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Hauts Grades

Les derviches tourneurs

19 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Je ne peux  parler de la confrérie des DERVICHES TOURNEURS sans évoquer le SOUFISME, ni évoquer le fondateur de cette confrérie, le poète mystique « RÛMI » plus connu sous son nom turc MEVLÂNÂ, qui  illustre aujourd’hui encore la richesse culturelle et spirituelle du soufisme.
Puis je vous ferai  suivre le déroulement de l’initiation d’un Derviche jusqu’à la cérémonie du SAMA (danse cosmique).

L’homme depuis son éveil mental, est en quête de sens, possédant en lui une aspiration à s’élever, éprouvant des besoins spirituels.

Les religions, créations humaines, contiennent toutes, dès leur origine, ce besoin qu’à l’homme de s’élever, de comprendre, de vivre sur le chemin de la Vérité, c’est aussi le cas de l’Islam.

Parmi les différents courants de pensée de l’islam, l’un deux a particulièrement attisé la curiosité des Occidentaux, tout en étant l’objet de profonds malentendus : le Soufisme.

Le soufisme est l’approche mystique de l’islam, voie d’amour et de paix dont le message d’universalité a franchi les frontières.

De la Perse, la Turquie, de l’Egypte à l’Afrique occidentale et l’Andalousie, jusqu’en Inde, en Malaisie, il est source d’inspiration pour les poètes et voie d’amélioration pour les disciples. La quête de l’amour divin en est le mot d’ordre.

Il est avant tout une recherche de Dieu et son expression peut prendre des formes très différentes. 

La dimension ésotérique est énoncée dans le Coran lui-même, Dieu s’y présente comme l’Extérieur et l’Intérieur ou l’Apparent et le Caché.
On ne peut donc réaliser Dieu, en concluront les Soufis, que dans l’union des contraires.
« Ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles, mais les cœurs(cor.22.46)
« Sur la Terre, il y a des signes pour ceux qui ont la vision certaine.
Et en vous-mêmes, ne voyez-vous pas ? (cor.51.20)

De tels versets incitent l’homme à l’introspection et fondent l’ésotérisme musulman.

Par ses aspects ésotériques, le soufisme présente des pratiques secrètes, des rites d’initiation, aussi variables selon les Maîtres qui l’enseignent. C’est cependant, par sa spiritualité que le soufisme est le plus original.

Les Soufis visent à percer l’opacité de ce monde en développant l’acuité du regard intérieur ; alors se dégage la certitude, qui se situe dans l’au-delà  de la foi.

Le Soufisme est l’incarnation de la Sagesse Universelle et éternelle dans le corps religieux de l’Islam.

Seule une initiation permet de pénétrer derrière l’apparence des choses. L’Homme est microcosme, et le macrocosme c’est l’image de l’univers !

Il remonte ainsi l’arc descendant de la manifestation universelle afin de réintégrer son origine divine : c’est tout le propos du DHIKR, souvenir-invocation de Dieu, que pratiquent les Soufis avec l’espérance en l’union avec Dieu. Mais nous verrons cela un peu plus loin…

Pour les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel.
Le Monde créé n’est que le reflet du Divin « L’Univers est l’Ombre de l’Absolu ».
Percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme.
Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu

« l’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu ».


Mais la porte est étroite, car accéder à l’Unité, à cette libération des apparences, ou de la dualité, est la mort de l’ego, siège de toute illusion. « Mourez avant de mourir », disait le prophète.

Considéré comme la tendance mystique par excellence de l’Islam, le soufisme imprègne les sociétés du monde musulman, et ce malgré le parfum de mystère qui s’en dégage.

Dans la spiritualité du soufisme, la recherche de Dieu par le symbolisme passe, chez certains soufis, par la musique ou la danse qui, disent-ils transcende la pensée.

Le terme soufi, apparait au 8ème siècle et désigne ces musulmans en quête d’une intériorisation de leur foi, qui mène parfois jusqu’à l’extase mystique et qui se développe en marge de la loi et parfois contre elle.

Le Soufisme primitif nait entre le 9ème et le 10ème siècle. Il se vit sous le signe de la pauvreté et de la méditation intense du Coran.

