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Hauts Grades

Les colonnes : BOAZ et YAKIN

23 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Belle planche d'un Frère Compagnon de la RL de la GLDF où je suis visiteur régulier...

 

Introduction

La structure massive, imposante, que tout maçon de cet atelier contemple durant ses travaux, nous la nommons « colonne BOAZ ».Or celle ci renvoie constamment à une autre qui y est appelée  « Yakin », par référence aux deux colonnes du portique du temple de Salomon.

Il y avait à Tyr un spécialiste du travail du bronze, nommé Hiram. Il était tyrien par son père, mais originaire de la tribu de Neftali par sa mère, qui était veuve ; il était très habile et intelligent et il connaissait parfaitement la technique du travail du bronze. C'est pourquoi le roi Salomon le fit venir de Tyr pour fabriquer tous les objets dont il avait besoin.

« Hiram fabriqua deux colonnes de bronze ; elles avaient neuf mètres de haut et six mètres de tour. Il fit aussi deux chapiteaux, à placer sur le sommet des colonnes ; ils étaient coulés en bronze, et avaient chacun deux mètres et demi de haut.

Il fit encore d'autres décorations de bronze, des sortes de filets et des sortes de chaînettes à pompons, pour les chapiteaux ; il y en avait sept à chacun des chapiteaux. Il fit également une décoration représentant des fruits de grenadiers ; il y en avait deux rangs sur les filets recouvrant les chapiteaux.

Sur chaque colonne, il y avait un second chapiteau, de deux mètres de haut, en forme de fleur de lis immédiatement au-dessus des chapiteaux, il y avait une partie renflée ; ce renflement se trouvait donc au-delà du filet et des deux cents grenades placées en rangs autour de chaque chapiteau ».

« On dressa les deux colonnes devant le vestibule du temple, l'une à droite, qu'on appela Yakin — ce qui signifie «Dieu affermit» —, et l'autre à gauche, qu'on appela Boaz — «En Dieu est la force» —Ainsi Hiram termina la fabrication des colonnes » ( 1er livre des rois chapitre 7).

En regardant la représentation des colonnes qui en est faite dans notre atelier, il apparaît que « nos deux colonnes » présentent que peu de similitude avec le descriptif du livre des rois.

Comment pourrait il en aller autrement ?

D’ailleurs rien ne subsiste du temple de Salomon, et quand bien même, elles ne seraient en sorte que le reflet d’éléments d’architecture analogues à l’organisation simplifiée des temples égyptiens : colonnes, chapiteaux, division tripartite, double enceinte.

D’ailleurs certains auteurs leur ont dénié toute signification symbolique ( chanoine Ryckmans) : elles commémoreraient le nom de deux fortins célébrés par les victoires d’Israël.

D’autres historiens (descriptif du temple de Tainat en Syrie) affirment que les deux colonnes Yakin et Boaz, par comparaison, sont de gigantesques Pyrées ou autels du feu*.

(*Terme d’antiquité. Autel du feu dans la religion des mages).

Chacun sait que les colonnes sont une permanence de l’art architectural sur plusieurs époques, et les analogies ne manquent pas dans des cultes apparentés ;

Aussi laissons là les historiens à leurs explications, et à leurs interprétations.

L’étymologie des colonnes BOAZ et YAKIN

Le mot latin columna, qui soutient, qui supporte, est il vraiment bien choisi, n’est il pas trop restrictif ? pourrait il conduire sur une mauvaise piste ? parce qu’après tout, dans la représentation des symboles, on aurait pu tout simplement accrocher aux parois la lettre B et la lettre J.

Mais qu’est ce qui est juste ?

Si l’on veut comprendre la signification des colonnes, il faut toujours leur associer les termes hébreux Boaz et Yakin.

Sur l’étymologie de ces deux termes, lés érudits diffèrent. La signification des mots visés par les rédacteurs bibliques, ne peut être découverte qu’à partir du contenu général des textes. Une indication importante pour l’intelligence du terme est la référence constante aux deux premières lettres, les plus symboliques de l’alphabet hébreu.

Commençons par la colonne où les apprentis travaillent et reçoivent leur salaire, la colonne BOAZ.

