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Hauts Grades

Le Serment

2 Mars 2013 , Rédigé par G\ D\ Publié dans #Planches

Je vous présente , ce midi , une planche sur « Le Serment ».
N’ayant jamais entendu traiter ce sujet depuis mon entrée en maçonnerie , j’avancerais prudemment , avec le souhait de voir de plus éclairés que moi vous apporter leurs lumières.
Tout d’abord , un peu d’histoire.
C’est dans la cérémonie de réception des Maçons opératifs , dès le Moyen-Age que se trouve certainement l’origine de notre actuelle cérémonie d’initiation.
Même si nous n’avons que peu de renseignements sur le déroulement précis de cette réception , elle s’adressait au Compagnon et rien n’indique que l’Apprenti était au centre d’une quelconque cérémonie.
Le manuscrit des Old Charges atteste , dans la maçonnerie spéculative anglaise où ce manuscrit était partiellement lu à l’impétrant, que la cérémonie d’initiation comportait essentiellement le serment et la communication des secrets , complétés par la remise du tablier.
Ces éléments centraux s’entourent des « perambulations » autour de la Loge , manière particulière d’avancer vers l’Orient pour y prêter serment sur les Trois Grandes Lumières.
Pour ceux qui se seraient plongé dans l’histoire de la Maçonnerie spéculative , force est de constater les multiples variantes rituelles qui ont existé au fil du temps.
Différents textes permettent d’affirmer que l’usage du serment appartenait à la Maçonnerie Ecossaise du XVII°siècle , Maçonnerie de transition conduisant de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative.
Dans les Loges françaises et pour autant que nous le sachions , dans les Loges continentales en général , la Bible est ouverte au Prologue de l’Evangile de saint Jean et , dès le XVIII° siècle le serment est prêté sur ce Prologue.
L’usage de prêter serment sur l’Evangile de saint Jean appartenait à la Maçonnerie anglaise qui l’avait transmis à la France , mais il a un temps disparu du fait de la déchristianisation.
Une anecdote à ce sujet :
Je cite un procès verbal de la descente de police effectuée le 8 juin 1745 dans une Loge se réunissant dans l’hôtel de Soissons à Paris :
« On est esté indigné de voir qu’au milieu des puérilités , des indécences et même des choses irreligieuses de cette réception , on fasse prêter un serment sur l’Evangile de Saint Jean… »

Le Lieutenant de Police Hérault mentionne déjà la divulgation de ce serment en 1737 et il est très choqué de ce qu’il considère comme une profanation de l’Evangile.
Reprenant ma planche sur le REGIUS je retrouve dans ce poème de 500 vers qui énumère les règlements du Métier , le point 14 qui parle du serment des Maçons :

« Il doit prêter un bon et fidèle serment
A son maître et à ses compagnons qui sont là ;
Il doit être inébranlable dans sa fidélité
A toutes ces ordonnances , où qu’il aille,
Et à son seigneur lige le Roi
Etre fidèle par dessus tout ;
Sur tous les points susmentionnés
Il faut que tu sois assermenté ;
Et tous doivent prêter le même serment
Des maçons , de gré ou de force
»
Vers 429-438

