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Hauts Grades

Le Vénérable Maître

27 Octobre 2014 , Rédigé par S\ J\ Publié dans #Planches

Lorsqu’on entre en Maçonnerie, il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un jour on puisse tenir en loge la plus haute charge. Pourtant, tous ces officiers qui nous guident et nous encadrent, il a bien fallu qu’un jour ils soient élus et qu’ils aient accepté ces postes. Il est aussi normal qu’un jour ils laissent la place « aux jeunes ».

Et puis, après avoir gravi les degrés, au hasard d’une discussion, on entend prononcer son nom, où on vous propose un poste d’officier, expert par exemple, poste où l’étude du rituel, l’importance de la tâche et le sens du devoir nous placent en bonne ligne pour aller plus loin. « Comme ça,…il faudrait songer,…le véné terminera bientôt son troisième mandat… » Petit à petit, à force de persuasion on comprend ce que l’on attend de vous, on se fait à l’idée qu’un jour il faudra. Puis c’est à Royaumont qu’on vous catapulte vous faisant miroiter : - « que ça serait bien pour toi, …pour ta formation,…etc., » Et là tout bascule et avant même d’atterrir de ce lieu magique on a déjà compris ce que l’on attend de vous, qu’on espère en vous et je dois dire qu’on y croit. Quelle que soit la démarche qui pousse les anciens à nous choisir, il faut admettre que lorsqu’on accepte un poste, on accepte tacitement d’être à la disposition de la loge. On accepte l’idée d’assurer la tâche la plus intéressante sur le plan symbolique et maçonnique, mais aussi la plus ingrate et la plus inconfortable des responsabilités sur le plan relation administrativo-humaine. C’est probablement pour cela que le fauteuil doux à nos deux hémisphères fessiers est si confortable, parce que la place ne l’est pas vraiment. Les premières tenues, on se sent seul, très seul, éloigné des autres frères avec qui nous nous tenions chaud au cœur sur les colonnes. Ici, à cette place on ressent un grand vide. La présence physique est absente, alors qu’au contraire, les regards constamment tournés vers vous, on perçoit, dans les yeux où se reflètent les lumières des colonnettes, une lueur spirituelle qui rassure. J’ai déjà assumé dans ma vie profane des présidences d’association, des responsabilités administratives, où il faut être l’élément dynamiseur et l’animateur des hommes présents, veiller à la bonne organisation, être le penseur et le décideur. Ces responsabilités donneraient une notion de « pouvoir » qui pourrait devenir dangereuse, conduisant souvent à la paranoïa dictatoriale et électorale. La différence essentielle en maçonnerie, à mon avis, réside dans le rituel. Il nous autorise à penser que l’on peut compter sur les frères, parce que chacun a sa place, à condition que chacun prenne conscience du rôle, régulièrement accepté, en plein accord avec les notions de responsabilités inhérentes à leur qualité et leur degré. C’est en toute connaissance de cause, librement accepté que la référence au rituel, à la constitution, aux règlements généraux, permet une organisation proche de l’idéal, laissant au Vénérable Maître la disponibilité d’esprit pour animer les tenues, et diriger les travaux dans la clarté. C’est une question de confiance. Si les frères, parce que maçons, se conduisent en hommes responsables, l’égrégore peut se faire. Il n’est pas question pour moi de considérer le rôle de Vénérable Maître comme gardien de jardin d’enfants, censeur ou père Fouettard. Il est dans le monde profane des réalités qu’il ne faut pas perdre de vue en maçonnerie, car tout groupe, toutes tribus, toutes réunions d’hommes, fonctionnent à peu près de la même façon et prenons garde, quand même, de penser qu’il en est autrement en maçonnerie. Les hommes sont des hommes, avec les mêmes défauts, les mêmes qualités. Voilà la réalité d’une association, mais je conçois l’aspect maçonnique de cette charge d’une toute autre manière, car la fonction de président d’association se confond avec l’aspect symbolique de la charge. Outre les responsabilités « administrativo-humano-assiociative », la prépondérance du rôle spirituel prend maintenant toute son importance.

  • « F\ 1er surveillant, où est placé le Vénérable Maître en loge ? »

À cette question il répond :

  • « Comme le soleil se lève à l’orient pour ouvrir la carrière du jour, le Vénérable Maître siège à l’orient pour ouvrir la loge et diriger les travaux ! »