La colonne BOAZ s’écrit BO-OZ en l’occurrence avec les lettres B et Z, l’alphabet hébreu étant consonantique ce qui est propice à la réflexion puisque selon la tradition « seules importantes et constituantes ».

La lettre B, le BETH est la deuxième lettre de l’alphabet hébreu, la seule pendant longtemps qui soit prononcée, puisque la première l’ALEPH, n’était ni vue ni surtout entendue.

Dés lors ainsi que le souligne un auteur « convaincue qu’elle était la première à exister, elle pensait que ce fut elle qui avait la charge d’initier le monde ». (1)

Le BETH revêt une force sonore créatrice, on pourrait dire initiatrice.

Le BETH est la lettre de Béréchit, « au début », et celle de Bérit qui signifie « Alliance » entendu comme le rapport entre D.ieu et l’homme.

Force créatrice de nouveau et surtout quand elle est BAVIT qui signifie « la maison ».D’où découle le verbe créer (BARA). Nous ne développerons pas ici la symbolique de la maison, mais il est intéressant de noter que Maison, du latin mansio, de manere : signifie «  demeurer ».

Le BETH est encore la lettre de « boné », construire, et de « bina »l’intelligence qui elle assure la construction intellectuelle. (2)

A cet égard, ce n’est pas étonnant et ce n’est pas un hasard si la seconde consonne, le Z, vient renforcer le sens de BO-OZ.

 

Le signe Beth en tant que préfixe associé à la lettre Z veut dire « dans ». La lettre Z, ZAYIN, 7iéme lettre de l’alphabet représente une arme. Le poignard est associé en tant que symbole à la connaissance. On sait aussi que le Z est l’abréviation de la forme sémitique Ziza ( resplendissant), symbole de l’énergie vitale. L Z inscrit dans l’étoile flamboyante ou pentagramme est pour les maçons «  le symbole du génie capable d’entraîner les hommes dans de nobles et grandes entreprises ». (3)

Dés lors quoi de plus naturel que ce soit auprès de la colonne BOAZ, que l’apprenti reçoive son salaire ( citer le rituel) par l’entremise du Beth à la fois commencement de son cheminement de maçon, et révélation d’un des premiers mystères, la construction du temple, et un premier lieu la construction du temple intérieur..

(Transition)  BOAZ révèlera aussi à l’apprenti qu’il n’y a pas qu’une vérité dans l’univers, que le nombre 2 qui le caractérise renvoie à une autre colonne, la colonne YAKIN

 La colonne YAKIN

Le mot JACHIN s’écrit en hébreu avec les lettres YOD (Iod), Caph, Yod (Iod) et Nun.

Le YOD, 10 iéme lettre de l’alphabet et qui veut dire main, n’a pas de signification particulière pour ce qui nous concerne.

Sauf, que c’est la première lettre du tétragramme (YHWH) qui exprime le nom de l’ineffable révélé par un verbe -4 (HWH/HYH) qui signifie « être » ou « devenir ».

Dans la tradition biblique le nom de D.ieu ne doit pas être prononcé, en vertu du troisième commandement : « tu ne prononceras pas le nom de YHWH** en vain… ».

Ce silence renvoie à la « lettre muette », celle qui ne se prononce pas, la première des vingt deux caractères de l’alphabet hébreu, le ALEPH :  « le silence du ALEPH est  celui qui provient du nom de D.ieu, Elokim, ce nom qui commence également par cette même lettre ».

Aleph, comme Elokim ;

Aleph, comme Amar : la Parole (« il a dit ») ;

Comme Emeth, la vérité.

Aleph comme ‘‘E’had ‘‘(=un), l’un, l’unique, l’unicité.

A travers tous les Aleph, nous comprenons mieux ainsi la signification de Yakin : « D.ieu affermit » ; « il établira ».

C’est le ‘‘Je‘‘, l’Ego de la création, le ‘‘Ano’hi‘‘(Ani) « qui est la conscience d’une vérité tacite » (2).

C’est le « Iota » du nouveau testament, c’est le « EˆL » de la tradition biblique (5) et dont le sens général est celui de force, de pouvoir, de puissance.

