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Hauts Grades

Le Zoroastrisme

7 Novembre 2012 , Rédigé par Grigán

Introduction

Le zoroastrisme est une religion polythéiste à tendance hénothéiste, peut-être à l'origine d'une notion purement monothéiste de Dieu, dont Ahura Mazda est la divinité suprême, seul responsable de la mise en ordre du chaos initial, le créateur du ciel et de la terre. Par monothéisme, on entend un seul Dieu transcendant ; par polythéisme, plusieurs dieux transcendants : il s'agit bien de la situation du zoroastrisme. Elle a été professée par Zarathoustra, dont le nom a été prononcé Zoroastre par les Grecs. Elle a été fondée au cours du Ier millénaire av. J.-C. dans l'actuel Turkestan occidental, et est devenue la religion officielle des Perses sous la dynastie des Sassanides (224-651), jusqu'à ce que la conquête arabe importe l'islam.
Les zoroastriens vénèrent le feu éternel, symbole divin. Zoroastre prêchait un dualisme reposant sur la bataille entre le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, dualisme présent dans l'islam chiite duodécimain. Le principe de Zoroastre est qu'il existe un esprit saint (Spenta Mainyu), tardivement identifié à Ahura Mazda, et un esprit mauvais (Angra Mainyu) assimilé à Ahriman, opposés car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort. Ces deux esprits coexistent dans chacun des êtres vivants.

Histoire

~ Genèse ~

Le zoroastrisme se présente comme une réforme de la religion pratiquée par des tribus de langue iranienne qui se sont installées dans le Turkestan occidental entre le IIe et le Ier millénaire av. J.-C. Ces tribus étaient étroitement apparentées aux Indo-Aryens, lesquels ont apporté le sanskrit et toutes ses langues dérivées en Inde du Nord, à partir de l'an 1700 avant l'ère chrétienne. Ces peuples constituent une famille dite indo-iranienne. La comparaison du zoroastrisme avec la religion indienne est donc utile pour comprendre sa genèse. Ces deux religions avaient un dieu appelé Mitra par les Indiens et Mithra par les Iraniens (où th est prononcé comme en anglais), qui signifie le soleil ou dieu soleil. Il a évolué de manière très divergente chez ces deux peuples. Chez les Indiens, selon François Cornillot, le Mitra originel s'est scindé en trois dieux, Mitra, Aryaman et Varuna. Chez les Iraniens, ce dieu a en revanche gardé son unité. Dieu souverain, il était le fils d'Ahura Mazdâ, qui semble avoir été le Ciel. Les zoroastriens se sont efforcés d'éliminer le culte de Mithra au profit de celui d'Ahura Mazdâ, justifiant le nom de mazdéisme donné parfois à leur religion. La Perse antique, sous la dynastie des Achéménides, n'était pas vraiment mazdéenne : elle vénérait autant Mithra qu'Ahura Mazdâ. Les Grecs considéraient ce dernier comme équivalent à Zeus, leur dieu céleste. Selon Hérodote (I, 131), la coutume des Perses « est de monter sur les plus hautes montagnes pour offrir des sacrifices à Zeus, dont ils donnent le nom à toute l'étendue du ciel ». Quant à Mithra, il était étroitement apparenté au Soleil.

Il faut remarquer que le terme ahura était également connu des Indiens, qui le prononçaient asura. Ce sont les Iraniens qui ont transformé le s originel en un h. Dans les passages les plus anciens du Rig-Veda, le mot asura représente l'Être suprême, comme chez les Iraniens. Plus tard, changeant de sens, il s'est appliqué aux anti-dieux, aux démons. Le culte du sauma était commun aux Indiens et aux Iraniens. Ce terme est devenu soma chez les premiers et haoma chez les seconds. Au sens propre, ce mot désignait une plante, l'éphédra, que l'on utilisait pour préparer une boisson hallucinogène. Pensant qu'elle permettait aux dieux de conserver leur immortalité, on la leur offrait lors de sacrifices. Les participants en buvaient eux-mêmes et accédaient au monde divin, à une « immortalité provisoire ». Dans une langue iranienne parlée à l'est de l'Afghanistan, le wakhî, l'éphédra est appelé yimïk, terme provenant de haumaka-. Selon le Rig-Veda, l'élément de base du soma est un champignon, substitution qui s'explique par le fait qu'en Inde, il n'y a pas d'éphédra. Dans l'actuel Turkménistan méridional (ancienne Margiane), l'archéologue russe Viktor Sarianidi a fouillé les ruines d'un bâtiment dit de «Togolok-21». Il s'agissait d'un temple où l'on pratiquait le culte du feu et où l'on préparait le haoma. Ce bâtiment faisait partie d'une culture, dite bactro-margienne, datée de -2200 à -1700, qui s'étendait à l'est jusqu'à la Bactriane, le long du cours de l'Amou-Daria. Sur tout le territoire de cette culture, on a trouvé des amulettes avec des représentations de lutte entre des serpents et des dragons ayant une attitude nettement agressive, avec des yeux énormes et une gueule grande ouverte. C'était une représentation primitive de la lutte entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort, qui caractérisait la religion indo-iranienne et que le zoroastrisme conserverait. Il semble que la culture bactro-margienne ait plutôt été indo-aryenne. Elle contenait également un « substrat » culturel non indo-européen difficile à cerner, comme le prouve le fait même de construire des temples : les vrais Indo-Iraniens ont longtemps préféré les sanctuaires en plein air.