Ouvrir la loge : Entre le soleil et la lune, c’est de l’orient que pointe la lumière du jour, le soleil qui va éclairer notre journée, qui va nous guider, nous réchauffer, promesse de l’œuvre à accomplir avec les joies et les peines pour y parvenir. La lune, elle, symbolise la nuit, la fin du jour, l’aspiration au repos mérité, elle est le travail accompli. Constater l’avancement des travaux pour tracer le travail du lendemain, voilà le rôle du Vénérable Maître. Il est l’architecte qui définit l’œuvre, confiant son ébauche aux Maîtres qui traceront la planche et distribueront aux compagnons et apprentis les tâches à accomplir. Il sait que les Maîtres ont acquis la connaissance, il peut donc compter sur la chambre du milieu pour résoudre les calculs et ainsi parfaire le tracé, n’intervenant que pour éventuellement décrocher la truelle et lisser les dernières imperfections. Il laisse le soin aux surveillants de parfaire l’éducation des apprentis et compagnons et d’assurer la discipline. Diriger les travaux : Cela ne veut pas dire imposer ses propres conceptions et c’est là une des plus grandes difficultés, acquérir la maîtrise de soi pour savoir être à l’écoute. D’ailleurs notre apprentissage ne nous a-t-il pas appris à écouter. Le Vénérable est censé représenter la sagesse qui surpasse son amour propre après avoir maîtrisé la force qui domine la vanité et qu’il aura, précédemment, harmonieusement dompter la beauté. Il tient compte de l’opinion de la loge faisant abstraction de ses préférences personnelles. Il est à la fois la lumière qui émet et celle qui reçoit. Plus qu’un miroir il renvoie celle-ci à chaque fois qu’il la reçoit, avec une impulsion qui l’augmente et l’accélère. C’est pourquoi les frères ne s’adressent qu’à lui, jamais de réponses directes aux autres frères, jamais de dialogues entre eux directement. En s’adressant au Vénérable Maître, les paroles émises se réfléchissent sur lui et agissant comme un accélérateur de particules, cette lumière leur parvient encore plus éblouissante. Les remarques, les interrogations, les pensées se renforcent, la loge devient alors un creuset d’où les radiations pourraient bien un jour, si l’on y prend garde, « transformer le plomb en or ». Si la loge choisit son Vénérable Maître, celui-ci ne doit pas se considérer comme supérieur, supérieur à quoi d’ailleurs ? Car il ne peut rien imposer aux hommes qui cherchent la vérité, chacun la découvrant par lui-même, chacun à son niveau. Lorsque surgissent des difficultés, il se peut qu’il y en ait, il trouvera dans le rituel, la constitution et les règlements généraux toutes les réponses, tous les cas de figures, simplement en s’y référant et en y cherchant le sens profond. Il ne peut s’en éloigner, ainsi il respectera la liberté individuelle à laquelle nous sommes tous tant attachés. La faculté de transmission de la connaissance et la possibilité de développer leur être intérieur est dans chaque maçon, pas dans le Vénérable. Seul, il ne peut rien. Il est aidé pour l’ouverture et la fermeture des travaux des surveillants, de l’expert et du maître de cérémonie à qui il demande de l’assister pour la mise en place de l’égrégore. Mais au moment de l’invocation, il ne s’adresse plus aux membres de la loge, mais au GADLU. Il devient alors le transmetteur de l’atelier. L’invocation n’est pas la demande d’une faveur à un être supérieur, mais plutôt pour affirmer la reconnaissance d’un ordre universel. C’est au nom de cet ordre que, reconnu et respecté, vont désormais se dérouler avec harmonie, les actions dans le temple. Il appartient au Vénérable Maître de clore les travaux. Il doit veiller à cacher aux yeux des profanes les secrets dans un lieu sûr et sacré, c’est pourquoi il porte sa main sur le cœur. Geste significatif de sa volonté de ne rien dévoiler de ce qui a été dit, tout ce dont le Vénérable Maître a pris connaissance, il le fait au nom de l’atelier. D’ailleurs, à mon sens, tous les membres présents devraient également faire ce geste à ce moment précis, affirmant ainsi leur volonté déclarée de ne pas trahir ou dévoiler ce qui en dehors du temple, pourrait, sortit du contexte, paraître grotesque aux yeux des non-initiés. De plus il se dit parfois des choses qui n’ont pas à être connues des profanes en particulier lorsqu’il s’agit de profane sous le maillet.
Autres tâches importantes du Vénérable Maître ce sont les initiations et augmentations de salaire. Avec l’aide de l’expert, ces cérémonies revêtent une importance capitale. C’est lui en effet qui confère la qualité de maçon aux nouveaux initiés, qui transmet les mots de passe des grades qu’ont atteints les récipiendaires. Il est pratiquement le seul à parler, à transmettre.
