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Hauts Grades

Les Esséniens (extraits)

11 Novembre 2012 , Rédigé par MS Publié dans #spiritualité

Les Manuscrits de la Mer Morte-.
Au Printemps de l'année 1947, un jeune berger de la tribu bédouine des
Ta'âmireh, Mohamed ed-Dib, c'est à dire " le loup ", cherchait l'une de ses
bêtes, égarées, au milieu des rochers et dans les trous d'une falaise. Il
découvrit ainsi, à 1300 m au Nord des ruines de Qûmran, " la première grotte à
manuscrits " qui sera identifié par 1Q.
Les hostilités en Palestine, empêchèrent les archéologues d'organiser rapidement
une expédition scientifique destinée à reconnaître l'emplacement de cette
grotte; tandis que les bédouins continuaient de prospecter les trous de la
falaise. Ce ne fut qu'en 1949 que les recherches sur le terrain purent débuter.
Les campagnes d'exploration de la falaise et d'une partie du rivage, ainsi que
celles de fouilles des grottes, des ruines de Qûmran et de Feshka, durèrent de
1949 à 1958.
Onze " grottes à manuscrits " furent reconnues ou découvertes par les
archéologues,
dont la plus éloignée des ruines de Qûmran est située à plus de
2km au Nord de celle-ci; il s'agit de la grotte 3, selon l'ordre chronologique
de la découverte de ces onze grottes. Ces grottes ont fourni entre 1947 et 1956 des fragments de quelques 600 manuscrits distincts, dont 1/4 est constitué par des copies des livres du canon hébraïque, de tous sauf d'Esther.
En voici l'énumération partielle: 14 de la Genèse (2 de la Genèse et de
l'Exode); 14 de l'Exode; 7 du Lévitique (2 du Lévitique et des Nombres), 4 des
Nombres, 25 du Déteuronome, 2 de Josué, 3 des Juges, 4 de Samuel, 3 des Rois; 18
d' Isaïe; 4 de Jérémie; 6 d'Ezéchiel; 8 des Petits Prophètes; 31 des Psaumes; 4
de Job; 2 des Proverbes; 4 de Ruth; 4 du Cantique; 2 de Qohelet; 4 des
Lamentations; 8 de Daniel; 1 d'Esdras; 1 des Chroniques.
Les manuscrits non-bibliques, qui constituent donc les trois quarts des écrits
provenant des grottes de Qûmran, sont au nombre d'environ 450. On peut les
classer en quatre catégories :

les Apocryphes (chrétiens) ou Pseudépigraphes de l'Ancien Testament
(Protestant);
les Florilèges (somme de textes portant sur un même sujet), Commentaires et
Targoum (Traduction araméenne des textes de la Bible avec parfois des ajouts
explicatifs).
des écrits apocalyptiques, liturgiques ou sapientiaux;

les codes disciplinaires, manuscrits propre à la secte qui fournissent de
précieux renseignements sur l'organisation de la secte.

On ne peut prendre au sérieux l'attribution au Nouveau Testament de quelques
petits fragments de papyrus en grec de la grotte 7; ce serait en désaccord avec
tout ce que nous savons de la topographie du site et de l'histoire de son
occupation. De même n'y figure aucun manuscrit d'une autre Tradition que la
Tradition Juive.
L'ensemble des documents trouvés permet des perspectives aussi surprenante
qu'instructives sur la transmission du texte de l'Ancien Testament entre 250
av.J.C. (4QExf) et 68 de notre ère.
Premier coup de théatre au début des années 50 : la publication des premiers
manuscrits bibliques de Qûmran, les deux grands rouleaux d'Isaïe. Leur texte
hébreu coïncidait pratiquement avec celui des manuscrits hébreux les plus
anciens que nous connaissions (codex d'Alep : 980 environ, codex de Saint
Petersbourg 1008-1009). Mille ans s'étaient écoulés entre les copies de Qûmran
et ces manuscrits médiévaux! Or les rouleaux d'Isaïe apportaient une preuve de
la fiabilité du texte biblique transmis. Dès le début du II ème siècle ap.J.C.,
le texte consonnantique hébreu était donc pratiquement fixé.
Seconde révélation : ce processus de fixation du texte hébreu avait aussi
affecté sa version grecque. L'étude du rouleau des douze prophètes, permettait
d'affirmer qu'au début de l'ère chrétienne les rabbins de Palestine avaient
entrepris une révision de la traduction grecque de la Septante.