Le Dieu que découvrent les Soufis est un Dieu d’amour ;  on accède à Lui par l’amour : « qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le monde y renonce »
« Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour ».
L’émergence du soufisme eut ses  martyrs. Les plus brillants des musulmans qui choisirent cette voie, arrivèrent à le faire tolérer et admettre avec l’aide d’immenses personnages comme Avicenne qui tenta de réaliser la fusion entre la pensée islamique d’une part, Platon et Aristote d’autre part.

Un second âge d’or du Soufisme fleurit entre le 11 et 15ème siècle avec de grandes figures fondatrices chantant l’amour pur, l’unicité de l’Etre. La poésie mystique, surtout persane, mais aussi arabe se développe.

La poésie persane fit donc son apparition, sous la forme d’ode lyrique puis sous la forme de poème narratif, évoluant vers la prose rythmée.

Dans l’Occident contemporain, le Soufisme reste incontestablement une voie initiatique très vivante, dans laquelle la relation de Maître reconnu à disciple garde toute son efficience, donnant ainsi naissance à des lignées mystiques.

On ne saurait parler de littérature persane sans parler de RÛMI, ou MEVLÂNÂ (en turc)

RUMI, connu particulièrement pour ses écrits, est le plus grand poète mystique de langue persane et l'un des plus hauts génies de la littérature spirituelle universelle. Sa philosophie et sa sagesse trouvent écho dans l’ensemble du monde musulman.
Dans la spiritualité de RÛMI, c’est l’amour qui détermine les états intérieurs du soufi. « Aimer l’humanité, c’est aimer Dieu ».

RÛMI accorde une place très importante à la musique qu’il considère dans l’Islam comme une voie évidente de spiritualité, de mysticisme et de cheminement vers le Divin.

Il dit « plusieurs chemins mènent à Dieu, j’ai choisi celui de la Danse et de l’audition musicale ».

Très imprégné par son Maître, SHAMS, RÛMI fut l’inspirateur, de par son mode de vie et ses écrits, de la confrérie soufie MEVLEVIYE, plus connue en Occident sous le nom « d’ordre des DERVICHES TOURNEURS », (MEVLEVIS en Turc), en raison de leur célèbre SAMA, concert musical spirituel accompagné d'une danse symbolisant la rotation des planètes autour du soleil.

Son enseignement a été notamment transmis, au moyen d’un ouvrage rédigé en persan (la langue turque n’était pas suffisamment riche), le MATHNAWI composé d’un long poème narratif de 47 000 vers. Ceci a donné lieu à une exceptionnelle littérature de commentaires qui se poursuit depuis plus de 7 siècles.

Cet ouvrage célèbre la flûte de roseau,  le NEY, séparée de la jonchaie de la même manière que l’être humain l’a été de Dieu, pleure la séparation d’avec  son lieu originel : « le NEY et l’être parfait ne sont qu’une et même chose : tous deux se plaignent de séparation ».
Pour le MEVLEVI qui s’identifie au NEY, tout consiste donc à retrouver cette fusion. Cet état primordial atteint, par le tournoiement du corps, procure une ivresse mystique et une sensation de légèreté.

Pendant toute la durée de l'empire ottoman, son ordre eut des branches groupant des dizaines de milliers de disciples.

Elles ont apporté une large contribution à la culture et à la musique turque, et en établissant des COUVENTS (Maison des Derviches leur rayonnement s'est répandu jusqu'aux confins des terres d'Islam.

A la mort de RÛMI, son fils le Sultan VELED posera les bases de la confrérie, en établissant un rituel. Le 17ème siècle confirmera l’existence de celui-ci dans son aspect définitif, et en multipliera les versions musicales.

Mais au fil des siècles, de nombreuses tensions apparaissent et l’on dénoncera le caractère hérétique des danses soufies, les couvents seront en déclin.

Au milieu du 20ème siècle,  la MEVLEVIYE, comme forme de sociabilité confrérique, disparaît du monde Musulman, avec la fermeture des Couvents de Turquie et de Syrie.
L’ordre ne propose plus de vie communautaire et l’enseignement initiatique fondé sur les 1001 jours de service que couronnait la remise du manteau et de la coiffe,  n’est plus transmis.