« D.ieu affermit= j’établis ». « Je suis celui qui suis » (6)

pour conclure, nous dirons simplement que YAKIN s’écrit précisément avec deux YOD, ces deux lettres YOD ( ‘‘) qui représente le nom « d’Adonai= mon Seigneur », qui est justement l’un des noms de D.ieu.

A cet égard, ce n’est pas un hasard si la seconde consonne, le N, vient renforcer le sens de YaKiN.

Le caractère correspondant représente un serpent. Le serpent est symbole de connaissance mais également de perpétuel renouveau.

( transition) L’introduction de la dynamique de D.ieu en tant que force est une indication importante pour l’intelligence du vocable colonne, pris souvent de façon restrictive comme nous nous interrogions en exergue, comme l’équivalent de pilier, « qui est destiné à soutenir l’édifice ».

Comme la colonne, le pilier soutient. On parle ainsi indistinctement de colonnes pour désigner les trois piliers qui soutiennent la loge, sagesse, force et beauté, avec les trois ordres architecturaux (ionique-dorique-corinthien).

Certains considèrent d’ailleurs que les colonnes du sanctuaire de Salomon, ne supportaient que leurs seuls chapiteaux.

C’est la conception décrite par le poète grec Hésiode  (7), d’Atlas soutenant le ciel aux confins occidentaux du monde connu (la « mare nostrum »). C’est aussi celles d’Héraclès, qui indiquent les limites de la conquête du héros (« nec plus ultra » : plus rien au-delà)

Ce que nous pouvons dire à ce sujet, à la lumière de ce qui a été réfléchi jusqu’ici, notamment s’interroger sur la question : qu’y a t il au-delà ? ( Le plus ultra de BACON) nous conduirait bien au-delà du présent propos qui vise à interpréter la signification des colonnes au regard de la complémentarité de BOAZ (« le monde terrestre »)  et de JAKIN (« le monde du ciel »).

Il s’il fallait faire une approche sémantique, au regard de l’alliance entre la force initiatrice de BOAZ et la force « resplendissante » (8) et révélatrice de YAKIN

Avant de clore mes propos, je souhaitais vous faire part d’une observation générale. Pourquoi se référer principalement aux vocables bibliques pour interpréter, comme ici pour BOAZ et JAKIN, la symbolique.

La particularité de l’hébreu est d’être la langue de la création.

La langue de la création au sens étymologique = celle du créateur et au sens propre=pour soi, celle qui nous permet d’aller à l’essentiel dans l’analyse et la réflexion, par référence aux fondamentaux.

Et qu’on le veuille ou non, pour citer un auteur : « Selon la tradition, c’est bien par la langue hébraïque que D.ieu créa l’univers, ce qui signifie que cette langue est celle de D.ieu ». Elle à en outre la spécificité d’avoir intégré la spiritualité et le mystère de D.IEU dans la vie quotidienne ». (9)

Il suffirait d’y adjoindre « le Grand Architecte De l’Univers » et l’on comprendra l’importance particulière qu’est susceptible de revêtir cette langue pour le maçon, et les enseignements sur le plan de la tradition qu’il peut en retirer.

J’ai dit, V  M  A.R  

 

 

1-2. Rabbin Yitshak JESSURUN-l’hebreu la langue de la création.

3. Fabio Troncarelli-Guillen Lombardo le rebelle.

4. à Moise au sommet du mont Horeb dans le désert du Sinaï.

5. dont la racine est également constituée des deux consonnes (Aleph) et (lamed).

6. traduction de louis SEGOND- l’éternel.

7.la théogamie et le bouclier d’Héraclès.

8.cardinal RATZINGER –la théologie de l’alliance dans le nouveau testament.

9. « selon la tradition, c’est bien par la langue hébraïque que D.ieu créa l’univers, ce qui signifie que cette langue est celle de D.ieu ».

« L’hébreu outre d’être la langue de D.ieu est la langue dans laquelle s’expriment tous les enfants d’Abraham, et la spécificité de ces enfants n’est elle pas d’avoir intégré la spiritualité et le mystère de D.IEU dans la vie quotidienne (rabbin Yitshak JESSURUN) ».

 

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