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Hauts Grades

Les fables égyptiennes et grecques : préface

2 Mai 2012 , Rédigé par Don Pernety Publié dans #Alchimie

La Philosophie considérée en général a pris naissance avec le monde, parce que de tout temps les hommes ont pensé, réfléchi, médité ; de tout temps le grand spectacle de l’Univers a du les frapper d admiration, & piquer leur curiosité naturelle. Né pour la société, l’homme a cherché les moyens d’y vivre avec agrément & satisfaction ; le bon sens, l’humanité, la modestie, la politesse des mœurs, l’amour de cette société, ont donc dû être les objets de son attention. Mais quelque admirable, quelque frappant qu’ait été pour lui le spectacle de l’U­nivers, quelque avantage qu’il ait cru pouvoir tirer de la société, toutes ces choses n’étaient pas lui. Ne dut-il pas sentir, en se repliant sur lui-même, que la conservation de son être propre, n’était pas un objet moins intéressant ; & penserait-on qu’il se soit oublié, pour ne s’occuper que de ce qui était autour de lui ? Sujet à tant de vicissitudes, en but à tant de maux ; fait d’ailleurs pour jouir de tout ce qui l’environne, il a sans doute cherché les moyens de prévenir ou de guérir ces maladies, pour conserver plus long­temps une vie toujours prête à lui échapper. Il ne lui a pas fallu méditer beaucoup pour conce­voir & se convaincre que le principe qui constitue son corps & qui l’entretient, était aussi celui qui devait le conserver dans sa manière d’être. L’appétit naturel des aliments le lui indiquait assez : mais il s’aperçut bientôt que ces aliments, aussi périssables que lui, à cause du mélange des parties hétérogènes qui les consti­tuent, portaient dans son intérieur un principe de mort avec le principe de vie. Il fallut donc raisonner sur les êtres de l’Univers, méditer longtemps pour découvrir ce fruit de vie, capa­ble de conduire l’homme presque à l’immortalité.
Ce n’était pas assez d’avoir aperçu ce trésor à travers l’enveloppe qui le couvre & le cache aux yeux du commun. Pour faire de ce fruit l’usage qu’on se proposait, il était indispensable de le débarrasser de son écorce, & de l’avoir dans toute sa pureté primitive. On suivit la Nature de près ; on épia les procédés qu’elle emploie dans la formation des individus, & dans leur destruction. Non seulement on connut que ce fruit de vie était la base de toutes ses générations, mais que tout se résolvait enfin eu ses propres prin­cipes.
On Se mit donc en devoir d’imiter la Nature ; & sous un tel guide pouvait-on ne pas réussir ? à quelle étendue de connaissances cette décou­verte ne conduisit-elle pas ? Quels prodiges n’errait-on pas en état d’exécuter, quand on voyait la Na­ture comme dans un miroir, & qu’on l’avait à ses ordres ?
Peut-on douter que le désir de trouver un re­mède à cous les maux qui antigène l’humanité, & d’étendre, s’il était possible, les bornes prescrites à la durée de la vie, n’aie été le premier objet des ardentes recherches des hommes, & n’aie formé les premiers Philosophes? Sa découverte dut flatter infiniment son inventeur, & lui faire rendre de grandes actions de grâces à la Divinité pour une faveur si signalée. Mais il duc penser en même temps que Dieu n’ayant pas donné cette connaissance à tous les hommes, il ne voulait pas sans douce qu’elle fût divulguée. Il fallut donc n’en faire participants que quelques amis ; aussi Hermès Trimégiste, ou trois fois grand, le pre­mier de tous les Philosophes connus avec distinc­tion, ne le communiqua-t-il qu’à des gens d’élite, à des personnes dont il avait éprouvé la prudence & la discrétion. Ceux-ci en firent part à d’autres de la même trempe, & cette décou­verte se répandit dans tout l’Univers. On vit les Druides chez les Gaulois, les Gymnosophistes dans les Indes, les Mages en Perse, les Chaldéens en Assyrie, Homère, Talés, Orphée, Pythagore, & plusieurs autres Philosophes de la Grèce avoir une conformité de principes, & une connaissance presque égale des plus rares secrets de la Nature. Mais cette connaissance privilégiée demeura toujours renfermée dans un cercle très étroit de personnes, & l’on ne communiqua au reste du monde que des rayons de cette source abondance de lumière.
Cet agent, cette base de la Nature une fois connue, il ne fut pas difficile de l’employer sui­vant les circonstances des temps & l’exigence des cas. Les métaux, les pierres précieuses entrèrent dans les arrangements de la société, les uns par le besoin qu’on en eut, les autres pour la com­modité & l’agrément. Mais comme ces derniers acquirent un prix par leur beauté & leur éclat, & devinrent précieux par leur rareté, on fit usage de ses connaissances Philosophiques pour les multiplier. On transmua les métaux imparfaits en or & en argent, on fabriqua des pierres précieuses, & l’on garda le secret de ces transmutations avec le même scrupule que celui de la panacée universelle, tant parce qu’on ne pouvait dévoiler l’un sans faire connaître l’autre, que parce qu’on sentait parfaitement qu’il résulterait de sa divulgation, des inconvénients infinis pour la société.
