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Hauts Grades

Le Maître Maçon dans la tourmente (1939-1945)

19 Mai 2012 , Rédigé par Jacques R Publié dans #histoire de la FM

 

Et ce n'est pas le petit rayon de soleil constitué par le rejet dans le courant de l'été 1936 de la demande d'initiative populaire - qui forte de 57 303 signatures avait imposé au Conseil Fédéral Helvétique une votation de révision de la Constitution Fédérale en vue d'interdire les sociétés Franc-maçonnique et associations similaires - qui pouvait masquer l'enclenchement d'une tourmente.

Comme vous le constatez je n'ai pas inclus dans cette liste l'Allemagne. Je crois qu'il faut lui réserver un chapitre à part pour nous éclairer sur les comportements qui, au lieu de rechercher l'impossible compromis avec le diable, auraient du être autant d'avertissements pour mieux faire agir les Maçons puissants des nations libres dont je citerai sans être nécessairement exhaustif pour la période 1933 - 1939 :

- Les présidents de Conseil français : Camille Chautemps, Gaston Doumergue, Fernand Bouisson.

- Les ministres : Charles Daniélou, André Marie, Henry Chéron, Ludovic-Oscar Frossard, Jean Zay, Maurice Viollette, Roger Salengro, Marc-Emile Rucart, Paul Ramadier, Théodore Steeg, Jean Aubaud, Gaston Monnerville, Pierre Mendès France.

- Les souverains anglais Edouard VIII, suédois Gustave V, danois Christian X et grec George II.

Sans oublier Francklin Delano Roosevelt, Président des Etats-Unis d'Amérique.

Mais revenons à l'Allemagne.

La défaite de 1918 et la chute de l'empire ne peuvent être le fait de l'Allemagne : il faut trouver des coupables. Dès 1920 le général Erich Ludendorff qui prit une part déterminante à la direction des opérations en 1917 et 1918 épaulé par son épouse attaquent les coupables : la franc-maçonnerie et la juiverie qui ont fomenté le conflit et formé "la conspiration mondiale des puissances supranationales" par l'association des forces de l'argent et des sociétés secrètes.

Si les publications de ces deux personnages constituent les premiers écrits de propagande antijuive et antimaçonnique de l'après guerre, les Maçons allemands ne s'en effraient pas pour autant. A peine élèvent-ils aux travers de leurs Grands-maîtres une protestation dans la presse.

Bien au contraire les obédiences allemandes se développent : en 1918 les 3 obédiences prussiennes dont les caractéristiques essentielles sont d'être chrétiennes, protestantes, monarchistes et conservatrices et les 5 obédiences à tendance humanitaire, c'est-à-dire dans l'acception du terme allemand : tolérantes, libérales et démocrates totalisent avec quelques loges sauvages 58 505 membres (Pour mémoire la France décompte alors 50 000 maçons).

Sept ans plus tard, à la Saint Jean 1925, la franc-maçonnerie allemande est passée à 82 194 membres réunis en 632 loges pour un pays de 60 millions d'habitants.

Constatons, au passage, que l'expansion de la franc-maçonnerie se produit dans le même temps que le rapide développement du mouvement populaire, le national socialisme, et que le putsch d'Hitler de 1923 se situe dans cette même période.

Cependant si la création d'une police militarisée en 1925 - la SS - peut inquiéter quelques avertis ce n'est qu'en 1931, lorsque son commandement est confié à Himmler, que la franc-maçonnerie allemande commencera à souffrir sérieusement du nazisme.

Tout d'abord par des exactions commises par les troupes paramilitaires - les SA – qui sans discipline apparente effectuent de nombreuses exactions. Des loges sont attaquées, perquisitionnées, pillées, occupées. Des Maçons font l'objet d'arrestations arbitraires avant d'être libérés. Ensuite par des délations et dénonciations qui incitent au boycott de magasins, d'affaires industrielles, de professions libérales dont les responsables sont Maçons.