A partir de 1954, il fut de nouveau admis comme cérémonie-spectacle de danse. La part du folklore l’emportant sur la dévotion religieuse.

C’est dans ce contexte que plusieurs associations dites MEVLEVIS, groupes de danses et de musique se constituent pour assurer la préservation des pratiques chorégraphes et musicales.

Nous allons maintenant nous intéresser de plus près à cette confrérie et étudier l’initiation et les pratiques soufies des MEVLEVIS :

L’amour est indissociable de la souffrance, la douleur de l’éloignement de Dieu et d’une longue vie terrestre sans Dieu. Cette souffrance, s’impose également au cours du parcours initiatique de purification et spirituel du MEVLEVI et ensuite tout au long de sa vie.

« tout a commencé par le cri de l’âme affamée »
J’étais neige, à tes rayons je fonds
La terre me but, brouillard d’esprit
Je remonte vers le soleil      (Rûmi)


Sous l’autorité du  SHAYKH, (sage religieux) qui représente le fondateur de l’Ordre, 18 dignitaires dirigent « le COUVENT » (maison des Derviches) dont les tâches sont réparties entre la formation des novices, l’administration du couvent et l’organisation des cérémonies.

Sa candidature acceptée par le SHAYKH, le postulant est invité à pénétrer dans la « cuisine » âme du Couvent, elle a un caractère sacré qui explique pourquoi les MEVLEVIS attribuent un grand respect à leur nourriture et aux repas collectifs.
C’est là que vont donc se dérouler les épreuves du novice.

La 1ère épreuve, qui dure 3 jours consiste à évaluer sa détermination, ses compétences, ses capacités à respecter une longue période de silence et à obéir sans sourciller.

Le postulant devra rester immobile, assis sur les genoux sur « la peau de l’échanson », dans un recoin de la cuisine. De son poste d’observation, légèrement surélevé, il observe en silence tout ce qui se passe en ce lieu.

A l’issue de ces 3 jours, si, il est jugé apte, le postulant sera autorisé à accomplir une souffrance : la retraite des 1001 jours (3 ans) appelée aussi Tchilé, pour pouvoir accéder à l’état de MEVLEVI ou Derviche. 

Accepté, le postulant devient celui qui « souffre » et entame sa longue période de service de 1001 jours. Il doit abandonner son vêtement profane et adopter l’habit de sa nouvelle fonction : une robe blanche (Tennûre),  une petit veste courte « deste-gül » et une large ceinture. S’il ne peut accomplir les services qui lui sont dévolus, il devra tout recommencer.

Le néophyte prend alors le nom de « novice » et de celui qui « subit la retraite ». Ses activités se partagent entre les tâches domestiques, l’apprentissage de la musique, de la danse et du « dhikr » prière répétitive. 

Les tâches domestiques sont au nombre de 18 et il devra les accomplir toutes, les unes à la suite des autres. Son seul moment de repos se trouvant pendant la période qui va de la prière de la nuit à celle du matin.
RÛMI dit « On ne peut servir les gens que lorsque l’on est placé soi-même au rang de serviteur ».

L’apprentissage commence par les bases de l’enseignement ésotérique de l’Ordre, puis par la danse qui se fait dans « la salle sacrée ».

Le novice s’exerce à tournoyer sur lui-même sur une planche assez épaisse sans s’écarter d’un axe choisi, en s’aidant d’un clou fixé sur le plancher qu’il coince entre son gros orteil et le 1er orteil de son pied gauche : ce pied immobilisé est appelé « colonne » et celui qui tourne « roue ».

Outre la pratique du « DHIKR » exercice fondamental pour le soufi, sur un rythme de plus en plus rapide, fondée sur l’invocation sur le seul nom de Dieu (Allah) en vue de la purification et de l’éducation de son cœur, et de la méditation (murakebe), les novices en silence, yeux clos, bras pendant le long du corps, s’emploient à rejeter de leur cœur toute chose considérée comme illusoire, à l’exception de la pensée de Dieu.

