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Hauts Grades

Le message de l'Apocalypse au 17ème degré du REAA

11 Septembre 2012 , Rédigé par Grand Elu Chevalier Kadosch, Raymond C.F. (30è) Publié dans #Planches

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers Ordo ab Chao - Deus Meumque Jus 

Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33è et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France 

Très Sage Athirsata et vous tous Chevaliers Rose-Croix, mes Frères,

Le contenu du rituel de réception au grade de Chevalier d’Orient et d’Occident est fondé sur l’Apocalypse, vision que Jean eut dans l’île de Pathmos. Ce mot hélas a pris aujourd’hui pour sens celui de cataclysme ou de catastrophe redoutable. Or, nous savons qu’Apocalypsis en grec signifie Révélation, que son objet est la connaissance du mystère du Temps à la fois linéaire et cyclique dans la pensée de Dieu, et particulièrement des étapes par lesquelles l’humanité actuelle doit passer pour aboutir à sa purification finale, à son jugement et à l’apothéose des Elus. Mais à la faveur d’un glissement sémantique, nous oublions trop souvent que Révélation signifie également l’opération traditionnelle par laquelle un mystère divin aussitôt entrevu doit être aussitôt recouvert d’un voile afin que seuls les adeptes qui en connaissent les arcanes puissent soulever. 

Car, toutes les écritures, et pas seulement chrétiennes, nous le disent, l’humanité dans l’état de décadence morale et spirituelle où elle se trouve à la fin de son involution ne peut supporter la pleine lumière divine et ne peut y boire que sous le voile du symbolisme, langage universel qui n’est plus aujourd’hui accessible qu’à une minorité de veilleurs. Si le texte de l’Apocalypse doit être lu comme tout texte sacré à plusieurs niveaux, il doit également être appréhendé dans son sens littéral et être lu par tout homme de bonne volonté.

Mais ce qui frappe d’emblée à la lecture de l’Apocalypse de Saint-Jean, ce sont les images de cataclysme, d’abîmes et de monde en fusion. La belle ordonnance du monde explosait et éclatait. A l’ardeur et à l’éclat des flammes, au tournoiement des étoiles, à l’écroulement des montagnes se mêlaient les cris et les lamentations de toutes les races de la terre et le mugissement des grandes eaux. Des anges brisaient, fracassaient, ouvraient des sceaux d’où sortaient des chevaux verdâtre, rouge feu emmenant avec eux la peste et la paix hors de Terre. D’autres sonnaient, dans un bruit immense de trompettes, un déluge de grêle et de feu, de sang et de ténèbres, l’invasion de gigantesques sauterelles, cuirassées de fer, aux queues de scorpions et aux crocs de lions, torturant pendant de longs mois de leurs piqûres brûlantes tout homme ne portant pas, sur son front, la marque de Dieu.    

Dans les visions d’épouvante qu’offre au premier abord le livre de l’Apocalypse : Où est l’Amour ? Où est la miséricorde ? Où est la compassion ? Où sont le Royaume et la béatitude annoncés ? Et encore : Quelle est cette Présence indicible qu’au travers du texte il nous arrive de deviner en nous au plus profond de notre nuit ? Quel est ce voyage intérieur proposé par Saint-Jean ?  Quel est le sens du message de l’Apocalypse pour le croyant de tradition chrétienne ? Cette tradition, nourrie de la méditation de la longue chaîne des communautés depuis l’origine, est la plus apte à donner sens aux questionnements de l’homme d’aujourd’hui, de l’Homme de toujours. Et enfin, quelle est la compréhension que doit avoir le Franc-Maçon au grade de Chevalier d’Orient et d’Occident ?  

Le message de l’Apocalypse selon la tradition chrétienne 

L’Apocalypse, titre du dernier livre de la Bible évoque des images de catastrophe. De fait, ses visions sont violentes, dramatiques : les quatre Cavaliers de mort, les Sauterelles Scorpions, la Bête à sept têtes et dix cornes, la grande bataille d’Armaguédon … Et leur obscurité a servi de base aux spéculations de multiples prophètes, mages et groupes marginaux. Chacun fait des spéculations, à partir de chiffres purement symboliques, pour fixer une date à l’événement qui doit inaugurer le retour du Christ pour mille ans. Par-delà ces interprétations d’épouvante, il nous faut donc revenir au message central du livre, que traduisent ses premiers mots : Apocalupsis Iesou Christou : « Révélation de Jésus Christ ». C’est le Christ, aux yeux de Jean l’évangéliste, qui est à l’origine de l’ouvrage. Et il s’y révèle comme présent tout au long de l’histoire de son Eglise et de la vie du monde.