Troisième révélation, on découvrit que les variantes du texte grec par rapport
au texte hébreu ne doivent pas être considérées comme des changements introduits
par les traducteurs grecs, mais qu'elles viennent de ce que leur traduction se
faisait sur des textes hébreux de l'époque, différents de la tradition
masorétique plus tardive. Ces variantes textuelles sont précieuses en ce
qu'elles reflêtent différentes interprétations apportées par l'exégèse juive de
l'époque.
Les manuscrits bibliques de Qûmran , témoignent de la pluralité des formes
textuelles que connaissaient alors les livres bibliques. Cette pluralité reflète
le pluralisme socio-religieux du judaïsme à l'époque précédent la naissance du
christianisme et la formation du rabbinisme classique de la Mishnah et du Talmud
. L'histoire du texte biblique à l'époque de Qûmran traduit la progressive
transition d'une situation de pluralisme et de fluidité textuelle à celle où se
fixe un texte autorisé, unique, d'ou procède la tradition masorétique médiévale
parvenue jusqu'à nous.
L'Organisation de la Communauté de Qûmran.
Nous allons nous attacher, maintenant, à l'analyse rapide de ceux de ces
manuscrits, pour la plupart inconnus jusqu'alors , qui présentent le caractère
d'écrits sectaires. Ces ouvrages font constamment mention d'une " Communauté "
qui serait l'unique bénéficiaire des promesses divines, avec laquelle Dieu
aurait d'abord renouvellé l'alliance ancestrale, puis conclu, à Damas, une
Alliance Nouvelle, définitive, éternelle. Cette communauté se considèrerait
comme le " petit reste " annoncé par les Prophètes, le véritable Israël; et ses
membres seront les Convertis, les Pénitents, les Pauvres, les Justes, les
Saints, les Elus de Dieu.
Ce sont d'une part, deux des rouleaux de la première grotte (1Q) : la Règle ou
le Manuel de Discipline et le Règlement de la Guerre des Fils de Lumière contre
les Fils des Ténèbres.
C'est d'autre part, l'Ecrit de Damas, dont les grottes de Qûmran ont livré des
fragments qui correspondent substantiellemnt au texte de cet écrit découvert en
1896-1897 par salomon Schechter dans la guenizah d'une synagogue, alors caraïte,
du Vieux Caire, et publié en 1910.
Le Rouleau de la Règle est, naturellement, riche en enseignements sur
l'organisation de cette Communauté, sur ses rites et sur ses dogmes.
L'admission dans la secte.
L'admission dans la Communauté est progressive et l'initiation s'étend sur trois
ans : une année de postulat et deux de noviciat, ponctués par des votes
successifs des Rabbim qui décident ainsi de l'avancement des candidats et de
leur participation aux activités spécifiques de la Secte. L'entrée dans
l'Alliance s'effectue donc dans le cadre d'un choix réciproque du novice et de
la Communauté. Cette Communauté est ouverte à quiconque, issu d'Israël sera
volontaire pour s'adjoindre " à elle, après examen de " son intelligence ", " et
s'il est apte à la discipline ".
Le cérémonie d'admission est surtout marquée par un serment solennellement prêté
par les postulants. ce serment exige la conversion à la Loi de Moïse, telle
qu'elle est interprétée dans la Secte et une totale séparation d'avec les gens
de l'extérieur, considérés comme des " hommes d'iniquité " (Règle V et VI).
L'ensemble de cette cérémonie est longuement décrite dans la Règle, en I-16 /
II-18.
La consécration de l'admission du nouvel adepte est marquée par la mise en
commun de ses biens, et par sa participation aux repas communautaires. Et,
maintenant tous ses actes, il les fera en liaison avec ses confrères, selon des
règlements minutieusement établis.
Une stricte hiérarchie déterminait les rapports des uns avec les autres, que ce
soit dans les réunions par petits groupes, ou dans les Assemblées Générales des
Nombreux. Cette hiérarchie reposait sur un double principe : d'abord sur celui
de la prédominance des prêtres sur les laïques, puis sur celui d'un classement
annuel déterminé par le mérite de chacun; quand aux fonctions administratives,
elles étaient attribuées en tenant compte de l'âge des intérêssés.
