience, l'Ordre Maçonnique

5 Mai 2012 , Rédigé par Uni2r-Groupe Telos Publié dans #histoire de la FM

Le temps est venu de la réédification : quel que soit le regard que l’on porte sur les événements qui ont affecté la GLNF et tous ses membres, sur les causes et conséquences de la « crise de gouvernance », il faut désormais rassembler ce qui a été éparpillé, s’interdire invectives, objurgations et autres anathèmes, et redonner aux Frères confiance dans l’institution qu’ils ont choisie pour avancer dans la fraternité sur leur chemin initiatique.

 

Le prochain Grand Maître aura pour mission essentielle de diriger, dans la concorde retrouvée et avec l’appui de tous les Frères, cette reconstruction. Vaste programme dont il ne faut pas sous-estimer les embuches et exigeant, de celui qui le conduira, un grand courage et bien d’autres qualités. Aussi nous a-t-il paru utile d’élaborer un document de réflexion sur la fonction du Grand Maître, sur les qualités qu’elle requiert, sur les pouvoirs qui lui sont inhérents et leurs limites. Cette réflexion n’a pas de caractère polémique ; elle ne peut évidemment pas s’abstraire des dysfonctionnements que chacun a pu déplorer. Il ne s’agit pas ici de demander ou de régler des comptes mais de préparer un futur proche, pacifié et serein. D’aucuns pourront trouver dans les développements qui vont suivre des évidences tellement éclatantes qu’il ne servait à rien de les rappeler. Cependant, l’expérience courante nous a appris que « ce qui va sans dire va encore mieux en le disant » et l’expérience maçonnique que l’on peut être aveuglé par de trop vives lumières. Rappeler le basique permet de (re)construire sur de solides fondements. Nous souhaitons donc que ces pages soient lues, commentées, au besoin amendées et surtout enrichies dans un esprit constructif…

 

LA FONCTION DU GRAND MAITRE

 

1. La fonction d’une Obédience maçonnique
Nous savons tous que la Franc Maçonnerie de Tradition est par essence intemporelle et universelle. Mais pour l’initié qui s’est engagé sur une voie maçonnique, il s’agit de mettre en pratique dans son contexte existentiel les principes qui nous viennent de la tradition primordiale (ou du monde parfait des idées comme dirait un Frère platonicien !). La connaissance maçonnique est indissociable d’une praxis : pour être régulière, la Franc-maçonnerie s’érige en un « Ordre » au sein duquel les Frères peuvent vivre leur quête spirituelle dans la paix et l’harmonie. Cet Ordre se manifeste et s’organise sous forme d’institutions concrètes. L’Obédience apparaît donc comme une concrétisation contingente, dans un temps et un espace déterminés, de l‘Ordre maçonnique dont elle est l’instrument institutionnel (traduit en France sous la forme juridique de l’association de la loi de 1901).

 

Fondamentalement - et historiquement - la Loge, où un groupe d’initiés se réunissent pour travailler dans la fraternité, précède l’Obédience qui regroupe les Loges. L’intérêt d’une telle structure, à laquelle les Loges remettent autorité et pouvoirs - c’est le sens du mot « Obédience » - pour tout ce qu‘elles ont en commun, est matériel (les moyens partagés ainsi considérablement accrus) et spirituel (éviter les dérives doctrinales inévitables lorsque les travaux sont accomplis en de multiples lieux non coordonnés). L’Ordre maçonnique ne génère pas des Obédiences « par principe » mais par nécessité organisationnelle, pour la bonne marche des Loges. L’Obédience ne saurait avoir d’autres fins que celles de l’Ordre, en son sein comme dans les Loges.

 

  • une seule Grande Loge est reconnue comme Obédience « régulière » dans chaque pays, dès lors que celle-ci est la traduction fidèle de l’Ordre, qui est unique ;
  • cette Obédience prend en charge les moyens matériels et administratifs des loges ;
  • elle conditionne la cohérence de l’activité maçonnique des Loges et elle est garante de leur fonction initiatrice.

 

Il est de la responsabilité du Grand Maître que l’Obédience qu’il dirige remplisse ces seules fonctions mais qu’elle les remplisse complétement.

