Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Les débuts de l'Écossisme » (1740 - 1758)

1 Juin 2012 , Rédigé par SCPLF Publié dans #histoire de la FM

 

Source : http://www.scplf-reaa.org/Historique/

La grande majorité des historiens de la maçonnerie sont d’accord pour admettre que le « Rite Écossais » est né en France vers 1740 et qu’il est devenu très vite synonyme de hauts grades. Pierre Chevalier évoque à cet égard (2) « le désir de certains maçons de réformer l’ordre vicié assez vite par les abus de toutes sortes. Les tenues n’étaient-elles pas toujours accompagnées de banquets où le champagne était de rigueur, de chansons et de musique, de propos amoureux et badins ? ».
On ne peut cependant exclure complètement une influence originelle des milieux stuartistes réfugiés à Saint Germain en Laye à la fin du XVIIème siècle ainsi que celle des nombreux Ecossais installés en France, notamment dans l’entourage des Rois de France, depuis Jeanne d’Arc.
Selon Roger Dachez (3) :
« le mot « Écossais » semble simplement traduire le fait que parmi les premiers maçons, en France autant qu’en Angleterre, le souvenir demeurait du rôle majeur joué par l’Ecosse dans la maturation finale du système maçonnique spéculatif. Les mots écossais, écossisme, en vinrent alors à désigner tout ce que la Maçonnerie désignait comme éminent, choisi, particulièrement digne de respect et d’honneur, sans qu’il faille y voir une origine proprement liée à l’Écosse elle-même ».

La création, le développement, voire la prolifération des hauts grades va en effet, sous le couvert d’un objectif visant, selon Paul Naudon, « à restituer à la Maçonnerie ce qu’elle avait perdu de la tradition », projeter cette maçonnerie dans une nouvelle direction, contraire aux excès de toute nature observés dans les loges, c’est-à-dire plus sélective, plus rigoureuse et sans doute également plus intellectuelle.
Le plus étonnant est que ces maçons dotés de hauts grades vont finir par s’octroyer et obtenir une certaine reconnaissance statutaire. Ainsi, en 1745, la loge Saint Jean de Jérusalem, loge du Grand Maître de Clermont, adopte de nouveaux statuts « devant servir de règlements à toutes les loges du Royaume » accordant aux Maître Écossais mais aussi… Parfaits ou Irlandais des droits particuliers : « …Les Écossais seront les surintendants des travaux, ils auront la liberté de la parole, et seront les premiers à donner leur suffrage, se placeront où ils voudront, et lorsqu’ils seront en faute ils ne pourront être redressés que par des Écossais».

Au début de la décennie 1740, on trouve à Paris un grade dit Écossais des 3JJJ ou Écossais de Paris ou Écossais de Clermont.
Dans le sud de la France et tout particulièrement à Bordeaux se développe à la même époque une « Maçonnerie de Perfection », système Écossais, d’abord en sept grades, puis dix grades : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Secret, Parfait Maçon, Maître par curiosité, Maître Prévôt et Juge (autre version du grade de Maître Irlandais), Intendant des Bâtiments, Maître Elu et Grand et Vrai Écossais. Le système est rapidement porté à quatorze grades.

Il faut rappeler qu’à cette époque, l’Écossisme s’est enrichi de plusieurs influences, dont celle des origines de la maçonnerie défendues par Andrew-Michael de Ramsay (1678-1743) dans son Discours. Georges Lamoine à cet égard écrit (4) :
« Ramsay n’aurait probablement pas connu la notoriété de figurer dans bon nombre de livres d’histoire comme partisan de la dynastie Stuart, indépendamment de ses écrits philosophico-théologiques, s’il n’avait été franc-maçon et auteur d’un Discours…dont plusieurs critiques s’attachent à dire que ce fut la Bible de la Franc-Maçonnerie française au cours du dix-huitième siècle ».