Mais comment pouvoir se communiquer d’âges en âges ces secrets admirables, & les tenir en même temps cachés au Public ? Le faire par tra­dition orale, c’eût été risquer d’en abolir jusqu’au souvenir ; la mémoire est un meuble trop fragile pour qu’on puisse s’y fier. Les traditions de cette espèce s’obscurcissent à mesure qu’elles s’éloignent de leur source, au point qu’il est impossible de débrouiller le chaos ténébreux, où l’objet & la matière de ces traditions se trouvent ensevelis. Confier ces secrets à des tablettes en langues & en caractères familiers, c’était s’exposer à les voir publics par la négligence de ceux qui auraient pu les perdre, ou par l’indiscrétion de ceux qui auraient pu les voler. Bien plus, il fallait ôter jusqu’au moindre soupçon, sinon de l’existence, au moins de la connaissance de ces secrets. Il n’y avait donc d’autre ressource que celle des hiéro­glyphes, des symboles, des allégories, des fa­bles, &c. qui étant susceptibles de plusieurs ex­plications différentes, pouvaient servir à donnée le change, & à instruire les uns, pendant que les autres demeureraient dans l’ignorance. C’est le parti que prit Hermès, & après lui tous les Philosophes Hermétiques du monde. Ils amusaient le Peuple par des fables, dit Origène, & ces fables, avec les noms des Dieux du pays, servaient de voile à leur Philosophie.
Ces hiéroglyphes, ces fables présentaient aux yeux des Philosophes, & de ceux qu’ils instruisaient pour être initiés dans leurs mystères, la théorie de leur Art sacerdotal, & aux autres diverses branches de la Philosophie, que les Grecs puisèrent chez les Egyptiens.
Les usages, les modes, les caractères, quel­quefois même la façon de penser varient suivant les pays. Les Philosophes des Indes, ceux de l’Europe inventèrent des hiéroglyphes & des fables à leur fantaisie, toujours cependant pour le même objet. On écrivit sur cette matière dans la suite des temps, mais dans un système énigmatique ; & ces ouvrages, quoique composés en langues connues, devinrent aussi intelligibles que les hiéroglyphes mêmes. L’affectation d’y rap­peler les fables anciennes, en a fait découvrir l’ob­jet ; & c’est ce qui m’a engagé à les expliquer suivant leurs principes. On les trouve assez déve­loppés dans leurs livres, quand on veut les étudier avec une attention opiniâtre, & qu’on a assez de courage pour vouloir se donner la peine de les combiner, de les rapprocher les uns des autres. Ils n’indiquent la matière de leur Art que par ses pro­priétés, jamais par le nom propre sous lequel elle est connue. Quant aux opérations requises pour la met­tre en œuvre philosophiquement, ils ne les ont pas caché sous le sceau d’un secret impénétrable ; ils n’ont point fait de mystère des couleurs ou signes démonstratifs qui se succèdent dans tout le cours des opérations. C’est ce qui leur a fourni particulièrement la matière à imaginer, à feindre les personnages des Dieux & des Héros de la Fable, & les actions qu’on leur attribue ; on en jugera par la lecture de cet Ouvrage. Chaque chapitre est une espèce de dissertation, ce qui lui ôte beaucoup d’agréments, & l’empêche d’être aussi amusant que la matière semblait le porter. Je ne me suis pas proposé d’écrire des fables, mais d’expliquer celles qui sont connues. On verra dans le discours préliminaire les raisons oui m’ont déterminé à mettre en tête des prin­cipes généraux de Physique, & un Traité de Philosophie Hermétique. Il était indispensable de mettre par-là le Lecteur au fait de la marche, & du langage des Philosophes, dès que je me proposais de le faire entrer dans leurs idées. Il y verra les énigmes, les allégories, les métaphores donc leurs écrits fourmillent. S’il en désire une explication plus détaillée, il peut avoir recours au Dictionnaire Mytho Hermétique, que j’ai mis au jour en même temps.
On demande si la Philosophie Hermétique est une science, un art, ou un pur être de raison ? Le préjugé tient pour ce dernier ; mais le préjugé ne fait pas preuve. Le Lecteur sans prévention se décidera après la lecture réfléchie de ce Traité, comme bon lui semblera. On peut sans honte risquer de se tromper avec tant de savants, qui dans tous les temps ont combattu ce préjugé. N’aurait-on pas plus à rougir de combattre avec mépris la Philosophie Hermétique sans la connaître, que d’en admettre la possibilité si bien fondée sur la raison, & même l’existence sur les preuves rapportées par un si grand nombre d’Au­teurs, donc la bonne foi n’est pas suspecte ? Au moins ne peut-on raisonnablement contester que l’idée d’une médecine universelle, & celle de la transmutation des métaux, n’aient été assez flatteuses pour échauffer l’imagination d’un homme, & lui faire enfanter des fables pour expliquer ce qu’il en pensait. Orphée, Homère, & les plus anciens Auteurs parlent d’une médecine qui gué­rit tous les maux ; ils en font mention d’une manière si positive, qu’ils ne laissent aucun douce sur son existence. Cette idée s’est perpétuée jusqu’à nous : les circonstances des fables se combinent, s’ajustent avec les couleurs, & les opérations dont parlent les Philosophes, s’ex­pliquent même par-là d’une manière plus vraisemblable que dans aucun autre système : qu’exigera-t-on de plus ? Sans doute une démonstration ; c’est aux Philosophes Hermétiques à prendre ce moyen de convaincre les incrédules ; & je ne le suis pas.

Source : http://le-miroir-alchimique.blogspot.fr

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