En parallèle Himmler commence à tisser une toile d'araignée policière sur tout le territoire du reich. Les chefs locaux de la SS sont enjoints de répondre à un questionnaire très précis sur les activités maçonniques et sur les dirigeants et les membres y appartenant pour leur secteur.

Aussi à partir de la prise de pouvoir de Hitler le 30 janvier 1933, Himmler put très facilement mener une première campagne antimaçonnique dès l'été de la même année. Loges pillées, saccagés, occupées, mises sous scellées, bien confisqués et vendus, maçons arrêtés et jetés en prison.

L'arrestation du frère Raoul Koner, grand secrétaire de la Grande Loge Symbolique, puis celle du Grand Maître Léo Mûffelmann ainsi que du frère Fritz Bentsch, grand commandeur du Rite Ecossais et leur déportation au camp de Küstrin, près de Berlin, marquent la volonté des nazis de porter des coups sérieux à la franc-maçonnerie en frappant très haut et très vite.

A noter que les obédiences humanitaires et libérales qui n'avaient qu'aversion pour Hitler avaient, avec un grand réalisme, décidaient de se dissoudre d'elles-mêmes. Certaines se "délocalisant" comme on dirait aujourd'hui en s'exilant au Chili ou en Palestine.

Malgré cela les poursuites contre la maçonnerie en général se poursuivent et vont même s'amplifier après qu'une ordonnance du 4 janvier 1934 de Goering alors ministre et Président de Prusse est précisée que pour "la protection du peuple et de l'Etat" toutes les loges devaient se dissoudre.

Cela ressemble au glas pour les loges prussiennes mais pas tout à fait encore. En effet, ces loges au contraire des loges humanitaires n'avaient pas beaucoup apprécié la république de Weimar et voyaient dans l'avènement de Hitler et dans ses actions de rétablissement de l'ordre une étape préludant au retour de la monarchie.

Ainsi, les grandes loges prussiennes ont tenté de s'adapter au nouveau régime et même de s'en concilier les bonnes grâces. Que n'auraient-elles fait ? .N'ont-elles pas multiplié les démarches auprès des dirigeants du Reich : telle cette entrevue entre Schacht (seul membre franc-maçon du gouvernement) et Hitler à Oberselzberg dont il ressort que, si l'entrevue fût cordiale, la détermination d'Hitler à faire disparaître la franc-maçonnerie est inéluctable. Ou encore les interventions qui restent sans réponse de l'ancien ami du Führer le Grand Maître prussien Bordes qui va même dans un dernier effort pour survivre transformer la "Groβe Landesloge von Deuschland" en "Ordre Germano-Prussien du Temple" supprimant des rituels toutes références à la légende d'Hiram lui substituant celle de Baldur, Dieu germanique, éradiquant tous les termes d'origine ou de consonance hébraïque, toute référence à l'évangile, où Booz et Jakin deviendront Lumière et Peuple et le temple de Salomon, cathédrale allemande, etc .

Malgré cela le sort des derniers bastions de la maçonnerie est scellé. Une ordonnance du gouvernement de Prusse enjoint aux loges de se dissoudre au plus tard le 21 juillet 1935. Mais comme le "Prince" est bon ! Elles sont autorisées à se réunir une dernière fois en guise d'adieu en assemblée commune pour célébrer les "fêtes " de leur clôture. Cette manifestation se déroulera le vendredi 9 août 1935 en présence de la Gestapo ! Le lendemain, la presse nazi pouvait enfin titrer sur la fin de la Franc-maçonnerie allemande et se réjouir de la fermeture de l'atelier des pionniers d'une république judaïque mondiale.