La prédominance des prêtres apparaît décrite très précisément par le Rouleau de
la Règle " Seuls, les fils d'Aaron commanderont en matière de droit et de biens;
et c'est sous leur autorité que sortira le sort pour toute décision concernant
les membres de la Communauté " Règle IX.
Si les prêtres et les Lévites bénéficiaient, de par leur naissance, d'une
situation privilégiée, chaque année l'ensemble des membres de la Communauté
faisait l'objet d' un classement déterminé par l'intelligence et la vertu de
chacun. " Afin que tous les hommes d'Israël connaissent chacun le poste qu'il
doit occuper dans la Communauté de Dieu, celle du Conseil éternel... et l'on
examinera leur esprit et leurs oeuvres année par année, de façon à promouvoir
chacun selon son intelligence et la perfection de sa conduite ou à le
rétrograder selon les fautes qu'il aura commises ". C'est ce que nous apprend la
Règle (Règle II, 19-23; V, 23-24) confirmé en cela par l'écrit de Damas (Ecrit
de Damas A,XIV, 3-6).
Tous les " hommes de renom " de la Communauté, éminents par leurs vertus, leurs
fonctions ou leur qualité sacerdotale, constituaient le " Conseil de la
communauté ", qui nous est décrit par la Règle Annexe (XIV, 6-12). Enfin, un
collège composé de douze laïcs  représentants sans doute les douze tribus- et
les trois prêtres -vraisemblablement selon le nombre des clans lévitiques-
constitue, à l'intérieur même du " Conseil ", une sorte de comité suprême auquel
semble attribué le rôle de conscience de la secte, de vivant exemple de la
perfection qui est le but et l'idéal de la Communauté. En ce qui concerne
l'Ecrit de Damas, il précise " l'âge requis pour exercer les diverses fonctions
", l'enseignement que doit recevoir chaque responsable et qu'il se préoccupait
du recrutement d'un collège de " juges de la Congrégation ". Ceux-ci doivent
être " au nombre de dix hommes, élus par la Congrégation périodiquement; ils
doivent être instruits dans le Livre de Méditation et dans les Constitutions de
l'Alliance, et âgés de vingt-cinq à soixante ans " (Ecrit de Damas, A;X, 4-7).
Le même ouvrage ne faisant mention d'aucun autre comité suprême, il faut sans
doute admettre que ce Collège de dix juges a en quelque sorte , été substitué au
collège des " quinze parfaits " du temps de la Règle.
L'un et l'autre Collège devait jouer un rôle de conseiller, d'inspiration de
l'action du prêtre et de l'inspecteur laïc que ces ouvrages placent à la tête de
la Communauté.
L'idéal essénien : ascétisme et vie communautaire.
Si l'adepte est entrée dans la Communauté, c'est, notamment, " pour ne plus
aller dans l'obstination d'un coeur coupable ni avec des yeux luxurieux en
commettant toute sorte de mal ", c'est sans doute pour vaincre ses passions et
soumettre sa volonté. Le mariage et l'oeuvre de chair ne sont pas, d'après les
manuscrits de Qûmran qui nous sont parvenus, proscrits; mais ils semblent avoir
été soigneusement réglementés.
Cette Communauté qui se proclame " la congrégation des Pauvres ", prescrit à
chacun de ses membres, à l'égard des hommes voués à l'enfer pour leur amour des
richesses, des sentiments sans mélange de " haine éternelle ". C'est pourquoi,
nous l'avons vu, dès qu'il est admis dans la Secte l'adepte lui abandonne tous
ses biens.
Et c'est aussi la raison pour laquelle tout membre de celle-là qui cherche à
garder quelques biens est puni. Le même mépris des richesses et des plaisirs est
affirmé dans les Hymnes.
A cette discipline formelle, d'ailleurs dénuée de tout arbitraire, les membres
de la Communauté se conformeront dans des sentiments d' " abondante affection à
l'égard de tous les fils de vérité " et de " modestie de la conduite ". Et la
Règle qui leur recommande ces dispositions d'esprit, prévoit les peines dont ils
seront frappés s'ils y contreviennent (Règle, IV-V).
