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Hauts Grades

Le Sac aux propositions : pur et sans attache

29 Août 2013 , Rédigé par A\ G\ Publié dans #Planches

A clairière, comme dans toutes les Loges du monde, circule le tronc de bienfaisance et le sac aux propositions. Lorsqu’ils reviennent à l’orient, le VM transmet à l’Orateur le tronc et vérifie le contenu du sac aux propositions.
Si celui-ci contient une proposition signée, donc identifiable, il la lit, ou bien la fait examiner par le conseil d’administration. En revanche, s’il revient vide, plusieurs formules sont utilisées.
De nombreuses loges travaillant au REAA de diverses obédiences ont inclus dans leurs travaux l’expression pur et sans attaches.
Si on suit le rituel du D\H\ le V\M\ devrait dire tout simplement , le sac est revenu vide. Mais comme souvent en maçonnerie des ajouts se font subrepticement, parce que c’est plus joli, ça sonne mieux, ou bien ça fait davantage rituélique.
Dans le cas de Clairière Initiatique, personnellement je pense qu’effectivement ça sonne mieux, mais pourquoi ? Des mots forts, attache, pur, sont dits et méritent la lecture d’une petite planche et j’espère des commentaires. Mais est-ce plus rituel ?
Les attaches sont les éléments et qui relient et qui unissent. Socialement lorsque l’on dit « c’est un homme qui n’a plus d’attaches » l’on comprend que nous avons un individu qui n’a plus de famille, plus d’amis, et qui est dans la solitude sociétale.
Ces attaches sont plus importantes que l’on croit. Des personnes qui changent d’horizon, de ville, voient leurs attaches sociales se distendre, et on un sentiment de déracinement. Au soir de leur vie, les vieillards voient aussi les liens se distendre. Perte d’amis, difficultés de déplacement limitent les visites. L’association maçonnique Mathusalem tente par son activité de maintenir les liens(attaches) avec les SS\ et FF\. dans cette situation.
Irène Mainguy dans son livre, nous montre une voie intéressante dans la définition de pur et sans attaches
En effet, quantité de V\M\ annonce le sac revenu pur et sans taches. ( t a c h e ) comme s’il s’agissait d’une salissure. Je crois que nous devons écarter ce mot. Le terme tache au sens de souillure, n’a pas sa place dans le rituel maçonnique. De même façon, dans les livres saints, l’impureté n’est pas perçue de manière hygiéniste, mais dans son acception philosophique.
Est impure ce qui va à l’encontre de l’essence de l’objet.
Ainsi, dans l’ancien testament, vie et mort déterminaient pur et impur. Est impur ce qui détruit ou annihile un potentiel de vie. Est impur ce qui est mort. De là, par exemple l’impureté féminines les jours de règles.
La femme est source de vie. Les jours de menstrues, un potentiel de vie non fécondé, mort, est évacué et la rend impure. Ce qui l’oblige après sept jours d’isolement à une purification, au bain rituel.( mikvé)
En revanche, nous avons sans tâche, mais avec un accent circonflexe sur le â. Ce qui nous donne le nom tâche, ce qui est une autre façon de dire travail ou besogne à accomplir. Là, nous sommes dans une démarche maçonnique, car le sac aux propositions passe à la fin des travaux et s’il est sans tâche, c’est que nous avons bien oeuvré, que le chantier du jour est terminé et que les outils sont rangés. Il est possible que le terme tâche soit issu des anciens devoirs du compagnonnage, mais mal retranscrit dans nos rituels. Irène Mainguy suggère qu’effectivement c’était dans cet esprit là qu’ils ont été écrits, mais comme souvent la transcription malencontreuse de ceux-ci a modifié la nature des mots, et totalement le sens de la phrase.
Le pur en lui-même pourrait faire l’objet de tout un livre.
Dans nombre de cultures et de sociétés, les lois de pureté régissent la vie quotidienne des gens. Il est évident que les religions sont les grands vecteurs des notions de pur et d’impur.
La masse de commentaires, d’exégèses et ceci depuis des millénaires que l’on a pu dire ou écrire sur ces sujets sont incommensurables.
Et cela surprend les occidentaux que nous sommes, issus et imprégnés de culture grecque, ou tout ce qui vient de la nature ne peut être impur.