~ Le zervanisme ~

Les fondements de cette école sont contenus dans l'enseignement de Zarathushtra lui-même, puisqu'il affirme que le Bon et le Mauvais Esprits étaient jumeaux. Les Achéménides se sont posé la question de savoir qui était leur père. Certains pensaient que c'était l'Espace (Thwasha en avestique), d'autres que c'était le Temps (Zrvan). La seconde opinion s'est imposée et les Sassanides l'ont adoptée dès le début de leur dynastie. Le zervanisme est une doctrine philosophique, mais elle s'est teintée de mythes. On raconte que Zurvân, le dieu primitif, faisait des sacrifices dans l'espoir d'obtenir un fils. Puisqu'il n'obtint rien durant un millier d'années, il eut des doutes sur l'utilité de ses sacrifices. Le fils tant espéré arriva enfin. Ce fut Ahura Mazdâ, dont le nom était prononcé Ohrmazd à l'époque sassanide. Mais les doutes de Zurvân dotèrent Ohrmazd d'un jumeau qui était Ahriman (Angra Mainyu). Les Iraniens considèrent soit que Zurvân a tout seul donné naissance aux jumeaux, soit que c'est sa femme Khvashîzagh qui les a mis au monde. Ahriman sortit le premier. Son père lui demanda : « Qui es-tu ? ». Ahriman lui répondit qu'il était son fils, mais Zurvân répliqua : « Mon fils est d'une odeur suave, et il est lumineux, et toi, tu es ténébreux et puant ». Ohrmazd s'étant présenté et ayant une odeur suave, Zurvân le reconnut pour fils. Mais puisqu'Ahriman était sorti le premier, il put dominer le monde et Ohrmazd fut obligé de lutter contre lui. On pensait que sa victoire aurait lieu 9 000 ans plus tard. Les zervanistes ont de la sorte une conception pessimiste du monde. Contrairement à Zarathushtra, ils attribuent une mauvaise nature aux femmes. Dès leur création par Ohrmazd, elles se rendirent auprès d'Ahriman. Celui-ci leur ayant permis de demander ce qu'elles voudraient, Ohrmazd craignit qu'elles ne voulussent avoir des rapports avec les « justes »et qu'il n'en résultât du mal pour eux. Il eut alors l'idée de créer le dieu Narsâï et le mit tout nu derrière Ahriman afin d'orienter vers lui le désir des femmes. Ce fut effectivement ce qui se produisit. La théologie zervaniste est connue par des textes comme le Bundahishn et par des témoignages d'Arabes. On sait ainsi que la Lumière a produit un certain nombre de personnes faites de lumière, d'une nature divine, et que Zurvân était la plus grande d'entre elles. Il fait également partie d'une tétrade : Ashôqâr « celui qui rend viril », Frashôqâr « celui qui rend éclatant », Zarôqâr « celui qui rend vieux » et Zurvân, qui regroupe ces trois aspects puisqu'il comprend la puberté, la maturité et la vieillesse. Parfois aussi, on lui donne deux aspects, qui sont le Temps illimité (Zurvân akanâragh) et le Temps à la longue domination (Zurvân dêrang-khvadhây) correspondant à une période de 12 000 ans.