Dans la sorte d'hymne qui constitue les deux dernières colonnes de la Règle, les
mêmes sentiments sont affirmés; cette fois non plus sous la forme
d'objurgations, mais sous celle d'un engagement à la première personne, et dans
une perspective qui semble dépasser les limites de la Secte: " Je ne rendrai à
personne la rétribution du mal: c'est par le bien que je poursuivrai un chacun;
car c'est auprès de Dieu qu'est le jugement de tout vivant, et c'est lui qui
paiera à chacun sa rétribution " (Règle X) " Je distribuerai le Précepte à
l'aide du cordeau des temps plein d'affectueuse charité à l'égard des découragés
" (Règle X). Pour finir nous citerons ce passage de l'Ecrit de Damas dans lequel
la " Loi d'Or " de l'amour fraternel est affirmée :
" Oui, ils prendront soin...d'aimer chacun son frère comme soi-même et de
soutenir la main de l'indigent et du pauvre et de l'étranger, et de chercher
chacun le bien-être de son frère ".
En somme cet idéal de la Communauté se retrouve toujours dans toute structure
confraternelle que ce soit hier quand je vous parlais des Confréries du
Moyen -Âge ou aujourd'hui quand nous réfléchissons aux principes qui nous guides
que ce soit dans la vie profane ou dans la vie maçonnique.
Mais cette communauté est aussi la " Maison de la Loi ". S'appliquant à mettre
en pratique le commandement donné par Dieu à Josué ( Que le Livre de cette Loi
soit toujours sur tes lèvres: médite-le jour et nuit afin de veiller à agir
selon tout ce qui y est écrit. C'est alors que tu seras heureux dans tes
entreprises et réussiras. Josué 1,8) et la béatitude énoncée par le Psalmiste
(Psaume 1,2), la Règle insiste sur le soin constant qui doit être apporté à
l'étude de la Loi (Règle VI). En conséquence, toute faute contre la Loi est
sévèrement punie (Règle VIII).
Eloigné du lieu de culte normal du judaïsme qu'ils contestaient, comment ces
pieux sectaires ont-ils réorganisé leur vie cultuelle ?
Grâce aux divers manuscrits retrouvés, nous pouvons retracer assez aisément les
grandes lignes de la vie liturgique de la Communauté et ainsi pénétrer plus
avant dans ce monde clos où les non-initiés n'avaient pas accès.
Comme nous l'avons vu, le départ du groupe des fondateurs à Qûmran et leur
éloignement du Temple de Jérusalem sont motivés par deux événements importants :
l'attribution de la charge de Grand-Prêtre à Jonhatan Maccabée et le remplacement
de l'ancien calendrier cultuel par le calendrier païen des Séleucides.
Il n'y a chez les Qûmraniens aucun refus absolu du Temple, mais un abandon
temporaire motivé par le fait que le lieu saint est souillé par la présence d'un
sacerdoce indigne. Ils espèrent bien pouvoir dans l'avenir, y reprendre une
liturgie conforme à la volonté divine. Comment vivre alors à la rencontre de
Dieu, puisqu'il s'avère impossible de la réaliser au Temple de Jérusalem ?
D'une part la Communauté a interprété sa décision de quitter la Ville sainte
comme un nouvel Exode et sans doute se sent-elle accompagnée par Dieu, comme
autrefois le peuple hébreu au sortir de l'Egypte. Et d'autre part, elle s'est
d'emblée considérée comme le Temple spirituel. Ainsi lorsque le rédacteur de la
première couche littéraire de la Règle de la Communauté (100-68 av.J.C.) veut la
décrire, il lui applique spontanément les traits propres au Sanctuaire de
Jérusalem et les métaphore qui s'y rapportent (cf Règle de la Communauté VIII).
Ce concept de Temple spirituel est inconnu dans l'Ancien Testament, mais
plusieurs motifs ont dû orienter les Qûmraniens vers une telle représentation de
leur Communauté : le rôle dévolu aux prêtres au sein de la Communauté, la
conviction de constituer le véritable Israël, " la maison de Dieu ", et la
fonction d'expiation qu'ils attribuaient à leurs prières et à leur ascèse.
La certitude de la Communauté de constituer un Temple spirituel entraînait aussi
la conviction de ne former qu'une assemblée liturgique avec les habitants du
monde céleste et exigeait en conséquence un état de pureté qui excluait toute
personne atteinte de difformité physique (Lv 21; 17-22) et, pour les sectaires,
l'observation de la continence, à l'imitation des prêtres du Temple dans
l'exercice de leurs fonctions.