Les hindous avec leur système de castes sont très attachés aux règles qui régissent la pureté, et on peut être très surpris des formes que cela peut prendre. En effet, pour un hindou, un des premiers principes est de se laver entièrement chaque matin. Les excrétions du corps sont considérées comme impures, et dans le sommeil elles peuvent se répandre de manière incontrôlée.
Et l’on voit ce spectacle étrange pour un rationaliste, des gens se laver et se purifier dans le Gange, fleuve qui reçoit toutes les eaux usées de Varanasi. Qui coule avec dans son lit les cendres et les os non brûlés des bûchers funéraires, avec en plus les cadavres des femmes enceintes et des sadus, jetés directement à la rivière, car purs. Mais le fleuve étant un dieu, il est pur et les détritus terrestres qu’il charrie ne peuvent effacer son pouvoir purificateur.
L’on connaît chez les musulmans les injonctions similaires qu’ils doivent respecter. Particulièrement les ablutions, qui sont détaillées très précisément et qui sont obligatoires pour qui veut prier ou bien toucher le coran. A cela s’ajoute les règles de vie et tous les interdits culinaires, etc….
Dans le monde juif, dans le livre du lévitique de l’ancien testament, les règles de pureté s’imposent aux individus de manière très prégnante. Dans cette vision de la société, les lois mosaïques de pureté sont là pour préserver le peuple juif et pour le maintenir dans une pureté rituelle qui permet la transmission de la promesse faite à Abraham et ainsi le maintien de l’alliance entre dieu et son peuple. A remarquer que pour être de bons juifs, les hommes ont 613 commandements ou prescriptions à observer.
En hébreu on les appelle miztvots, alors que les femmes n’en ont que 4.
Mais ces quatre là sont liées aux règles de la pureté. Ce qui, par les temps qui courent n’est pas le plus aisé. Particulièrement lorsqu’il s’agit de la maison ou bien de l’observance des règles culinaires. Mais de tous ces miztvots, les érudits juifs anciens, mais également ceux de nos jours discutent toujours de leurs aspects normatifs.
La volonté d’appliquer les lois de dieu dans la vie quotidienne et surtout à toutes les situations, sans que cela provoque des cas de conscience, ont fait que la casuistique s’est développée.
La casuistique c’est la partie de la théologie qui est chargée d’étudier et de résoudre les cas de conscience.
Dans le judaïsme du début de notre ère, la casuistique a trouvé un terrain extrêmement propice. Le désir scrupuleux d'appliquer la loi aux détails quotidiens de la vie, tout en rendant la vie possible et en respectant la lettre de cette loi, a obligé les docteurs de la loi à une subtilité toujours plus grande. Le Talmud en contient des exemples surprenants, spécialement pour les observances de pureté rituelle.
Les chrétiens n’ont pas repris ces obligations (circoncision, interdits alimentaires etc) qui datent de l’ancien testament. A cela, ils pourront remercier ou exécrer
Paul de Tarse. En effet c’est lui, Saint Paul, qui dans le souci de propager la foi chrétienne, a éliminé dans la nouvelle religion, ce qui étaient des contraintes envers le corps
Les seules qui restent sont : ne pas manger de v\iande le vendredi et faire carême pendant les 40 jours qui précèdent Pâques pour être pur pour cette fête.
Reconnaissons que ces devoirs sont anecdotiques, au regard des tortures que s’infligent les croyants sincères des autres religions du livre. Par exemple, pour un musulman, faire ramadan comme cette année, au mois d’août. C'est-à-dire ne pas boire, ni manger de 7.15 du matin jusqu’à 21.15 du soir, soit quatorze heures d’affilées.
Mais en supprimant ces obligations rituelles, Saint Paul devait avoir en tête les paroles de Jésus, telles qu’elles sont rapportées dans l’évangile de Saint Marc.
Jésus s’adresse à la foule en ces termes :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » Alors qu’on l’interrogeait sur ces paroles énigmatiques, il répondit : « Ainsi, vous aussi, vous êtes incapables de comprendre ? Ne voyez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Il leur dit encore : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur.
