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Hauts Grades

Le passage sous le bandeau

9 Octobre 2012 , Rédigé par Eusthènes Publié dans #Planches

L'itinéraire de l'admission dans la Franc-Maçonnerie est jalonné d'épreuves symboliques. La première de ces épreuves est le "passage sous le bandeau". Quel est donc le sens du bandeau et que signifie cette cécité temporaire et imposée au candidat pour son "passage sous le bandeau" et pour la "cérémonie de sa réception" ?

Avant d'être présenté à une loge, le postulant est enquêté par trois frères, qui ont avec lui un entretien indépendant des autres et qui ignorent les noms des autres enquêteurs. Chacun adresse ensuite un rapport au Vénérable qui en donne lecture à la loge avant l'audition du candidat.
Le candidat maçon sait bien que ce "passage" est incontournable. Il l'a vu sur toutes les couvertures de magazines comme symbole du secret maçonnique. Il a lu que, depuis l'antiquité, cet "accessoire" est unanimement utilisé pour symboliser le passage d'un monde à un autre.


Le bandeau n'est pas un masque, ni un bâillon. Il porte le symbole de celui qui a momentanément tout perdu, sauf la tête, qu'il soit condamné ou postulant aux mystères de la franc-Maçonnerie.

Qu'on le veuille ou non, même en dédramatisant la situation et même avec la présence amie du parrain qui l'a conduit jusqu'ici, le bandeau renvoie le candidat (candide, candidat) à des peurs viscérales et notamment à des scènes d'exécution.
Il y a ensuite le feu nourri des questions qui sont autant de tirs précis dirigés vers le candidat. Les peurs liées au bandeau viennent d'abord de l'abandon de soi à un groupe d'inconnus et de phantasmes incontrôlables de magie, de dégradation possible de soi, du ridicule d'être bringuebalé dans une sorte de "colin-maillard", chahuté, humilié, réduit et même "consommé". Car ces peurs ont un fonds "cannibale".

Pour la loge, la discrétion est la première fonction du bandeau. Il permet que le candidat, toujours libre de se retirer, ne puisse pas voir le visage des membres de l'atelier. Mais comme, très souvent, le candidat a pu assister à des conférences publiques, des tenues blanches ouvertes ou participer à des réunions festives de la loge, cette fonction du bandeau n'est plus primordiale.

Le bandeau ne permet pas de voir l'entier du visage du candidat et masque le miroir de son regard (trahison de lui-même et de nous-mêmes) en évitant d'être influencé par une sentimentalité oculaire. Enfin, en dépit des préventions d'usages de courtoisie, le bandeau restitue au groupe un pouvoir, une assurance, une satisfaction, d'avoir dépassé, à son profit, la situation dans laquelle se trouve le candidat et que tous ont connue.

Pour le candidat, le bandeau l'oblige à plonger en lui-même en visualisant, dans un "psyché" conscient, sa propre figure. En ce sens, le bandeau éclaire l'âme comme une lumière. Le bandeau permet également au candidat de ne pas être vu entièrement par le groupe. Le cache, sur son regard, sera sa protection, son ultime intimité. Mais la justification suprême du bandeau réside dans son "enlèvement" et l'éblouissement final par la lumière.

Le bandeau exige l'humilité du candidat, sa mise à disposition, sa gratuité, sa crédulité. Il renvoie à Thémis, la justice, représentée les yeux bandés. Le candidat ne pourra s'en remettre qu'à lui-même pour élaborer sa décision. Il met enfin les sens en éveil, notamment l'ouÏe (voix des interrogateurs, bruits de la loge, écoute surprenante de sa propre voix), le goût (recherche de sa salive et coupe d'amertume) et la vue (reconstitution par l'imagination de l'espace-temps).

Premier "outil" maçonnique proposé au candidat, le bandeau n'est pas un accessoire futile ou anachronique. Il est le premier symbole du travail sur soi. On imagine mal l'inversion du système, qui proposerait une audition du candidat les yeux ouverts par une loge de mystérieux cagoulés. On peut y voir la différence entre une société secrète et une société discrète et le fait que la loge est un lieu de clarté alors que le candidat se trouve dans les ténèbres.

Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n'est pas de découvrir d'autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents. Car l'apparent n'exclut pas le caché. Les hommes l'ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d'entre eux - et les plus sages - ont compris que l'acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu'il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l'être que nous sommes. De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l'invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l'éducation et celle de l'initiation.

Source : http://www.troispoints.info/article-25362628.html

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