Les différentes voies de réalisation spirituelle (extrait)

Publié le par Thomas Dalet

     

UNION DES TROIS

Cette nécessité de se retrouver à trois pour dire, ou pour faire, quelque chose en commun est une grande constante de toute assemblée ayant une portée traditionnelle.

Être réunis à trois, exprime donc bien la simultanéité de la présence de trois personnes, physiquement et spirituellement présentes, réunies et assemblées au même point, formant ensemble une clé permettant, par la méthode appropriée, d'ouvrir les arcanes de l’ésotérisme. Le sens de l'union indique comment une présence seulement physique n'est pas suffisante; les personnes doivent activement s'associer mutuellement pour créer le noyau sacré, autour duquel les autres vont pouvoir s'agréger. N'est-il pas écrit dans le volume de la Sainte Loi, repris dans l'une des prières du troisième degré du rite des maçons anciens francs et acceptés : «Là où deux ou trois seront assemblés en mon Nom, Je serai au milieu d'eux» ? Toute cérémonie est basée sur la foi en cette parole.

Seul, on ne représente que soi-même. À deux commence une relation de maître à disciple, mais c’est aussi une relation de couple, ou de complicité, dont l’expression en physique illustre le mode d’action d’un couple de forces (parallèles et en sens contraire). Or, un groupe, cela commence à trois. Quelle que soit la culture, le « trois » est la première représentation d’un ensemble cohérent, car reproductible.

« Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » avait écrit Platon au fronton de l’académie. Le tracé géométrique est la plus simple des représentations du langage symbolique. « Un bon schéma vaut mieux qu’un long discours » . Il faut comprendre le symbole dans toutes ses dimensions. Trois points définissent un triangle, le premier des polygones. Il faut trois points aussi pour définir un plan. À partir et par ces trois points, on ne peut tracer qu’un seul cercle, le cercle circonscrit.

Dans le cercle des initiés, « dans le cercle » signifie : un des points de la circonférence, et non un des points du disque. Les points sont tous équidistants du centre, ce qui leur confère leur égalité. On dit aussi que l’adepte, comme le Maître d’Armes, se trouve au centre du cercle des initiés. Ceci veut dire que l’initié devient lui-même à certains moments un centre, ce qui donne le dessin d’une étonnante rosace dont trois points sont à la base. Nous sommes loin de la conception, trop souvent présentée, d’un centre initiatique qui serait un cercle fermé, profanes à l’extérieur, et initiés à l’intérieur. Ce schéma rétréci et sectaire, est à l’opposé de l’universalisme d’un dessein initiatique traditionnel : c’est de la contre-initiation.

La véritable initiation est l’intégration au cercle, en tant que ligne géométrique fermée, non dans la finalité d’une cellule close, mais comme mécanisme, dont la rosace est le symbole universel.

Si trois points forment un cercle, on comprend les principes du parrainage. Il faut nécessairement deux parrains, ou marraines, pour former avec le filleul un ternaire destiné à ébaucher un cercle qui s’intégrera dans un autre cercle, celui des initiés de la loge.

C’est ainsi que « trois » sont nécessaires afin de définir le centre du cercle où les autres vont se placer.

Qui sont les trois ici réunis?

La Bible nous écrit qu'au temps de Salomon, pour que les rois soient investis et oints de façon légitime, ils devaient être reconnus simultanément par un grand prêtre et par un prophète.

Cette présence exclusive de trois personnes représentatives et complémentaires à l'ouverture de toute cérémonie traditionnelle et initiatique, nous rappelle encore le symbolisme de la Saint-Jean d'hiver et de la Saint-Jean d'été, ou du solstice d'hiver et du solstice d'été. Dans la tradition celtique, au solstice d'hiver, seul le cercle des initiés savent que le Soleil renaîtra, et l'on se réunit autour d'une bûche sèche (que la tradition gastronomique a même transformé en une bûche glacée), dans laquelle, seuls les initiés savent qu'il existe un feu caché, que l'on pourra ranimer par l'accomplissement du Rite. Le solstice d'été, par contre, rend gloire à un Soleil manifeste aux regards de tout le monde, avec des jours qui n'en finissent plus. De grands feux de la Saint-Jean sont alors allumés (bûches enflammées) pour illuminer la courte nuit. Mais ce n'est plus seulement pour les initiés, comme lors de la fête précédente: là, toute la famille et les amis sont présents et se pressent autour des feux en une grande chaîne d’union universelle.

