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Hauts Grades

Le Maillet

28 Décembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Introduction

La découverte de cet objet qu’est le maillet en Loge, m’a donné envie d’y voir un peu plus clair et de découvrir d’une manière plus systématique et plus académique le symbolisme du maillet, objet de ma planche de ce soir Vénérable Maître. 

La petite histoire du Maillet

La première apparition du mot « maillet » eut lieu en 1606. On en faisait alors mention comme diminutif de « mail », en référence à l'instrument de guerre utilisé jadis par les Français. De sa première utilisation comme arme (engendrant le désordre), le maillet servira par la suite la justice (représentant l'ordre). Voilà un paradoxe intéressant !

 

L'histoire révèle qu'aux temps du roi Charles VI (en 1381), les habitants d'une petite ville se révoltèrent contre le gouvernement des oncles du jeune roi en entrant à l'Hôtel de ville par la force. Ils y prirent tous les habillements de guerre qui s'y trouvaient, et principalement grande quantité de maillets de plomb qui avaient été faits pour battre les Anglais. Cet événement fut appelé « l'Assemblée des maillets » et les gens qui la composaient, les « Maillotins ».

 

Ensuite, en 1694, le dictionnaire de l'Académie française fait mention du mot maillet comme d'« un espèce de marteau à deux têtes qui est ordinairement de bois ». On l'appelle aussi « maillot ». Toujours en 1694, on fait référence au mot « mail » comme d'une petite masse de bois garnie de fer aux deux bouts, ayant un long manche pliant, dont on se servait pour jouer en poussant une boule de bois. Ce jeu semble donc être l'ancêtre du croquet.

 

C'est la franc-maçonnerie, au XVIIIe siècle, qui en fait référence pour la première fois comme d'un instrument de justice : le maillet est alors désigné comme « un marteau de bois à deux têtes, dont se servent le Vénérable Maître et les Surveillants pour donner des signaux et pour imposer le silence ».

 

Avant de servir la justice, le maillet a été utilisé dans plusieurs autres domaines, notamment comme « arme des gens de pied » du XIIIe siècle au XVe siècle (il était alors composé d'un cylindre de plomb muni de fer et d'une hampe qu'on pouvait manier des deux mains). Il servait également comme outil à un grand nombre d'ouvriers et d'artisans (menuisier, tonnelier, plombier, tailleur de pierre, papetier, etc.). Bref, depuis son instauration, le maillet remplace le marteau dans tous les usages où le métal risquerait de détériorer la pièce sur laquelle on frappe. Habituellement, le maillet est fait d'un bloc de bois de chêne, de frêne, de buis ou d'orme et comporte un manche de frêne de petite longueur. 

Mythologie et Symbolique du Maillet

  

Le Maillet nous offre aussi des héritages profonds des religions & mythologies anciennes. Le maillet, suscitant souvent l’image de la force brutale, a souvent été associé à la foudre. C’est probablement la raison qui en a fait l’arme principale de Thor qui, comme vous le savez peut-être, est le Dieu nordique de l’orage. Thor utilisait le maillet céleste pour la fabrication de la foudre. Le tonnerre était bien la preuve de la frappe puissante du maillet géant sur les lourds et épais nuages noirs afin de dissoudre l’obscurité du ciel et libérer le soleil aux yeux des mortels.

 

Dans certaines sociétés (en Inde, par exemple), le marteau, rituellement forgé, est efficace contre le mal, contre l’adversité, faisant fuir les voleurs. Son rôle est de protéger son détenteur, activement et magiquement.

 

On retrouve souvent le maillet comme outil symbolique destructeur du mal, favorisant l’harmonie et le bien.

 

Dans la mythologie japonaise, le maillet est l’instrument magique avec lequel le Dieu du bonheur et de la richesse, Daikoku, fait surgir l’or.

 

Chez les Celtes, le maillet représentait la puissance et la volonté créatrices et ordonnatrices du Dieu.

 

Au moyen-âge, on posait un maillet sur le front des agonisants pour leur faciliter l’envol de l’âme. C’est également une tradition romaine qui veut que le doyen du Sacré Collège de l’église catholique frappe doucement le front du pape qui vient d’expirer d’un coup de marteau en métal précieux ou en ivoire pour faciliter l’envol de son âme. Une manière de pousser un peu l’oiseau hors du nid ! Une fois son corps vide de son âme, le pape était alors officiellement proclamé mort.

 

En Europe du Nord, on a souvent retrouvé des gravures de maillets sur des pierres ou des stèles funéraires. Ces gravures tendent à assurer le repos du défunt contre les assauts de ses ennemis.

 

Dans les mariages, au 18ème siècle, au nord de l’Europe également, les témoins portaient des maillets pour éloigner les forces maléfiques et promettre à l’épouse la fécondité si désirée du couple.

 

Finalement, on a découvert en Lituanie des vestiges d’un culte voué à un marteau de fer d’une taille extraordinaire. Les prêtres de ce culte expliquaient que, jadis, on ne vit plus le soleil pendant plusieurs mois. Un roi puissant l’avait capturé et emprisonnée dans une forteresse immense. Mais les signes du Zodiaque vinrent au secours du soleil ; ils brisèrent la tour avec un marteau géant, libérant le soleil et le rendant aux hommes. Le marteau fut l’instrument par lequel la lumière fut rendue aux mortels, d’où ce culte et cette vénération du marteau. Dans ce mythe, la forteresse représente probablement d’épaisses couches de nuages et le marteau frappant la forteresse (les nuages) symbolise le tonnerre grondant et tonitruant avant que l’orage et la pluie dégagent le ciel et que le soleil réapparaisse enfin.