Ils apprennent aussi à jouer de la flûte (le NEY) et d’autres instruments de musique, à lire et à réciter le MATHNAWI.

A la fin des 1001 jours de service, le novice est reconduit à nouveau sur la « peau de l’échanson ». Puis, est introduit sans la salle « sacrée » où l’attendent les dignitaires. Son temps d’épreuve est achevé et on le félicite.

Puis, le novice est conduit dans une cellule où volets et rideaux sont clos, pas de couverture, ni de matelas, abandonné là (comme mis au secret), pendant 3 jours avec une chandelle pour seul éclairage. On lui apporte sa nourriture, il ne sort que pour accomplir ses prières.

Au bout de ces 3 jours d’emprisonnement, il sera conduit devant le  SHAYKH, il s’assoit sur les genoux face à lui et conclut, avec lui, le pacte initiatique par serrement de main, la main de Dieu étant supposée se trouver au-dessus des leurs.
Ce pacte indique qu’il remet sa vie et son destin entre les mains de son Maître spirituel.

Ensuite, le  SHAYKH, retire quelques poils de l’espace qui trouve entre ses sourcils et de sa moustache en guise de tonsure, et il est revêtu du manteau des soufis.

La période des 1001 jours prend ainsi fin.
Il est alors invité à se retirer dans sa cellule pour un dernier temps d’isolement de 18 jours, celui de la retraite avant la dernière et principale investiture, celle de la coiffe. Il reçoit alors l’enseignement sur les versets du Coran et la louange à Dieu.

A l’issue, il est couvert de la coiffe de l’ordre par le  SHAYKH, ce qui l’autorise à porter le titre de « dede » (l’ancien ou grand-père) et de hücre-nisîn (possesseur d’une cellule).

Cette cérémonie est le principal moment de l’initiation chez les MEVLEVIS et nombreux sont les poètes, même les plus grands qui ont chanté les vertus de la coiffe.

« pour rapprocher ton être du soleil de l’Unité,
La coiffe des mevlevis est, sur ta tête,
comme l’astrolabe de la sagesse »


Le « dede »  peut, s’il le désire, s’établir dans le couvent, en conservant le célibat. Il prend part dès lors, à la formation des novices, enseigne la musique, la danse ou dirige les cérémonies et perçoit chaque mois une petite somme d’argent.

Dans le couvent MEVLEVI, les séances de DHIKR, de méditation collective et les repas en commun se conforment à des rituels très précis qui mettent en jeu une gestuelle, une numérotation et un langage symbolique que le novice a en partie apprises pendant ses 1001 jours de service.

Dans son quotidien, le Derviche ne s’exprime pas comme les autres musulmans, il fait usage d’expressions imagées ésotériques et hermétiques que seuls les initiés comprennent.
La vie du derviche est comme un chemin de purification au cours duquel ce dernier fait l’expérience des états intérieurs et des étapes spirituelles qui le rapprochent de Dieu. Ce cheminement s’accomplit dans le cadre de la confrérie qui est présentée, elle aussi, comme une voie, comme un chemin de vie.

Alors que l’islam impose la séparation des sexes, et notamment au moment des prières collectives, RUMI (MEWLANA) s’est montré accueillant à l’égard des femmes, les considérant comme les égales des hommes et les autorisant à participer au « SAMA », donc à danser. Certaines sont d’ailleurs devenues ses disciples.

Mais cette tolérance s’est envolée ; à partir du 17ème siècle, la tradition musulmane ne tolère plus de femmes.
Elles ne sont plus autorisées à danser, ni à assister à certaines parties de la danse, qu’elles ne peuvent suivre que, de la salle grillée qui leur est réservée, et ne sont plus admises à aucune des réunions de l’ordre.

Maintenant nous allons nous intéresser à la cérémonie du SAMA,

« le SAMA est la paix pour l’ame des vivants,
celui qui sait cela est l’ame de l’ame »     rumi


Le SAMA au sens de la pratique d’écoute spirituel fit son apparition au milieu du 9ème siècle de l’ère chrétienne à Bagdad précisément ; au moment où les soufis approfondissaient le sens spirituel lié à la poésie et à la musique.