Les Maçons allemands avaient-ils bien mesuré ce qui leur était arrivé, avaient-ils compris leurs erreurs, leurs faiblesses voire leurs laxismes. Avaient-ils négligé les propos tracés contre la maçonnerie dans Mein Kampf ? N'avaient-ils pas compris le sens de la déclaration d'Hitler le 1° septembre 1933 devant le parti nazi "le national socialisme est une conception du monde" ou avaient-ils fait la sourde oreille ?

A ce stade de mon propos est pour en terminer avec l'aspect allemand je me dois me semble-t-il de nous faire réfléchir sur les motivations d'Hitler à l'encontre de la franc-maçonnerie. Car au-delà du terme générique de "complot judéo maçonnique", si sa haine des juifs est tout entière sous-tendue par son obsession de la pureté de la race aryenne, il n'est en rien pour les maçons. L'explication en a été donnée par le président du Sénat de Dantzig, Hermann Rauschning qui avait conversé du sujet avec le Chancelier. Selon lui, Adolphe Hitler lui aurait dit :

"Je ne crois pas à la malignité diabolique des francs-maçons, de ces gens qui se sont embourgeoisés au cours des siècles, de cette association devenue, tous les jours plus inoffensive en Allemagne, où elle n'est plus guère qu'une société de secours. Je me suis fait renseigner exactement sur ce sujet. Les prétendues horreurs, les squelettes, les têtes de mort, les cercueils, le cérémonial mystérieux, tout cela n'est qu'un attirail de croque-mitaine. Ce qu'il y a de plus dangereux chez ces gens-là, c'est le secret de leurs sectes, et c'est, justement, ce que je leur ai emprunté ! Ils constituent une sorte d'aristocratie ecclésiastique. Ils se reconnaissent entre eux par des signes spéciaux. Ils ont développé une doctrine ésotérique, qui n'est pas formulée en termes logiques, mais en symboles qu'on révèle graduellement aux initiés. L'organisation hiérarchique et l'initiation par des symboles et par des rites, c'est-à-dire sans fatigue pour l'intelligence, mais par la fécondation de la fantaisie, par l'effets de symboles rituels : voila ce que les francs-maçons ont inventé de dangereux et de grand, et c'est l'exemple qu'ils m'ont fourni. Ne voyez vous pas que notre parti doit être constitué exactement comme leur secte ? Il doit être un ordre avec un clergé laïque et hiérarchisé. Mais il n'y a pas de place, dans le monde, pour deux ou plusieurs organisations semblables. Ou bien nous, ou bien les francs-maçons, ou bien l'Église. Mais jamais deux ensembles… Cela s'exclut et l'Église a bien compris cette situation, du moins en ce qui concerne la franc-maçonnerie. Aujourd'hui, c'est nous qui sommes les plus forts et, c'est pourquoi, nous éliminerons les deux autres l'Église et le franc-maçonnerie."

9 août 1935, que font les Maçons français, quelles sont leurs réactions ? Certes en pleine crise économique mondiale et en pleine campagne préélectorale qui devait amener au Front Populaire de 1936 les sujets ne manquaient pas, mais quand même !

Aussi pour que nous comprenions mieux la suite des évènements j'ai demandé au Vénérable Maître S:. D:. de nous lire le compte rendu du convent de 1936 qui naturellement faisait synthèse de l'exercice.

(Cf. annexe 1.
Bulletin de la Grande Loge de France n° 12 du 15 novembre 1936 pages 625 à 636)

Neuf août 1935, tenue de convent du 17 septembre 1936; Pas une seule vraie référence, Pas un mot sur les maux de nos Frères Allemands.

Mais si le pire n'est jamais sûr, l'angélisme ne peut l'arrêter. Le 3 septembre 1939 c'est la guerre. Aussi pour comprendre l'état d'esprit de la Grande Loge de France à cette date, j'ai demandé à notre Frère A:. G:. de nous lire le discours du Grand-maître de la Grande Loge de France le Très Respectable Frère Michel Dumesnil de Gramont lors de la fête de l'ordre écossais au solstice d'hiver de l'année 1939.

