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Hauts Grades

Le Rite Irlandais (1ère période) : Retour sur la question

21 Juin 2011 , Rédigé par Thomas Dalet

Dans sa vision de cette première période du rite maçonnique irlandais Philip Crossle va en réalité développer une thèse qui va englober les trois périodes. Aussi pour étudier cette progression nous allons commencer par la fin et le citer quand il écrit : « Il est certain que, pour l’essentiel, la philosophie sublime de la Maçonnerie du XVIème siècle (1538) n’était pas très différente de celle du XVIIIème siècle (1760) ou celle du XXème siècle. » Voilà une assertion pour le moins étonnante qui ne peut pas satisfaire les historiens d’aujourd’hui sans documentation précise.

Crossle utilise la Loge de Birr qui "jusqu’à 1797…conférait trois grades distincts" pour en déduire   "c’est probablement la même que celle que décrit Pennell en 1730" :

1. Apprenti ou Frère. - 2. Compagnon du Métier. - 3. Master’s Part. (M.M), non réservé à la chaire de Maître.

Soulignons la mention ‘non réservé à la chaire de Maître’ car cette différentiation est à l’origine de bien de confusions entre le Maître en chaire et le grade de Maître comme nous le verrons.

Crossle rajoute :" Le grade 3 de Pennell comprenait, semble-t-il, l’essentiel d’une cérémonie élaborée plus tardivement, englobant les grades irlandais actuels de Maître installé de l’Arc Royal et de Maçon de la Crois Rouge"

D’après Pennel et Crossle la Maçonnerie Irlandaise diffère de la Maçonnerie anglaise ou même écossaise : "les Maçons irlandais d’origine celte furent beaucoup plus nombreux que les Maçons que leurs Frères irlandais d’origine anglaise" dit Crossle qui rajoute : ‘’Ceux qui étudient l’histoire irlandaise – ou le caractère irlandais - ne peuvent admettre qu’un autre type  de Franc-maçonnerie que celui hérité de leurs propres aïeux ait pu leur inculquer cet amour profond du Métier qui, en ces temps là, était réellement présent dans le cœur des  Irlandais d’origine Celte. ‘’

Toute l’argumentation de Crossle va ensuite se fonder sur les différences qui existent entre les Constitutions d’Anderson (1723) et celles de Pennell (1730) mais aussi sur les pratiques spécifiques des Loges irlandaises. On verra que par la suite une telle position va entraîner un rapport de force entre les Antients et le Modernes. Quelles sont ces différences ? D’abord religieuses. "La prière qui devait être prononcée lors de la réception d’un Frère qui se trouve page 52 du livre de Pennel (1730) et qui avait été totalement omise par Anderson (1723)… les Frères suppliaient Dieu de doter notre nouveau Frère de Sagesse divine afin que, avec l’aide de la Maçonnerie il puisse être capable de découvrir les mystères de la Sainteté et de la Chrétienté. Ce que nous demandons humblement au nom et pour l’amour de Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur, Amen." Crossle élabore en écrivant : "La confrérie irlandaise avait conservé l’ancienne foi des maçons, et ceux-ci n’avaient pas apprécié la version d’Anderson, qui consistait à ‘laisser à chacun ses propres opinions.’" C’est une preuve supplémentaire des efforts de Pennell pour modifier les Constitutions d’Anderson afin qu’elles conviennent aux Maçons de la religion Catholique.

Une autre différence concerne bien sur ce troisième grade et si par honnêteté Crossle déclare que le manuscrit du Trinity Collège de Dublin s’arrête brusquement sur la description de cette partie dite du ‘compagnon homme du métier’ c’est parce que d’après lui le rédacteur du manuscrit observe un silence discret à propos du grade de Maître. Il cite des exemples qui vont dans son sens mais ces exemples sont postérieurs à 1730. Dans sa volonté de décrire une Maçonnerie irlandaise pérenne il utilise des documents sans en respecter la chronologie. Il va fouiller les intentions d’Anderson à travers ses constitutions pour lui faire dire qu’il existait aussi dans la Maçonnerie anglaise le grade de Maître qui aurait été élevé lors de tenues de Chapitre. Les arguments de Crossle vont s’articuler autour de trois arguments : 1) Une longue dissertation sur les articles XII et XIII des Constitutions de 1730. 2) La nécessité d’avoir trois Maîtres pour constituer une nouvelle loge. 3) Le refus d’admettre le document de Prichard ‘La Maçonnerie disséquée’ comme preuve de l’apparition du grade de Maître.