Le « là » dans la première phrase citée désignant l’assemblée qui est témoin du serment.
Qui prête serment ?
Le vers 428 du REGIUS parle de « celui qui sera dans la crainte » , or celui qui est dans la crainte de par la discipline stricte où le tient le Maître , c’est l’apprenti.
Comme nul texte n’affirme que l’apprenti prête serment , il faut envisager que c’est au sortir de l’apprentissage , au moment de venir compagnon que ce serment est exigé.
Celui qui a prêté serment « sera dans la crainte du parjure et de son châtiment »comme le rappelle notre rituel.
Point d’orgue de la cérémonie d’initiation , le serment consacre de manière solennelle et devant témoins , l’union de l’impétrant avec la Franc-maçonnerie.
Aussi longtemps qu’il n’a pas été prononcé , l’impétrant ne peut pas être créé , constitué et reçu Franc-maçon.
A partir de là , il est facile de considérer qu’il est la finalité de la cérémonie , l’engagement sans lequel l’entrée en initiation et sa poursuite sont impossibles.
L’initiation est une démarche volontaire , librement choisie et acceptée , c’est une forme de contrat passé entre deux parties , l’Ordre Maçonnique
et le nouvel apprenti dont il garantit réciproquement la loyauté et la fidélité.
C’est ce « réciproquement » qui a tant nourri notre réflexion , bien avant la cérémonie d’initiation , lorsque l’impétrant se présente , que sa lettre de motivation est lue , ainsi que les 3 enquêtes réglementaires.
En premier lieu , le candidat a t’il exprimé une réelle motivation à nous rejoindre ? Sa démarche semble-t-elle fondée ?Correspond-il à nos critères généraux ?
En second lieu , la Loge sera-telle capable d’accueillir et d’accompagner un tel candidat ? Pour la sérénité de la Loge et pour le bonheur de l’impétrant !
C’est donc , bien avant le prononcé du serment que cet engagement réciproque est évoqué et c’est l’assemblée entière des Frères qui s’y engage ou s’y refuse par un vote secret.
Ce serment solennel est d’ailleurs fragmenté en plusieurs étapes.
Dans le cabinet de réflexion , lors de l’épreuve de la Terre , le testament philosophique rempli par le candidat comporte une partie qui n’est pas incinérée dans laquelle engagement est pris de respecter un certain nombre d’obligations vis à vis de l’Ordre et de la Loge.
La signature est obligatoire pour attester de la complète connaissance des
engagements acceptés.
Personnellement , je ne me souvenais pas clairement de ce formulaire signé il y a bien longtemps.
Pour avoir vécu , dirigé et assisté à de nombreuses initiations , je me rappelle qu le Vénérable Maître en chaire demande à plusieurs reprises à l’impétrant s’il accepte d’aller plus avant dans la cérémonie , jusqu’à un dernier avertissement décisif qui prévient qu’à ce stade , il ne sera plus possible de se rétracter.
Reconnaissons que le candidat parvenu au terme des épreuves étonnerait son monde en disant : « Non , j’arrête là ! ».
L’engagement maçonnique se fait donc graduellement , prudemment , laissant à chacun la liberté totale d’aller au bout de son projet d’adhésion et jalonné d’avertissements réitérés avant que le serment définitif ne soit prononcé , face à l’Orient , sur les 3 grandes lumières de la franc-maçonnerie.
Ce n’est pas par pur hasard qu’un lieu particulier est réservé dans le Temple et dénommé Hôtel des serments ; on parle bien ici « des » serments , car chaque degré maçonnique exige le renouvellement du serment , même si le premier en constitue le pas décisif.
Mais ce serment n’est pas le fait d’un instant.
Si l’on met d’emblée de côté quelques métaux profanes qui pourraient altérer notre impression , chaque Frère porte en lui , au cœur de ses interrogations , de ses enthousiasmes ou de ses lassitudes , le poids de ce serment au fil du temps.
Le respecter en tenue , avec l’aide du rituel et des officiers n’est pas immuablement aisé , mais , hors de la tenue , en l’absence de l’assemblée des témoins , c’est un challenge à relever sans cesse.
Ai-je été digne de mon engagement ? Ai-je assez travaillé ? Suis-je assidu ?
Suis je « celui qui est sous la crainte » ? Du parjure et de son châtiment ?
Ou plus simplement , ce serment a t’il changé quelque chose dans ma vie ?
Questionnement répétitif qui jalonne notre parcours initiatique en relançant utilement la machine quand la motivation fléchit.
L’interrogation de l’Apprenti destiné à devenir Compagnon comporte , dans les pages de ce qu’on appelle couramment « le catéchisme » cette question :
« Qu’avez vous fait après avoir subi les épreuves ? »
Réponse : J’ai prêté serment de garder les secrets de l’Ordre Maçonnique et d’agir en toutes circonstances en bon et loyal Franc-Maçon ».
Remarquons qu’il est inscrit : « En toutes circonstances » , ce qui n’est pas limitatif aux Tenues , ni aux relations avec les Frères, mais bien un engagement de vie.
Pour conclure une citation de Georges Séféris :
« …l’important n’est pas de changer sa vie en rêvant d’une autre plus intéressante , mais de faire parler notre vie présente , telle qu’elle nous fût octroyée, cette humble vie , quotidienne , humaine , où doit exister tout ce que nous pourrions chercher….tout le problème est de savoir comment se dépouiller…..Je sens qu’il me faut retourner parmi les hommes , descendre très bas , tomber puis m’efforcer de remonter la pente à maintes reprises , comme une fourmi , pour pouvoir donner ma propre réponse ».