~ Le zoroastrisme à l'époque Achéménide ~

Cyrus le Grand et la plupart des souverains de la Perse antique, ont voulu éviter d'imposer leur religion lors des conquêtes. Au contraire, ils ont laissé aux peuples le libre choix de leur foi et l'ont respecté. C'est sur la base de cette doctrine que lors de la conquête de Babylone la charte des droits des nouveaux sujets de Cyrus le Grand stipulait : « Je n'ai autorisé personne à malmener le peuple et détruire la ville. J'ai ordonné que toute maison reste indemne, que les biens de personne ne soient pillés. J'ai ordonné que quiconque reste libre dans l'adoration de ses dieux. J'ai ordonné que chacun soit libre dans sa pensée, son lieu de résidence, sa religion et ses déplacements, que personne ne doit persécuter autrui ».
Alexandre le Grand, après la défaite des Achéménides, ordonna d'incendier les bibliothèques de la Perse, pensant ainsi détruire la pensée zoroastrienne. Mais désirant, cependant, faire profiter les Grecs de la science et de la philosophie des Iraniens, il ordonna de traduire, avant de les faire détruire, un nombre important de traités se trouvant dans les bibliothèques. Ces traités ont constitué une partie des fondements de la science et de la philosophie occidentale. Alexandre le Grand, créateur de la Grande bibliothèque d'Alexandrie, a commencé par pratiquer l'autodafé sur les écrits de Zoroastre.

~ Le zoroastrisme sous les Sassanides ~

On peut dire qu'avec l'avènement de la dynastie des Sassanides en Perse, en 224, commence la période de gloire du zoroastrisme : il devient très officiellement religion d'État. Le grand-père d'Ardashêr I, le fondateur de cette dynastie, avait été préposé au temple de la grande déesse iranienne Anâhitâ, dans la ville de Stakhr (non loin de Persépolis). À son fils Shapur I, Ardashêr déclare : « Ô mon fils, la religion et l'État sont sœurs. Elles ne peuvent pas survivre l'une sans l'autre. La religion est le contrefort de l'État et l'État est son protecteur. Et ce qui est privé de son support s'écroule et ce qui n'est pas défendu est perdu. »Les prêtres de rang supérieur étaient alors appelés des môbadh. La Perse était divisée en districts ecclésiastiques confiés à des môbadh. Tous étaient placés sous l'autorité du môbadhân môbadh, qui était l'équivalent exact du shahanshah dans le domaine laïc, c'est-à-dire du « roi des rois », l'empereur des Perses. Cette unification fut surtout l'œuvre du môbadh Kartir, dont la carrière commença sous le règne de Shapur I et qui devint môbadhân môbadh sous le règne de son successeur. À un rang inférieur, se trouvaient les môgh, terme qui est devenu magus chez les auteurs gréco-latins, puis mage en français, et qui a servi à désigner tous les prêtres iraniens. Les môghân môgh étaient des préposés des grands temples. Le zoroastrisme joua en Perse un rôle sans doute encore plus important que le catholicisme dans l'Europe du Moyen Âge, tant la religion imprégnait la vie des gens. C'était la religion des Iraniens, un aménagement de leur héritage culturel, tandis que le catholicisme est pour les Européens d'origine étrangère.

~ Le Zoroastrisme et l'arrivée de l'islam ~

L'arrivée des conquérants arabes qui a eu lieu lors de l'expansion de l'Islam, au milieu du VIIe siècle, a provoqué la défaite des sassanides. L'Islam considère les Zoroastriens comme Gens du livre, au même titre que les Juifs et les Chrétiens, cependant pour imposer l'Islam, ils ont ordonné, partout où ils pouvaient trouver un traité ou un écrit, de le détruire par le feu ou par l'eau. Ils ont aussi voulu empêcher les Perses de parler leur propre langue le farsi afin de les éloigner de leurs racines culturelles et chassèrent les Zoroastriens. De ce fait, il y eu une progressive diminution en importance de la culture perse, cette dernière ne formant plus qu'une des multiples facettes de l'immense empire islamique, qui s'étendait des Pyrénées à l'Indus. La majorité des Perses, de gré ou de force, se convertirent donc graduellement à l'islam, mais il subsiste encore aujourd'hui une communauté zoroastrienne en Iran (environ 40 000 fidèles) essentiellement dans la ville de Yazd et qui se considère comme la gardienne de la tradition trois fois millénaire de Zoroastre. Cette œuvre d'oppression se poursuivit longtemps en Iran, jusqu'à l'époque du Chah Reza Pahlavi, qui mit officiellement fin à l'oppression contre les zoroastriens et les adeptes des minorités religieuses. Aujourd'hui il n'y a plus, environ, que 200 000 zoroastriens dans le monde, essentiellement en Inde (les Pârsî), en Iran et dans les diasporas aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Le zoroastrisme reste, cependant, un élément important de la civilisation iranienne, et a joué un rôle important dans l'histoire politique et religieuse du Proche-Orient pendant plus d'un millénaire. Par ailleurs de nombreuses traditions iraniennes ainsi que le calendrier iranien ont des origines zoroastriennes. Des éléments de cette religion survivent dans le parsisme, un développement autonome du zoroastrisme dans le monde, qui se situe aujourd'hui en Inde.