 

2. La fonction du Grand Maître de l’Obédience
Le Grand Maître dirige et administre la Grande Loge ; il a donc conjointement et indissociablement les attributions d’un chef de l’Ordre maçonnique et celles du Président d’une association.

 

Ses attributions maçonniques consistent de façon générale à prendre toutes mesures utiles au fonctionnement de l’Ordre et à représenter la Grande Loge. Ses attributions civiles sont de diriger l’administration de l’association et d’en gérer le patrimoine ; si elles relèvent du temporel, elles n’en doivent pas moins concourir au fonctionnement de l’Ordre.

 

La fonction du Grand Maître se définit en termes de responsabilités et de devoirs ; l’autorité et les pouvoirs qui lui sont conférés par délégation de la Grande Loge Souveraine n’ont d’autre fondement que de lui donner les moyens de remplir les devoirs attachés à sa fonction.

 

Si le chef de l’Obédience porte le titre de « Grand Maître » (et pas simplement celui de président), c’est bien pour souligner que sa fonction s’inscrit dans les finalités de l’Ordre et fait de lui le garant du respect, par les Loges et les Frères relevant de l’Obédience, des principes fondamentaux de la Franc-Maçonnerie de Tradition qui sont rappelés en tête des Constitutions de l’Ordre.

 

Nous pouvons lire notamment dans les « Obligations du Franc-Maçon » : « La Loge est un lieu paisible et harmonieux dans lequel les passions profanes n’ont pas accès » ;
et dans « La Règle en douze points » : « 11. Les Francs-Maçons contribuent par l’exemple actif de leur comportement sage, viril et digne, au rayonnement de l’Ordre dans le respect du secret maçonnique ».

 

Comme il est dit dans l’une des exhortations de la Tenue d’installation d’un Vénérable Maître : « C’est seulement en conformant notre propre conduite aux lois que l’on peut raisonnablement exiger que d’autres leur obéissent ». Il n’est pas dans les attributions du Grand Maître de se poser en guide spirituel de l’Ordre Maçonnique. En revanche, sa fonction implique en toute circonstance une attitude exemplaire conforme à tous les principes fondamentaux de l’Ordre.

 

3. Les qualités d’un Grand Maître
Dans l’Ordre, la légitimité des décisions et des actes au regard des finalités et principes de la Franc-Maçonnerie doit l’emporter sur la régularité formelle. Le Grand Maître qui perd sa légitimité n’a plus de facto la capacité de diriger efficacement l’Obédience.

 

Les qualités exigées d’un Grand Maître doivent préserver cette légitimité : aux compétences attendues du dirigeant d’une association s’ajoutent les qualités d’un « Maitre Maçon », l’expression étant ici entendue non comme le 3ème grade de la maçonnerie bleue mais comme le résultat d’un long parcours de perfectionnement personnel.

 

Choisi pour un temps déterminé parmi des sages imprégnés des vertus maçonniques et « primus inter pares », le Grand Maitre doit avant tout avoir conscience du fait que sa temporaire fonction lui impose de dépasser ses passions et limites et de reconnaître humblement que la « grandeur » est attribuée à sa fonction et non à sa personne.

 

Il gère de façon scrupuleuse et économe les fonds de l’association.

 

Se méfiant de ses préjugés, il doit être à l’écoute des Frères et notamment de ceux qui représentent les Loges.

 

Il s’entoure de conseillers et d’officiers dont les qualités maçonniques sont avérées et dont il attend des avis et mises en garde, visant au bien de l’Ordre et des Loges et il se garde attentivement des opinions complaisantes.

 

Il traite les problèmes en se conformant aux principes constitutionnels qui fondent l’Obédience et par ses décisions montre qu’il se considère comme soumis au premier chef à ces principes.

 

Dans sa fonction de représentation, sans dévoiler de secret, il expose sans vanité les objectifs traditionnels de la Franc-Maçonnerie.

