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Hauts Grades

Le symbolisme du 15ème degré ou « Passer le Pont »

6 Septembre 2012 , Rédigé par J. C Publié dans #Planches

L’initiation au 14èmedegré, Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon, marquait la fin d’un cycle ; clôturant la période légendaire salomonienne et correspondant à un couronnement dont la pratique de la vertu est devenu l’axe de l’action. Couronnement ? Certes… Fin d’un cycle ? Oui… Achèvement ? sûrement pas… Et si le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon a travaillé à se perfectionner, il va avoir à ajouter à sa démarche intellectuelle une autre démarche que je qualifierais volontiers… d’opérative…puisque son action va induire un engagement physique.

 

En effet, avec le 15èmedegré, commencent les grades chevaleresques. On reconnaît alors au Maçon ses qualités intellectuelles (Je l’ai dit ; il a travaillé à se perfectionner) on lui demande maintenant d’en faire preuve en les alliant aux vertus chevaleresques et en appliquant avec rigueur, fermeté et vigilance cette somme de travail ou devrais-je dire : d’apprentissage.

 

Si la chevalerie conférait des privilèges, elle imposait des devoirs. Liés par des sentiments d’honneur, de fraternité, les chevaliers se défendaient mutuellement. Mais si l’un d’entre eux manquait à sa parole ou au code de l’honneur, il pouvait être rejeté, dégradé, livré au supplice.

 

Que de liens avec la symbolique maçonnique. Devoir ! Honneur ! Fraternité ! Mais aussi, parjure ! Rejet ! Supplice !

 

Alors, sur quelle légende est fondée le grade de chevalier d’Orient et de l’épée ? Je la rappelle succinctement, nous la connaissons tous. Elle s’inspire des livres bibliques d’Esdras et de Néhémie.

 

Après la destruction du Temple, les juifs ont été conduits en captivité à Babylone. 70 ans plus tard, leur Prince, Zorobabel, après que le Roi Cyrus interpellé en rêve par le Dieu des Hébreux l’y eut autorisé, retourne en Judée avec tout son peuple pour rétablir le Temple de Salomon. N’omettons pas de préciser que le Roi Cyrus avait également consenti à les faire porteur du Trésor du premier Temple en restituant à Zorobabel les objets précieux dérobés.

 

Ce voyage, autorisé par Cyrus, ne s’effectuant pas, évidemment, sans quelques obstacles propices à la réflexion du candidat sur sa destinée, son action, son devenir….

 

 De nombreux thèmes sont abordés dans ce grade. Et cette planche n’a pas, loin s’en faut, la prétention de tenter de les définir, ni du reste, de les aborder tous.

 

L’exil, la captivité puis la libération. La victoire sur l’oppression. La volonté ; je dirais même une « multivolonté », celle de triompher des obstacles, de se libérer et de surmonter l’adversité. La volonté de construire, de reconstruire, de rester dans une continuité entre  1eret  2ème Temple, ce dans le renouvellement de l’alliance. La poursuite de l’œuvre du Maître Secret, du Grand Maître Architecte, du Parfait et Sublime Maçon ; homme de devoir, bâtisseur et couronné ; maintenant jeté dans l’action, avec dans une main l’épée ; avec dans l’autre main, la truelle. Mais également dans la continuité d’ Apprenti, de Compagnon, de Maître.

 

Il me semble essentiel, tout au long de l’évocation de ce 15ème degré, de garder en mémoire la notion de chevalerie et son éthique. La loyauté constituant l’essence du comportement chevaleresque, soit, refus du mensonge, rejet de la perfidie et le sentiment du devoir et de l’honneur poussés à un paroxysme qui excluait toute forme de lâcheté.

 

De tous les thèmes abordés dans ce grade, l’un retient particulièrement mon attention. Car il me semble un élément essentiel à partir duquel seront, en quelque sorte, mises en oeuvre les diverses « strates » constituant le Chevalier d’Orient et de l’Epée et qui lui permettront une large enjambée vers la transcendance.