N'oublions pas que l'homme, quelle que soit sa qualité, ne sacralise pas «quelque chose» ! Il transforme encore moins un élément profane en divin, mais l'ensemble de la création étant un acte divin, l'homme peut se mettre dans des dispositions lui permettant de reconnaître ce caractère sacré dans les choses qui l'entourent. Ensuite vient la banalisation, puis l'oubli, jusqu'à ce que dans un cycle suivant, trois hommes s'unissent à nouveau pour redécouvrir le voile d'or de l'autel sacré entre les lumières qui sont restées allumées, mais qui se sont dérobées à nos yeux. Alors liés par leur découverte extraordinaire, ces trois hommes deviennent les prototypes d’une nouvelle révélation.

On relèvera dans les constitutions de l’Ordre du Temple et celles des Hospitaliers de Saint Jean, il faut que quatre chevaliers soient présents pour certaines obligations. Ceci s’explique parce que pour les militaires, il faut former un « carré », ainsi quatre sont requis.

L’ÉLOIGNEMENT DU CENTRE

Au début de la constitution et du fonctionnement d’un nouveau centre initiatique, la spiritualité est à son niveau maximum. C’est ainsi qu’elle est transmise avec le maximum d’efficacité à ses initiés, pour les éclairer dans leur matérialité. Mais le temps passant, ce centre va se charger de la matérialité de ses membres. Si le système fonctionne dans un bon équilibre dynamique, comme sur un plan giratoire, les plus grandes densités sont attirées vers la périphérie par la force centrifuge, puis éliminées.

Plus le temps passe, plus on s’éloigne du centre, en raison même de notre humanité, que l’on appelle cela entropie, péché originel, nature humaine…

Ainsi, nous fait-on comprendre en franc-maçonnerie comment chacune des trois Grandes Loges, afin de pouvoir s'épanouir au soleil de l'humanité, plonge ses racines souterraines jusqu'au fondement de la Grande Loge précédente.

Le mystère templier trouve sa justification traditionnelle dans la découverte d’une crypte mythique du Temple du Roi Salomon, sous le Saint des Saints. Notons que cette esplanade n'a pas fait jusqu'à présent l'objet de fouilles archéologiques, mais, tout un chacun peut visiter la grotte située au centre de la Mosquée du Roc, la Moquée d’Al Aksa, et tenter de recevoir la révélation des anciens secrets que ce centre du Monde recèle …

Du plus spirituel au matériel, on distingue volontiers trois niveaux le Saint, le Sacré et le Royal.

Le Saint relève du divin et donc le plus souvent de la religion, sinon de la voie prophétique.

La réalisation du caractère sacré se trouve non pas dans la parole elle-même, mais dans l'union des trois sur laquelle nous avons déjà insisté ; une voie sacrificielle initiatique peut l’aborder.

Le niveau royal, ou chevaleresque, se développe sur le plan de notre humanité, de la matérialité, mais se justifie dans le sacré. Le Chevalier justifié, doit se placer dans une dimension idéale pour que sa cause devienne sacrée.

Il s’agit d’un éloignement progressif depuis le centre divin, comme une incarnation, une matérialisation qui, en évoluant, perd petit à petit le contact privilégié du «bouche-à-bouche» qu'avait Moïse avec Dieu.

Ainsi, le Tabernacle est-il un campement mobile pour abriter l'Arche d'Alliance. Les cérémonies de dédicace, dans la Bible, incitent à une réflexion que nous laissons au lecteur. Le Temple du Roi Salomon a été construit spécialement pour donner un emplacement fixe à l'Arche d'Alliance qui trouve naturellement sa place dans le Saint des Saints, bien que de façon temporaire, puisqu'elle sera dérobée, et disparaîtra. Enfin, le Temple de Zorobabel ne contient plus l'Arche d'Alliance.

