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Hauts Grades

Le Livre des Sept Sceaux

11 Septembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

Au 17ème degré du REAA les Chevaliers d’Orient et d’Occident s’inspirent de la vision de Jean dans l’Apocalypse pour édifier leur Temple spirituel semblable à la Jérusalem céleste. Sur le plateau du Très Puissant, se trouve à sa droite un grand livre clos par sept sceaux décrit dans le manuel d’instruction du 17èmedegré du REAA :

« Le Livre des Sept Sceaux que nul ne peut ouvrir représente une Loge maçonnique que seul le Très Puissant a le droit de convoquer et d’ouvrir.

Le premier sceau contient un arc, un carquois et des flèches, qui signifient que les ordres de la Loge doivent être exécutés avec une précision et une rapidité identiques à celle d’une flèche tirée par l’arc, et qu’il convient de recevoir ces ordres avec la même attention que s’ils émanaient d’une tête couronnée.

Le deuxième sceau contient une épée à deux tranchants, qui enseigne qu’une Loge est toujours armée pour punir.

Le troisième sceau contient une balance, qui est le symbole de la justice.

Le quatrième sceau contient une tête de mort, qui représente un Frère exclu d’une Loge et rappelle les pénalités auxquelles les Maçons ont souscrit en prêtant leurs obligations.

Le cinquième sceau contient un linge maculé de sang, qui enseigne que nous ne devons pas hésiter à verser notre sang pour le bien de la Maçonnerie.

Le sixième sceau contient le pouvoir d’obscurcir le soleil et de tacher la lune avec du sang, qui représente la faculté pour les Suprêmes Conseils d’interdire les travaux des Loges irrégulières jusqu’à ce qu’elles reconnaissent leurs erreurs et se soumettent aux statuts et règlements de l’autorité établie par les Grandes Constitutions.

Le septième sceau contient sept trompettes et de l’encens qui indiquent que la Maçonnerie est répandue sur toute la terre avec les ailes de la renommée et qu’elle mérite toutes les marques d’honneur que symbolise l’encens. »

 

Une clé de ce symbolisme est donnée par la référence à Saint Jean l’Evangéliste de Patmos. L’Ancien qui à l’ouverture du Premier Sceau reçoit un arc, un carquois et une couronne, représente, selon le TIF Claude Guérillot, le Cavalier blanc de l’Apocalypse (6-2) :

« Je vois et voici un cheval, un blanc,

Celui qui est assis dessus a un arc. Une couronne lui est donnée.

Il sort en vainqueur et pour vaincre. »

De même, le second Ancien sera le Cavalier rouge, à qui il a été donné de prendre la paix hors de la terre, et qui porte une épée (Apocalypse 6,4).

Le troisième Ancien représente le Cavalier noir, muni de sa balance (Apocalypse 6-5, 6).

Le quatrième est le Cavalier vert, qui symbolise la mort.

Le rituel est tout aussi fidèle en sa transposition de l’Apocalypse pour les derniers Sceaux. Nous sommes donc en présence d’une mise en scène de l’Apocalypse dont tous les détails (vingt-quatre Anciens, décoration du trône du Tout-Puissant, ouverture des Sceaux), sont symboliquement représentés. 

Pareillement dans le Livre d’Isaïe - qui traite (huit siècles avant Jésus-Christ) de la déportation du peuple juif à Babylone puis de son retour et de la reconstruction du Temple de Jérusalem sur les ordres du Grand Roi Cyrus II (thème du 15ème degré du REAA, Chevalier d’Orient et de l’Epée) - les chapitres 24 à  27, appelés "l'Apocalypse d'Isaïe", décrivent la dévastation du monde ainsi qu'un jugement universel et annoncent la résurrection. Le prophète annonce aussi la naissance du fils d'une vierge (7,14), l'Emmanuel ("Dieu avec nous") qui séparera les élus des réprouvés, un royaume spirituel sans fin (chapitre 9), la paix paradisiaque (chapitre 11), et la Jérusalem céleste (60,1 - 63,6) qui inspirera saint Jean dans l'Apocalypse. Son verset (49, 2) « Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a abrité à l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois » n’a-t-il pas inspiré également les auteurs du rituel du 17ème degré du REAA ? Son tableau représente en effet un homme, la main gauche à hauteur du cœur («il m’a abrité à l’ombre de sa main »), tenant dans sa bouche une épée à deux tranchants (« Il a fait de ma bouche une épée tranchante »). Et les mots «il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois » rappellent le contenu du premier sceau. 