 

« …Passer le pont !... » S’autoriser, se donner les moyens, le pouvoir, la force de passer le pont !

 

« Il suffit de passer le pont ; c’est tout de suite l’aventure.. » Dit Georges Brassens dans une chanson célèbre. Bien sur, il ne s’agit pas du même pont et son franchissement ne fait pas déboucher sur d’identiques projets. Pour le Chevalier, il s’agit bien là d’un passage vers la Lumière, vers la Transcendance. Encore faut-il passer ! La L D P, le Chevalier la possède, elle lui a été donnée par Cyrus. Va, a dit en gros Cyrus à Zorobabel, va avec tes FF et le Trésor du Temple ; je t’ai donné des moyens, des outils. Travaille et débrouille-toi ! Cyrus aurait pu ajouter : Car tu auras à faire preuve de toute ta volonté, d’une profonde détermination qui seront tes alliés pour t’aider, toi et ton peuple,  à aller où vous savez devoir aller…

 

N’y a-t-il pas à ce moment, un retour sur lui-même pour le Chevalier d’Orient et de l’épée ? Ne se rappelle-t-il pas alors sa condition de Maître Secret, bloqué devant la balustrade qui lui barrait la route ? Stop ! On ne passe pas ! Peut-être plus tard pourrait-il envisager d’approcher le Saint des Saints et d’utiliser la clé d’ivoire que l’autorise à porter son nouveau grade. Mais à ce moment, l’interdit est formel. Plus tard,Grand Maître Architecte, puis Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, l’horizon s’était élevé, le Z du panneton avait, en quelque sorte, fait son office. Or, de nouveau, le voila devant un autre obstacle ; ce fleuve Starbuzanaï qu’il doit franchir, et pour cela, batailler ! Un obstacle oui ! Pas un barrage, pas une barrière, rien de commun avec ce qui se présentait au Maitre Secret. Aujourd’hui, La L de P, il la possède. Ce qui relevait de l’obstacle infranchissable pour le M S devient obstacle à franchir pour le Chevalier. Et il veut le franchir, parce qu’il en a le désir. Le désir de gagner la bataille pour approcher encore le sommet de la montagne.

 

Le symbolisme du pont, permettant de passer d’une rive à l’autre, est l’un des plus universellement répandus. C’est le passage de la terre au ciel, de l’état humain aux états supra-humain, du monde sensible au monde supra-sensible dit René Guénon. Je ne citerai pas les diverses légendes qui nous parlent de ponts et de passage. Simplement puisque nous évoquons ici l’importance de la Chevalerie citerais-je Lancelot qui, à cheval, subit l’épreuve du franchissement d’un pont sabre (Sabre : l’arme, le combat) Dès lors, se dégagent deux éléments importants : le symbolisme du passage et le caractère périlleux de ce passage qui est du reste celui de tout voyage initiatique.  Zorobabel et ses chevaliers n’y échapperont pas.

 

Cette Liberté de Passer – « Yaveron Hamaïm » - , Les Chevaliers d’Orient et de l’Epée vont donc l’acquérir définitivement lors du combat livré sur le pont enjambant le Starbuzanai. Ce pont posé en obstacle sur leur passage et qui entrave leur liberté retrouvée. Bien que pas encore tout à fait retrouvée ! Pour qu’ils soient des Maçons très libres, il leur faudra donc combattre. L’octroi pour eux de cette liberté de passer, c’est l’ultime obstacle à leur possible mouvement dans l’action qui mènera à la reconstruction. Passer le pont en vainqueur, passer d’une rive à une autre, c’est tout autant une victoire physique que spirituelle. On ne progresse pas sans peine. Zorobabel et ses chevaliers ne pouvaient pas ne pas sortir transformer de ce combat.