De même la mise en place du sacerdoce d'Aaron est postérieure au sacerdoce de Mekitsédecq, déjà évoqué.

Arrivé au terme de la dissolution, le processus s’inverse, soit dans une remontée en miroir, qui s’observerait plutôt dans un cadre religieux, soit par une inversion brutale de polarité qui redéfinit le nouveau point de départ du cycle suivant, au plus haut de la courbe.

CHEVALERIE INITIATIQUE ET CHEVALERIE MACONNIQUE

Le plus simple pour aborder la compréhension d’une chevalerie initiatique est d’étudier la comparaison avec les restes des ordres chevaleresque civils, la tradition chevaleresque elle-même, et la chevalerie maçonnique développée dans des degrés que les francs-maçons eux mêmes disent ne plus rien à voir avec la Franc-maçonnerie.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec, voyons tout d’abord la chevalerie maçonnique .

Dans tous les grands rites, on commence avec les degrés du métier, on continue avec un degré (ou une série de degrés) de transition qui est lié à une révélation, parfois apocalyptique, puis on termine sur des degrés d’une chevalerie spirituelle, ou de chevalier saint. On pourrait faire des études comparables avec le double degré de Maître Écossais de Saint André dans le Rite Écossais Rectifié, avec le Rite Écossais Ancien et Accepté, ou le Rite français, mais nous nous limiterons au Rite York déjà évoqué.

L’évocation dans un rituel, toujours de la Sainte Arche Royale, de «la vaillance de ces hommes valeureux qui, la truelle à la main et le glaive au côté, étaient toujours prêts à défendre le sanctuaire contre les attaques non provoquées de leurs adversaires», appelle quelques commentaires. Tout d'abord, dans le rite « des maçons anciens francs et acceptés », comme dans le rite Émulation, c'est une des rares fois où l'on fait allusion à un glaive en maçonnerie de métier. Celui-ci est d'ailleurs présent, à l’Arche, sur le tapis de loge, et c'est sur le commentaire de ce tapis que se fait le discours du Deuxième Principal; dans la logique de ce rite, c'est à ce point précis que se trouve la jonction avec la tradition chevaleresque.

Le maçon, pour défendre son œuvre, et surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre sainte, est habilité à porter l'épée et à s'en servir. Pour ceux qui connaissent la logique des grades complémentaires maçonniques, lorsqu'ils entrent dans la chevalerie du Temple, ils sont admis dans les commanderies en tant que pèlerins de l'Arche Royale. Il en va de même pour la Croix-Rouge de Constantin, l'ordre du Saint-Sépulcre, et l'ordre de Saint-Jean l'Évangéliste. La démarche des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est analogue. Tous ces ordres sont maçonniques, même lorsqu’ils sont les homonymes d’ordres non maçonniques, certaines analogies prêtant à confusion.

Rappelons cette tradition rapportant que les templiers pourchassés en France 1312, auraient trouvé refuge dans des loges maçonniques, notamment en Écosse. À la suite de la bataille de Bannockburn (1314) où le rôle de ces templiers aurait été décisif, Robert le Bruce aurait constitué un ordre à leur intention, de cette légende vient « l’Ordre Royal d’Écosse ».

Au XVIIIème siècle, des chevaliers authentiques en mal de spiritualité se sont amalgamés à des loges en mal de reconnaissance nobiliaire, et d’une tradition chevaleresque authentique. Ainsi, la Stricte Observance Templière, les Chevaliers du Chapitre de Clermont auraient rejoint les Maîtres Maçons de Lyon pour former le Rite Écossais Rectifié avec ses Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

On connaît le Discours du Chevaliers Ramsay qui évoque l’origine croisée des Franc-maçons.

