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Hauts Grades

Les Allusions à l’Ego dans les 13° et 14° degrés

3 Septembre 2012 , Rédigé par D . L......e Publié dans #Planches

Le chemin dans l’ordre maçonnique est jalonné de différentes initiations ; parmi celles-ci et particulièrement aux degrés qui me sont connus, trois sont particulièrement marquantes : 

L’initiation proprement dite, celle où, néophyte, nous sommes brutalement appelés à sortir du monde profane pour aborder la voie du sacré en étant purifiés par les quatre éléments. 

La maîtrise qui consacre à travers le légende d’HIRAM la prise de conscience du besoin d’être qui nous guide sur le chemin de la recherche de la sagesse, et le début d’une quête qui n’a d’autre but que ses moyens ; ce degré se prolonge à l’entrée de la loge de perfection par l’ascèse méditative du maître secret. 

Le grade de chevalier de Royal Arch, où toujours à la recherche de la parole enfouie avec la mémoire du maître, nous sommes brutalement confrontés aux mystères « du nom ineffable  et à ceux redoutables de l’infini ». Le prolongement de ce grade, celui de « Grand Elu de la Voûte Sacrée » est la confirmation de la compréhension de celui-ci et sa maîtrise confèrent aussi à l’impétrant l’intuition sacerdotale. 

Dans les trois initiations,( Apprenti, Maître et Chevalier de Royal Arch), le retour sur soi est progressif :

L’apprenti passe de longs moments dans le cabinet de réflexion : l’univers de deuil du maître plonge celui-ci dans une méditation qui lui fait prendre conscience, qu’orphelin du maître, c’est en lui qu’il trouvera les ressources nécessaires pour aller chercher la parole perdue. C’est en fouillant des décombres à la recherche de la vérité que le Grand Maître Architecte va découvrir la trappe qui va déboucher sur un univers dont il ignorait même l’existence. Un univers qui s’ouvre sur des voûtes successives fermées dont la première  « MALKUTH » signifie le royaume . Cet univers est un voyage au centre du moi et du soi, un voyage au centre du sujet transcendantal, du moi en tant que principe unificateur de l’expérience interne. 

Cependant, même s’il en ignorait l’existence et qu’il ne possède pas la clef pour ouvrir, le Grand Maître Architecte évoque le fait qu’il s’agit d’un royaume ( MALKUTH) et rien que cette évocation lui ouvre les portes de ce royaume.

Cependant (et obligatoirement) le premier mage, GUIBULUM, une fois la trappe ouverte, doit descendre dans la voûte.

Le chevalier entre donc dans la loge royale par le sommet. Cette voûte est un symbole similaire à celui que l’on trouve avec le cabinet de réflexion semblable à une grotte de méditation pythagoricienne. De plus, cette voûte étant fermée par une trappe, en son sommet, cette dernière devient la clef de voûte. L’initié se tient debout dans cette voûte. Il relie dans cet axe plusieurs voûtes superposées ; toutes ces voûtes anatomiques (plantaires, crâniennes etc..)se succèdent et constituent le « microcosme » et cette voûte en pierres est elle-même coiffée par la voûte étoilée.

Se tenir dans l’axe de ces voûtes c’est d’abord prendre conscience du « microcosme » (pour y pénétrer encore plus profondément) pour pouvoir à l’inverse mieux sortir du moi c’est à dire dépasser la condition humaine et relier «  le fini à l’infini ».  

Le bijou d’HIRAM que trouve GUIBULUM dans cette première voûte et la première porte de bronze sont des indices qui indiquent qu’en recherchant encore plus profondément, on trouvera un trésor.

Mais GUIBULUM est un franc maçon et il sait que cette recherche dans les profondeurs de son ego sera plus aisée s’il est aidé par ses frères d’une part, et d’autre part s’il trouve le trésor, il doit le partager : c’est pour cela qu’il remonte chercher ses compagnons de voyage. Symboliquement, ( et c’est à mon avis tout l’intérêt de la démarche symbolique) le franc maçon et plus particulièrement le grand élu sait qu’il doit prendre conscience de son Moi intime (connais toi toi même) mais s’il a choisi la voie symbolique maçonnique c’est, d’une part qu’il doit se faire aider des autres et d’autre part, aider ceux-ci dans leurs démarches propres afin qu’ensemble, plus forts, ils cherchent et peut-être trouvent la vérité. Enfin, pour parler du bijou qu’il découvre ( sur lequel est inscrit le nom ineffable) il le porte autour du cou avec la face gravée contre sa poitrine. GUIBULUM sait donc que le trésor a un rapport avec l’ineffable avant de commencer la quête collective. Il se garde d’en avertir ses compagnons et conserve ainsi le secret : seul l’éclat du bijou fait entrevoir aux autres maçons que GUIBULUM est déjà initié à un degré supérieur aux autres : ce qui leur donne envie de le suivre. Symboliquement, si GUIBULUM rayonne, en contemplant l’homme de l’extérieur, on ne peut pas connaître le tétragramme divin allias la vérité, car le nom ineffable est gravé à l’intérieur sur la face non visible. Le G :.A :.D :.L :.U :., source secrète de l’homme, se trouve assurément en son fond mystérieux symbolisé par la voûte sacrée à laquelle les nuages parviendront.