Le passage de l’immanence à la transcendance, de la Jérusalem terrestre à la Jérusalem céleste suppose une catharsis préliminaire préparant une connaissance effective, analogiquement assimilée à un fait de voir. L’Apocalypse condense en un seul jet le récit d’une catharsis et l’expérience directe d’une vision témoignant d’un état transcendant. Connaître en voyant, devenir connaissance, devenir vérité, devenir œil, est une expérience intellectuelle directe, au-delà de toute problématique, qui relève des hautes sphères de la Connaissance spirituelle.

Les sept sceaux mettent en scène le Chevalier qui reçoit des appels à la transcendance, immédiats, impérieux, qu’il doit reconnaître et auxquels il doit répondre. Une fois dévoilés les mystères de tel ou tel symbole, il ne doit plus se voiler la face, mais par Devoir, assumer sa Connaissance et son niveau de Conscience spirituelle. Le Devoir du Maître Secret, inflexible comme la Fatalité, exigeant comme la Nécessité, impératif comme la Destinée, fixe un triptyque auquel sont confrontés les Chevaliers de l’Esprit, et globalement les Initiés sur la voie de l’Eveil.  

Fatalité car l’évolution spirituelle s’effectue par paliers de conscience et les crises existentielles qui l’accompagnent marquent au fer rouge la découverte et l’ouverture d’un plan supérieur de conscience. Son irruption bouleverse un temps l’Initié, instillant du chaos dans sa pensée et sa vie ordonnancée. Mais il faut bien en passer par là car l’évolution spirituelle, fruit d’un travail régulier et progressif, est « naturellement » marquée par ces étapes. Ainsi est structuré le REAA qui symbolise et condense en quatre niveaux le processus initiatique : degrés Symboliques, de Perfection, Capitulaires, et d’Aréopages. 

Nécessité de prendre le temps d’assimiler les contenus de ces degrés, d’avancer à son pas vers le palier suivant. Comme la lumière, de nature à la fois corpusculaire et ondulatoire, le parcours initiatique est symbolisé par une série de points séparés par des traits, tout aussi importants et riches d’enseignement les uns que les autres. Le Chevalier doit accepter par les traits le temps nécessaire de la progressivité et par les points le temps fatal de la soudaineté.

Destinée car il ne peut tourner le dos à ce qui devient son Destin. L’Apocalypse est une fin à double sens : l’aboutissement d’un processus d’une part, et ce qui lui donne un sens, et même son sens ultime d’autre part. Les catastrophes apocalyptiques renforcent le sentiment de la gravité de l’heure dans la vie du Chevalier, et au-delà de l’heure, de la gravité elle-même, hors du temps des épreuves rencontrées dans les degrés de Perfection. Son engagement relève d’un tout qui embrasse toute la vie, la vie spirituelle en particulier, et donne un sens renouvelé aux serments prêtés dans les degrés précédents, lourds de menaces en cas de défaillance, l’ultime étant de ne pas accomplir son Destin.