On peut faire tout un développement au sujet des « maçons chevaliers », dont le nom peut aussi s'inverser en proposant des « chevaliers constructeurs ». Il existe aussi ce degré, déjà évoqué, appelé les Prêtres Chevaliers du Temple de la Sainte Arche Royale (selon la traduction) dont certains font remonter l'origine en Irlande en 1700.

Cet axe de réflexion sur la chevalerie maçonnique prend toute sa dimension lorsque l'on se rappelle qu'en Angleterre, comme dans les pays nordiques, et particulièrement la Suède, ce sont les membres de la famille royale, quand ce n'est pas le souverain lui-même, qui est Grand Maître de l'Ordre maçonnique.

Nous avons déjà cité le Roi d’Écosse Jacques Stuart, en exile en France à Saint Germain, selon de possibles origines des grades dits Écossais, aurait peut-être bien distribué quelques titres de Chevaliers qui se sont transmis dans certaines loges par des degrés spécifiques.

Des titres chevaleresques maçonniques, qui sont alors délivrés, sous des patentes bien définies, sous l'autorité consciente de souverains légitimes, perdent tout caractère arbitraire, et peuvent reposer la question d'une valeur dépassant le cadre maçonnique. Ainsi, notamment l’Ordre Royal d’Écosse en serait un exemple particulièrement flagrant ; de même le 6ème degré du Rite Suédois qui confèrerait un titre de valeur civile, le Roi de Suède étant le Grand Maître.

Enfin, la reconnaissance de la qualité nobiliaire d’un chevalier n’est actuellement admise que s’il a été conféré par une famille régnante, ou un État souverain. Or, cet état de fait n’est qu’assez récent, et en opposition avec les origines de la Chevalerie. La noblesse est héréditaire, pas la chevalerie. Ce qui définit la transmission chevaleresque, c’est la reconnaissance par d’autres chevaliers. Le jacobinisme des souverains les a poussés à s’approprier ce droit de reconnaissance, et à l’imposer à leurs sujets. Le conflit reste ouvert entre des usages immémoriaux et les règlements modernes ; car, qu’est ce qui empêcherait certaines anciennes familles, ayant régné, parfois bien longtemps, de promouvoir un ordre chevaleresque dans leur maison comme cela s’est fait dans le temps ? L’une des missions originelles de la noblesse n’est pas de se reproduire en cercle fermé, mais d’attirer à elle les individus de qualité, détectés dans la roture. La mise en place de barrières étanches ou inadaptées a été l’une des causes des révolutions. Le « Bourgeois Gentilhomme » de Molière en est la caricature.

Sur le plan moral, c'est au niveau chevaleresque que vont se trouver exaltées certaines vertus comme la charité, la bienfaisance, la protection de la veuve, de l'orphelin et celle du pèlerin, avec tout le développement du rôle hospitalier de ceux qui sont à la fois des chevaliers et des pèlerins. Mais le maçon doit également trouver, là, les limites à la notion d’une tolérance qui lui a été longtemps inculquée. Si le chantier, l'œuvre en cours, ou les principes de l'institution sont en danger, alors il doit sortir l'épée et se battre, jusqu'à la mort s'il le faut, si le seuil de tolérance a été dépassé.

On enseigne ainsi au chevalier constructeur que, si la grande guerre sainte «existe», la petite guerre sainte étant celle où l'on doit tuer des hommes pour survivre, on est avant tout confronté à une guerre intérieure, contre notre pluralité, voir dualité, où l'on doit écouter, apprendre et se maîtriser, tant que les principes essentiels ne sont pas en péril. Ceci est encore une démonstration du fait que ce message s'adresse à tous, toutes confessions confondues, à partir du moment où nous sommes des hommes fidèles à nos engagements envers la Divinité comme envers notre prochain.