C’est lui le metteur en scène. De sa performance « théâtrale », de sa maîtrise du rituel, de sa capacité à le transmettre, naîtra l’ambiance, l’égrégore nécessaire à la réussite du psychodrame, faisant naître l’émotion indispensable aux néophytes pour leur faire ressentir la gravité de leur engagement, pour que leur initiation soit le fait d’une volonté conçue et exprimée par lui-même. Le Vénérable Maître n’administre pas l’initiation comme on administre le baptême pour effacer par l’ablution toute trace de péché originel et qui serait le fait d’un tiers. Non le Vénérable Maître n’est pas le grand prêtre sur qui tout repose. Il n’office pas sur l’autel des sacrifices, il ne prend pas l’âme aux enfants pas plus qu’il n’égorge les vierges. Mais c’est à travers lui que, chacun renaissant, passe symboliquement de la vie à la mort pour une autre mort, une autre vie. Il doit maîtriser ses propres passions, ses instincts, ses angoisses, préjugés et habitudes pour renaître au sacré. Pour ce faire il dispose de trois emblèmes : L’Équerre, le maillet et l’épée flamboyante. C’est par l’équerre, bijou du Vénérable Maître, qui réunit l’horizontal et la perpendiculaire, qu’il recherche la vérité. Parce que son raisonnement est la base de ces arguments, il en usera pour que chaque « pierre polie » trouve sa place, parfaitement imbriquée pour que la construction soit harmonieuse. Sinon l’édifice, peu stable, s’écroulerait rapidement. Il est à ce titre l’un des éléments des trois grandes lumières de l’autel des serments. Il représente la matière, alors que le compas représente l’esprit, inaccessible aux apprentis. Le Vénérable Maître se trouve donc entre l’équerre et le compas, entre la terre et le ciel. Rappelons qu’il forme, au moment de la déclaration d’ouverture, une équerre avec le maillet dans la main droite et l’épée flamboyante dans la main gauche. Les bras en V superposés à la canne du maître de Cérémonie et de l’épée de l’Expert, au-dessus des trois grandes lumières, c’est la représentation de l’équerre et du compas. Mais cette figure n’est visible par personne. Elle fait face à l’occident, face à la porte par ou pénètrent les néophytes. Elle est censée protéger le temple de l’obscurantisme. Les deux branches de cette équerre ne sont d’ailleurs pas de mêmes dimensions. Elles sont dans un rapport de 3 à 4, côtés du triangle pythagoricien. C’est aussi par le symbole de l’équerre que le Vénérable Maître constitue franc maçon le néophyte en le frappant successivement en trois points, qui forment avec la tête et les deux épaules un angle droit. Le maillet symbole de l’autorité et du commandement, de la volonté agissante, doit se manier avec discernement. Par exemple, au début de l’ouverture des travaux, 1 coup de maillet pour attirer l’attention. Prononcée d’une façon courtoise c’est l’invitation déclarée. - « Prenez place mes frères ! » C’est l’exhortation à entrer dans le monde sacré. Plus tard, lorsque les travaux sont ouverts, le coup de maillet peut être donné sans ménagement, d’une façon ferme : « Debout et à l’ordre ! » n’est pas autoritaire dans le sens de : « Obéissez-moi aveuglément ». Mais considérant que les frères sont dans un état différent ils peuvent à tout moment être sollicités pour une plus grande concentration dans les travaux. Ils ont atteint un degré supérieur dans le sacré et il n’est plus nécessaire, si j’ose dire, de prendre des gants. C’est aussi avec le maillet que le Vénérable Maître frappe sur l’épée flamboyante pour initier le profane. L’épée flamboyante, épée à lame ondulée, est l’emblème de la création et de la purification. C’est par elle que se transmet l’ouverture au processus initiatique. C’est elle seule qui touche le néophyte pour l’initier. Elle est le rayon transmetteur de la flamme intérieure présente au fond de notre cœur. C’est par elle que se fait l’adoubement chevaleresque des nouveaux membres admis à siéger parmi nous. Brandie toujours de la main gauche, la main qui reçoit, c’est par elle que les forces cosmiques de l’ordre universel sont transmises à l’atelier. Ainsi donc équipé, le Vénérable Maître a tous les outils, tous les symboles à sa disposition pour ouvrir et fermer les travaux, initier les profanes, il peut user de l’autorité qui lui est conférée pour diriger les travaux, faire circuler la parole. Navigant entre le profane et le sacré pour ménager l’harmonie et la susceptibilité de chaque frère. C’est aussi grâce à son propre cheminement initiatique intérieur que le Vénérable Maître peut se porter à la hauteur des degrés des surveillants, il descend d’une marche lorsqu’il transmet la lumière au premier surveillant, puis une seconde pour le deuxième surveillant. Cette mise au niveau symbolise son accessibilité à tous les degrés, mais s’il descend il ne va pas pour autant à la rencontre des frères, ceux-ci doivent faire l’effort de s’approcher auprès de lui. C’est l’incitation au travail et à la persévérance. Entre le rationnel et l’irrationnel il doit avant tout veiller à assurer sa succession, car si sa mission est de transcender la loge, celle-ci doit, grâce à lui, être capable, demain, de désigner un nouveau Vénérable Maître, assurant ainsi la pérennité de l’atelier avant qu’il ne se sclérose dans une apathie néfaste. Si le Vénérable Maître imprime à la loge un peu de lui-même, cela fait partie de la tradition, c’est l’acquis qui permet justement, soit grâce aux réactions soit grâce aux changements, de continuer à avancer dans les voies de la maçonnerie universelle. C’est parce que ce symbolisme a le pouvoir d’unir par l’abandon du langage profane, qu’il permet d’éviter les controverses qui naissent inévitablement de l’usage de mots entraînant le piège des malentendus. C’est une question d’intuition, d’image de représentation personnelle et c’est dans cette mesure que le symbole du Vénérable Maître, delta flamboyant, entre la lune et le soleil, peut constituer un langage commun et universel. Utilisons donc le symbole qui signifierait « méditons ensemble ».

J'ai dit !

Source : www.ledifice.net

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