(Cf. annexe 2.
Bulletin de la Grande Loge de France n° 29 du 15 janvier 1940 pages 199 à 209)

Je crois que nous avons écouté deux très beaux textes. Mais n'êtes-vous pas en droit de m'interroger et de me demander : qu'à fait la Franc-maçonnerie pendant ces temps-la ? Sans ambages, je vous répondrai : des déclarations. Des déclarations du même type que celles qui viennent d'être lues.

Toutefois pour éviter qu'on ce méprenne sur mon propos j'affirme qu'en ce qui me concerne c'est très bien ainsi car si je plains le Maçon qui n'est pas engagé, je ne souhaite en aucune façon que la Maçonnerie s'engage car alors notre magnifique secret d'appartenance, hors de la honte ou de la fierté d'être maçon, aurait vite fait de disparaître. Tout simplement du fait que chacun d'entre nous aurait du mal à ne pas s'identifier ou à s'opposer aux professions de foi énoncées. Alors même que le secret garanti pour chacun la mise en commun de sa tolérance et non pas de ses idées et ne peut en aucun cas laisser croire à l'extérieur à une identité de vue entre ses membres. Nous rassemblons ce qui est épars et nous nous enrichissons de nos différences. Mais, de grâce, nous sommes du Monde.

Le scénario rodait en Allemagne depuis 1933 allait pouvoir servir pour le monde entier. Le plus souvent avec brutalités et sans ménagement comme en Autriche, quelquefois avec souplesse comme en Norvège, Finlande ou au Danemark.

C'est ainsi, que dès l'entrée des Allemands à Paris la Gestapo réquisitionne l'immeuble du Grand Orient, rue Cadet et celui de la Grande Loge, rue Puteaux pour y installer des centres de renseignements et de recherches sur les sociétés secrètes. Les archives sont saisies, les dignitaires interrogés. A noter que ce scénario est systématiquement appliqué dans toutes les régions sous autorité allemande.

Mais la France ajoutera aux malheurs du vaincu, la haine des revanchards.

La débâcle de juin 1940 se solde par l'avènement de l'Etat Français avec notamment l'attribution des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain avant dissolution des chambres le 10 juillet 1940. Là aussi, convenait-il de trouver des boucs émissaire et la propagande allemande sur le complot judéo maçonnique allait être totalement prise en compte par le nouveau pouvoir.

Aussi, j'espère vivement que les parlementaires francs-maçons (40 députés sur 51, et 25 sénateurs sur 34) qui en votant accordèrent les pleins pouvoirs au chef de l'état français étaient animés strictement par les circonstances et qu'ils ne présumaient pas que le Maréchal aller faire preuve d'une rare diligence dans la promulgation des lois sur les sociétés secrètes.

Plus sage mais aussi vaine fut la lettre adressée le 7 août 1940 par le Sérénissime Grand Maître du Grand Orient de France Arthur Groussier qui, pétri d'humanisme, crut opportun d'adresser au Maréchal un courrier qui l'avisait qu'en raison des circonstances l'Obédience entière, les loges et les adhérents cessaient leur fonctionnement.

Ce courrier ne reçu aucune réponse et semble-t-il pour cause car le maréchal Pétain semble bien n'avoir jamais varié dans son sentiment d'antipathie à l'égard de la Maçonnerie. N'avait-il pas refusait en 1904 de saisir la main que lui tendait le général André alors ministre de la Guerre lors de "l'affaire des fiches" ? Par ce geste, il avait manifesté dans le silence mais sans hésitation qu'il n'avait aucune inclination pour les enfants de la Veuve. Tout dans une carrière aussi longue compte, et il est quasiment certain que le Maréchal pensait que "ces gens là – les francs-maçons - lui avaient barré la route" à lui, catholique pratiquant. Je ne m'attarderai pas sur les nombreuses déclarations que Pétain fit de 1940 à 1944 dans lesquelles transparaît sa haine de la Maçonnerie. Pour clore ce chapitre je vous rappellerai seulement la phrase rapportée par ses collaborateurs lorsque le Maréchal déclarait que la maçonnerie était perfide et mensongère et que plus que tout autre il fallait la combattre car disait-il " Un juif n'est jamais responsable de ses origines, un franc-maçon l'est toujours de son choix."