Les armes ne sont pas un moyen de principe, mais le dernier recours qui trouve sa justification lorsque les hommes ne peuvent plus communiquer, que tout a été dit et que l'on se retrouve encore en danger. Pour ceux qui ont appris le maniement des armes, nous savons que la meilleure épée est celle qui reste au fourreau, et ce qui la fait sortir de son fourreau n'est pas en général la vaillance, mais la peur. La plus grande des notions de courage, c'est d'affronter ses adversaires sans sortir les armes, mais avec une œuvre constructive qui est souvent plus efficace que les paroles inconsistantes. Dans l'escalade de la violence entre deux parties, celui qui tire l'épée est, en général, celui qui pense avoir été provoqué au-delà de toutes limites, ce qui le met en danger.

Ces notions sont importantes lorsque l'on devient en maçonnerie, symboliquement, un membre du Grand Sanhédrin, faisant partie des princes et chefs du peuple. Ces notions de pouvoir, de riposte et d'agression rentrent dans le cercle de nos responsabilités, il faut savoir les interpréter et les traiter avec sang-froid.

Ainsi, à des niveaux définis, certains ne sont-ils pas relevés de leurs vœux, et donc de leurs précédents engagements ? Ne passe-t-on pas ainsi de la morale à l’éthique ?

Nous comprenons pourquoi, dans la Franc-maçonnerie moderne, en quittant le métier pour la profession, quelques uns sont perdus devant le changement de règles. La confusion est d’ailleurs entretenue par certaines obligations reprises en « copier-coller » comme pour meubler des vides, ou des incompréhensions. Il est pourtant indubitable, que plus on progresse, plus les obligations que l’on attend de nous reposent sur notre conduite et nos choix, plus que sur nos actes et nos idées. Les résultats prévalent parfois dans la philosophie de l’action.

L’armement chevaleresque, avec une dimension sacerdotale déclinée de façon variable, constitue l’étape ultime de l’initiation maçonnique, qui est, rappelons-le, une initiation de métier, donc « roturienne ». Peut-être la transmission nobiliaire aurait-elle perdue son caractère initiatique? Serait-ce une explication à ce que les membres de la Royal Society venaient chercher dans les loges au 17èmesiècle. ?

Les trois premiers degrés relèvent du métier, et enseignent le B.A. BA du symbolisme, le Craft des Anglo-saxons, comparable à l’œuvre au Noir . La Sainte Arche Royale développe, de façon progressive, les fondements du sacerdoce ; au-delà de la transmission, c’est une reconnaissance de l’initié comme Prince et Chef du Peuple, œuvre au Blanc . Puis la philosophie de l’action constitue la preuve matérielle des idées métaphysiques précédemment acquises, au travers soit de la Chevalerie, soit de la pratique sacrificielle, c’est l’œuvre au Rouge. Le cycle est alors complet.

POUVOIRS ET CONTRE-INITIATION

La notion de pouvoir demande une attention particulière. Lorsque l'on parle de pouvoir royal, prophétique ou sacerdotal, on comprend la dignité des autorités qui sont conférées par la fonction, et ce qui s'en rapproche ou s'y rapporte immédiatement; mais beaucoup par ce mot comprennent pouvoir surnaturel, télépathie, télékinésie, don d'ubiquité, don de voir les auras, etc…. Ces pouvoirs sont aisément maniés par de faux prophètes, et l'on peut même dire que c'est souvent une façon de les reconnaître. Dans les différentes voies de réalisations spirituelles, tôt ou tard nous nous trouvons confrontés aux problèmes de ces pouvoirs. Ces pouvoirs peuvent faire partie de certaines voies de réalisation spirituelle, mais pas de la voie initiatique du métier.

Nous suivons tout à fait l'opinion que reflète René Guenon disant que les pouvoirs doivent être absolument évités dans toutes voies de type initiatique, et que ceux-ci n'apparaissent que dans les tentations contre-initiatiques. Le monde des pouvoirs, comme le monde du merveilleux, comme la « gaste forêt » du roman arthurien, n'apparaît que dans les démarches de type héroïque et non dans les démarches de type initiatique (Aperçus sur l'initiation). En effet, rappelons que dans une voie de type héroïque, c'est parce que l'on est capable de présenter un pouvoir que l'on est reconnu par les autres. Or ce monde des pouvoirs est un monde dualiste, où le bien et le mal s'opposent sans cesse, sans solution ni complémentarité, et dont il faut apprendre à sortir par ses propres moyens.