Principes et textes du Zoroastrisme

Au début, la doctrine de Zoroastre s'est transmise oralement, comme d'autres. Puis lorsqu'un alphabet adéquat fut trouvé, l'Avesta, ensemble de textes sacrés, a été écrit. Mais, du texte initial, seul le quart est arrivé jusqu'à nous : les manuscrits ont été perdus ou détruits une première fois lors de l'invasion d'Alexandre le Grand qui fit brûler la bibliothèque du palais de Persépolis et une seconde fois lors de l'invasion arabe au VIIe siècle. Malgré tout l'équivalent d'un millier de pages sont parvenus jusqu'à notre époque. Les textes les plus sacrés sont dix-sept Gathas ou « hymnes sacrés » reconnus comme de Zoroastre lui-même, et témoignant de sa personnalité. Ils sont rédigés dans la langue la plus ancienne et la plus difficile à interpréter.

~ Les principes ~

Zoroastre n'a jamais prétendu être un prophète, il s'est contenté de donner des directions de recherche spirituelle. Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n'a pas besoin d'adoration, pas besoin d'intermédiaires, ne les menace pas de l'enfer pour leur promettre le paradis et ne joue pas de l'ignorance des peuples. Dans la doctrine de Zoroastre, chaque personne répond de ses actes en vertu de la nature de son « Fravahr », l'équivalent du karma hindouiste. La doctrine se résume en une maxime : Humata, Hukhta, Huvarshta ("Bonnes Pensées, Bons Mots, Bonnes Actions"). Zoroastre a condamné les rites et les sacrifices traditionnels offerts aux dieux par les Perses, mais il a gardé la tradition du culte du feu. Il a fondé sa doctrine sur la « bonne pensée », la « bonne parole »et la « bonne action ». Il s'était rendu compte que toute l'évolution du monde était basée sur « l'action » et « la réaction », donc la réponse à toute attitude charitable lui parut être la « bonne action ». Si en société, les gens s'adonnent à la bonté ils ne récolteront que la bonté et s'ils se livrent à la méchanceté, ils seront envahis par le mal.
Selon Zoroastre, la « bonté » est quelque chose comme une lumière qui vient du fond de soi, et cette bonté est inhérente à l'homme. Il y a en tout homme deux tendances l'une qui le porte au bien, l'autre qui le porte au mal ; ce que propose Zoroastre, c'est de toujours choisir le côté du bien, et cela se fait par une constante dialectique. Mais c'est l'homme qui choisit ; il n'y a pas d'obligation et celui qui remplit sa responsabilité pleine et entière envers les autres est un Saoshyant. Zoroastre a nommé son dieu Ahura Mazda, force créatrice du monde et des quatre éléments, l'eau, la terre, le feu et l'air, éléments que les zoroastriens vénérent et respectent au plus haut point puisque venant du Dieu. Il a aussi créé l'homme en lui donnant son libre arbitre afin qu'il puisse toujours choisir ce qu'il a à faire entre le bien et le mal. Tout homme est l'ouvrier du Dieu pour transfigurer le monde. Les trois commandements zoroastriens sont : « bonne pensée », « bonne parole », « bon acte », mais dans le monde, il n'y a qu'une voie, c'est la voie de la « droiture ».Les zoroastriens admettent une vie après la mort et un jugement des âmes; chaque être humain étant jugé selon ses mérites. Le fravahr est un des symboles de la doctrine de Zoroastre : c'est l'esprit de l'homme pré-existant à sa naissance et qui perdurera après sa mort et il ne peut se substituer à ce Dieu. Si les bonnes actions l'emportent sur les mauvaises, l'âme monte au ciel par un pont au-delà duquel l'attend le Seigneur de la Lumière. Dans le cas contraire, il s'agit d'une descente en Enfer. Mais lorsqu'enfin l'Enfer lui-même sera purifié, le royaume du Dieu s'installera sur Terre. Il existe donc toujours une possibilité de rédemption réelle des plus « méchants ».
Un autre thème important du zoroastrisme est donc sa promesse d'une vie éternelle après la mort, où les âmes seront départagées lors de la traversée du « Pont de Chinvat », et finissent soit au Paradis, soit en Enfer soit au Purgatoire. La notion de résurrection existe, celle-ci surviendra à la fin des temps avec l'avènement du « Saoshyant » qui rétablira la justice par une régénération du monde. Le zoroastrisme préfigure ainsi l'avènement du christianisme.