L’Apocalypse est un livre lié à une situation historique précise qui concerne les persécutions contre l’Eglise, les juifs, les croyants et les chrétiens. Ce texte montre à travers des visions symboliques que Dieu interviendra pour les sauver. Après un triomphe passager de Satan décrit en termes terrifiants, le Seigneur, toujours fidèle à son peuple, sera finalement vainqueur. Et viendra alors le monde nouveau : comme un Paradis retrouvé où vivront éternellement et dans la joie ceux qui sont restés fidèles. 

C’est un livre d’espérance qui dévoile un avenir de victoire, de bonheur et de paix. Le Christ, représenté sous les traits de l’Agneau, va mener les destinées du monde jusqu’au triomphe définitif. Ce n’est pas alors, aux yeux du chrétien, un livre du passé ni une prophétie de catastrophe, mais un message pour aujourd’hui, toujours actuel. Il dit aux croyants : le Seigneur mène son Eglise par un chemin qui est parfois un chemin de croix… Elle connaîtra l’indifférence, la persécution, l’opposition diabolique passagèrement. Mais la victoire du Christ sur le Mal, sur les puissances sataniques est assurée. 

Le langage des symboles est très riche dans la littérature de l’Apocalypse : - celui des éléments de la nature, eau, vent, feu - , celui des animaux qui représentent les humains, tel le Christ présenté comme le Lion de la tribu de Juda ou l’Agneau immolé ou l’Empire romain décrit comme une Bête effroyable au corps de léopard, d’ours et de lion – celui des vêtements : la Grande Prostituée est vêtue de pourpre, d’écarlate, et attire par l’éclat de ses joyaux. 

A la fin des temps, dans la grande bataille d’Armaguédon (qui est la montagne de Megiddo en Palestine, symbolique dans la Bible de désastre pour les ennemis de Dieu), le trio démoniaque composé du Dragon, de la Bête et du faux prophète ainsi que les rois de la terre et leurs armées sont rassemblés pour faire la guerre au Cavalier blanc et à ceux qui le suivent. Le Cavalier blanc engage le combat. Le manteau trempé de sang qu’il porte montre que ce cavalier est Jésus-Christ, qui a versé son sang sur la croix pour détruire le Mal. Il engage le combat contre la Bête, qui représente l’Empire romain persécuteur et symbolise tous les pouvoirs totalitaires cherchant à se faire adorer. Contre le faux prophète : le service de propagande de la Bête. Il les anéantit, ainsi que les rois qui les ont suivis. C’est l’assurance que la défaite de Satan est totale depuis la passion-résurrection de Jésus. Et le chrétien est assuré dans sa foi de participer à sa victoire puisqu’il est ressuscité avec Lui, d’une Vie nouvelle. 

Dans toutes ces images et descriptions symboliques, Jean l’Evangéliste lance un appel d’espérance. Au début, il présente le Cavalier guerrier sous les traits d’un roi assis sur son trône, régnant d’en haut sur ses Eglises auxquelles il envoie des lettres d’encouragement. Et c’est également Lui qui règnera à la fin des temps après avoir éliminé de la terre toutes les influences diaboliques.

Mais qu’en est-il de la fin des temps et la fin du monde. Pour un homme, la fin du monde, c’est la fin de sa vie actuelle, de sa relation aux autres et au monde : c’est l’expérience de sa propre éternité. C’est la fin du corps et sa résurrection. Pour l’ensemble de l’humanité et le cosmos, c’est la fin du temps et la fin des temps. Le monde a commencé dans le temps : il n’est ni nécessaire ni éternel, il finira dans le temps. 

Le temps mesure la distance qui nous sépare de notre achèvement : notre éternité en Dieu. Pour le christianisme, le temps est donc rectiligne, inscrit dans l’Histoire. Alors que pour l’hindouisme et le bouddhisme, il est cyclique : l’Histoire se déroule dans une sphère, symbole de la perfection mais aussi de la nécessité. 