Sur le bijou du 17ème degré, une médaille heptagonale d’argent et d’or, l’Agneau est représenté couché sur le Livre des Sept Sceaux. Aux angles de la médaille sont gravées les lettres B, D, S, P, H, G, F, initiales des mots Beauté, Divinité, Sagesse, Puissance, Honneur, Gloire, Force, sept attributs divins dont cinq sont présents dans l’Apocalypse. Au-dessus de chaque lettre est une étoile symbolisant les qualités humaines qui doivent guider le Chevalier : la Fraternité, l’Union, la Soumission, la Discrétion, la Fidélité, la Prudence, la Tempérance. Une relation précieuse s’établit entre ces attributs divins et ces qualités humaines, comme entre les métaux précieux de la médaille, l’or et l’argent. Les quatre vertus cardinales se retrouvent dans les qualités humaines (la Prudence et la Tempérance) et les attributs divins (la Force et la Justice présente dans le troisième sceau), préparant le Chevalier aux trois vertus théologales, la Foi, l’Espérance et la Charité du 18ème degré, Chevalier Rose+Croix. Les grades capitulaires font ainsi la liaison entre les valeurs de l’Ancienne et de la Nouvelle Loi.

L'agneau pascal, représentation symbolique du sacrifice fait par Abraham à la demande de Dieu, symbolise aussi le Christ donnant sa vie en sacrifice. Jésus le messie, est l'agneau attendu qui conduit le troupeau, les brebis de Dieu. Saint Jean-Baptiste présente Jésus-Christ comme "l'Agneau de Dieu". L'Apocalypse utilise 28 fois (4x7) le mot agneau pour désigner le Christ.

L’Agneau symbolise parfaitement l’humilité. Le terme humilité est à rapprocher du mot humus, qui en est la source étymologique, et qui a donné par ailleurs le terme homme. Cela semble signifier que l’humilité consiste, pour l’homme, à se rappeler qu’il est poussière (ou littéralement : « fait de terre », c’est-à-dire de la matière la plus commune). Cela semble indiquer aussi que l’humilité est une attitude proprement humaine : et de fait, si l’homme n’est pas le seul être dont on puisse dire qu’il fut tiré du limon, il paraît bien être le seul à le savoir. 

Mais du coup, il est aussi le seul à pouvoir l’oublier, et pire, à vouloir l’oublier. Au-delà de l’image du matériau (terre, humus), le terme d’humilité renvoie en effet à l’idée d’une provenance étrangère, d’une impuissance à être sa propre origine. Il paraît impliquer l’idée d’une incapacité à s’accomplir par ses seules forces et l’aveu qu’il n’est rien en nous, hormis peut-être nos fautes et nos manquements, que nous puissions nous attribuer à nous-même, à nous seul.  

Les Chevaliers d’Orient et d’Occident surmontent ce constat d’apparente impuissance en travaillant sur le plan mental, moral et religieux, ce qui les rapproche « du plus humble de tous » au 18ème degré. Pour tendre vers l’humilité, ils peuvent suivre en Occident les « conseils philosophiques » de Dom Pernety, dans son « Traité de l’Œuvre  Hermétique » de 1758 : « Soyez tardif dans vos paroles et dans vos actions. Ne vous appuyez pas sur vos connaissances, ni sur la parole et les richesses des hommes, principalement des Grands … Profitez des lumières des savants ; recevez leurs instructions avec douceur, et leurs corrections toujours en bonne part … L’esprit peut tout quand il est à peu, et ne peut rien quand il est en même temps à tout … Le premier pas vers la Sagesse est la crainte de Dieu, le second la connaissance de la Nature. Par elle on monte jusqu’à la connaissance de son Auteur ». 

Ils peuvent entendre les paroles de Krisna en Orient sur l’action et le détachement. «  Il faut faire l’œuvre sans chercher le fruit de l’œuvre … Celui qui a chassé le désir du fruit de ses œuvres, celui qui est toujours satisfait et exempt d’envie, celui-là, bien qu’occupé d’une œuvre, est pourtant au repos… Celui qui voit le repos dans l’action, et l’action dans le repos, celui-là est sage parmi les hommes. Il est en état d’union. »