En maçonnerie, nous purifions également, rappelez-vous. Qu’il passe et soit purifié par l’air, qu’il passe et soit purifié par l’eau et finalement qu’il passe et soit purifié par le feu. Il n’y a pas d’ambiguïté, nous voulons débarrassé le profane de tout ce qui est impur en lui. Nous avons commencé en le dépouillant ses métaux, qui le plus souvent sont les désagréments liés à la vie profane, puisqu’au final, ils sont lui rendus à la fin de la cérémonie.
En revanche la purification par les 3 éléments symboliques que sont, l’air, l’eau et le feu vont faire pencher le profane sur lui-même, faire apparaître ses égarements et reconnaître toutes les impuretés liés à ses désirs contradictoires. Nous savons bien, que les purifications de nos initiations ne vont pas le laisser plus blanc que blanc, mais en revanche, elles lui permettront d’entrevoir qu’il doit faire un choix dans ses désirs pour ne laisser que ceux qui exprimeront aux mieux ses futures relations avec ses FF\ et SS\et le monde profane.
Dieu sépara la lumière des ténèbres, mais il ne les fit pas disparaître. Croire que qu’on peut être un homme totalement pur est utopique, voire dangereux. En ce début de 21 ème siècle, regardons autour de nous, il ne manque pas de téméraires pour se dire purs tout en se faisant l’impasse sur la qualification non dite qu’ils ont des impurs.
En tout homme, il y aura une part d’impureté. Le philosophe nous dit :
« Je suis impur, c'est-à-dire mélangé, analysable, descriptible à tout moment, en d’autres termes concret. Et pourtant, dans un éclair instantané, l’évidence de la pureté réapparaît quand je cesse d’en prendre conscience ». C’est peut-être dans cette dégradation, que nous trouvons les éléments qui nous font pencher sur nous-même Chercher dans les éléments contradictoires qui nous constituent est ce qui nous fait avancer dans de les voies de la sagesse C’est une pierre utile a notre temple intérieur. Triompher, ce n’est pas détruire, faire disparaître, c’est maîtriser, choisir.
Alors ce sac aux propositions est-il pur ou impur selon qu’il soit vide ou garni. En règle général, est considéré comme impur, ce qui est contraire à l’essence même de l’objet, à sa nature profonde. Rien d’étranger à sa nature première ne vient l’affecter, ni l’infecter. Donc une proposition déposé par un membre de la loge et ayant pour objet que la prospérité de cette loge, ne peut dénaturer et rendre impur le sac. Car la prospérité de la loge ou de l’ordre est l’essence même du sac aux propositions. Je vous rappelle mes SS\ et mes FF\ en maçonnerie, une demande de candidature peut être déposée dans le sac aux propositions.
Alors à l’inverse le sac vide est-il impur. C’est là mes SS\ et mes FF\ que la subtilité maçonnique va nous être utile.
- Vide, c’est l’expression simple du néant, de la vacuité. Mais le vide contenu dans le sac aux propositions est-il cette absence ?
- Ou bien est-il le vide taoïste. Celui qui est conçu comme un potentiel, quelque chose qui attend d'être rempli. Le vide de toutes les espérances.
Mes SS\ et mes FF\, quand le maître des cérémonies vous tend le sac et que d’un geste discret vous faites semblant de déposer un papier. Inconsciemment c’est une promesse que vous accomplissez. Celle de participer activement et utilement aux travaux de l’atelier et en conséquence à l’avenir de votre loge. Votre main qui passe furtivement sur le tissu, c’est l’attente d’une réalisation, d’une pierre qui sera dégrossie et sculptée.
Le sac aux propositions, c'est le blanc de la feuille qui attend d'être dessiné.
Ce vide virtuel contient les engagements d’un futur dynamique, que nous avons tous promis à notre initiation.
C’est l’attente d’une réalisation. Un franc-maçon n’est pas constamment sur le chantier, mais il y pense toujours. C’est en cela que, vide physiquement ou plein d’une proposition, le sac est toujours pur.

J’ai dit
source :
www.ledifice.net

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