 

On pourrait résumer ces qualités par les vertus cardinales : Justice, Tempérance, Prudence et Force, propices au rayonnement dans sa personne des vertus supérieures qui doivent manifestement le conduire dans sa quête spirituelle. On peut souhaiter qu’il fasse sienne la maxime des grands hommes rappelée par Bossuet dans l’Oraison funèbre de Condé : « Dans les grandes actions, il faut uniquement songer à bien faire et laisser venir la gloire après la vertu. »

 

L’autorité du Grand Maître doit découler naturellement de l’exercice de ces vertus, plus que des textes définissant ses pouvoirs et si elle est mise en cause, les solutions doivent être recherchées en se référant aux principes fondamentaux, les arguties juridiques n’étant d’aucun secours pour la restaurer.

 

LES POUVOIRS DU GRAND MAITRE DE LA GLNF DANS SES CONSTITUTIONS ET STATUTS

 

Nous n’allons pas nous livrer dans cette étude à une analyse exhaustive des textes qui découragerait nombre de lecteurs mais nous en tenir à quelques remarques et suggestions pour l’avenir :

 

Le Grand-Maitre est qualifié à l’article 3-1 des Constitutions de « Chef Suprême de l’Ordre maçonnique en France ». Il « détient, par délégation de la Grande Loge et dans le respect des Constitutions et des Us et Coutumes de l’Ordre, tous les pouvoirs maçonniques d’administration, de réglementation et de décision sur toutes les affaires maçonniques concernant l’Ordre, les Grandes Loges Provinciales ou de District, les Loges et leurs membres ». Ces pouvoirs sont réaffirmés à l’article 5 et il faut relever que les organes de gouvernance du Livre II des Constitutions ont un rôle essentiellement consultatif.

 

Enfin, parallèlement aux Constitutions de l’Ordre, le Règlement Intérieur dans son article 2.1 prescrit que « La Grande Loge Nationale Française est placée sous l’autorité du Grand Maitre, Président de l’Association ». Ce qui établit, sans possibilité sérieuse de contestation, l’indivisibilité de la fonction civile et de la fonction maçonnique.

 

On pourrait voir dans ces textes que le Grand Maître est investi des pleins pouvoirs et le considérer comme une sorte de despote éclairé, selon le concept cher à certains penseurs du XVIIIème siècle. Mais ce serait méconnaître la limite fondamentale que le texte même des Constitutions a posée : le respect des principes fondamentaux de l’Ordre qui, ayant valeur constitutionnelle, transcendent l’exercice de la fonction.

 

Comme le soulignait le Grand Orateur lors de l’installation de François Stifani : « Vous êtes en même temps, Très Respectable Grand Maitre, celui qui ordonne, qui détient les pouvoirs les plus absolus et celui qui obéit, le plus scrupuleusement, à cet ensemble de Règles qui nous dépassent et, par là, nous transcendent ».

 

Certes ! Mais comment régler l’abus de pouvoirs ou le non-respect des Principes ? Faut-il, comme la Grande Loge Unie d’Angleterre dans son article 15, s’en remettre « à quelque disposition nouvelle dictée par les circonstances » ou prévoir une procédure de destitution ?

 

Il est regrettable que, par excès de confiance, nos Constitutions soient muettes sur ce point ; mais ne peut-on pas considérer que La Grande Loge souveraine peut, lorsque les circonstances l’exigent, résilier la délégation de pouvoirs qu’elle a donnée au Grand Maître ?

 

La réforme constitutionnelle, désormais nécessaire, devra procéder à un rééquilibrage des pouvoirs conférés aux instances de gouvernance de la GLNF et définir avec prudence les sanctions, en cas d’éventuels manquements du Grand Maître à ses responsabilités et devoirs.

 

L’Ordre, dans son essence, nous a donné tous les outils pour triompher des difficultés que nous rencontrons. Sans pour autant s’écarter de lui ou le renier, il nous appartient de nous mobiliser pour mettre en œuvre, en toute régularité, les principes qu’il nous a inculqués et redonner un avenir pacifié à notre Obédience.

 

Uni2r-Groupe Telos: franchement ils auraient pu trouver un autre nom!

 

Source : http://www.uni2r.com/pages/telos

 

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