Chaque Couvent d’Istanbul avait un calendrier précis. La cérémonie se déroule certains jours conformément à plusieurs coutumes, juste  après la prière dans la SEMÂHANE (salle circulaire où l’on pratique le SAMA).

1 ligne invisible la divise en 2 demi-cercles : l’un représente l’arc de descente des âmes dans notre monde terrestre depuis l’Etre Absolu, et l’autre, de droite indique l’arc de la remontée de ces mêmes âmes vers leur lieu d’origine.

Outre le NEY (flûte), plusieurs instruments de musique, essentiels et sacrés, servent à donner le rythme aux derviches durant le SAMA. La musique sobre et simple, doit émouvoir l’âme et la mettre en mouvement en lui communiquant une énergie.

Le MEYDANCI, (celui qui s’occupe de la salle et qui transmet les ordres du  SHAYKH) met son « tennûre » (robe blanche) et son « deste-gül » (petite veste courte), prend son « hirka » (manteau noire). Pour le derviche qui abandonne tous les biens de ce monde, nul habit ne doit avoir son importance.

Sa tunique sur les épaules, il vient devant la porte, s’arrête en exécutant le traditionnel salut d’ordre qui se fait en repliant les 2 bras sur la poitrine, en forme de croix, la main droite reposant sur l’épaule gauche et la gauche sur l’épaule droite, puis en baisant la terre.
La tête est également inclinée, les pieds sont scellés, le gros orteil du pied droit reposant sur celui du pied gauche.

La signification de ce salut étant : « je n’ai pas de main, je n’ai pas de pieds, ma tête est inclinée, respectueuse envers les Parfaits ».

Pénétrant dans la SAMAHANE, sans marcher sur la ligne invisible, il s’approche du tapis rouge en peau de mouton jonchant le sol et l’embrasse, c’est la place du  SHAYKH.
Il sortira avec celui-ci en saluant encore une fois pour se diriger vers la cellule du  SHAYKH afin de recueillir sa permission pour débuter le SAMA.
Après avoir accompli les ablutions en récitant 3 fois la sourate d’ouverture « la FATIHA », l’appel à la prière commencé, les Derviches sont autorisés à entrer selon leur rang d’ancienneté dans la SEMAHANE.

C’est pieds nus, coiffés de leur haute toque « sikke », chapeau en poil de chameau à l’image de la pierre tombale, qu’ils y prendront place à un endroit précis, une peau d’animal posée sur le sol, en attendant l’entrée du SHAYKH.

Ils sont vêtus de leur ample manteau noir qui représente la mort, la lourdeur terrestre. Leur habit blanc, symbole du linceul et la résurrection, dépasse légèrement le bas de leur manteau.

Le  SHAYKH, entre le dernier,  suivant humblement les derviches qui sont ses disciples, donnant ainsi l’exemple de l’humilité. Son ordre d’entrée signifiant que la quête de l’UN est toujours précédé par une recherche multiple. Il est l’intermédiaire entre le ciel et la terre et les Derviches.

Le  SHAYKH, salut les Derviches, et s’assied devant le tapis rouge, dont la couleur symbolise le cœur et désigne un espace sacré comme le tapis de prière des musulmans orienté vers la Mecque. C’est l’endroit où l’homme par la prière entre en contact avec le Divin. A leur tour, les présents lui rendent hommage par une salutation.

Une fois tous installés, 1 dizaine de versets du Coran sont lus par 1 Membre de l’Assemblée et un chanteur chante les louanges du Prophète, dont RÛMI a écrit les paroles :
« C’est toi le bien-Aimé de Dieu, l’envoyé du Créateur unique…. »

Puis un joueur de NEY  (flûte) habilement, improvise un prélude d’une mélodie souple.
Le NEY, représentant le souffle
qui pénètre la flûte et qui produit le son, indique la pénétration de la lumière divine dans le roseau de l’existence humaine. Rien que par la voie des notes, il amène le Derviche à l’extase.
« C’est le feu d’amour qui se trouve dans la flûte coupée du roseau » Rumi

Une certaine agitation alors règne. Puis le Maître après avoir récité la FATIHA, lève les mains de dessus ses genoux et frappe la terre.
Ce geste signale que le SAMA va commencer.