En se percevant comme Sanctuaire indépendant de Jérusalem et comme Temple
spirituel, la Communauté est vouée à un culte spirituel dans l'attente de la
reprise du culte normal dans le Sanctuaire purifié de la Ville Sainte. La
critique du sacerdoce en place, la séparation d'avec le Temple et l'Exode au
Désert de Juda conduisaient en fait à une double spiritualisation :
- le véritable Temple, c'est la communauté;
- les sacrifices agréés par Dieu sont spirituels.
C'est ainsi que les ordonnances auxquelles sont soumis les adeptes de la
Communauté prescrivent l'accomplissement de rites. C'est ce que nous allons voir
maintenant.
Les rites de la Communauté de Qûmran.
Les règlements de cette Communauté témoignent aussi, parmi d'autres
préoccupations, d'une certaine obsession de pureté. C'est ainsi que l'un des
principaux rites que les membres sont tenus d'accomplir consiste en des bains de
purification. L'autre rite essentiel est celui du repas prit en commun par les
confrères - c'est l'accès à ces deux rites qui marquait les étapes de
l'initiation du novice-.
Les purifications.
Après avoir été jugé digne de prêter le serment d'entrée dans la Communauté, le
novice ne l'est pas, pour autant, de participer aux bains de celle-ci, " avant
qu'il n'ait achevé une année entière " (Règle VI, 16-17). Au sein de la
Communauté-Temple, il s'avérait nécessaire, tant pour les prêtres que pour les
laïcs, de vivre dans un parfait et constant état de pureté rituelle, d'où la
valorisation des rites de purification. L'eau jouait donc un grand rôle dans la
vie des Qûmraniens, comme en témoigne l'existence des citernes et des piscines
dans le corps des bâtiments communautaires. Les documents provenant des grottes
ne donnent malheureusement pas de détails sur le déroulement de ces
purifications; pourtant, l'Ecrit de Damas précise quelles sont les conditions
requises pour qu'elles soient valables; il faut en particulier, que l'eau ne
soit paqs " en trop petite quantité pour envelopper complètement un homme "
(Ecrit de Damas, A, X, 10-13). Enfin, la Règle (VI, 24; VII, 25; VIII, 16 ss)
spécifie que toute faute grave entraîne l'exclusion du coupable de la
participation à ce rite. Car le rite n'a nullement une action magique : il faut
avoir le coeur suffisamment pur pour que ces bains puissent être efficaces;
sinon, l'homme impur souille l'eau, loin d'être lavé par elle (Règle III, 4-6;
V, 13-14). La véritable purification relève essentiellement de l'Esprit de
sainteté que Dieu répandra comme une " aspersion ", lors de sa visite . On en
vient donc à espérer en quelque sorte un " baptême eschatologique dans l'Esprit
", dont le rite d'eau demeure une ébauche.
Les repas.
C'est l'accès à la table communautaire, ainsi que le mélange de ses biens avec
ceux de la secte, qui sanctionne la promotion du novice à l'état de membre à
part entière, quand il a " achevé une seconde année au milieu des membres de la
Communauté " (Règle VI, 21). La Règle de la Communauté confirme le témoignage de
Flavius Josèphe (Guerre des Juifs , II, 128-132 et 143) décrivant le cérémonial
suivi par les Qûmraniens avant et au cours des repas : purifications, vêtements
blancs, entrée au réfectoire " comme dans une enceinte sacrée ", prières, etc.
Le repas apparaît dans les textes de Qûmran comme un acte liturgique qui
requiert des participants un parfait état de pureté rituelle et la présence d'un
prêtre aaronide. C'est aussi par le fait qu'il préfigure le banquet messianique,
que les repas de la Communauté doivent leur solennité et leur caractère
sacramentel. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la Règle spécifie
que toute faute grave provoque l'exclusion, sinon de la Communauté du moins de
la participation à ce rite; il semble qu'un repas, plus ou moins réduit, ait été
servi au coupable en dehors de la table commune (Règle VI, 24-VII, 25).
Venons-en aux croyances et aux dogmes qui constituaient en quelque sorte, l'âme
de cette Communauté
Les dogmes de la Communauté de Qûmran.
La Gnose révélée à la Communauté.