Et pour sur conclure , je ne résiste pas à vous lire cette citation de Lin-tsi :
«
C’est parce que vous courrez partout , incapable de mettre votre esprit au repos que le maître patriarche a dit :
« Voyez ce gaillard qui cherche sa tête avec sa tête
»

J’ai dit

G\ D\ REAA Reims

Résumé pour le F Secrétaire :

Le serment maçonnique prononcé lors de l’initiation s’enracine historiquement vers le XVII° siècle , selon les sources disponibles, dans la cérémonie de réception du Compagnon des Loges opératives.
Ce serment comporte plusieurs étapes :
- l’une qui engage les Frères de la Loge dans le processus d’admission , bien avant la cérémonie
- la seconde est au bas du testament philosophique et comporte un engagement signé par le candidat de se soumettre à un certain nombre d’obligations
- la troisième est la succession d’acceptations que le Vénérable Maître requière de l’impétrant tout au long du passage des épreuves
- la quatrième est le serment solennel prononcé à l‘autel des serments sur les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie
- le cinquième est le combat quotidien que le maçon mène hors du Temple pour rester digne de ce serment.

Source : www.ledifice.net

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CPG 02/03/2013 18:46


En réfléchissant au sens du secret maçonnique, je me suis demandé pourquoi, si l'on dit qu'il n'y a pas, en réalité de secret véritable en maçonnerie, la divulgation, même accidentelle, de
celui-ci est sanctionnée des châtiments les plus atroces qui soient. Je me suis demandé quelle était l'origine de ces châtiments terribles que nous retrouvons notamment dans l'obligations
solennelle de l'apprenti franc-maçon (1) et pourquoi ils perdurent dans cette obligation jusqu'à aujourd'hui, alors que pas un seul apprenti parmi nous ne croit réellement que nous lui
arracherons le cœur s'il révèle ce fameux secret maçonnique auquel d'aucuns nient même paradoxalement jusqu'à l'existence (2). Je me suis également posé la question de la légalité et de la
légitimité morale que requiert une éventuelle application de ces sanctions ; autrement dit : les maîtres de l'atelier ont-ils réellement le pouvoir légal et moral d'appliquer ces sanctions en cas
de violation du serment, et s'ils ne l'ont pas, quel sens ces sanctions ont-elles alors dans le texte du serment ? À l'instar de Daniel Ligou, j'ai distingué le secret relatif au contenu
symbolique et aux tenues maçonniques, et le secret d'appartenance qui " tend à accroître l'efficacité de l'homme dans le monde profane, en évitant de susciter contre lui une réaction qui serait
dictée par la peur de l'organisation à laquelle il appartient (3) ". Je ne traiterai ici que du premier secret, relatif au contenu symbolique de la Franc-maçonnerie.


 


La consultation de diverses études historiques m'a permis de me rendre compte que la formulation de la solennelle obligation de l'apprenti franc-maçon est presque mot pour mot la même
qu'utilisaient les maçons opératifs du Moyen Âge. Un manuscrit datant de 1694, conservé à Édinbourg, donne une version de ce serment :


 


Je jure par bien et par saint Jean, par l'Équerre et le Compas, de me soumettre au jugement de tous, de travailler au service de mon Maître dans l'honorable Loge, du lundi matin au samedi, et
de garder les clefs, sous peine d'avoir la langue arrachée à travers le menton et d'être enterré sous les vagues, là où aucun homme ne le saura (4).


Des anciens ouvriers maçons du Moyen Âge, on conserva certains rites d'initiation. Parmi eux figurent le serment et le secret qui ont tant fait parler ceux qui se sont occupés de Franc-maçonnerie
(5). Nous venons d'examiner la formule du serment exigé des apprentis, conservée dans le manuscrit d'Édinbourg de 1696. Mais il en existe beaucoup de variantes, bien que les menaces restent
presque toujours les mêmes. Par exemple, dans le journal londonien The Flying Post des 11, 12 et 13 avril 1723, on publie A Mason's Examination, qui est le plus ancien " catéchisme maçonnique (6)
" imprimé qui se connaisse. On y décrit en ces termes l'obligation de l'apprenti :


... Il jure de ne révéler aucun secret de la vénérable Fraternité, sous peine d'avoir la gorge coupée et de recevoir une double ration d'enfer et de condamnation éternelle dans la vie future (7).