C’est donc après quelques instants de méditation que GUIBULUM prononce le mot « MALKUTH » (royaume) et que la porte séphirothique s’ouvre sur une galerie : cette galerie est composée essentiellement d’un escalier de 3 marches. Puis après un palier triangulaire, sur la gauche 5 marches pour arriver à un nouveau palier triangulaire sur la droite puis 7 marches et un dernier palier triangulaire sur la gauche et enfin 9 marches.

Cette descente progressive dont le nombre de marches évoque la batterie du Grand Elu de la Voûte Sacrée est une descente progressive vers le centre matriciel : elle s’inscrit dans une courbe sinueuse : ce qui signifie que cette quête sur soi même n’est pas évidente. Jacques FONTAINE estime qu’il s’agit en même temps « d’une récapitulation à rebours dont la psychologie des profondeurs assimile le premier palier à la conscience claire du moi, le second à l’appropriation du soi collectif, le troisième à la fusion du soi collectif et l’arrivée à la syzygie primordiale, explorée dans les 9 voûtes successives ».

Ces groupes de nombres indiquent bien que chaque escalier doit être descendu d’une traite.

D’abord 3 marches comme l’apprenti, ensuite 5 marches comme le compagnon (avec son palier qui tourne à droite) , 7 marches comme le maître et enfin 9 marches ; ce nombre 9 n’est pas clairement exprimé en loge de perfection mais on retrouve sa trace arithmologique dans de nombreux grades des ateliers de perfection ( que je ne développerai pas puisque ce n’est pas ici le sujet). 

Ainsi MALKHUT qui ouvre le royaume ouvre tout d’abord le chemin de notre profondeur. Dans les loges bleues, le cherchant prenant conscience de son néant livre bataille à cet ego à son moi phénoménal, pour échapper aux valeurs froides du monde matériel ; devenu maître, il souhaite ainsi répondre à sa nostalgie de la parole perdue.

En loge de perfection, et particulièrement au grade de Royal Arch, il s’enfonce avec détermination dans l’exploration de son ego, car il sait qu’il peut y découvrir la présence de l’énergie créatrice. 

Attention cependant, la part de l’homme qui peut découvrir cette énergie n’est pas l’homme intérieur mais l’être qui reconnaît sa source, l’être qui s’est éveillé en chacun de nous avec notre initiation dans la loge de perfection. Ainsi, l’apprenti qui se méfiait tant de son ego est devenu initié « Parfait et Sublime Maçon » en ayant exploré celui-ci. 

MALKHUT a aussi comme racine « MALAK » qui signifie commander, régner : MALKHUT contrôle les autres séphirothes comme la première porte contrôle l’accès aux 9 voûtes successives ; en franchissant la première porte, GUIBULUM affirme : « Je suis ce que je suis : une part   de moi-même se sépare du tout et affirme son ego » MALKUHT , la dixième sephira découvre un royaume, mais de ce royaume il faut chercher le sens qui se dissimule derrière les apparences. 

IESOD qui ouvre la deuxième porte, c’est la base, le fondement : IESOD est le fondement dynamique de toute objectivité ; c’est la pierre angulaire du jugement. Cette recherche en profondeur dans son soi intime ne peut être faite sans objectivité sinon, le fantasme prend le relais et seule la passion guide cette quête. 

HOD qui ouvre la troisième porte signifie gloire, majesté et a comme racine NAHAD signifiant plénitude de la chair, beauté éclatante. 