~ L'Avesta ~

L’oiseau VAREGHNA représentant la "Xvarnah", la gloire royale, le culte d'Ahura Mazdâ est aniconique.

~ Les Gâthâs ~

La partie la plus ancienne de l'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, est constituée d'hymnes, les Gâthâ, censés avoir été composés par Zarathushtra lui-même. Il y apparaît nettement comme un prêtre. Ahura Mazdâ lui aurait donné la mission de rénover l'ancienne religion, s'affirmant comme le seul dieu du Bien, incarnation de la lumière, de la vie et de la vérité. Zarathushtra condamne le culte du haoma (étant entre autres, le culte de sacrifice du Taureau qui est l'animal le plus sacré reconnu par Zarathushtra), Ahura Mazdâ étant immortel par lui-même, ainsi que la pratique des sacrifices sanglants. Il enlève au Feu sa condition divine pour en faire un symbole concret de la Lumière. Ce n'est désormais plus en tant que dieu que le Feu est vénéré, mais en tant qu'aspect éminent d'Ahura Mazdâ. L'enseignement de Zoroastre se présente sous la forme de 17 "hymnes" appelés Gâthâs. Un combat cosmique entre Aša "La Vérité" (pahlavi : Ahlâyîh) et Druj "Le Mensonge" (pahlavi : Druz) est présenté comme base de toute existence. C'est un paradigme comparable au combat entre le "bien" et le "mal", l'"ombre" et la "lumière". Les deux forces en présence sont Ahura Mazdâ (Ohrmazd), alias Dieu, et Ahriman : le Bien et le Mal incarnés. Zoroastre décrit Ahura Mazdâ en une série de questions rhétoriques : « Qui établit la course du Soleil et des étoiles ? », « Qui nourrit et abreuve les plantes ? », « Qui créa l'ombre et la lumière ? », « A travers qui existent l'aurore, le crépuscule et la nuit ? » (Yasna 44, 4-6).
1. Vohu Manu (pahlavi : Wahman), « bonne âme » : le principe du « bon » ;
2. Ašem, après Ašem Vahištem (pahlavi : Ardwahišt) : « droit », vérité et incarnation de ce qui est « vrai », « bon » et « juste », la loi et les règles;
3. Xšaora- Vairya- (pahlavi : Šahrewar) : « meilleure règle », le pouvoir et le royaume d'Ahura Mazdâ, gardien des métaux ;
4. Spanta- Ârmatay-, (pahlavi : Spandarmad) : « pensée sacrée » : l'immortelle incarnation de la Terre ;
5. Haurvatat : « perfection »
6. Ameretatât (pahlavi : Amurdâd) : « immortalité », le gardien de la nourriture et des plantes ;
D'autres immortels de premier plan sont Geush Urvan, défenseur des animaux et Sraôša (pahlavi : Srôš) « Obéissance ».Les Gâthâ parlent des relations entre Ahura Mazdâ et six catégories divines appelées les Amesha Spenta, Immortels Bénéfiques. Ce sont :
~ Vohu Manô : Bonne Pensée.
~ Asha Vahishta : Meilleure Rectitude.
~ Xshathra Varya : Empire Désirable.
~ Spenta Armaiti : Bénéfique Pensée Parfaite.
~ Haurvatât : Intégrité.
~ Ameretât : Non-Mort.
Ces Immortels ne sont pas dissociables les uns des autres dans les Gâthâ et ne sont pas personnifiés. Il ne s'agit pas de polythéisme. Très proche de Vohu Manô, se trouve Spenta Mainyu, l'Esprit Bénéfique, lequel est opposé à Angra Mainyu, l'Esprit Mauvais, incarnation des ténèbres et de la mort. Bien qu'ennemis, ces deux Esprits sont jumeaux. À l'époque des Sassanides, Spenta Mainyu sera identifié à Ahura Mazdâ. Angra Mainyu est aidé par des démons, les daêva. Leur nom provient de l'ancienne dénomination indo-européenne des dieux, prononcée deva en sanskrit et avestique, qui a acquis un sens négatif dans la totalité du monde iranien (en faisant référence à la force du mal gouvernée par Angra Mainyu, avec une double face qui est le symbole du mensonge, contrairement au monde indien qui a gardé son sens positif), donc à une époque assez reculée. N'ayant plus de mots pour désigner les (bons) dieux, les Iraniens ont dû en inventer un autre, qui a été yazata(Yazata signifie "digne d'être adoré"). Les six Amesha Spenta sont qualifiés de yazata.