Le serment prêté dans les loges anglaises, selon l'édition de 1730 de la Masonry dissected de Samuel Prichard est le suivant :


 


Je promets et jure solennellement ici, en présence de Dieu Tout-Puissant et de cette respectable assemblée que je vénère, de garder cachés et de ne jamais révéler les secrets ni le secret des
maçons ou de la Maçonnerie qui vont m'être révélés ; à moins que ce ne soit à un frère authentique et loyal, après la vérification de rigueur ou dans une loge juste et parfaite où les frères et
compagnons se réunissent comme il se doit. En plus, je fais la promesse et je m'engage à ne pas les écrire, ni les imprimer, ni les marquer, ni les sculpter ou les graver, ni les faire imprimer,
etc. sur le bois ou la pierre ; de telle manière que le caractère visible ou l'impression d'une lettre puisse paraître, de telle manière que le secret puisse être surpris d'une façon illicite.
Tout ceci, sous peine au moins d'être égorgé, que ma langue soit arrachée de ma bouche, mon cœur extirpé de mon côté gauche et d'être enterré ensuite dans le sable de la mer, à une encablure du
rivage. Quand la marée aura effectué son flux et son reflux deux fois en vingt-quatre heures, que mon corps soit réduit en cendres et celles-ci dispersées sur la surface de la terre, de manière
qu'il ne reste pas le moindre souvenir de moi parmi les maçons. Que Dieu me vienne en aide (8).


Dans un catéchisme suisse de la Franc-maçonnerie de Berne, de 1740, le serment est le suivant :


 


Je promets, parole d'honneur, de ne jamais révéler les secrets des maçons et de la Maçonnerie qui vont m'être communiqués au titre de l'initiation. Je promets de ne pas les sculpter, ni les
graver, ni les peindre ou les écrire sur quelque objet que ce soit. En plus, je promets de ne jamais parler contre la Religion, ni contre l'État ; d'aider à secourir mes frères dans leurs
besoins, et de toutes mes forces. Si je manquais à ma promesse, je consens à ce que l'on m'arrache la langue, qu'on me coupe la gorge, qu'on me traverse le cœur de part en part, que mon corps
soit brûle et mes cendres jetées au vent, pour qu'il ne reste plus rien de moi sur la terre, et que l'horreur de mon crime serve pour retenir les traîtres s'ils étaient tentés de m'imiter. Que
Dieu me soit en aide (9).


Un autre texte, d'Amsterdam et de 1745, reprend à peu près la même formule :


 


En cas d'infraction, je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brûlé et réduit en cendres, pour être jeté au vent, pour qu'on ne parle plus de moi parmi les hommes.
Que Dieu et ce saint Évangile viennent à mon aide (10).


Les serments exigés à Londres, Berne et Amsterdam, coïncident avec celui de Rome, de 1791 :


 


Moi, N... je promets et je jure de ne pas révéler ces mystères secrets, sous peine d'être étranglé, d'avoir le ventre ouvert, le corps brûlé et les cendres dispersées au vent, afin qu'on
perde jusqu'au souvenir de ma personne (11).


 


Ces serments contiennent explicitement les choses auxquelles on se soumet. A priori, ils ne sont pas autre chose qu'une promesse revêtue de formalités, qui ne la font ni plus terrible, ni plus
solide qu'une autre, mais solennisent son émission par une mise en scène théâtrale destinée à graver un souvenir durable qui empêche son inaccomplissement. En voici une autre, qui vient de France
et date de 1787 :


 


Je promets, devant le Grand Architecte de l'Univers, et devant cette respectable assemblée, d'être fidèle à Dieu, à la religion que je professe, au souverain dont je suis le sujet, à ma
patrie et à mes frères ; je promets de les aimer de tout mon cœur, de les secourir avec tous mes moyens, même en prenant sur mes moyens de subsistance quand le partage sera nécessaire pour leur
soutien. Je promets de respecter la femme, la fille et l'amie de mon frère ; d'être correct envers tous dans ma conduite, prudent dans mes actions, modéré dans mes paroles, sobre dans mes goûts,
juste dans mes allégations, équitable dans mes décisions, honnête dans mes procédés, fraternel, généreux, charitable pour tous les hommes, spécialement pour mes frères. Je promets d'obéir à mes
supérieurs en tout ce qui sera prescrit pour le bien et qui se rapporte à l'Ordre, auquel je déclare mon adhésion pour la vie. Je promets d'être discret, impénétrable sur tout ce qui me sera
confié, de ne jamais écrire, dessiner, peindre, graver, ou faire quoi que ce soit qui puisse provoquer sa divulgation. Si je manque à mon serment, je consens à ce qu'on m'arrache la langue, qu'on
me coupe la gorge... (12).


 


Plus ou moins de la même teneur sont les serments utilisés par les maçons espagnols au début du XIXe siècle, et qui sont conservés dans les Archives du Palais, parmi les papiers réservés de
Ferdinand VII. Ici, la dominante, à part les classiques formules comminatoires finales, est la déclaration expresse et répétée de fidélit&eacu

Philippe M. 02/03/2013 11:56