La quatrième porte s’ouvre par NETSAH et signifie victoire ou triomphe. HOD et NETSAH rajoutent à IESOD cette forte conviction que la véritable beauté est intérieure : les trois séphirothes réunies nous affirment : «  Si tu regardes en toi avec objectivité tu trouveras la beauté. » 

Cette beauté est elle même symbolisée par le mot qui ouvre la cinquième porte : TIPHERET indissociable lui-même des deux séphirothes suivantes : GHEBURAH ( rigueur et force) et MESED (grâce, miséricorde) qui associées entre elles reprennent cette idée d’objectivité : ces deux triades séphirothiques  me semblent similaires et évoquent la sentence de l’alchimie que nous retrouvons dans le cabinet de réflexion : « VISITA INTERIORA TERRAE RECTIFICANDO INVENIES OCCULTUM LAPIDEM » ; V.I.T.R.I.O.L. , « visite l’intérieur de la terre et en (te) rectifiant tu trouveras la pierre cachée. »

D’autre part la disposition des deux triades similaires est inversée tout en symbolisant le même message ; on y retrouve la syzygie primordiale chère à Jacques FONTAINE telle qu’elle se présente dans le sceau de SALOMON. Cette pierre cachée on la suppose être le trésor indiqué par la présence du bijou d’ENOCH que trouve GUIBULUM .

Cette conviction se trouve renforcée par les trois séphirothes suivantes : BINAH, HOCHMA, et KETHER. BINAH qui ouvre la huitième porte est le discernement ; HOCHMA, la sagesse, ouvre la neuvième porte. C’est grâce à BINAH, l’œil de l’intelligence que la sagesse  ( HOCHMA) arrive  et nous fait découvrir KETHER ( la couronne suprême) qui ouvre la dixième porte. KETHER, c’est l’être en soi, le principe des principes, la potentialité humaine inconnu ; c’est là où le MOI est cerné et recouvert par le soi. Le SOI est notre totalité psychique faite du MOI (le centre de la conscience explorée par la descente symbolique que fait le chevalier de Royal Arch) et l’océan infini de l’âme. C’est dans le SOI que réside l’initié initiant, l’homme sage, la mémoire d’ENOCH,  celui qui a intégré tous les symboles qui se trouvent dans la neuvième voûte (voûte sacrée). Le SOI c’est l’autel, le piédestal cubique dont l’intérieur est le MOI et dont 4 faces apparentes représentent l’initiation symbolique : Les outils de la maçonnerie, les figures géométriques, les cubes des nombres 3 à 13 et l’acacia symbolique. C’est dans le SOI que réside «  le centre de l’idée » et le trésor tant recherché c’est la pierre d’Agathe. Sur cette pierre est inscrit sur la face  apparente : ADONAI  seigneur nom substitué remplaçant la parole perdue, et dont le vrai nom est encore caché et est ineffable.

L’initié trouve dans cette descente en soi, dans son ego le chemin du centre spirituel, le chemin de la conception suprême. Le centre de l’idée est à la fois le centre de toutes les idées, arcanes intelligibles de l’univers : le bien, le beau, le vrai, le bon ; celles qui caractérisent théoriquement ce quoi vers tend l’initié parfait et sublime maçon, et à la fois le principe même : L’unité ramassée en un point équidistant de toutes les manifestations des idées. 

Mais le centre de l’idée est ineffable , la conception suprême est difficile à conceptualiser ; tout au plus peut on l’approcher comme on utilise un nom de substitution (ADONAI) ou simplement comme on en épelle les lettres : IOD, HE, VAV, HE. : (Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler). Dans la bible seul Dieu connaît le nom des choses et des hommes. La connaissance est le nom, la création est le verbe. L’initié est invité à méditer sur le verbe, il a cerné la connaissance mais celle-ci est ineffable. Saint JEAN disait : « Au commencement était le verbe » et Victor HUGO a écrit « Le verbe c’est DIEU » ; LAMARTINE disait, au contraire, « DIEU n’est qu’un mot pour expliquer le monde », peut importe notre niveau de croyance , le G :. A :.D :.L :.U :. Nous laisse notre liberté absolue de conscience puisque l’on y met ce en quoi l’on croit. L’essentiel est que  l’initié se rende compte dans la neuvième voûte, dans la voûte sacrée,  que les puissances habitant l’homme sont insaisissables, qu’en chacun d’entre nous réside une parcelle divine mais que celle-ci n’est pas cernable. L’ascèse initiatique incommunicable permet d’approcher les portes de la connaissance.

La vérité ne peut être, elle aussi qu’approchée: Elle n’est jamais possédée ni détenue par aucun d’entre nous ; c’est un but qu’aucun être humain ne peut atteindre(sinon à se prendre pour un DIEU), mais dont la recherche est le devoir de chaque initié. L’EGREGORE de la loge est la fusion de toutes ces parcelles d’énergie divine qui nous habite dans notre quête de la vérité… 

C’est en cherchant encore, alors qu’ils auraient dû continuer à méditer que les deux mages accompagnant GUIBULUM sont brutalement confrontés à la puissance de l’infini (ENSOPH).

