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Hauts Grades

Les Assassins

22 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

La secte des Assassins et son « Vieux de la Montagne » (Cheikh al-Djabal), tout comme les Templiers, a fait couler beaucoup d’encre. Que n’a-t-on prêté à ces fous de Dieu ? Et pourtant, les Assassins ne sont qu’une des nombreuses sectes Shi’ites qui apparaissent dans le sillage des imams successeurs d’Ali. Ici, un petit historique de l’Islam après la disparition de Muhammad s’impose.

En 632, trois Khalifes se succèdent à la tête de la Communauté islamique. Le troisième, Othman, meurt en 644, c’est l’occasion pour Ali ibn Abu Talib, neveu et gendre de Muhammad, de prendre le commandement des croyants. Toutefois, ce titre lui est bientôt contesté par Mu’awiyya, cousin d’Othman. Suite à la bataille de Ciffin et au jugement d’Hadroth en 658, Ali renonce au Khalifat et laisse Mu’awiyya prendre le pouvoir. Ali sera tué par les Kharidjites en 661.

En 680, la presque totalité des descendants d’Ali est massacrée à Kerbalah.

En 765, Jaffar al-Saddiq, 6ème descendant d’Ali, meurt. Son aîné, Ismaïl, étant mort en 760, son fils cadet Musa al Kazim reçoit l’Imamat selon la volonté de son père.

Certains shi’ites refusent le jugement de Jaffar et soutiennent le fils d’Ismaïl, Muhammad ben Ismaïl, dans sa lutte pour conquérir le pouvoir. À sa mort, ses partisans soutiendront qu’il s’est simplement occulté du monde et qu’il reviendra au Jour du Jugement.

De cette lutte intestine, sortiront les deux grands mouvements shi’ites actuels : les duodécimains (successeurs de Musa) et les ismaéliens (successeurs d’Ismaïl).

En 909, l’empire Fatimide d’Égypte est fondé par les Qarmates. Al-Mustansir devient donc le 8e Khalife sh’iites en régnant sur l’Égypte. À sa mort, son fils cadet Mustali est choisi par le vizir comme son successeur, en lieu et place de Nizar. De cette nouvelle querelle dynastique va naître le mouvement ismaélien « nizarite ».

« Le mysticisme ismaélien est basé sur le concept de ta’vil, ou « herméneutique spirituelle ». Ta’vil signifie en fait « reprendre quelque chose à sa source ou dans sa signification la plus profonde ». Les chiites avaient toujours pratiqué cette exégèse sur le Coran lui-même, lisant certains versets comme étant des allusions voilées ou symboliques à Ali et aux Imams. Les ismaéliens étendirent la ta’vil de manière bien plus radicale. Toute la structure de l’Islam leur apparaissait comme une coque, afin d’en pénétrer le cœur, la coque doit être pénétrée par la ta’vil, et en fait elle doit être brisée afin d’être ouverte totalement », Peter Lamborn Wilson, « Les Secrets des Assassins ».

Au milieu du XIe siècle, naît à Qom Hassan I Sabbah, issu d’une famille perse bourgeoise appartenant au mouvement ismaélien. Il étudie à Ispahan les textes sacrés persans : les Avestas, les livres de Zarathoustra ; et les textes sacrés musulmans. Il sera influencé par des Daïs (prédicateurs) ismaéliens nizarites et se rendra par la suite au Caire, ville de la connaissance de l’époque, où il s’intégrera dans le mouvement politique et religieux soutenant Nizar. Lamborn Wilson : « Hassan est né à Qom (en Iran) d’une famille chiite, mais il grandit à Ray, près de Téhéran. À l’âge de 17 ans, il rencontre pour la première fois un missionnaire ismaélien, qui, malgré tous ses efforts, ne réussit pas à le convertir à l’ismaélisme. Plus tard il tombe gravement malade, et effrayé à l’idée de mourir sans connaître la Vérité, il reprend contact avec un autre ismaélien et finit par se convertir à l’âge de 35 ans (vers 1071) ».

Il prêche bientôt la Nouvelle Prédication, à laquelle il mêle des éléments de mazdéisme et de néo-platonisme.

Hassan lance alors ses daïs (prêcheurs) dans toutes les régions du monde musulman et tente surtout de convertir à la Nouvelle Prédication les autres shi’ites. L’organisation des Assassins comptent également des « rafiq » qui sont ceux qui dirigent les troupes de l’ordre ; des « mujib » ou « mourîd » qui sont des novices. Le bras armé est constitué par « fidaïs » (« ceux qui se sacrifient »), des soldats fanatisés et préparés à mourir pour les missions que leur confie leur Grand Maître.