 

Le Chevalier, le Maçon Libre, est à la fois un combattant qui défend de son épée sa liberté, celle de ses FF ; mais également, en l’occurrence, qui défend un projet, à savoir, rebâtir le Temple. Il est donc, aussi, un constructeur qui assemble les pierres de l’édifice en lissant le ciment de sa truelle.

 

C’est cette totale liberté à recouvrer qui prédispose à l’acte de reconstruire le Temple. Zorobabel a prouvé sa force de caractère et son courage. D’abord, face au Roi des Perses et des Mèdes, Cyrus ; puis à la tête de ses troupes. N’oublions pas que Zorobabel et ses Chevaliers emmènent avec eux le Trésor du Temple restitué par Cyrus. Ce trésor, autrefois à l’abri dans le Temple, va cette fois se trouver en pleine lumière, acheminé par l’homme qui, certes, le transporte dans les fontes de son cheval, mais aussi et surtout à l’intérieur de lui-même, au plus près de son cœur, de sa lumière intérieure et qu’il devra défendre au péril de sa vie.

 

Il faut donc avancer ! Et qu’est ce que c’est avancer ?  C’est bâtir, c’est aimer, c’est aussi oublier peut-être. Oublier les dangers, parce que la perspective de bâtir n’est-elle pas stimulante pour l’épreuve et le combat lorsque l’on sait être en train de travailler à la recherche de la Parole Perdue ?

 

 Il n’est pas si commode de se mettre en mouvement, d’accepter d’abandonner certaines facilités du quotidien pour repartir vers l’inconnu, l’effort, le danger, la mort peut-être ! Après tout, l’absence de désir pourrait faire s’adapter à l’exil les moins courageux, les moins entreprenants ! Or, franchir le pont, souhaiter quitter un monde en sachant que vont surgir les difficultés, s’être préparer à les subir sous la houlette de Satrabuzanes, laisse entendre que le Maçon a prit conscience de son état d’exilé mais que pour rejoindre l’univers de l’autre rive, il lui faudra oser se frotter à l’inconnu. Dès lors, l’initié devra plus que jamais faire preuve d’humilité et le Chevalier d’Orient et de l’Epée sait son devoir de vigilance aussi acéré que la pointe de son épée allié à une fraternité de cœur essentielle qu’il scellera du plat de sa truelle.

 

Passer le pont, c’est véritablement rejoindre le monde du Grand Architecte de l’univers. C’est un acte sacralisateur et cette démarche vers la sacralisation de l’œuvre est d’autant plus prégnante que Zorobabel affiche bien les vertus suffisantes. D’abord, en n’ayant révélé à ses geôliers aucun secret gardant intacte, malgré ses chaînes, sa liberté de conscience et en marquant une totale exemplarité dans la pratique de son serment, le faisant digne successeur du Maître Hiram. Zorobabel a là tous les atouts pour passer le pont à la tête de ses Chevaliers.

 

Passer le pont, le pont qui enjambe l’eau du fleuve Starbuzanai.

L’eau !             A ce moment, Zorobabel n’associe-t-il pas à « Liberté de Passer » un autre mot, lointain peut-être, mais qui constitue sans aucun doute l’une des strates que j’évoquais tout à l’heure. « Shibboleth » qu’il fallait dire « Shibboleth ». Il était alors, dans une démarche justement intellectuelle. Mais dans l’instant, Zorobabel qui se rappelle le travail réalisé, se positionne résolument dans le présent en désignant de la pointe de son épée et du plat de sa truelle ; l’avenir.  L’avenir qui, pour être alors envisagé implique l’engagement physique que j’évoquais au tout début de cette planche.

 

Et qu’est ce que l’avenir pour un Maçon du 15ème degré ?