La fin du monde est donc à la fois l’achèvement de ce monde-ci – incluant le jugement de toute l’histoire personnelle et de l’humanité –, et l’avènement d’un monde nouveau, spirituel et éternel, dont ce monde-ci, matériel et temporel, est la matrice : c’est la fin des temps selon la pensée biblique.                                                                                                   

On peut alors se représenter la fin du monde et des temps sous l’image de l’enfantement : l’épanouissement de l’histoire personnelle de chacun de nous et de l’histoire collective de l’humanité ; le passage d’un seuil qui fait entrer, non pas dans un autre monde, mais dans un monde devenu autre. Un passage que Teilhard de Chardin définissait comme à la fois une maturation et un paroxysme. 

Le Nouveau Testament emploie l’image du Royaume de Dieu : il est tout proche, il vient à chaque instant, il est déjà là comme semence de renouvellement et d’immortalité. Il est inauguré par la résurrection du Christ, clef de voûte de l’eschatologie chrétienne. L’attente du retour du Christ conduit ainsi le croyant à valoriser l’histoire présente, l’en deçà de la fin ultime. 

Le messianisme est l’attente d’un messie, d’un sauveur, d’un libérateur : l’avènement de Celui qui inaugurera le commencement d’un nouveau royaume après la disparition de l’ancien ordre social et de l’ancien cosmos.

La dernière et merveilleuse vision de l’Apocalypse nous indique que le Salut ne viendra pas de la terre, des hommes, mais du Ciel d’où descendra la Nouvelle Jérusalem. Et alors ce sera la transformation de tout l’univers, totalement purifié du Mal : avec l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. 

L’Apocalypse est une merveilleuse liturgie cosmique qui n’a d’autre but que de nous révéler Dieu à l’œuvre dans notre histoire, depuis le commencement jusqu’à la fin du monde. Si épouvantable soit-elle, la vision du drame de l’histoire qu’elle révèle ne conduit pas au désespoir. C’est qu’elle est la Révélation de ce qui arrive chaque jour dans notre histoire humaine et tout d’abord aujourd’hui. De ce qui éclatera au grand jour à la fin des temps : l’histoire va vers le triomphe de la Justice, du Bien et de la Paix. Ce sera la victoire de ceux qui suivent le Christ, et de tous les hommes de bonne volonté qui luttent contre le Mal. C’est un message d’espérance triomphante pour tous ceux qui auront pris le chemin du voyage intérieur. Chacun sur sa route. Mais jamais seul, car le Christ a dit : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps ».   

La compréhension du message de l’Apocalypse par le Chevalier d’Orient et d’Occident  

Au 17è degré, le Grand Conseil s’ouvre en effet quand « les temps sont proches » et se ferme quand « il n’y a plus de temps ». L’Apocalypse, qui est la référence de ce degré, introduit les notions d’Intemporel et d’Éternel. Et, dès le premier degré, nous avons pris conscience de leur existence, par la sacralisation de l’espace et du temps, mais ces notions vont sortir lentement de la confusion au fur et à mesure de notre progression initiatique. Dans ce degré, ces notions figurent un des aspects du symbole de la Jérusalem Céleste, éternelle et intemporelle, contrastant avec la vanité de la construction du temple matériel, dont la destruction réitérée montre le caractère éphémère et illusoire. Le Chevalier d’Orient et d’Occident, ayant eu la vision de la Jérusalem Céleste, peut alors être armé Chevalier de l’Esprit. 

Tout le symbolisme du 17è degré est basé sur le chiffre sept, mis en exergue par le bijou heptagonal portant sept lettres B.D.S.P.H.G.F. dont il s’agit là de l’acronyme des mots Beauté, Divinité, Sagesse, Puissance, Honneur, Gloire et Force ; le livre de l’Apocalypse avec les sept sceaux ; les sept étoiles, un chandelier à sept branches et les sept Anges avec les sept trompettes.  

Le rituel du Chevalier d’Orient et d’Occident est une transposition symbolique de la première partie de l’Apocalypse de Saint-Jean et l’Adepte est convié à vivre intensément la rupture des Sept Sceaux par l’Agneau et la sonnerie des sept trompettes. 

Ce degré est donc entièrement consacré à l’Apocalypse de Saint-Jean, œuvre qui accorde une importance primordiale à la symbolique des nombres et pourrait être également rattachée au 19è degré qui est consacré entièrement à l’Arbre de Vie et à la Jérusalem Céleste.