Du fait de ses agitations politiques, il doit quitter Le Caire et ainsi, grâce à ses fidèles, il se réfugie bientôt à Alamut dans les montagnes perses. Atâ Malik Juvaynî (1226-1283) nous décrit la forteresse d’Alamut après sa démolition en 1256 : « Alamut est une montagne qui ressemble à un chameau agenouillé avec son cou posé par terre ». La forteresse était située dans le Daylam à environ 35 kilomètres au nord-ouest de Qazwîn dans la région de Rudhbâr. Alamut se trouve à environ 100 kilomètres au nord-ouest de Téhéran et est situé dans la crête élevée de la chaîne de montagnes d’Elburz. De cet endroit imprenable, il dirigera son mouvement d’une poigne de fer et appliquera une propagande agressive via ses missionnaires et une politique de terreur via ses sectateurs, bientôt surnommés « assassins » ou encore Bâtinis du fait qu’ils professent une lecture ésotérique du Coran. Ceux-ci seront vite craints par les musulmans et les croisés. Les assassins servent de bras armé à Hassan et successeurs, bras armés frappant aveuglément suivant les ordres reçus d’Alamut. Une mission d’Hassan s’établira aussi en Syrie, dans les montagnes. Ce sont ces assassins dont parleront les chroniqueurs des croisades.

L’origine du mot est difficile à cerner. Certains font dériver ce mot du hashish utilisé par Hassan pour endoctriner et fanatiser ses tueurs, hashishiyyin sera d’ailleurs le nom donné aux Ismaëliens de Syrie par leurs ennemis. D’autres le font dériver du mot arabe « assas », gardien, sous-entendant par là que les nizarites de la nouvelle prédication sont les gardiens de la terre sainte. L’utilisation du hashish par les dirigeants du mouvement pour fanatiser leurs séides est un fait tout aussi invérifiable que leur rôle de gardien. Nous laissons donc les experts tenter d’élucider le mystère de leur nom.

La première mention de ce nom nous est donnée par un rapport d’un émissaire en Égypte de l’Empereur germanique Barberousse, qui date de 1175 :

« (…) il existe une certaine race de Sarrasins qui, dans leur dialecte, s’appellent Heyssessini, et en romain, segnors de montana. Cette race d’hommes vit sans loi ; ils mangent de la chair de porc contre la loi des Sarrasins et disposent de toutes les femmes, sans distinction, y compris leurs mères et leurs sœurs. Ils vivent dans la montagne et sont pratiquement inexpugnables, car ils s’abritent dans des châteaux bien fortifiés. (…) Ils ont un maître qui frappe d’une immense terreur tous les princes sarrasins proches ou éloignés, ainsi que les seigneurs chrétiens voisins, car il a coutume de les tuer d’étonnante manière. (…) Dans ces palais, il fait venir, dès leur enfance, nombre de fils de paysans. Il leur fait enseigner diverses langues, comme le latin, le grec, le romain, le sarrasin et bien d’autres encore. (…) on apprend à ses jeunes gens à obéir à tous les ordres et à toutes les paroles du seigneur de leur terre qui leur donnera alors les joies du paradis parce qu’il a pouvoir sur tous les dieux vivants. (..) Le prince donne alors à chacun un poignard d’or et les envoie tuer quelque prince de son choix ».

Guillaume de Tyr, le chroniqueur des Croisades, les mentionne de manière assez brève : « Le lien de soumission et d’obéissance qui unit ces gens à leur chef est si fort qu’il n’y a pas de tâche si ardue, difficile ou dangereuse que l’un d’entre eux n’accepte d’entreprendre avec le plus grand zèle à peine le chef l’a-t-il ordonné. (…) Nos gens comme les sarrasins les appellent Assissini ; l’origine de ce nom nous est inconnue ». C’est le même chroniqueur qui parlera de la rencontre entre les Templiers et les Assassins afin de conclure une alliance. En outre, des liens et des contacts sont attestés par Jean de Joinville, le biographe de St Louis. Le Vieux de la Montagne aurait ainsi demandé l’aide du roi de France Saint-Louis contre les Mongols qui envahissaient alors la Perse. Mais, si des romans, tel le Pendule de Foucault, ont laissé entendre qu’il existait des relations diplomatiques, voire occultes, entre les Templiers et les Assassins d’Alamut, il ne faut pas aller jusqu’à tomber dans le mauvais goût fantastique qui ferait transiter savoirs et pratiques occultes de l’orient en occident.