La théologie de la Communauté de Qûmran n'est autre que celle de l'Ancien
Testament, au moins quant aux idées maîtresses; l' Alliance, nous l'avons
entrevu, en est l'un des éléments les plus remarquables. Cependant, on a pu
parler, non sans raison, de " l'ésotérisme intellectuel " de cette Communauté
qui se croit l'unique dépositaire des promesses de salut et qui prétend détenir
la vérité et la meilleure interprétation de la Loi.
La Communauté a reçu , en dépôt, la révélation des Mystères celés sous la lettre
des Saintes Ecritures. Cette révélation des " Mystères de Dieu ", des " Mystères
de connaissance ", " merveilleux et véridiques ", est la conséquence de
l'Alliance divine dont la Communauté est devenue l'unique bénéficiaire, et la
source du salut réservé aux membres de cette dernière. Il s'agit donc d'un
groupement d'initié dont le Grand Maître voit sa mission ainsi définie, selon la
Règle (IX, 17-21) :
" ...Et qu'il réserve la Connaissance véridique et le Droit juste à ceux qui ont
choisi la Voie. Chacun selon son esprit, selon le moment déterminé du temps, il
les guidera dans la Connaissance; et pareillement il les instruira des Mystères
merveilleux et véridiques au milieu des membres de la Communauté, pour qu'ils
marchent dans la perfection l'un auprès de l'autre en tout ce qui leur a été
révélé. Voici le temps de frayer la voie pour aller au désert. Et il les
instruira de tout ce qui a été trouvé pour qu'ils le pratiquent en ce temps-ci
et qu'ils se séparent de tout homme qui n'a pas écarté sa voie de toute
perversion ".
Aussi, les ouvrages qûmraniens évoquent-ils, en nombre de passage, ces mystères.
Un ouvrage dont les fragments de plusieurs manuscrits ont été découvert a même
été intitulé, par les épigraphistes chargés de son déchiffrement, Livre des
Mystères; enfin, " des manuscrits en écritures cryptiques " -selon la
présentation qui en a été faite- , trouvés également dans les grottes de Qûmran,
soulignent encore le caractère ésotérique de l'enseignement dispensé par cette
Communauté.
Précisons que , parmi les mystères ainsi révélés à cette Communauté, paraissent
figurer : les noms des Anges, le déroulement de l'histoire du monde des origines
à la consommation des temps, le partage du monde entre les Deux Esprits de la
lumière et des ténèbres, du bien et du mal, ainsi que la technique
d'établissement des horoscopes qui en découle, les règles de comput authentique;
mais, aussi, un nouveau système exégétique consistant en la réinterprétation des
prophéties bibliques dans un sens spirituel, système qui permettait de faire de
cette Communauté la bénéficiaire des promesses faites par Yaweh à son peuple (y
compris sur le plan du Messianisme), et qui fut vraisemblablement l'une des
conséquences de la Nouvelle Alliance conclue par Yaweh, à Damas, avec le Maître
de Justice.
L'Instruction sur les deux esprits.
L'un des points fondamentaux de la doctrine de la Communauté est le dogme de
l'existence de deux Esprits qui président l'un au bien et l'autre au mal :
l'Esprit du Bien est appelé Prince des lumières, ou Ange de vérité; son
adversaire, l'Esprit du mal est le Prince ou l'Ange des ténèbres, Bélial ou
Satan. A la tête des esprits bons et des esprits mauvais ces deux princes
transforment le monde en un champ de bataille, répartissant les hommes eux-mêmes
en deux lots, celui des Fils de la lumière et celui des Fils de Ténèbres. Une
longue section de la Règle (III,13-IV, 26) consacrée à l'exposé de ce conflit,
mérite le titre d' " Instruction sur les deux esprits " que lui ont donné les
spécialistes de ces questions. Nous ne pouvons dans ce bref travail donner
lecture des textes, il nous reste à renvoyer nos auditeurs avides de les lire à
la très belle traduction intégrale qui en a été faite par le professeur A.
Dupont -Sommer .