~ Les Yasht ~

Les autres parties de l'Avesta sont clairement postérieures aux Gâthâ. C'est en particulier le cas d'hymnes appelés les Yasht, où l'on voit resurgir tout un panthéon que Zarathushtra avait voulu éliminer. Ils sont la plus importante source d'information sur la mythologie iranienne. Le dixième Yasht est tout entier dévoué à la glorification de Mithra. Que s'est-il donc passé ? La tentation de Zarathushtra d'imposer une forme d'hénothéisme a-t-elle échoué ? Malgré leur contradiction, les Gâthâ et les textes de l'«Avesta récent» sont vénérés de la même manière par les zoroastriens.
Le pays où Zarathushtra aurait prêché est appelé airyânem vaêjô «le domaine des Aryens» par l'Avesta. Ce n'est pas très riche en renseignements, car Airya possède une vaste signification : c'est l'auto-ethnonyme de tous les Iraniens. Les spécialistes s'accordent à situer ce pays plus précisément dans le Turkestan occidental. Les Gâthâ ont sûrement été composés à une époque pré-Achéménide, donc avant le VIe siècle av. J.-C.. Ils dépeignent une société rurale d'éleveurs et de cultivateurs sédentaires conservant un système de relations claniques et tribales. On y trouve une protestation contre l'apparition d'une élite dominante. L'Avesta connaît le bronze, mais pas le fer. Il convient de remarquer la langue des Gâthâ est si proche de celle du Rig-Veda que leurs locuteurs pouvaient sans doute se comprendre. D'après une école de spécialistes, il n'y a pas de différence fondamentale entre le Rig-Veda et les Gâthâ, le culte d'Ahura Mazdâ étant le résultat d'une lente évolution. Cela permet de nier l'existence de Zarathushtra. À ce sujet, Bernard Sergent a démontré que les épisodes de sa vie, tels qu'ils sont racontés dans les textes iraniens, sont mythiques : ce personnage ne serait rien d'autre que le «modèle» du prêtre indo-européen, modèle d'une telle ancienneté qu'on le retrouve chez les Celtes, en la personne de Merlin (« Merlin et Zarathushtra », Bruxelles, Ollodagos, Actes de la société belge d'études celtiques, Vol. XIX, 2005, pp. 7-50). Dans ce cas, le terme de « mazdéisme » devrait être préféré à celui de « zoroastrisme ».