Il n'est donc pas étonnant qu'une de ses premières décisions soit de dissoudre toutes les obédiences. Cela sera fait par la loi du 13 août 1940 avec les signatures du Garde des Sceaux Raphaël Alibert et d'Adrien Marquet, ministre de l'Intérieur, le maréchal Pétain, chef de l'Etat français, interdit toutes les sociétés secrètes et saisit la totalité de leurs biens. Faut-il ajouter à cela que le zélé ministre d'état à l'intérieur qui eu en charge l'application de la loi dès le 28 septembre 1940 était un ex-frère de la Loge "L'action" du Grand Orient de France, Marcel Peyrouton.

Plus tard une loi du 11 août 1941 prescrivait la publication au "Journal Officiel" des noms des anciens dignitaires (hauts gradés mais également simples "officiers" des Loges) avec démission d'office des fonctionnaires ainsi identifiés et interdiction d'accès aux offices et fonctions publics. 18 000 noms furent ainsi livrés.


Rien n'arrêtait la haine de la Maçonnerie, l'orphelinat maçonnique qui fonctionnait à Paris 19, rue de Crimée, et à Jazermes en Charente-Maritime fut dissous, son fonctionnement interrompu, ses locaux mis à sac, ses dirigeants poursuivis.

Encore fallait-il sensibiliser le pays et plaire à l'occupant.

Une Exposition antimaçonnique organisé au Petit Palais à Paris pour prouver le caractère néfaste de l"Ordre reçu plus d'un million de visiteurs.

Un film "Forces Occultes" d'après le scénario de l'ancien maçon Jean Marquès-Rivière sera projeté le 9 mars 1943 en première sur les Champs-Élysées avant sa diffusion sur tout le territoire. Il attirera de nombreux curieux. Notons que le réalisateur Paul Roche n'était que le pseudonyme du Frère Jean Mamy encore Vénérable Maître de la Loge Ernest Renan en 1940 ! Ce qui lui voudra à la libération d'être cité lors du convent de 1945 par l'appellation de "le premier traître de chez nous".

A noter que malgré les efforts la population ne suivait pas la propagande, surtout lorsqu'elle constatait que ces maçons qu'on affublaient de tous les maux n'étaient pas tous juifs, députés, banquiers mais des citoyens des classes moyennes, souvent des fonctionnaires de proximité directeurs d'école, postiers ou autres avec lesquels elle entretenait d'excellente relation et envers qui elle avait du respect.

Seuls les revanchards, les ambitieux et jaloux succombaient aux délices de la dénonciation et de la délation.

Néanmoins 6 000 frères sur les 50 000 que comptaient toutes les obédiences réunies furent inquiétés. 989 furent déportés. 545 furent fusillés ou moururent en déportation.

Encore que de ces chiffres il faudrait faire la part de ceux qui sont morts ou qui ont été déportés au seul titre qu'ils étaient Maçons de ceux qui le furent pour Résistance car l'engagement des Frères fut très important. Il est bien évidemment impossible de savoir si le Frère primait sur le Patriote ou inversement.

En revanche, déjà signalés et repérés à l'occupant ou aux suppôts de la collaboration, les tracas et dénonciations eurent un effet aggravant sur la dangerosité des actions que les Frères n'avaient pas manqué d'engager sitôt la défaite de 1940 digérée.