L’Apocalypse de Jean reproduit à sa façon la révélation des signes annoncés dans l’Ancien Testament mais avec la symbolique johannite qui est le propre de l’ésotérisme chrétien.  

Il y a trois visions majeures : les jugements successifs de Dieu dans le contexte historique, le jugement dernier pour séparer le bon grain de l’ivraie et enfin la récompense suprême : la Jérusalem Céleste. Le but de l’Apocalypse nous fait converger vers la fin des temps et les septénaires envisagés correspondent à des étapes, durées temporelles, afin de nous amener à la vision finale qui est la construction d’un temple spirituel. 

L’emploi du septénaire est généralement admis dans l’articulation de l’Apocalypse car cette donnée sera souvent mise en lumière, il devient la principale clef d’ordonnancement du texte. Cette clef serait utilisée selon la répartition 3 + 4, le spirituel lié au matériel pour réaliser la synthèse du nombre divin associé à la perfection : le 7. 

L’Apocalypse est un texte crypté tout comme l’ensemble de la Bible, mais il doit être articulé sur le message même qu’a voulu nous léguer l’apôtre Jean. Son enseignement essentiel porte sur la réintégration divine représentée par la venue de la Jérusalem Céleste et la descente du verbe divin incarné à la fin des temps. C’est donc à un nombre sacré que Saint-Jean fait référence comme il l’annonce d’emblée par le message aux sept églises et la révélation du livre aux sept sceaux libérant sept fléaux et sept coupes.

Dès la première lecture de l’Apocalypse, on est obligatoirement confronté à l’élaboration de l’architecture numérale du nombre sept : sept églises, sept sceaux, sept trompettes, sept coupes… le livre de Saint-Jean nous ramène invariablement dans le cycle septénaire. 

Ainsi, l’Apocalypse de Jean l’évangéliste nous frappe par son intensité symbolique. Nous sommes interpellés par la puissance des images, des symboles et l’étrange pouvoir qu’ils exercent sur notre psyché individuelle et collective ! 

Conclusion 

Le mythe de l’Apocalypse concerne le collectif universel et l’histoire intérieure individuelle de chaque homme. Ce mythe vient dire l’aventure extraordinaire de l’individuation qui est celle de l’avènement du Soi dans l’homme réalisé. Si le Christ est central dans l’Apocalypse de Jean l’évangéliste, c’est parce qu’il est l’Archétype même de l’homme réalisé : le Fils de l’homme. 

L’histoire individuelle concerne l’histoire collective car si chacun est une part du Tout, le Tout demeure, cependant, tout entier dans la partie. C’est ce mystère de reliance et ses implications dans l’éveil supérieur de conscience, que vient dire symboliquement et mythiquement l’Apocalypse. 

L’Apocalypse est la mythologisation d’un événement infini ; elle traduit l’histoire intrinsèque de la vie dans son sens ultime de finalisation harmonisante ; elle dit la cohérence de la mort comme faisant partie intégrante de la logique du vivant ; elle dit la non-dualité et la transformation perpétuelle de la vie pour qu’elle naisse perpétuellement à elle-même ! Elle est un incontestable message d’espérance et la clé permettant d’ouvrir le portail de l’angoisse humaine, car elle dit la pérennité de la conscience en dynamique éternelle de surconscience parce que celle-ci est l’éternel enfant naissant de l’éternel amour. 

Le Chevalier Rose-Croix, quant à lui, n’a plus la vanité de la construction du temple matériel voué de toute manière à la destruction, il connaît la Jérusalem Céleste descendue du ciel. Il est humble, car il sait par cette expérience que toute inspiration vient d’en haut, et c’est cette inspiration qui va le guider, l’encourager et le soutenir. C’est dans l’intimité de sa transformation intérieure qu’il lui faut maintenant entrer, pour tenter de découvrir l’éclatante splendeur de la Parole retrouvée au 18è degré. Il y sera guidé dans sa compréhension de sa propre réalisation, dans sa compréhension de sa mission et dans sa compréhension du monde. Il aura ainsi réalisé la synthèse entre l’Ancienne et la Nouvelle Loi.

J’ai dit Très Sage Athisarta.

 

Source : www.ledifice.net

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Clement Frere 23/11/2015 00:07

Le christ en a marre et se sent seul au monde...
Mais il y' arrivera seul si il le faut !
Merci pour cette petite confirmation sur cette longue enquête historique. Bisous à l'anté-christ.