En 1124, Hassan i Sabbah meurt et son second Bozorg-Ummid (« Grand Espoir ») lui succède, puis le fils de celui-ci, Mohammed I, en 1138.

En 1162, Hassan (appelé Hassan II pour le distinguer de Hassan i Sabbah) devint le chef d’Alamut. Deux ans plus tard, le 17e jour de Ramadan (8 août) 1164, il proclama la Qiyamat, ou Grande Résurrection. Au milieu du mois de jeûne, Alamut brisa le jeûne à jamais et proclama ce jour fête perpétuelle. Cette proclamation devait mener les croyants vers le sens caché (bâtin) de la révélation afin de dévoiler la vérité (haqiqat). La Grande Résurrection devait voir la levée de la loi religieuse (shari’a), comme n’étant qu’une étape préliminaire. L’ismaélien nizârien Abû Ishâq-i Quhistânî de la fin du XVe siècle rapporte un extrait de la Grande Résurrection :

« Ô vous, les êtres qui peuplez les univers ! Vous, génies, hommes et anges ! Sachez que Mawlâ-nâ (notre Seigneur) est le Résurrecteur (Qâ’im al-Qiyâma). Il est le Seigneur des êtres, il est le Seigneur qui est l’existence absolue (wujûd mutlaq), excluant ainsi toute détermination existentielle, car il les transcende toutes. Il ouvre la porte de sa miséricorde, et par la lumière de sa connaissance il fait que tout être soit voyant, entendant, parlant, vivant pour l’éternité ». (Henry Corbin, Huitième Centenaire d’Alamût, pp. 299-300).

Les Assassins pratiquent également taqiyya (en arabe : تقيّة : circonspection ; crainte de Dieu) qui consiste à dissimuler son appartenance à un groupe ou à un courant religieux et à pratiquer en secret ses rites. Les ismaéliens étant pourchassés à la fois par les sunnites et par les autres branches du shi’isme, ils durent souvent avoir recourt à cette pratique pour échapper à la mort et à la persécution. La taqiyya deviendra une règle de comportement chez les Assassins afin d’infiltrer les rangs ennemis.

Marco Polo qui aurait traversé la Perse vers 1273 livre un témoignage assez précis et, pour tout dire, assez romanesque, des coutumes des Assassins d’Alamut : « Le vieil homme était appelé en leur langage Aloadin. (…) il leur faisait boire un breuvage qui les endormait aussitôt, puis les faisait emporter dans son jardin. (…) Et quand il veut envoyer en quelque lieu un de ses Hasisins, il fait donner de son breuvage à l’un ou à l’autre de ceux qui sont dans son jardin, et le fait porter dans son palais. (…) Et quand le Vieil veut faire occire un grand seigneur, il leur dit : allez et tuez telle personne et quand vous reviendrez, je vous ferai porter par mes anges en Paradis ».

En 1166, Hassan II fut assassiné après seulement quatre années de règne. Ses ennemis se sont peut-être ligués avec des éléments conservateurs d’Alamut qui pressentaient la Qiyamat comme étant la dissolution de l’ancienne hiérarchie secrète (et donc de leur propre pouvoir en tant que hiérarches) et qui craignaient de vivre ouvertement en tant qu’hérétiques. Le fils d’Hassan II, cependant, lui succéda et établit fermement la Qiyamat en tant que doctrine nizarite.

L’Imâm suivant Jalâl al-dîn Hasan fit entrer la communauté dans une nouvelle période de clandestinité (satr).

Alamut sera conquise en 1258 et la secte sera complètement éradiquée de Perse en 1258 par les troupes mongoles commandées par Houlagou Khan. Toutefois, la secte se perpétua sous une autre forme : au XIXe siècle, Hasan Alî Shâh, Imâm héritier de la longue succession des Imâms ismaéliens nizâriens, reçoit le titre d’Aga Khan des mains du Shâh de Perse. Obligé de quitter la Perse pour des raisons politiques, Hasan Alî Shâh s’installe en Inde. L’administration britannique impose alors aux Khôjas de le reconnaître comme leur chef spirituel. Cette branche de l’ismaélisme perdure jusqu’à nos jours avec pour chef « Aga Khan IV ».

Spartakus Freeman

 

source : esoblog.net

 

 

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