 

Certains d’entre les hommes n’apprendront jamais à passer le pont. Parce qu’ils refusent de se remettre en question. Parce qu’ils refusent d’admettre l’existence de leur vie intérieure. Le monde n’existe pas uniquement dans notre forme de le voir. Le Chevalier d’Orient et de l’Epée, le Maçon libre, doit plus que jamais savoir écouter l’autre, savoir penser l’autre. Passer le Pont avec le désir d’aller vers la Parole Perdue, c’est se dire que nous sommes conscients non seulement de l’existence de l’autre, mais aussi de notre propre énergie intérieure, notre énergie spirituelle. Nous nous sommes débarrassés de certains mots, de certaines images, de certaines formes de pensées. Et le désir, plus que jamais affirmé, de laisser les métaux à la porte du Temple.

 

Ne serions-nous pas alors prêts à nous disposer à passer d’une dimension « ordinaire » à une dimension véritablement initiatique ? Passer le pont implique de souhaiter avoir une relation avec le monde du Grand Architecte de l’univers. J’ai dit le monde du Grand Architecte ! Je n’ai pas dit Dieu. Mais ce pourrait être le monde de Dieu ! Si passer le pont est comme je l’ai dit plus haut un acte sacré, c’est un acte personnel et précieux comme un trésor débarrassé de sa gangue, sorti de sa pierre brute, résultat d’un ultime coup de maillet, ou d’un coup d’épée.

 

Mais il ne s’agit pas pour autant de « foncer » les yeux fermés. De tout bousculer sur son passage, de jeter les opposants par-dessus le parapet et de regarder passer leur dépouille au fil du fleuve tandis que flottent les 3 fanions L.D.P. Il convient de comprendre son chemin, de se dire que pour autant, sa liberté d’agir, sa liberté de penser doivent être conservées. Quel est le but ?  Etre en accord avec soit, avec ses proches, avec les autres ! Avec le monde dans lequel on baigne ; dans la recherche de sa spiritualité et sa relation avec le Grand Architecte de l’univers.

 

Car ici, notre action ne se situe plus dans l’individualité. Le succès dans le combat passe par l’union dans l’action. Etre Chevalier, c’est être prêt à brandir son épée pour défendre sa liberté et la liberté de l’autre. C’est être combattant. Mais c’est aussi construire. C’est unir en construisant, c’est relier par le ciment les pierres entre elles. C’est dans cet état d’esprit et de pensée que le Chevalier d’Orient et de l’Epée pourra poursuivre « individuellement » à l’extérieur le travail entrepris « collectivement » dans le Temple.

 

La reconstruction du Temple dura 46 ans nous dit notre Rituel. Commencée sous le règne de Cyrus elle s’acheva sous celui d’Artaxerxès 1er. Le second Temple fut consacré de la manière dont Salomon avait dédié le premier. Ainsi, les deux appartements étaient-ils reliés. Du vert au rouge.

 

Mais vous le savez j’en suis sur, la couleur verte cache un grand secret. Elle symbolise une connaissance profonde, occulte, des choses et de la destinée. Pour les chrétiens, si elle est demeure l’espérance, vertu théologale, pour les alchimistes, la vertu secrète du vert viendrait de ce qu’il contient le rouge….Pourquoi ? Ne me demandez pas de vous l’expliquer mes FF    Même sous un ciel où 70 étoiles brillent plus fort que les autres, je sais qu’il me faut encore apprendre à parler…

 

Pourtant, il me semble bien qu’entre le vert et le rouge, il y a l’homme tout simplement. L’homme, Le FF    , le Chevalier d’Orient et de l’épée en quête de son Graal ; but ultime vers lequel il tend. L’espérance, parce qu’il en a le désir, d’accéder au degré suprême de la réalisation Spirituelle tout au long, comme le qualifie C.G Jung, de cette lente et douloureuse maturation intérieure volontairement entreprise avec son initiation au 1er degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Le Chevalier d’Orient et de l’épée, le maçon libre, en a reçu la qualité ; son nom, sa vêture et sa fermeté vous en convaincront…j’espère !...

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net    

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