1 : Articles XII et XIII : L’argumentation de Crossle repose sur une phrase de l’article XIII ou il lit "les Apprentis doivent être admis Maîtres et Compagnons de Métier là seulement sauf en cas de dispense" Il écrit que ce passage a donné lieu à de nombreux débats pour savoir si la formule ‘admis Maîtres et Compagnons de Métier’ se référait à un grade composite conféré en Grande Loge seulement. Actuellement il est généralement admis que la Maçonnerie primitive ne comportait que deux grades et que le grade de Maître n’est apparu que plus tard par une sorte de scission entre le grade de Compagnon qui donna naissance au grade de Maître. Crossle réfute cette position et tout en admettant que le passage en question est si ambigu qu’il n’est pas possible d’en donner une signification claire il essaye par une rhétorique quelque peu embrouillée de poursuivre sa mission de rétablir le grade de Maître comme ayant existé dès l’origine. Mais si on lit  les articles XII et XIII dans la totalité on s’aperçoit qu’il ne traitent que des Tenues de Grande Loge trimestrielle destinées à traiter de toutes matières qui regardent la Fraternité, règlent les conflits, et confèrent ou confirment l’admission des apprentis à un grade supérieur. Point par point il examine les termes ‘admis’, ‘dispense’ et argumente sur la syntaxe en s’appuyant sur d’autre textes comme le ‘Pocket Companion for Free-masons’ On doit admettre qu’il a trouvé là dans ce passage obscur une possibilité pour défendre sa thèse. Cependant le poids d’évidences venues d’ailleurs contrecarrer ses ambitions.

2 : Nécessité d’avoir trois Maîtres pour constituer une nouvelle Loge : Quand la Grande Loge d’Irlande décida en 1731 de délivrer une patente pour une nouvelle Loge, une loi non écrite stipula que le document serait délivré à trois Maîtres ( le Maître et les deux Surveillants). Crossle pense qu’il s’agit d’une tradition antérieure et il cite Pennel (article II et X) qui permet aux deux Surveillants d’occuper la Chaire de Maître en Loge pro tempore ce qui veut dire pour lui par conséquent qu’il était nécessaire qu’ils fussent Maître pour ce faire. Citons encore Crossle : "il est évident qu’au moment de la constitution d’une nouvelle Loge, des précautions étaient prises afin de s’assurer que le Maître et les Surveillants élus avaient reçu le grade de Maître". Il rajoute que les Maçons de l’Arc Royal de la fin du XVIIIème siècle avaient conservé la coutume vénérable de considérer la présence de ‘trois Maître’ comme essentielle à leur rituel. L’Arc Royal apparaît ici d’une manière anodine mais on voit bien qu’il s’agit d’une stratégie bien établie. A la suite de la question des trois Maîtres Crosssle va se lancer dans une argumentation pour l’existence de deux grades distincts sous l’appellation d’Arc Royal, d’origine Irlandaise datant de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle. Il dit disposer de preuves sures mais n’en donne pas l’origine.

3 : document de Prichard : là encore Crossle va s’inspirer de Hugnan qui a écrit dans ‘Origines du rite anglais’ que le grade de Maître décrit par Prichard ‘ne peut en aucun cas constituer une preuve’. Il donne comme explication que ‘le voile qui couvrait les vraies cérémonies du grade connu autrefois sous le nom de M.M. et ultérieurement sous celui d’Arc Royal ne fut jamais comparable à la gaze (regard) vulgaire des divulgations comme celles de Prichard’.

En conclusion il apparaît que la ténacité de Crossle peut semer le doute sur ce problème du grade de Maître du moins en ce qui concerne l’Irlande. Il faut être prudent car il y a lacune de documents authentiques qui permettraient d’élucider cette question. Laissons à Crossle le mot de la fin : "En se répétant constamment, des chercheurs maçonniques contemporains sont arrivés à considérer la phrase "Maîtres et Compagnons" comme décrivant un seul grade. Je pense que si Anderson aurait souhaité ce sens à la phrase en question, il l’aurait exprimé plus clairement".

Écrit par A.S.

 

Source : http://www.aprt.biz

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