Le Discours fut, semble-t-il, prononcé la première fois en Loge le 26 décembre 1736, puis fut remanié par son auteur, imprimé, réimprimé, copié et on suppose qu’il circula dans les loges de province. On retrouve dans les différentes versions les thèmes proches de ceux développés dans les Constitutions d’Anderson. Georges Lamoine dans son ouvrage précité attire notre attention sur la tentative faite par Ramsay pour expliquer l’origine historique de la Maçonnerie en la faisant remonter aux croisades et à l’époque du début de la construction des cathédrales. Il souligne que le rattachement aux Chevaliers Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, devenus ensuite les Chevaliers de Malte est le lien entre le passé médiéval et l’Écossisme. De même, les vers cités à propos de la construction de temples pour les vertus et de cachots pour les vices renverront à la tradition écossaise conservée aujourd’hui au R.É.A.A. Albert Lantoine (5) , de son côté, confirme l’influence positive du Discours sur le travail des loges : « Il est assez curieux que ce soit précisément ce maçon, peu « symbolisant » pourrait-on dire, qui passe pour avoir donné le jour au ritualisme compliqué des Hauts Grades. Peut-être pourrait-on avancer qu’il a rendu ces derniers nécessaires en exigeant des loges un travail supérieur, que seule une élite pouvait accomplir. » Et plus loin, il ajoute (6) : « Ramsay n’a pas créé les grades écossais ou les hauts grades comme on l’en accusera, ou comme on lui en fera gloire ; il les a légitimés en faisant remonter la Franc-Maçonnerie aux croisades et en exaltant son pays d’origine, l’Ecosse ». Guy Chassagnard (7) quant à lui déclare : « Des croisades, des preux chevaliers, des rois d’Écosse conciliants, des loges en divers lieux d’Europe, il n’en fallait pas plus pour jeter les bases de l’Écossisme. Et maints maçonnologues ont vu dans le Chevalier de Ramsay le véritable créateur du grade d’Écossais, ainsi que l’initiateur des hauts grades maçonniques ».

L’Écossisme s’est également enrichi indirectement au sein de la maçonnerie anglaise, au début de la décennie 1750, de l’influence mythique de l’Écosse et tout particulièrement du courant des Ancients en Angleterre qui contestait les errements de la Grande Loge de Londres et prônait un retour à la tradition rituelle ainsi qu’à l’inspiration catholique de la maçonnerie de métier telle qu’elle se pratiquait en Ecosse et en Irlande, par opposition à la maçonnerie anglaise dite des Moderns. Ainsi se constitua le 5 décembre 1753 la Grand Lodge of the Free and Accepted Masons according to the old Institutions (Grande loge des Maçons Francs et Acceptés selon les anciennes Institutions), dite Grande Loge des Ancients par opposition à l’autre Grande Loge dite des Moderns. Jean-Pierre Lassalle (8) rappelle que :
« le RÉAA, conservatoire du noachisme est, d’une manière plus générale, le conservatoire de la tradition maçonnique ancienne voulant se démarquer de la tradition maçonnique issue de la Grande Loge de Londres de 1717. Le prédicat « ancien », qui qualifie le rite, témoigne de cette volonté, et se réfère à l’aventure singulière des Irlandais autour de Laurence Dermott qui voulurent créer une Grande Loge rivale pour revenir aux anciens usages auxquels les Irlandais étaient attachés (et certains des Écossais, puisque deux d’entre eux ont été Grands Maîtres du nouveau corps maçonnique). Le mouvement et la tendance sont évidemment antérieurs à la date de 1751 où apparaît visiblement cette autre maçonnerie dont découle le RÉAA. Un texte de 1760, bien des fois commenté, The Three Distinct Knocks (Trois coups distincts), montre à quel point le RÉAA a repris des usages rituéliques remis en vigueur par les Ancients, terme valorisant à leurs yeux, alors qu’ils qualifiaient leurs adversaires par la dénomination dépréciative de Moderns. Est « moderne » dans cette optique, tout ce qui altère le texte, le mot, la gestuelle. Cette influence ne va pas se manifester uniquement sur les rituels des trois premiers degrés ».

Comment peut-on définir, en France au milieu du XVIII° siècle, une loge écossaise s ? S’agit-il d’un atelier qui a été fondé par des Écossais d’Écosse ? Qui comporte le mot écossais ou d’Écosse dans son titre ? Qui abrite un nombre important de membres dotés de Hauts grades ? Qui fonctionne selon des pratiques n’émanant pas des Grandes Loges de France, de Paris ou d’Angleterre ? Ou encore qui ne réunit que des Maîtres, Chevaliers ou Princes Ecossais ? Il n’est pas aisé de répondre à ces questions. Guy Chassagnard (9) suggère de s’en remettre à l’opinion de Claude Guérillot :
« Il est très vraisemblable qu’à cette époque, ce que nous appelons une loge écossaise ne possède pas encore toutes les caractéristiques que l’on rencontrera par la suite.
Disons que c’est une loge pratiquant le système en trois degrés symboliques, dans laquelle une part notable des frères est revêtue de degrés supérieurs au grade de Maître, où le vénérable est presque toujours soumis à élection annuelle ».

L’Écossisme parisien des hauts grades, quant à lui, est représenté par deux systèmes à la fin de la décennie 1750 :
- le Conseil des Chevaliers d’Orient, Souverains Princes Maçons et d’Occident fondé en 1756,
- le Souverain Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, Sublime Mère Loge Ecossaise, inauguré en 1758,

Partager cet article

Commenter cet article