Mais il ne faut oublier en aucun cas, et les textes sont précis à ce sujet, que
ces deux Esprits n'étaient nullement des dieux du Bien et du Mal. En effet,
c'est Dieu qui a " disposé " ces deux Esprits (Règle III, 18 et IV, 16); et Dieu
est l'unique créateur, l'unique Maître de tout et de tous : " Oui, c'est Lui qui
a créé les Esprits de lumières et de ténèbres. Et sur eux Il a fondé toute
oeuvre " (Règle III, 25); Et la persécution elle-même est un instrument de la
politique divine, car elle permet finalement à Dieu de manifester sa puissance
en confondant les impies. Ces deux esprits sont donc simplement les éléments de
l' alternative offerte à l'homme par Dieu " de construire des temples à la vertu
ou de creuser des cachots pour le vice "; et, si l'on peut parler de dualisme
moral, il ne saurait nullement être question, ici, de dualisme ontologique . De
même que Dieu est à l'origine de ce conflit, et c'est lui qui y mettra fin " au
moment de sa visite " " c'est Lui qui a créé l'homme pour dominer le monde, et
il lui a remis deux Esprits pour qu'il chemine en eux jusqu'au moment de sa
visite " (Règle III, 18). A cause de cela, " qu'ils aiment les Fils de Lumière,
chacun selon le sort qui lui est échu dans le Conseil de Dieu, et qu'ils
haïssent tous les Fils de Ténèbres, chacun selon sa culpabilité d'après la
Vengeance de Dieu " (Règle I, 10-11), s'en remettant à Dieu du soin de les
venger au jour de sa Visite. Alors tous les Fils de lumières participeront à la
guerre eschatologique, dans laquelle sera engagé le monde angélique, contre les
Fils des Ténèbres : un ouvrage entier est consacré à ce sujet, c'est le
Règlement de la Guerre des Fils de Lumière contre les Fils de Ténèbres.
La notion d'eschatologie est très équivoque et, quand on l'emploie à propos de
la théologie qûmranienne, il convient d'être très prudent. il est évident
d'après les textes que la Communauté espérait ardemment le " jour de la visite
", lors duquel Dieu accomplirait le Jugement. Mais cet événement ne constitue
pas la fin du monde et n'introduira pas immédiatement les élus dans la vie
céleste. L'intervention victorieuse de Dieu inaugurera simplement une ère
paradisiaque pour les élus sur cette terre enfin débarrassée des impies et de
toute souillure. Contrairement à l'eschatologie néotestamentaire de Matthieu 25,
31-46, le Jugement Dernier ne mets pas un terme à l'histoire de l'humanité.
CONCLUSION.
Secte par son esprit et ordre religieux par son organisation et sa discipline,
telle apparaît la Communauté de Qûmran à travers les Manuscrits de la Mer Morte.
Aux notices des auteurs anciens (Flavius Josèphe, Pline l'Ancien, Philon
d'Alexandrie) concernant les esséniens, s'ajoute désormais la somme considérable
des documents de Qûmran qui complètent nos informations et nous livrent un
témoignage direct sur la vie et les doctrines de cette Communauté
quasi-monastique repliée dans le Désert, en marge de la société et des
institutions religieuses de Jérusalem.
A la lecture de leurs écrits, il est indéniable que les Qûmraniens vivaient une
authentique expérience de Dieu. Leur ascétisme, leur volonté de conversion et
leur idéal, joint à la conviction que Dieu seul peut opérer une purification
totale du coeur de l'homme, ainsi que leur ferveur, en sont les signes les plus
marquants. Toutefois, leur sectarisme en partie imposé à la Communauté par les
ruptures nécessaires pour le maintien de la fidélité à l'Alliance, constitue une
limite telle que ce courant religieux s'engageait finalement dans une impasse.
La secte mourra brutalement sous la main des Romains en juin 68 ap.J.C., alors
que le Christianisme dépasse les frontières d'Israël et atteint même le centre
de l'Empire, avant de se propager dans le monde entier en pronant une religion
ouverte à tous, se détachant totalement de ses origines juives.
Sans rien vouloir enlever à l'originalité du phénomène chrétien, nous sommes
obligés de constater qu'un bon nombre d'idées qui étaient auparavant
considérées comme des créations chrétiennes se trouvent attestées dans les
écrits de la Communauté bien antérieurs au Christianisme. Telles sont, par
exemple, la conception paulinienne de la communauté comme temple et son idée de
la justification par la foi.
Dans la plupart des cas, nous nous trouvons devant le développement d'idées
présentes en germe dans l'Ancien Testament, mais dont la première floraison nous
étaient transmises par des écrits chrétiens avant que ne soient connus les
Manuscrits de la mer Morte.

Source : http://fr.groups.yahoo.com/group/qabalah/message/388

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