~ Rites ~

Chez les Zoroastriens les rites sont assez légers : prier cinq fois par jour pour se rappeler que la droiture est une bonne chose, que le bien est une bonne chose; faire une fête une fois par mois, plus cinq jours pour préparer le nouvel an. En se purifiant, prendre le repas avec nappe, nourriture, pains et fleurs. La naissance d'un Parsi n'est pas vraiment accompagnée de rites religieux. Durant son premier anniversaire, il peut effectuer sa Présentation au Temple, où le prêtre le marque au front avec de la cendre du Feu sacré et récite des bénédictions. Ce n'est pas une cérémonie obligatoire, tout au contraire du naojote, qui doit être effectué au maximum à l'âge de 15 ans, tant pour les garçons que pour les filles. C'est l'initiation, qui marque l'arrivée du Parsi à l'âge adulte. Chez lui, et non dans un temple, le Parsi reçoit une tunique blanche, le sudreh, nouée à la taille par un cordon de laine, le kûsti. Un Parsi pieux ne devrait jamais rester sans tunique, et lorsqu'il faut la changer, il devrait réciter des prières appropriées. Sans cette initiation, son âme resterait dans un état en quelque sorte virtuel et il vivrait comme un paria.
Chez les Parsis, le mariage est obligatoire et la stérilité est conçue comme une malédiction. Certains rites remontent au plus lointain passé indo-européen, comme le bain de la mariée. Les Parsis ne se marient qu'entre eux. Ce n'est pas une coutume nouvelle : dans la Perse sassanide, il était interdit d'épouser un non-zoroastrien. Bien plus, le contact avec des « infidèles » est source de souillures. Si l'on a mangé de la nourriture préparée par un non-zoroastrien ou si l'on a effectué un voyage, il est nécessaire d'effectuer des rites de purification. La vie étant conçue comme un don d'Ahura Mazdâ, la mort ne peut être considérée qu'avec horreur. On pense que la décomposition du corps est l'œuvre d'un démon. Des Parsis formant une sorte de caste, les Nasâlâsar sont chargés d'emmener les morts dans des « Tours du Silence », appelées dakhmâ par les Parsis. Les défunts y sont déposés, dénudés, afin d'y être dévorés par les vautours, de façon à ne pas souiller la terre, par inhumation, et le feu, par crémation. Leurs parents les accompagnent jusqu'à la Tour mais n'y entrent pas. Ils se rassemblent dans une petite chapelle bâtie à proximité de la Tour et y récitent des prières. L'âme du mort reste trois jours dans la Tour. Le quatrième jour, elle la quitte, mais elle doit alors franchir un pont. Il se produit une sorte de jugement : l'âme du juste franchit le pont et accède à la Maison des chants, tandis que celle du méchant tombe dans les Enfers. Cependant, toutes les âmes jouiront de l'instauration d'un Paradis terrestre consécutive à la victoire d'Ahura Mazdâ sur l'Esprit du Mal. Il s'agit d'une résurrection qui diffère de celle des chrétiens. L'enfer des zoroastriens est donc plutôt un purgatoire où l'on attend sa résurrection. La pratique du décharnement des corps remonte à un lointain passé et se retrouve dans les hauts villages du Tibet.

~ Le zoroastrisme et la société ~

Dans la doctrine de Zoroastre toute personne doit répondre de ses actes par la bonne pensée, or la bonne pensée est directement liée à la culture, les adeptes de cette doctrine ne doivent donc pas mettre en œuvre une parole quelconque de Zoroastre qui ne correspondrait pas à la science moderne. Les préceptes de Zoroastre sur la morale collective et les liens qui attachent les hommes restent encore aujourd'hui d'actualité, alors que la plupart des religions ne leur ont pas accordé d'importance. Par exemple :