La KABBALE dit que « D’eïn sof –aur » (la lumière sans fin ) a émané un rayon de lumière qui a pénétré dans la périphérie vers le centre. Il s’agit en quelque sorte d’une espèce d’implosion : « Dès qu’ils ouvrirent la porte symbolisant l’infini, un vent violent renversa les mages et éteignit toutes les lumières » ; C’est au prix d’efforts importants que les mages purent rebrousser chemin. ENSOPH , l’infini est le tout absolu, l’être et le non-être. Dans le mythe du royal Arch, l’approche de l’infini éteint la lumière des flambeaux ; allégoriquement, la confrontation à l’infini nous fait passer par l’anéantissement complet de l’être. Nous pouvons y voir aussi l’allégorie de la mort symbolique que chacun d’entre nous doit subir avant de renaître mais aussi celle de la marche à reculons puisque les mages sont tenus de rebrousser chemin et de repasser par là où ils étaient déjà passés. Cette image est pour nous francs-maçons une formidable leçon de modestie avant tout : C’est en passant par nous mêmes que nous devons chercher ce trésor qu’est la vérité. Nous pouvons l’approcher, la cerner, mais en aucun cas la posséder. Cette recherche dans notre SOI intime nous révèlera ces splendeurs que sont les parcelles divines contenues en chacun d’entre nous. Mais en aucun cas celle-ci nous assure la maîtrise de la vérité.

La confrontation à l’infini nous fait prendre conscience que nous ne sommes qu’un « ciron  à l’échelle de l’univers » comme le dit si bien PASCAL dans son discours sur les deux infinis. 

Dans l’initiation au grade de Royal Arch, il est dit :

« Inconnaissables sont les origines. Insondable la finalité de l’univers. Inexprimable la conscience du MOI qui réside en chacun de nous. Insaisissables les puissances qui habitent l’homme ».

Le quatorzième degré nous fait prendre conscience que nous méditons sur les mystères de l’être. « Celui qui se connaît soi-même se découvre divin et connaît son DIEU »  dit la voix de la quête, texte persan du 9° siècle. L’homme ordinaire à la quête de sa spiritualité est en proie à des énergies disparates qui provoquent en lui un conflit intérieur. Soit il refoule sans discernement les appels de sa conscience et devient sourd et aveugle à toute spiritualité, ce qui le conduit à un matérialisme exacerbé ; soit il se laisse envahir par ses fantasmes et créer le monde à l’image de ses désirs : On y retrouve les dangers d’une dérive sectaire. L’homme équilibré qu’est l’initié sait que pour devenir parfait maçon, il doit explorer les profondeurs de son MOI intime, son ego.

Tel Ulysse attaché au mat de son bateau, il écoute le chant des sirènes. Tel THESEE accroché à son fil d’Ariane, il entreprend la visite du labyrinthe pour combattre le minotaure. Cela lui permet d’explorer en parfaite sécurité les rives de son être et donc de prendre conscience avec humilité des parcelles divines qui résident en lui. Dans le cas de la franc-maçonnerie, le mat du bateau , le bateau d’Ulysse et le fil d’Ariane sont la loge et les frères de la loge. Ceux-ci permettent au franc-maçon d’explorer la voûte sacrée, sa voûte sacrée, en tout sécurité et  de parvenir enfin au centre de l’idée. « JE SUIS CELUI QUI SUIS» : ma conscience participe à la conscience universelle et se fond dans le flot de toutes les consciences. « JE SUIS CE QUE JE SUIS » : Une part de moi-même se sépare du tout et affirme son ego. « JE SUIS » mais j ‘aspire à l’ultime initiation qui me permettrait d’aller au delà de cette dualité ; c’est à dire en tant que grand Elu, grand Ecossais de la voûte sacrée travailler à relier le fini à l’infini, MALKUTH à ENSOPH.

Pour ce faire le Grand Maître Architecte se doit de s’enfoncer dans les profondeurs de lui-même car il sait qui lui faut cerner ce qui est inexprimable, ses seuls sens ne lui permettant pas de le faire. 

«  Ne te fies pas à tes yeux, tout ce qu’ils te montrent ce sont des limites : les tiennes…Regarde avec ton esprit, découvre tes convictions et tu trouveras la voie de l’envol »

Jonathan LIVINGSTON le Goéland.

source : www.ledifice.net

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