Le SHAYKH fait un pas en avant et passe sur la droite, puis orientés par ce dernier, au son du tanbur (luth), les Derviches en murmurant le nom de Dieu, commencent leur tournoiement autour de la piste du SAMA sans toucher la ligne centrale qui divise la salle. La danse se compose de 3 tours complets.

Ainsi, une fois qu’il a fait 3 pas, le derviche suivant s’arrête devant la peau située au bout de la ligne invisible. Il salut, saute par-dessus la ligne avec le pied droit en premier.
Quand il est de l’autre côté de  celle-ci, il retourne en arrière de gauche à droite, sans jamais tourner le dos à la peau.

Chacun à un endroit donné se retourne vers celui qui le suit, qui est déjà placé de l’autre côté de la ligne et tous deux se saluent rituellement en s’inclinant profondément, puis reprennent leur tour. Ils doivent se regarder dans les yeux gardant la position scellée. Le même comportement est adopté successivement par tous les autres Derviches.

Cette circumambulation est l’image des âmes errantes, s’agitant, cherchant. C’est le salut des esprits cachés au-delà des vêtements selon les MEVLEVIS.

3 étapes qui rapprochent de Dieu : la voie de la Science ; celle qui mène à la Vision et celle qui conduit à l’Union.
Leur salutation mutuelle est le symbole de la solidarité spirituelle, où les âmes se reconnaissent mutuellement comme étant d’une même origine.
C’est aussi la réciprocité des consciences, chacun des derviches servant de miroir à l’autre.

Ils doivent marcher d’une manière bien déterminée.
On fait d’abord un pas de droite, puis on reste un moment appuyé sur les orteils de son pied gauche. Ensuite, on fait un pas de gauche et on s’appuie cette fois-ci sur les orteils du pied droit. Et ainsi de suite, ils terminent les 3 tours.

A la fin du 3ème tour, le Maître revient à sa place initiale et salut la communauté, s’assoit sur son tapis, une brève lecture est prononcée et les Derviches posent leur front sur le sol en signe d’humilité.
Débute alors la 2ème partie du SAMA.

Un chant terminé, les Derviches, du bout de leurs doigts de la main droite, en l’embrassant, laissent tomber, d’un geste triomphal, leur manteau noir (hirkâ), montrant leur robe blanche (tennûre).

L’œuvre en blanc commence. La chute du manteau est l’illusion qui disparait. Les ténèbres sont éclairées par la lumière qui va à présent guider le voyageur. La voie ésotérique c’est aussi le dépouillement. Ce 3ème tournoiement symbolise la mort mystique et la délivrance.

C’est une seconde naissance, une résurrection « Mourez avant de mourir » disait le Prophète.

Puis, le Derviche fait ses salutations, tout en plaçant sa main gauche sur son épaule droite et sa main droite sur son épaule gauche.

La tête légèrement penchée vers la droite, les yeux orientés vers le cœur, le gros orteil du pied droit sur celui du pied gauche ;
il salut Dieu et le SHAYKH qui en est son représentant en  lui baisant la main. Il reçoit maintenant la permission de débuter sa danse cosmique.

« O jour, lève-toi ! les atomes dansent,
les âmes éperdues d’extase, dansent
la voute celeste, a cause de cet etre, danse
A l’oreille, je te dirai où l’entraîne sa Danse »      (Ruba i Yat)


Le Derviche ouvre les bras (ce qui signifie la victoire dans le combat spirituel) et commence alors, après avoir fait 3 pas, à tourner autour de lui-même en formant des cercles, autour de son axe, sur la jambe gauche qui reste toute droite comme un pilier, en prononçant les syllabes « Al » et « Lah » de manière à répéter le nom de Dieu une fois par tour.

Son cœur bat avec le nom de Dieu, son pied avance au nom de Dieu, la voix qu’il entend vient de lui. C’est l’appel divin.