C'est ainsi que le 7 janvier 1941, six frères Eychenne, Péloquin, Rucart, Soubret, Bonnard, Kirchmayer, fondent un "Grand Conseil provisoire de la maçonnerie". Appellation vite abandonnée au profit de "Comité d'action maçonnique" qui se fixe pour but la restauration de la République après le départ des nazis mais aussi l'unification de la franc-maçonnerie en une seule obédience.

Fin 1943, ce sont 211 triangles répartis sur 60 départements qui, par le regroupement d'une poignée de Frères sans rattachement à une Obédience, constituent la forme active du Comité d'action Maçonnique connu du Comité National de la Résistance sous le vocable de "Patriam recuperare" ; et qui commencent au travers de liaisons avec Londres et Alger à reprendre espoir par le renouveau de l'idéal maçonnique dans les territoires d'outre-mer libérés.

Je ne citerai pas les nombreuses actions de résistance qui sont à mettre aux crédits de nos Frères, que ce soit le premier parachutage, la libération de Paris ou la participation de nombreux francs-maçons aux instances dirigeantes du Conseil National de la Résistance.

J'évoquerai seulement pour terminer les espoirs de certains Frères dans le renouveau maçonnique qu'ils espéraient voir renaître sitôt le nazisme vaincu. Ainsi dès octobre 1943 un Comité d'initiative composé de 4 frères du Grand Orient les Frères Soubret, Virmaud, Baylot et Corneloup et 4 Frères de la Grande Loge de France les Frères Cauwel, Riandey, Busson et Marsaudon tentèrent d'établir un document qui permettrait de refonder dans l'unification la Maçonnerie Française dès la Libération.

Il me faudrait faire une autre planche pour expliquer et commenter les motivations des uns et des autres qui dès ces instants ne purent s'entendre sur un texte commun dont l'efficacité irait au-delà d'une déclaration de principes. Pour résumer je ne citerai que le début d'une lettre que Charles Riandey, dignitaire de la Grande Loge, futur Commandeur du Suprême Conseil de France écrivait le 25 septembre 1943 - juste avant sa déportation au camp de Buchenwald - à Joannis Corneloup membre du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France dont il deviendra Grand Commandeur d'honneur "ad vitam" : "Tant que l'on parle d'épuration tout le monde et d'accord. Dès qu'on aborde les voies et moyens chacun a son système dont il ne veut pas démordre".

Il me faudrait également une autre planche et beaucoup de recherches complémentaires pour tenter d'expliquer les motivations de quelques frères qui crurent bon de tendre une oreille délicate aux sirènes de l'Ordre et qui au prix d'un rapprochement avec une certaine hiérarchie catholique au travers du Révérend Père Jésuite Berteloot ont pu imaginer que les discussions entreprises avec le gouvernement Laval en octobre / novembre 1943 aient eu quelques chances ou plutôt malchances d'aboutir ! Mais le Maréchal veillait au grain et une note intitulée "La France contre la Maçonnerie" inspirée par le Cabinet de Pétain publiée le 24 décembre 1943 dans la presse parisienne apportait un désaveu total à ce mouvement naissant.

Heureusement pendant ce temps les évènements s'accéléraient. Le 15 décembre 1943, le Général de Gaulle, chef de la France libre, décrète une ordonnance annulant les lois de Vichy relatives à la suppression des sociétés secrètes.

A partir du 6 juin 1944, des portions de plus en plus grandes du territoire sont libérés partout dans des conditions souvent difficiles aux plans matériel et moral les Maçons tentent de rallumer les étoiles du Temple.

Le 22 août 1944, tous les frères parisiens du Grand-Orient et de la Grande Loge peuvent reconquérir leurs locaux, rue Cadet et rue Puteaux.

La libération du territoire étant en marche, la première partie du plan d'action du Comité d'action Maçonnique était réalisée. Il convenait donc de mettre en œuvre la seconde, c'est-à-dire l'unification de la Maçonnerie française.