C’est le labyrinthe mythique, où il ne suffit pas de tuer le Minotaure, mais il faut encore en ressortir, ce qui ne peut se faire qu’avec le fil d’Ariane.

Les pouvoirs auxquels nous sommes confrontés au cours d'une vie initiatique sont de nature différente, mais ils peuvent s’analyser suivant leur origine :

- ou bien ces pouvoirs sont des tentations contre-initiatiques, et ce sont ainsi des pouvoirs de dysharmonie, de cassure, d'autorité, excitant le caractère malin de l'esprit de l'individu, pouvant faire de lui un faux prophète ; même si ces pouvoirs sont destinés à l’aider à se faire reconnaître, la tentation contre-initiatique est présente, la tentation du Christ dans le désert en est un exemple pour les chrétiens ;

- ou bien l'autre source de pouvoir est la rançon du sacrifice et du travail effectué sur soi-même, et ces pouvoirs sont alors de type harmonieux, c'est-à-dire qu'ils vont dans le sens de la nature, de la vie, de la guérison, de la réunion, même parfois de façon violente ; si l'on peut voir dans le cœur des individus, ce n'est pas pour tenter d'en extirper leur mal, ce qui ne ferait que le mettre en évidence, mais c'est pour y faire fleurir les roses de leurs qualités humaines.

« Le côté sombre de la Force » pour reprendre une image caricaturale proposée dans la trilogie de « la Guerre des Étoiles » et qui ne manque pas d’intérêt, ce côté sombre n’est pas la contre-initiation, c’est le résultat à terme de la contre-initiation. Ceci pour dire qu’à l’origine du processus de perversion la différence entre les deux voies est imperceptible. Demander au héro de choisir entre le bien et le mal, c’est tester sa résistance et sa volonté. Sa fidélité à défendre une cause sur le long terme l’empêche de se retourner dès que certaines choses ne lui conviennent plus. On ne peut compter sur un velléitaire. L’engagement d’un initié dans la voie contre-initiatique relève de son manque de discernement, de la méconnaissance de sa nature profonde, et de sa faible motivation. Le Satan est un miroir déformant, la confusion, c’est l’illusion. Ce dernier terme pourra entraîner certains étudiants dans une intéressante réflexion sur le Bouddhisme.

En face à ce concept d’illusion, d’erreur, de culpabilité, nous retrouvons celui, tout aussi abstrait, de la Vérité.

Son premier sens est sûrement celui, très étroit, de ne pas mentir, de dire la vérité etc… mais les philosophes ont vite fait de démontrer que cette vérité n’existe pas et n’est qu’un leurre. Cet exercice intellectuel nous ouvre alors d’autres réflexions, la recherche d’autres sens.

Mais, pour l’initié, un autre sens de la Vérité nous entraîne plutôt vers le discernement, qui doit animer tout initié dans sa quête. Ce discernement nous amène « à séparer le subtil de l’épais », « le bon grain de l’ivraie » : « la Grande Guerre Sainte » est celle contre nos démons intérieurs. Voir au-delà des apparences, c’est une des grandes leçons de l’initiation traditionnelle.

Dans la Chevalerie, la miséricorde est une notion primordiale, car permettant une justification. Elle se rattache au Dieu omniscient, car seul celui qui sait tout ce qui est caché peut faire preuve de la miséricorde universelle; elle se situe au-delà de la notion de bien et mal.

Melchitsedecq, selon la tradition, est sans génération, prêtre et roi de Salem, roi de paix et de justice, maître du pain et du vin, il reçoit la dîme d'Abram (avant de devenir Abraham), alors qu’il revient victorieux de la guerre contre les quatre rois et Kedorlaomer, qu’il a proprement exécutés après les avoir vaincus. Cette bénédiction d’Abram devenant ainsi Abraham, par Melchitsedecq, est une formulation de la miséricorde divine sur le guerrier meurtrier.

Source : http://www.tombelaine.sitew.fr

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