Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Le Rite Irlandais 1ère Partie

31 Mai 2012 , Rédigé par DS Publié dans #Rites et rituels

Philip Crossle, fut le bibliothécaire de la Grande Loge d’Irlande, c’est un historien très brillant qui nous éclaire encore aujourd’hui, notamment grâce à son ouvrage co-écrit avec John Herron Lepper : "Histoire de la Grande Loge des Maçons Anciens et Acceptés d'Irlande"1 publié à Dublin en 1925 et réédité en 1987. L’article de Renaissance Traditionnelle reprends en synthèse ses recherches, et dès le début Crossle affirme que la Franc-Maçonnerie irlandaise n’est pas simplement issue de la maçonnerie anglaise, et qu’elle a pu se développer sur le sol irlandais en parallèle de son développement dans d’autres pays et ce à l’instar du métier de maçon à l’époque médiévale, qui s’est développé un peu partout ailleurs. La pratique de la Franc-Maçonnerie irlandaise s’effectue en harmonie avec la Maçonnerie mondiale, mais a toujours voulu coller au plus près aux "Old Charges", les "Anciennes Constitutions". Il existe une idée selon laquelle cette Franc-Maçonnerie irlandaise avait été importée vers 1725 en provenance d’Angleterre. En fait ce sont les "Constitutions of the Free Masons" de 1730 à Dublin, qui sèment le doute et ce si l’on en croit la dédicace de leur auteur John Pennell à Lord St Georges, et qui dit : "Ces Constitutions, Monseigneur, proviennent tout d’abord de la compilation des anciennes archives des Francs-Maçons, et elles ont été adaptées à l’usage des Loges en Grande-Bretagne, par le très savant James Anderson, M.A.» Bien sûr, ce sont des Constitutions d’Anderson de 1723, dont parle Pennell, mais il va s’appliquer à les modifier et même à les améliorer, afin de coller à la pratique irlandaise, mais aussi dans un souci de préciser l’histoire du métier de même que les obligations et les règlements. Si l’on ne sait pas clairement le nombre de Loges que comptait l’Irlande en 1725, dès 1731, le Grand Maître, Lord Kingston demande par voie de presse au Loges sans doutes très nombreuses de réclamer officiellement leur patente. Une étude du Dr Chetwode Crawley donne l’inventaire suivant :

- Loges des Modernes Anglaises et des Iles Britanniques : 355

- Loges hors des îles : 196

- Loges des Antients Anglaises : 258

- Loges Ecossaises : 284

- Le tout donnant un total de 1093 Loges alors que Chetwode Crawley va en dénombrer 815 dans la seule Irlande !

On entre ensuite dans cet article dans des spécificités à la fois historique, géographiques et sociologiques de la Maçonnerie irlandaise. Ainsi il nous est expliqué que pendant longtemps les Maçons irlandais d’origine celte étaient plus nombreux que ceux d’origine anglaise, et ces spécificités vont se répercuter sur la rédaction par Pennell de ses constitutions. C’est bien sur le titre premier des Constitutions d’Anderson et de Pennell qui vont être comparés :

·         - Anderson, 1723

"1. Concernant Dieu et la Religion

Un Maçon est obligé de par sa tenure, d’obéir à la loi morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais athée stupide ni libertin irréligieux. Mais quoique dans les temps anciens les maçons fussent tenus dans chaque pays d’être de la religion, quelle qu’elle fût, de ce pays ou de cette nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de seulement les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions : c'est-à-dire d’être hommes de bien et loyaux ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les Dénominations ou Confessions qui aident à les distinguer. Par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’union, et le moyen de nouer une amitié sincère entre des personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères."