Plus il tourne dans l’espace, plus il tombe dans l’extase dépassant son identité, le passage du non-être à l’être, pour rechercher la face de Dieu.
Le point et le cercle s’appellent donc mutuellement.

En même temps, il garde les bras ouverts, la paume de la main droite tournée vers le ciel et la paume de la main gauche tournée vers la terre.
Ainsi, la grâce Divine est répandue sur le Monde entier.

Le Derviche se perd dans un océan d’amour provoqué par cette admiration de Dieu. Ceci est appelé « fenafillah » (nirvana dans le Bouddhisme).

Ainsi, les bras ouverts, la main droite tournée vers le ciel et la main gauche vers la terre, le Derviche symbolisera l’axe de l’univers, qui n’est autre que l’Arbre de Vie.

La main droite recueillera la grâce du ciel et la répandra sur la terre par la main gauche tournée vers celle-ci. L’expansion des bras symbolisant la pureté atteinte.

Il n’y a donc plus d’impureté qui empêche la circulation des énergies dans les deux sens.

Alors, les Derviches, se partagent en 2 demi-cercles, tout en tournant autour d’eux-mêmes, ils tournent autour de la salle.
C’est l’homme qui tourne autour de son centre, son cœur, et ce sont les astres qui gravitent autour du soleil.
Ce double symbolisme cosmique recèle le véritable sens du SAMA, c’est la création entière qui tourne autour d’un centre unique et invisible.

Puis ce sera le SHAYKH, symbole du soleil et de son rayonnement, qui dansera en tournant sur la ligne droite au centre du cercle, voie la plus courte qui mène à l’Union. Jusqu’à là, il est resté immobile, veillant scrupuleusement sur les Derviches.
Son entrée dans la danse symbolise l’unité qui viendra couronner l’effort de l’homme.

Après sa danse, le Maître revient à sa place, la musique continue plus lentement et le SAMA s’arrête, un chanteur psalmodie le Coran.

La récitation coranique est une réponse de Dieu, le Grand Œuvre est accompli, la matière a atteint sa Perfection.

Le Maître se lève et quitte la salle en marchant d’une manière très solennelle.
Ainsi, se clôture le SAMA, il sera suivi de quelques autres salutations mais sans baisers traditionnels et d’une séance de « DHIKR ». Tout le monde quitte ensuite la salle en exécutant le salut, ainsi se clôture la cérémonie.

Ainsi, les 2 premières danses sont effectuées en commun,
la 3ème se fait individuellement, car ici le temps est dépassé.
La 4ème danse faite par le Maître tout seul, est la dernière phase du SAMA, dont le sens se rapporte à « la conquête effective des états supérieurs de l’être ».

Comme nous l’avons vu, le cercle est au centre de toute la symbolique MEVLEVIE. Il a toujours une origine, un point de départ.
Or le point équivaut au rappel de l’unité de Dieu et à l’unité intérieure que le soufi doit atteindre.
Le MEVLEVI s’identifie en sorte au NEY, chère au Saint de KONYA, faite d’un roseau arraché au sol qui pleure la séparation d’avec son lieu originel.
Le tournoiement de plus en plus rapide sur soi-même qui fait du corps du derviche un point central, fait allusion à cette attente d’union avec l’origine.

MEVLANA et les MEVLEVIS ont placé leur poésie, leurs rites et leur esthétique sous la loi du symbole.

La cérémonie du SAMA, présente donc une grande richesse symbolique et se prête à différentes interprétations possibles qui se complètent les unes aux autres.

On comprend alors l’intérêt qu’elle a suscité auprès de tant d’hommes, qu’ils fussent Derviches ou simples spectateurs.

De nos jours, le SAMA a lieu le 17 décembre, date de la mort de RUMI essentiellement en Turquie. La part de folklore dans ces cérémonies l’emporte nettement sur la dévotion religieuse.

Nombreux sont les groupes de musiciens et de danseurs qui se réclament de cette confrérie, se produisant dans des théâtres, des salles de fêtes.
Mais seule la vie de COUVENT, seuls les 1001 services font le MEVLEVI. 

J’ai dit

LR

Source : www.ledifice.net

 

 

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Nat 23/01/2011 11:22