 

En Lituanie encore, le marteau brise au printemps les épaisseurs de neige et de glace, rendant à l’homme la chaleur et le mieux-être de la nouvelle saison.

 

C’est donc une puissance divine qui est attribuée au marteau dans ces cas-là. Une puissance et une énergie agissante, active et bienfaisante.

 

A l’écoute de ce qui précède, le symbolisme du maillet est un symbolisme positif. Dans de rares écrits, le marteau, utilisé comme arme destructive, représente le mal.

 

Les mots “ maillets ”, “ marteau ” et “ main ” ont une même étymologie, venant probablement du fait que le maillet, comme le marteau, est une prolongation de la main droite. Il en renforce son action et sa puissance. La main exprime les idées d’activités en même temps que de puissance, de domination et d’autorité. La main droite est la main bénissante active. La main gauche est la main de la réflexion et de la sagesse (non action). Ces considérations nous aideront à mieux comprendre le symbolisme maçonnique du maillet en particulier, manié en Loge par le Vénérable Maître et les deux Surveillants. 

Le symbolisme maçonnique du Maillet

Pour nous Maçons, le maillet intervient du début jusqu’à la fin de nos tenues, de l’ouverture des travaux aux agapes.

 

Les coups donnés par le Vénérable Maître et les Frères Surveillants se succèdent et se répondent selon un sens immuable. Un coup seul donné par le Vénérable Maître est semblable à un appel au Grand Architecte de l’Univers avant d’entamer son invocation. Le son qu’il émet lors de la frappe est une vibration qui part de l’Orient pour donner écho sur l’Occident, puis revenir sur l’Orient, tel un coup de tonnerre et son grondement qui s’en suit.

 

Les coups de maillets font partis des symboles sonores. Alors que les symboles figurés se développent généralement dans l’espace, les symboles sonores se déroulent dans le temps. Les trois coups (deux rapides et un espacé) répétés par les Frères Surveillants, signifient pour les deux premiers l’activité du Franc Maçon pour se mettre au travail et le troisième désigne l’attention qui lui est nécessaire pour le bien conduire.

 

Le « son-vibration » produit par le maillet en loge introduit l'initié dans le domaine du sacré, préparant ainsi un climat de réceptivité et d’ouverture intérieure. On pourrait ainsi s’ingénier à penser que le coup de maillet résonne dans le crâne de l’initié pour le faire raisonner.

 

Le maillet est, en effet, le symbole de l’intelligence qui agit et persévère ; celle qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui, dans le silence de sa conscience, cherche la vérité.

 

Lors de l’initiation, le Vénérable Maître porte trois coups de maillet sur la pointe du compas positionné sur notre cœur. Ces trois coups ainsi portés sur le coeur symboliseraient l’union inconcevable qui est en nous : celle de l’Esprit, de l’Ame et du corps.

 

Le maillet figure également la volonté qui exécute.

 

En Egypte ancienne, le maillet est kherepou, mot en rapport avec la conduite, la direction, qui sont les attributs de la fonction du Vénérable Maître et, par délégation, du Premier et du Second Surveillant, tous trois porteurs d’un maillet pour faire œuvre utile.

 

Ainsi le maillet est-il l’insigne du commandement, que brandit la main droite, côté actif, se rapportant à l’énergie agissante et à la détermination morale dont découle la réalisation pratique. C’est le symbole de l’autorité du Maître au cours des tenues maçonniques.

 

Le maillet est un symbole de direction qui donne et ponctue le rythme des travaux autant qu’il assure la discipline et coordonne les activités de la loge. Les Surveillants ont la direction de leur colonne et c’est à eux que chaque frère doit s’adresser pour avoir la parole. Ils demandent pour leur frère la parole au Vénérable Maître par un coup de maillet. On peut considérer les deux Surveillants comme les assesseurs directs du Vénérable Maître, tous trois portent le maillet, symbole d’un pouvoir reçu et transmis, qui leur permet de remplir leur fonction en parfaite coordination et subordination.

Conclusion

En guise de conclusion, je vous dirai que lorsque, les yeux bandés, j’ai frappé pour la première fois à la porte des Sept Frères, la première chose qui m’a impressionné, c’est le bruit sec et précis de ce premier coup de maillet donné avec force et vigueur qui, comme la foudre, a déchiré d’un seul coup le tissu de mes pensées profanes. Les yeux bandés, les bruits résonnent parfois aussi forts que l’éblouissement de l’éclair nous aveugle.

 

Ce coup de maillet m’avait immédiatement plongé dans une ambiance nouvelle. C’était comme un point à la ligne des événements de mon existence. C’était l’annonce d’un nouveau chapitre des circonstances de ma vie.

 

Ces impressions premières, je les ressens encore, parfois, aux coups de maillet donnés en Loge. Peu à peu, elles sont devenues des appels à l’ordre, des points de repères sécurisants dans le cheminement de mes pensées qui jalonnent le parcours de chacune de mes tenues maçonniques.

 

J’ai dit Vénérable Maître,

 

F\A\

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jbpasqually 10/01/2011 09:47



Lors de l’initiation, le Vénérable Maître porte trois coups de maillet sur la pointe du compas positionné sur notre
cœur.


sur la tête du compas, pas sur la pointe .......


 



Brackman Hervé 28/12/2010 09:05



Excellent travail mon BAF,


Un travail qui nous rappelle un peu l'historique de ce mot puisque tu vas rechercher l'origine et l'utilisation du maillet.


Quant à son aspect maçonnique, j'espère que bien des Frères, ayant eu l'occasion de se servir d'un des maillets pourra se rappeller sa valeur.


Je te remercie pour cet excellent travail


 


Hervé Brackman


VM RER