·         Pennell, 1730

"1. Concernant Dieu et la Religion

Un Maçon est obligé de par sa tenure, d’obéir à la loi morale, et de n’être ni athée stupide, ni libertin irréligieux. C'est-à-dire que les maçons doivent être hommes de bien et loyaux ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les Dénominations ou Confessions qui aident à les distinguer. Par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’union, et le moyen de nouer une amitié sincère entre des personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères." La notion de religion unique reste donc présente, et on peut noter aussi, brièvement mais de manière importante, que la prière dite à la réception d’un nouveau frère, que l’on ne trouve pas chez Anderson, est maintenue côté Irlandais, faisant fi de laisser à chacun ses propres opinions. Elle présente une demande à Dieu, de permettre au nouvel Apprenti de pouvoir découvrir "les mystères de la Sainteté et de la Chrétienté, au nom et pour l’amour de Jésus-Christ, nôtre Seigneur et Sauveur…" Et toujours dans le même esprit, les passages dus à la Reforme anglaise induisant la séparation d’avec le pouvoir apostolique romain, non applicable aux irlandais et non souhaitée par eux, n’apparaissent pas bien sur dans ces Constitutions. En effet, encore une fois, en 1730, les Maçons irlandais souhaitent rester au plus près de l’esprit des anciennes constitutions, ce qui tend aussi à montrer selon l’auteur, que l’influence anglaise sur la maçonnerie irlandaise est relativement minime, qu’elle n’a pas été purement importée, et que celle-ci s’était forgée et façonnée avant cette date de 1725. Notons aussi, que les Loges Irlandaises, n’ont pas de titre distinctif, mais simplement des numéros d’inscription. Philipp Crossle va alors nous proposer l’étude de la naissance du Rite Irlandais, au travers de l’étude de la Loge n°163 de Birr.

Première Période

En 1797 et comme le décrit Pennell déjà en 1730, on trouve et ce sans doute de manière ancienne, 3 grades :

1 : Apprenti ou Frère (Apprentice ou Brother) - 2 : Compagnon du Métier (Fellowcraft) - 3 : Master’s Part (M.M)

Dans les deux premiers grades on trouve la quasi-totalité de l’enseignement maçonnique notamment la légende aujourd’hui traditionnelle du troisième grade, quant au troisième grade décrit par Pennell, il correspond un peu plus lui, aux grades actuels de Maître Installé, de l’Arc Royal et de Maçon de la croix rouge.

Deuxième Période

Il semble qu’à partir de 1744 à Dublin, de 1750-1760 dans d’autres villes, et en 1800 à Birr, la hiérarchie des grades se faisait comme suit :

1 : Apprenti Entré ou Compagnon du Métier ou encore Entered and Crafted (Entré et fait homme du métier) - 2 : Master Mason (Maître Maçon) - 3 : Royal Arch (Arche Royale)

On assiste alors dans cette période à une sorte de fusion des grades d’apprenti et de compagnon, le deuxième grade et c’est très important devenant, nous l’avons vu celui de maître maçon.

Troisième Période

Sans doute débutant aux alentours de 1790 et à Dublin, se produit une nouvelle mutation qui va voir le 1er grade celle du grade d’Entered and Crafted que nous venons de voir, mutation qui sera avérée en 1840 où les grades vont se répartir ainsi :

1er groupe : constitué des Grades 1 et 2 des 1ère et 2ème périodes donnant un maçonnerie bleue en 3 grades : 1 : Apprenti Entré - 2 : Compagnon du Métier - 3 : Maître Maçon.

Le grade 3 des 1ère et 2ème périodes va servir à lui tout seul à constituer les groupes 2 et 3, et je vous renvoie au texte de Renaissance Traditionnelle concernant les spécificités de l’installation, mais de toute façon nous y reviendrons prochainement.

2ème groupe :

1 : Passé Maître (aujourd’hui le Maître installé) - 2 : Excellent maçon - 3 : Très Excellent Maçon - 4 : Maçon de l’Arc (Arch Mason) - 5 : Maçon de l’Arc Royal

3ème groupe :

1 : Maçon de l’Arche (Ark Mason) - 2 : Compagnon de la Marque - 3 : Maître de la Marque - 4 : Maçon de l’Attache, ou du Combat - 5 : Passage de Babylone (ou Croix Rouge de Daniel) - 6 : Passage du Jourdain - 7 : Ordre Royal (ou Prussien bleu)

4ème groupe : il est formé lui en raison de l’introduction de la chevalerie templière dans la Franc-Maçonnerie. On y trouve les grades de :

1 : Marque Noire – 2 : Templiers (quatre grades) – 3 : Passage de la Méditerranée – 4 : Malte – 5 : Croix rouge de Constantin – 6 : Chevalier de Patmos

Notons enfin un grade qui connut un grand succès en Irlande vers la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème, celui de Royal Arch and Knight Templar (prêtre de l’Arc Royal et Chevalier Templier) supposé être le grade ultime à l’image de celui de Rose Croix sur le continent. Toujours dans ce numéro 121 de Renaissance Traditionnelle et les numéros 125 et 126, Philip Crossle va développer l’étude des trois périodes et c’est ce que nous tenterons de faire avec lui dans nos prochains travaux.


1- History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland, Volume 1

Source : http://aprt.biz

Partager cet article

Commenter cet article