~ L'égalité des hommes et des femmes a été soulignée à maintes reprises dans les Gathas et réalisée dans l'histoire de la Perse antique par l'avènement au pouvoir de femmes telle que Pourandokht.
~ Préserver la pureté de l'eau, de la terre, de l'air et du feu est un autre précepte des adeptes de cette doctrine.
~ L'esclavage et la soumission de l'être humain, présents dans d'autres religions, sont complètement rejetés dans la doctrine de Zoroastre.
~ Cette doctrine met l'accent sur l'importance de la récolte et rejette toute idée de paresse, de vivre au crochet d'autrui, de voler le bien d'autrui. Chacun doit vivre de ses efforts et pouvoir bénéficier de sa propre récolte.
~ L'idolâtrie, l'adoration de la pierre ou tout autre lieu construit, sont prohibées dans la pensée de Zoroastre. La maison de Dieu n'est pas celle construite par l'homme mais le cœur et l'esprit de ce dernier.
~ Aucune oppression ne peut être admise à l'égard des hommes, et si nécessaire, il faut se soulever pour l'éliminer.
~ Aucun mal ne doit être commis à l'égard des animaux et leur sacrifice doit être considéré comme un crime des hommes à l'égard des animaux.
Le calendrier était zoroastrien. Chaque mois était divisé en deux périodes de 7 jours et deux périodes de 8 jours, donc en 30 jours qui portaient tous des noms de divinités. Ces quatre périodes commençaient respectivement par les jours d'Ohrmazd, d'âdhur (le Feu), de Mihr (Mithra) et de Dên, la religion mazdéenne personnifiée (Dên mazdayasn, aussi appelée Bêdukht « fille de Dieu »). On voit que l'hénothéisme de Zarathushtra n'était pas plus vivant dans la Perse sassanide qu'aux époques antérieures, et cela d'autant plus que les rois des rois continuaient à vénérer Mithra. Cependant, six jours de la première période portaient les noms des Amesha Spenta. Elle s'achevait par le jour Dadhv « le Créateur »(Ohrmazd), qui clôturait également les deux périodes suivantes.
Le principe de ce découpage est décrit dans le chapitre III du Bundahishn «la Création Originelle», ouvrage probablement compilé à la fin de la dynastie des Sassanides (au VIIe siècle). C'est un traité qui parle de cosmologie, d'astronomie et d'eschatologie, et qui donne également des listes de rivières, de montagnes et de plantes. Les douze mois portaient également des noms de divinités. On y reconnaît les noms des Amesha Spenta :
1. Fravardîn (les fravarshi)
2. Urdvahisht (Asha Vahishta)
3. Khvardâdh (Haurvatât)
4. Tir (Tishtrya, le dieu des Pluies)
5. Amurdâdh (Ameretât)
6. Shahrêvar (Xshathra Vairya)
7. Mihr
8. Âbhan (« les eaux », Anâhitâ)
9. Âdhur
10. Dadhv
11. Vahman (Vohu Manô)
12. Spandarmadh (Spenta Armaiti)
Les fravarshi étaient des esprits tutélaires des morts, la partie protectrice de leurs âmes, qui revenaient durant les cinq derniers jours de l'année. C'était alors la fête de Fravardîghân, aussi appelée Hamaspathmaêdaya. Il s'agissait de cinq jours supplémentaires, nommés d'après les noms des cinq Gâthâ qui s'ajoutaient aux 12 mois de 30 jours. Cette fête, au caractère carnavalesque, était suivie par le Naurûz, le Nouvel An, le 1er Fravardîn. Malgré la conversion des Perses à l'islam et l'adoption du calendrier musulman, le Naurûz est toujours resté vivant. Il est célébré à l'équinoxe du printemps. Une autre grande fête était celle de Mihr, Mihrgân, au jour de Mihr (le 16e) du mois de Mihr. Elle avait lieu à l'automne et coïncidait avec le début de l'année avant l'époque des Sassanides. On peut également mentionner six fêtes de cinq jours réparties sur toute l'année, le Hamaspathmaêdaya étant la dernière. On les appelait les Gâhanbâr (phases de création). Tout temple, quel que soit le dieu (ou les dieux) auxquels il était consacré, comprenait un autel du feu. Il était placé dans une pièce sombre, afin que le feu sacré ne fût pas touché par les rayons du soleil. Les prêtres l'entretenaient selon un rituel extrêmement strict. Trois temples jouaient un rôle majeur : celui du Feu de Farnbagh, qui se serait trouvé dans la ville de Kâriyân (région du Fars), celui du Feu de Gushnasp, à Gandjak dans l'actuel Azerbaïdjan, et celui du Feu de Burzên-Mihr, au nord-ouest de Nishapur. Ces feux étaient respectivement celui des prêtres, celui des rois et celui des agriculteurs. Ils correspondent aux trois fonctions reconnues par Georges Dumézil chez tous les peuples indo-européens : la fonction cléricale, la fonction guerrière (à laquelle se rattachaient les rois) et la fonction de production. Ainsi, l'Avesta récent reconnaît trois états, celui des prêtres, celui des guerriers et celui des agriculteurs. Quand un empereur montait sur le trône, il effectuait une visite solennelle au Feu de Gushnasp. Il lui demandait également son aide pour vaincre ses ennemis.

~ Les Parsis ~

Les Arabes entreprirent la conquête de la Perse à partir de 636. La dynastie sassanide s'effondra en 651 à la mort de son dernier souverain, Yazdgird III. Les Perses, contraints par les envahisseurs Arabes, abandonnèrent le culte zoroastrien au profit de l'islam ; seules Yazd et Kerman, au centre du plateau iranien, demeurèrent des fiefs de leur ancienne religion. Les Arabes appelèrent ces zoroastriens des Gaur «Infidèles», terme qui est devenu Guèbres en France. Aujourd'hui, il en resterait environ 30 000, dont 6 000 à Yazd. Cependant, de nombreux pratiquants s'installèrent dans le nord de l'Inde actuelle où ils sont connus sous le nom de Pârsî. Ce terme n'est qu'une traduction en perse, du mot Persan. Aujourd'hui, les deux tiers de la communauté se trouvent à Mumbai.

Source : http://www.fmgeneration.be/article86.html

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