Ainsi à partir des embryons clandestins qui devaient servir pour la réorganisation à intervenir après la libération s'engagent des pourparlers entre une délégation du Grand Orient de France conduite par son Grand-maître Francis Viaud et celle de la Grande Loge conduite par le Grand-maître Dumesnil de Gramont pour réaliser l'unité organique souhaitée dans la clandestinité. Mais les conversations ne purent déboucher sur aucun compromis.

Deux obstacles majeurs ont eu raison des idéalisations formulées pendant la clandestinité :

- l'une de fond, par la double opposition entre deux conceptions de la maçonnerie :

- La conception agnostique andersonnienne et le gnosticisme écossais.
- L'esprit démocratique de la Franc-maçonnerie bleue et la conception aristocratique des Hauts-Grades.

- l'autre de pouvoir : il eût fallu fondre 66 personnages en 33 et c'est là pire qu'un crime de lèse majesté ! Ah ! Cordonnite quand tu nous tiens !

Je ne jugerai point, je ne blâmerai point, je constate.

Je demande seulement pardon aux 545 morts fusillés ou en déportation d'avoir cru à la victoire de la Pensée sur la médiocrité des actions ordinaires.

Que Brassens n'était-il venu pour leur chanter : "Mourir pour des Idées d'accord, mais de mort lente. D'accord, mais de mort lente.

A tous les lecteurs Maçons, j'ai dit.

 source : http://www.stella-maris-gldf.com/

A tous les lecteurs Maçons, salut !

Que ceux qui espèrent ou craignent que je ne me livre qu'à un récit strictement historique soient rassurés : je ne possède aucune technique de recherches ou d'analyses historiques : je suis pas historien mais je m'intéresse à l'Histoire.
Que ceux qui pensent trouver ici une œuvre originale soient déçus, il est d'évidence que né en août 1944 je ne peux que compiler des lectures.
Que ceux, enfin, qui auront plus de doutes que de certitudes à la fin de mon propos soient rassurés : la grandeur de la Maçonnerie est d'être du Monde et celle des Maçons est d'être dans le monde.

La tourmente 1939 -1945 n'est pas le fruit d'une quelconque génération spontanée. Si nous nous référons seulement à la partie historique de l'existence de notre Ordre -c'est-à-dire depuis le 24 juin 1717 - nous pouvons, sans être exhaustif, rappeler que dès 1767 la Franc-Maçonnerie est dissoute par la police ; que la Terreur instaurée par Robespierre adressa à la guillotine du Frère Guillotin bon nombre de Frères ; que Louis XVIII - dont certain affirme qu'il était initié - ramène avec lui en 1815 nombre d'émigrés qui reprochent à la Maçonnerie d'avoir été le bras droit de l'Empereur et qui, ivres d'une rancœur, se réjouirons de voir les Frères obligés d'adopter un profil plus que bas car très surveillés. Je n'oublierai pas non plus la crise violente de 1877 entre l'Eglise et la Franc-Maçonnerie, paroxysme des multiples condamnations de l'Ordre par le Vatican. Mais il faut bien considérer que c'est au milieu du XX° siècle que la Maçonnerie a été le plus en péril par l'alliance d'une volonté de détruire sa Pensée et d'actions de nature à inquiéter ses membres.

Volontairement axé sur la période 1939 – 1945 je ne mentionnerai que pour mémoire les interdictions et poursuites des dictatures naissantes :

- Celles du communisme soviétique assorties en 1922 de l'interdiction faîte à ses membres par le parti communiste français de se faire initier en franc-maçonnerie.

- Celles du fascisme de Mussolini qui dès 1925 faisaient condamner à une peine de 30 ans de réclusion le Général CAPELLO, Grand-Maître-Adjoint du Grand-Orient d'Italie au motif d'avoir financé un prétendu attentat contre le Duce.

- Celles du régime autoritaire mis en place en 1932 par le Portugais Salazar.

- Et naturellement, celles qui découlèrent de la guerre civile espagnole débutée en juillet 1936.

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