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Hauts Grades

Le Krav Maga : une discipline née du chaos politique

28 Avril 2013 , Rédigé par Florent Bouteiller

Méthode de self défense pour certains, art-martial à part entière pour d’autres, le Krav Maga entretient une image sulfureuse du fait de ses origines. Enseigné dans les unités d’élite, son image fascine et son succès est grandissant. Retour sur les racines d’un sport créé par Imi Lichtenfeld.

Dans son ouvrage Krav Maga, Méthode originelle israélienne d’autodéfense et techniques de combat, Eyal Yanilov définit l’apprentissage de sa discipline ainsi : « Des méthodes d’entraînement spéciales sont employées pour simuler l’anxiété éprouvée lors d’une véritable agression, afin de vous préparer à la brutalité et la réalité d’une vraie lutte pour votre vie. […] Cette méthode nous prépare à assumer la violence continue de notre monde et permet à son adepte de protéger et sauver les vies. Elle est issue d’un environnement où la violence, de nature surtout politique, était malheureusement omniprésente. » L’auteur de ces lignes, devenu expert du Krav Maga sous la houlette de son fondateur Imi Lichtenfeld, souligne les circonstances particulières qui ont permis à sa discipline d’éclore pour attirer, bien des années plus tard, un grand nombre de pratiquants dans le monde.

Lorsqu’Imi Lichtenfeld crée le Krav Maga (« combat rapproché » en hébreu) dans le milieu des années 30, c’est avant tout pour protéger la communauté juive de Bratislava victime des violences nées de la montée du fascisme à cette époque en Europe. Fils de Samuel Lichtenfeld, détective et instructeur en chef de la police départementale, Imrich Lichtenfeld voit le jour à Budapest (Hongrie) en 1910. C’est pourtant à Bratislava qu’il grandit, ville de Tchécoslovaquie, dirigée à l’époque par la monarchie austro-hongroise et sous influence germanique. Durant son enfance, il pratique la lutte, la boxe, le judo, la gymnastique et la natation, et assiste aux cours de self-défense dispensés par son père. C’est en tant que lutteur qu’il acquiert une renommée, figurant parmi les meilleurs d’Europe. Entre 1936 et 1940, le nombre d’agressions antisémites ne cessent de grimper à cause des nazis qui ont réussi à se répandre dans toute la Slovaquie. Pour contrer ces attaques, Imi Lichtenfeld réunit plusieurs de ses amis issus de la boxe ou de la lutte. Objectif : empêcher les bandes antisémites de pénétrer à l’intérieur du quartier juif. Durant cette période, son groupe livrera de nombreux combats pour protéger la communauté juive locale. De cette expérience « en situation » Imi Lichtenfeld tirera plusieurs enseignements pour élaborer, quelques années plus tard, une méthode de self-défense réaliste et efficace : le Krav Maga.

Impopulaire auprès des autorités locales, il commence un long périple en 1940 qui le mènera en Palestine. C’est là qu’il intègre la Haganah, organisation clandestine sioniste fondée en 1920 qui se donne pour mission de protéger les juifs ayant émigré en Palestine. En 1948, après la fondation d’Israël, la Haganah fusionne avec deux autres groupes armés (l’Irgoun et le Lehi) pour donner naissance à Tsahal, l’actuelle force de défense d’Israël. Imi Lichtenfeld y devient chef-instructeur pour l’éducation physique. Parallèlement, il pratique le Kapap, discipline à la jonction entre le close combat et la self-defense. Pendant de longues années, il élabore une méthode simple, rapide et efficace pour former les soldats de Tsahal. Pour ce faire, il s’inspire directement des expériences rencontrées sur les lieux de conflits par les combattants. En 1964, Imi Lichtenfled crée officiellement le Krav Maga et ouvre une première école à Netanya, ville située au nord de Tel-Aviv. Son but est d’adapter l’enseignement du Krav Maga, jusque là dispensé aux militaires, aux populations civiles. Aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Rapidement, Netanya devient le centre privilégié des pratiquants de Krav Maga qui est reconnu en 1972 par le ministère national de l’éducation nationale israélien.

Implantation dans d'autres pays

Jusqu’alors limité au seul Etat d’Israël, le Krav Maga s’exporte au-delà des frontières au début des années 80. Les disciples les plus talentueux de son fondateur à l’instar de Kobi Lichtenstein en Amérique du Sud sont autorisés à enseigner. C’est aux Etats-Unis que le Krav Maga rencontre le plus de succès. Pour la première fois en dehors d’Israël, deux Américains, Allen Feldman et Darren Levine, se voient décerner le grade de ceinture noire. La méthode rencontre une telle popularité qu’en 1985, Eli Avikzar, un des premiers élèves d’Imi Lichtenfeld, est invité à dispenser des cours au département de police de Los Angeles. Très vite, le Krav Maga va étendre son influence à d’autres institutions d’élite comme le FBI ou la Drug Enforcement Administration (DEA) qui ont permis de populariser largement la discipline. En France, c’est sous l’impulsion de Richard Douieb que le Krav Maga se développe. Nommé en 1988 par Imi Lichtenfeld pour enseigner son savoir, le technicien devient en 1993 le formateur exclusif dans l’art du combat rapproché du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). Le décès de son fondateur, en 1998, va profondément affecter le milieu du Krav Maga. Après la disparition d’Imi Lichtenfeld commencent à apparaître les premières dissensions. Une et indivisible sous l’ère Lichtenfeld, la Krav Maga Association, fondée en 1978, se morcelle. Aujourd’hui, il existe une quinzaine d’organisations mondiales qui se réclament toutes de son fondateur. La plus importante, en nombre de pratiquants est la Fédération européenne de Krav Maga (FEKM) dirigée par Richard Douieb. Elle revendique près de 12 000 élèves à travers 9 pays. Associée à la Fédération française de karaté (FFKDA) en 2005, elle est devenue indépendante le 15 septembre 2011.

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