Ils deviennent ainsi Chevaliers d’Orient ET d’Occident. La conjonction de coordination ET dans leur titre est déterminante en ce qu’elle implique de vécu paradoxal et initiatique. Les Chevaliers de l’esprit apparaissent vraiment dans le REAA après les degrés de Perfection et les turbulences nées de l’omniprésence du OU, locution disjonctive exprimant l’alternance, source de désordre dans un esprit en conflit avec lui-même. Le Chevalier Rose+Croix saura répartir sur une croix ces conjonctions et ordonnancer les liens qu’elles génèrent, le OU sur la barre horizontale reliant des êtres et des idées opposées ou même trop différentes a priori pour se rapprocher les unes des autres, le ET sur la barre verticale reliant des plans de conscience différents, coexistant comme des mondes parallèles, de manière paradoxale et pourtant réelle. 

Les Sceaux du Livre sont au nombre de 7, nombre omniprésent au 17ème degré : 7 lettres du septénaire d’attributs divins, 7 qualités qui doivent guider le Maçon, 7 défauts que les Maçons oivent éviter, 7 pas marquant les côtés d’un heptagone, batterie de 7 coups par 6+1. le nombre 7, le Chariot des lames majeures du Tarot, symbolise le principe de l’expansion de toute chose par le mouvement et le repos, dans le temps et l’espace. L’action des Chevaliers est illustrée par la direction de leurs flèches, qui peuvent toucher leur cœur de cible, point central d’un cercle, ou être tangentes au cercle devenu la roue de leur Chariot. 

Ainsi les Chevaliers d’Occident qui se dirigent vers les Chevaliers d’Orient, comme les Chevaliers d’Orient se dirigent vers les Chevaliers d’Occident, au cours des combats ou des rencontres qui jalonnent leurs chemins, décochent leurs flèches en plein cœur de cible, centre du cercle de l’ennemi, de l’ami, et globalement de l’Autre. Quand les Chevaliers se sont unis, ils voient la cible par la tranche, et leurs flèches sont tangentes au cercle devenu la roue du Chariot, et la font tourner. Quand les Chevaliers sont en mouvement, la cible est au repos ; quand les Chevaliers sont au repos, la cible est en mouvement, illustrant la parole de Jésus, dans l’Evangile de Thomas (verset 55) : « S’ils vous demandent : « Quel signe de votre Père est en vous? » - dites-leur : « C’est un mouvement et un repos ». 

Le Chariot est le char du Triomphe de celui qui échappe aux lois de causalité du Destin par une triple maîtrise :

-          la domination des deux forces de polarités magnétiques différentes (Jakin et Boas) qui tirent le char,

-          la maîtrise de la mise en mouvement des sept états, fruits des sept dons de l’Esprit, cités par Isaïe (Es 11, 1-2) «… Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de courage, Esprit de science et de piété, Esprit de la crainte de Dieu », les sept Esprits de Dieu cités par Jean dans l’Apocalypse (4,5) et (5,6). En ces états, ce qui est en haut étant comme ce qui est en bas, la renonciation en bas met en mouvement des forces d’accomplissement en haut et le renoncement à ce qui est en haut met en mouvement des forces d’accomplissement d’en bas.

-          la victoire sur la tentation spirituelle du victorieux d’agir « en son propre nom », en maître et non en serviteur.

C’est le Triomphe vrai conduit à son terme par le Soi, la réussite du processus de « l’individuation », selon C.G. JUNG, ou la réussite de l’œuvre de la liberté véritable, qui est le fruit de la « katharsis » ou purification, prélude au « photismos » ou illumination, suivie en fin de la « hénôsis » ou union, selon la tradition initiatique occidentale.  

Le Livre des Sept Sceaux et l’Agneau en sont les symboles et les témoins, et préparent le Chevalier d’Orient et d’Occident à l’investissement de l’homme par l’Esprit au 18ème degré, Chevalier Rose-Croix, pour œuvrer désormais au plan spirituel et poursuivre son cheminement initiatique.

Source : www.patrick-carre-poesie.net/

 

 

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